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EcoRéseau
EcoRéseau
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014
Bimestriel - 4,90 €
N°6
Comprendre, Entreprendre, Innover
L’information économique & stratégique, autrement
ecoreseau.fr
PANORAMA
Regard sur l’Actualité
© DR
“Le mental,
le socle du
succès”
Tony Estanguet,
triple champion
olympique et
membre du CIO
p. 4
L’Entretien
© DR
“La prochaine
loi sur la
famille, une
nécessité”
Dominique Bertinotti,
Ministre chargée
de la Famille
p. 6
Interview croisée
p. 24
© Duval-Leroy
“Terroir et
réputation se
défendent au
quotidien”
Baby pousse, Papy krach
Les disparités démographiques entre France etAllemagne vont redistribuer les cartes en Europe.
Walter Ronchetti,
fondateur de
Kronometry 1999
La Suède zlatane-t-elle
la pollution ?
p. 16
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
Décryptage
CLUB ENTREPRENDRE
L’Analyse
Sauvons l’Artisanat !
Prospective,
Le modèle de la
« première entreprise
de France » est-il
tenable ? Oui, à
plusieurs conditions.
p. 26
RH & FORMATION
Réseaux & Influences
Rotary et
Lions, halte
aux fantasmes
p. 60
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
L’Air du temps
Belgique/Luxembourg : 5.50 €
Suisse : 8 CHF
Canada : 8 $ CAD
Maroc : 60 MAD
p. 18
International
Carol Duval-Leroy,
présidente
de la Maison de
Champagne éponyme
“Nous ne
vendons pas,
nous donnons
envie d’acheter”
© DR
A la Une
Business du vintage
p. 68
Produits d’hier, profits d’aujourd’hui.
un oeil avisé
sur la société
d’après-demain.
p. 48
EDITORIAL
n°6
La fin d’année, pas une fin en soi…
C
ette année 2013 fut sans conteste acrobatique, tant et si bien que nous n’étions même pas sûrs
de participer à la Coupe du Monde au pays du ballon rond ! Qu’importe, retenons avant tout
les motifs de satisfaction car oui, il y en a.
C’est à propos ce que le journal EcoRéseau s’accorde à accomplir, en prenant le parti d’exposer à la
« Une » nos entrepreneurs et nos artisans, d’associer les uns et les autres à la création de valeurs, de décrypter les enjeux de demain ; le tout en suggérant conseils pratiques et choix d’orientation. En d’autres
termes : rassembler, fédérer et se projeter.
Pour cette dernière édition de l’année, nous avons d’abord souhaité aborder les sujets liés à la famille et
sommes allés à la rencontre de Madame Bertinotti, notre Ministre en question. Nous avons ensuite pénétré
l’univers des Ateliers du Grain d’Or, entreprise adaptée qui mérite à être connue et reconnue tant sa vocation sociale et humaine est déterminante.
Aussi nous nous sommes attachés à disséquer la société du futur, avec entre autres l’analyse de notre démographie, impliquant une probable redistribution des cartes en Europe, un sujet sur l’Artisanat dont la
bonne réputation est indéniable mais la préservation menacée, ou encore le décodage d’un nouveau monde
émergent qui soulève la question de la cohabitation entre Internet et les énergies renouvelables.
Enfin, nous avons rencontré trois personnalités hors du commun : Tony Estanguet, illustre champion et aujourd’hui membre du CIO pour qui le mental a été déterminant ; Carol Duval-Leroy et Walter Ronchetti respectivement présidente de la Maison éponyme et fondateur de Kronometry 1999 - qui nous ouvrent les
portes d’un univers si souvent décrié en France quand nous autres aimons signifier que nous sommes LE
pays du luxe. Un véritable paradoxe pour ces maisons qui font pourtant notre fierté.
Dans la continuité de vos messages de soutien, et parce que les années se succèdent les unes aux autres plus
qu’elles ne se terminent réellement, nous sommes heureux de vous annoncer en avant-première, chers lecteurs, que votre journal EcoRéseau deviendra votre rendez-vous mensuel dès janvier prochain !
En attendant, toute l’équipe se joint à moi pour vous souhaiter d’excellentes fêtes, et d’ores et déjà une belle
année 2014.
Jean-Baptiste Leprince
Fondateur & directeur de la publication
PANORAMA
n°6
Enfin une troisième voie !
L
e mariage pour tous
a fait des émules au
Centre. Jean-Louis,
62 ans, né à Paris, président
de l’Union des démocrates
indépendants (UDI) depuis
2012 a donc dit oui à François,
d’un mois son cadet, originaire des Pyrénées-Atlantiques et président du Mouvement démocrate (MoDem)
depuis 2007. En couple moderne, ils ont décidé de garder
chacun leur nom : le ménage
s’appellera donc UDI-MODEM L’alternative. Et les
deux amants feront pour
l’heure chambre à part. Pas
de parti unique, mais deux
forces politiques alliées. Sans
doute pour ne pas froisser
les vieux amis et compagnons
de route. En couple moderne,
toujours, et sans doute grisés
par leur amour naissant, ils
ont déclaré à la sortie de la
mairie se considérer l’un et
l’autre sur un pied d’égalité.
La répartition des tâches ?
Oh, ils verront ça le moment
venu, il n’y a pas le feu. Sérieux et prévenants, ils ont
tout de même établi un contrat
de mariage fixant la barre au
centre droit. C’est Jean-Louis
qui était content ! Mais pas
d’inquiétude pour François,
les anciennes œillades vers
sa gauche ont été immédiatement pardonnées par JeanLouis. Dans les deux familles,
la nouvelle a été plutôt bien
accueillie. Selon un sondage
BVA, 66% des sympathisants
du MoDem se sont déclarés
satisfaits, contre 76% à l’UDI.
Un vieux copain, François
lui aussi, Premier ministre de
2007 à 2012, aurait même
aimé être témoin. En tout
cas, il a bien fait comprendre
aux deux tourtereaux qu’ils
pouvaient compter sur lui
pour tenir la chandelle. Un
ménage à trois qui ne manquerait pas d’allure, ont souri
certains convives. Et quand
le maire a prononcé la fameuse phrase « pour le meilleur et pour le pire », tout le
monde a entendu la même
chose. D’un côté, que ça serait
vraiment formidable que
François et Jean-Louis s’entendent jusqu’aux présidentielles pour contrer le Front
National et offrir une véritable
troisième voie aux électeurs
déboussolés. De l’autre, qu’un
divorce à l’approche de 2017
serait catastrophique. Enfin,
sauf pour Marine, une très
très lointaine cousine, et Nicolas, un cousin parti vivre à
l’étranger, qui riaient en bout
de table.
Olivier Faure
Rétrospective
Dans chaque numéro,
EcoRéseau vous propose de
revenir sur un événement ou une
institution qui fait
l’actualité, en les mettant en
regard de ce qu’ils étaient ou auraient pu être il y a un
demi-siècle. Pas question de comparer l’incomparable, de fustiger
ou de glorifier le passé. Simplement de montrer que non, ça
n’était pas forcément mieux avant.
P
as de cravate, une barbe
de six mois, un costume
rouge ridicule et un véhicule de société tiré par des
rennes. Pourtant, le Père Noël
est aujourd’hui le plus efficace
des VRP. En 2012, selon la
traditionnelle étude du cabinet
Deloitte sur le sujet, il a fait
dépenser en moyenne 378 euros
à chaque Français pour les cadeaux, et près de 200 euros en
Sauternes et foie gras. En période de crise, chapeau l’artiste.
Son secret ? Une expérience
de plus d’un siècle en VPC,
comprenez Vente Par la Cheminée.
Car contrairement aux idées
reçues, cela fait belle lurette
que Noël est devenu une fête
commerciale. « Dès la fin du
XIXe siècle, des voix s’élèvent
pour critiquer cette dérive,
d’autres pour se plaindre de
la traditionnelle corvée des
cadeaux, affirme Martyne Perrot, sociologue et ethnologue,
auteur en 2013 de Le cadeau
de Noël, Histoire d’une invention (éd. Autrement). Pour autant, au début du XXe siècle, le
côté très mercantile de la fête
est réservé aux familles bourgeoises. C’est dans les années
1960 qu’il se généralise à l’ensemble de la population. » Les
raisons de cette évolution ?
Les Français sont sortis de la
guerre, connaissent avec les
Trente Glorieuses une période
Noël Company
Fête de famille, fête religieuse, fête commerciale ? Noël est aujourd’hui un mélange parfois indigeste de dinde aux marrons,
de Jésus dans la crèche, de Père Noël dans la cheminée et
d’ours en peluche sous le sapin. Rassurons-nous,
elle l’a toujours été.
Par Olivier Faure
de prospérité économique et
de plein emploi. De plus, la
décennie 1960 voit fleurir sur
le territoire les grandes surfaces,
leurs rayons de jouets, leurs
étals de produits de bouche, et
leurs promesses de prix bas.
Bref, tout va pour le mieux
dans le meilleur des mondes,
et il serait cruel de ne pas offrir
une jolie poupée à la petite et
un nouveau camion de pompier
de chacun sont réaffirmés. Madame se voit offrir de l’outillage
ménager, du nécessaire à couture, du matériel pour l’entretien de la maison, voire
quelques produits de beauté.
Monsieur, lui, reçoit la panoplie
du parfait fumeur : briquet,
porte-cigarette, cendrier magnétique à fixer au tableau de
bord de la voiture. Le fiston a
droit au garage, au déguisement
“En 1962, Noël est déjà
une fête commerciale
”
à l’aîné. Signe des temps, c’est
en 1962 qu’est créé à Libourne
le courrier du Père Noël, à
l’initiative de Françoise Dolto.
Car l’autre star des 25 décembre des années 60, c’est l’enfant. « On souhaite le gâter à
tout prix, sans aucun sentiment
de culpabilité, et sans faire
entrer en ligne de compte la
notion de sage-pas sage, sourit
Martyne Perrot. Il n’y a plus
de Père Fouettard. L’enfant
est vraiment devenu le roi de
la fête comme il l'est toujours
aujourd'hui. » Et à travers lui,
c’est en réalité une grande célébration de la famille qui se
joue, à l’instar d’aujourd’hui.
Une fête durant laquelle les
liens se renforcent, et les rôles
de Zorro ou de Robin des
Bois, et la fille à la dînette ou
au petit aspirateur à piles.
« Tout cela était terriblement
conformiste. L’homme était
père de famille, la femme mère
et ménagère. Le rituel de Noël
était et est encore un véritable
conservatoire des rôles
sexués », note la sociologue.
Quant aux grands-parents, ils
offrent déjà plus qu’ils ne reçoivent, et donnent le coup de
pouce au couple de jeunes parents en cas de besoin. Enfin,
contrairement à aujourd’hui,
la notion de cadeau responsable, éthique ou porteur de sens
n’a pas droit de cité. Le citoyen
des sixties est un consommateur pur sucre assumé.
Et Dieu dans tout ça ? « La
Rédaction
N°6
Jean-Baptiste Leprince ([email protected])
Administration & gestion
Courriel : [email protected]
Dessinateur : Philippe Geluck
Cahier Stratégie & Innovation numérique
Chroniqueurs : Eric Barbry, Gwenaëlle Bernier, Arnaud Jules, Francis Kuhn,
Jean-Louis Pascon, Isabelle Renard, Jean-Laurent Santoni
Secrétaire de rédaction : Anne-Sophie Boulard
EcoRéseau est édité par
LE CHAT by Philippe Geluck
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
RCS Paris 540 072 139
Actionnaire principal : Jean-Baptiste Leprince
Commission paritaire : CPPAP n° 0318 K 91730 - Dépôt légal : à parution
Numéro ISSN : 2265-7436
Marketing, publicité & partenariats
Directeur du développement – Associé :
Damien Delachaux ([email protected])
Président comité éditorial : Jean-Marc Rietsch
Jean-Eudes Sanson ([email protected])
Si la ville a succombé aux
clochettes du Père Noël, le
monde rural est quant à lui
encore préservé de la déferlante
mercantile. Et pour cause, les
grands magasins n’ont pas encore investi les campagnes,
où la fête de Noël continue de
revêtir un aspect plus authentique. Le 25 décembre au soir,
le père offre au fils un jouet
en bois qu’il a fabriqué de ses
mains, la famille se rend à la
messe de minuit, et on s’autorise un repas légèrement amélioré. Presque un soir comme
un autre. Mais cela n’aura
qu’un temps.
Courriel : [email protected]
Ont collaboré à ce numéro : Geoffroy Framery, Julie-Chloé Mougeolle,
Mathieu Neu, Yann Petiteaux, Thomas Pitrel, Catherine Quignon, Ariane Warlin
Fondateur & directeur de la publication
pratique religieuse étant alors
moins affaiblie qu’aujourd’hui,
la dimension spirituelle était
naturellement plus importante,
reconnaît Martyne Perrot. Mais
de nombreux articles de presse
se faisaient déjà l’écho de voix
dénonçant la disparition de
l’aspect religieux de la fête au
profit de sa dimension marchande. » Si l’on saute moins
la messe de minuit, en revanche, on n’a que faire des
marchés de Noël et autre folklore de saison. Bien sûr, le
sapin – tradition en provenance
d’Allemagne –, est devenu un
achat obligé, et quelques
grandes avenues se parent de
guirlandes lumineuses. Mais
l’heure n’est pas à la surenchère.
Direction de la rédaction
Marie Bernard, Matthieu Camozzi, Olivier Faure, Aymeric Marolleau
Éditorialistes
Sophie de Menthon, Arthur de Soultrait,
Marc Drillech, Pascal Junghans, Michel Kahn
www.ecoreseau.fr
201/203, rue de Vaugirard – 75015 Paris
Tél. : +33 (0)1 43 06 23 16
Courriel : [email protected]
2
Sommaire
Edito
Rétrospective : Noël Company
Imprimeur : Léonce Deprez – imprimé en France
Diffusion, abonnements & vente au numéro
LMedia / EcoRéseau
201/203, rue de Vaugirard – 75015 Paris
Tél. : +33 (0)1 43 06 23 16 - Courriel : [email protected]
Abonnement 1 an : 35,50 €TTC
Abonnement 2 ans : 68,90 €TTC
Vente kiosque : Pagure Presse
Distribution : Presstalis
Production & Editing
Courriel : [email protected]
Responsable : Frédéric Bergeron
Crédits photos : Thinkstock, DR
Toute reproduction, même partielle, des articles ou iconographies
publiés dans EcoRéseau sans l’accord écrit de la société éditrice est
interdite, conformément à la loi du 11 mars 1957 sur la propriété
littéraire et artistique. La rédaction ne retourne pas les documents
et n’est pas responsable de la perte ou de la détérioration des textes
et photos qui lui ont été adressés pour appréciation.
2
3
PANORAMA
3-20
Regard sur l’Actualité : Tony Estanguet
L’Entretien : Dominique Bertinotti
Régions & Territoires : Strasbourg
Hexagone : La guerre des indignations
International : Suède
A la Une :
- Démographie, “ich liebe dich”, moi non plus
CLUB ENTREPRENDRE
24
26
28
30
32
33
34
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42
48
50
52
56
58
60-67
Réseaux & Influence :
- Rotary club et Lions club
Observatoire
Carrières & Talents
- La formation professionnelle en chantier
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
23
47-58
Décryptage : La nouvelle société
Expertises
Haute résolution :
- Insécur-IT
- Factures allégées
Business story : Criteo au Nasdaq
RH & FORMATION
18
23-45
Baromètre & Tendances
Interview croisée :
- Un monde à part
L’Analyse : Artisans : Handle with care
En immersion : Fenêtre sur Ateliers
Electron libre : Someo
Leçons de maux : Lejaby
Prospective : Money, Money… e-Money
Créer aujourd’hui :
- Les séniors entrepreneurs
Business guides :
- Séminaires d’entreprises
- Cadeaux d’affaires
STRATÉGIE &
INNOVATION NUMÉRIQUE
4
6
12
14
16
60
62
64
68-82
L’Air du temps :
- Un rétro-business fructueux
- Hôtellerie, la spécificité française
L’Art du temps
Patrimoine : Atouts et pièges de la Toile
La Sélection culturelle
68
70
72
80
82
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 3
PANORAMA
n°6
PANORAMA
n°6
Regard sur l’Actualité
Regard sur l’Actualité
« À un moment, il faut mettre de l’humain dans
le process pour progresser »
pays. Il est important que les
Jeux soient très différents entre
eux et ressemblent au pays
d’accueil. Le CIO est simplement ferme sur le côté opérationnel des Jeux, qui nécessitait
deux milliards d’euros à Londres. Mais il laisse la liberté
d’investissement pour les installations et infrastructures autour. Les Russes ont décidé
d’ajouter un aéroport, une gare,
des routes, un centre de tri de
déchets qui restera. Ils ont décidé de transformer la région.
On ne peut certainement pas
critiquer ceux qui veulent investir dans un territoire. Mais
les Jeux en eux-mêmes doivent
rester raisonnables.
Parcours d’athlète d’anthologie, rare membre français du CIO, Tony Estanguet fait partie de ces
personnages dont le vécu et les réflexions sur le mental servent à tout le monde, dans tous les secteurs.
Illustration.
Comment êtes-vous devenu
athlète ?
Le canoë monoplace est une
histoire de famille. Mon père
a participé à des compétitions
internationales, ainsi que mes
deux grands frères. Patrice a
même été médaillé aux JO
d’Atlanta en 1996. Dès mes
cinq ans j’ai donc suivi le
mouvement. Mon père, professeur de sport, nous a poussés
vers l’activité physique : le
ski, le parapente, le surf, le
basket, le rugby… Mais arpenter les montagnes et découvrir des rivières n’avait pas
d’équivalent. J’ai vite progressé
et me suis retrouvé en équipe
de France à 17 ans. Cette acti-
vité prenait du temps, mais
n’a en aucun cas représenté
des sacrifices. Le fait de voyager, de découvrir des rivières
et de rencontrer de nouvelles
à l’Insep en 2001. Après les
JO de Sydney j’ai suivi un
Mastère spécialisé part-time «
Sport, Management et Stratégies d’entreprise » à l’Essec,
est aussi le plus passionnant,
et c’est ce qui sera le mieux
transféré dans l’autre vie, extrasportive.
lue… Le défi est de s’adapter
continuellement à ces nouvelles
configurations pour se fixer
les bons objectifs de moyens.
Il importe souvent de repartir
“Travailler sur le mental est le plus passionnant ; c’est ce
qui sera le mieux transféré dans la vie extrasportive
”
personnes a été un apprentissage inestimable.
Avez-vous suivi des études
en parallèle ?
Après un Bac scientifique à
Pau, je me suis dirigé vers des
études en Staps. J’ai passé le
concours de professeur de sport
que j’ai obtenu après les JO
d’Athènes. Il a toujours fallu
concilier cycles d’études et
cycles sportifs. Cette association m’était nécessaire, pour
me nourrir de nouvelles compétences mais aussi parce que
je suis moins performant
lorsque je suis uniquement
Comment avez-vous agi sur
ce point tout au long de votre
carrière ?
J’ai eu un entraîneur fédéral,
mais j’ai aussi travaillé avec
des gens extérieurs. Les préparateurs mentaux m’ont alerté
sur quelques couacs dans mon
fonctionnement. En début de
d’une feuille blanche. Les gens
se rassurent en adoptant une
approche technique des choses,
mais l’expérience montre qu’il
importe de mettre de l’humain
dans les process pour véritablement augmenter les performances. Comprendre comment chacun peut être bon si-
Biographie
Héros du sport moderne, gendre idéal
A 35 ans, le Palois Tony Estanguet, ex-athlète pratiquant
le canoë monoplace, a un des
plus beaux palmarès du sport
français. Triple champion du
monde de slalom (2006, 2009,
2010), mais surtout triple
champion olympique, à Sydney
en 2000, à Athènes en 2004
et à Londres en 2012. Il est le
seul tricolore à avoir gagné
trois médailles d’or dans trois
Jeux différents, et a eu l’honneur d’être porte-drapeau de
la délégation française à ceux
de Pékin en 2008. Sont gravés
dans les mémoires ses incessants duels avec le Slovaque
Michal Martikán, les deux protagonistes ayant presque tout
gagné entre 1996 et 2012.
Humilité, simplicité, carrière
haute en couleurs, auteur de
scénarii à suspens… Tony avait
tout pour plaire. Il a ajouté à
sa panoplie du parfait athlète
un engagement hors des rivières, dans la Fondation du
sport par exemple, tournant
des clips d’éducation nutritionnelle pour les enfants. Son
engagement lors de la candidature olympique Paris 2012,
4
ou lors de la construction du
stade d’eaux vives de sa ville
de Pau ont marqué les esprits.
En décembre 2010, il rejoint
la « Dream Team » RMC Sport
et est chroniqueur chaque samedi matin dans « les Grandes
Gueules du sport » sur RMC.
En décembre 2012, il intègre
une nouvelle cellule fondée
par la ministre des Sports Valérie Fourneyron, chargée des
relations internationales du
sport français, dirigée par Bernard Lapasset. Le but ? Promouvoir les candidatures françaises à l’organisation des
grandes compétitions. Celui
qui met fin à sa carrière sportive en novembre 2012 devient
membre du CIO pour une période de huit ans sur décision
du Tribunal arbitral du sport
prononcée en mai 2013, suite
à une longue procédure suspensive en appel, consécutive
à son élection à la commission
des athlètes du CIO lors des
Jeux de Londres. Il devient le
troisième membre français
actif du CIO, en compagnie
de Jean-Claude Killy et de Guy
Drut.
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
© DR
« Il est faux de penser que les membres du CIO gagnent chacun des centaines de milliers d’euros
et sont déconnectés, sans culture du sport »
concentré sur la préparation
sportive. Il me faut avoir envie,
être frustré pour me donner à
100% dans le canoë.
Le mental est-il si important ?
Il est même crucial dans le
sport de haut niveau, qui est
loin d’être seulement du physique et de la technique. Il est
d’abord un parcours avec soimême, un apprentissage de
ses émotions et de ses limites.
Il m’arrive d’ailleurs d’être
complètement perdu, parfois.
Le mental était mon point
faible au départ, d’où les irrégularités de mon début de carrière. Travailler sur ce point
carrière j’étais trop centré sur
le résultat, peu importait la
manière. Or en me fixant des
objectifs de moyens, j’ai appris
à prendre de la distance avec
le résultat, qui apparaît de plus
en plus comme une conséquence du travail accompli.
Les objectifs ont besoin d’être
mis à jour constamment tout
au long de la carrière. Les
fixer trop haut équivaut à accroître la pression, à se surpasser et parfois à se blesser.
Les fixer trop bas atténue la
motivation. Durant tout le parcours du sportif, l’état d’esprit
change. On devient père, on
trouve un travail, on a des
soucis, notre maturité évo-
gnifie qu’à un moment donné
il faut aller au-delà de la technique pour progresser. Les JO
de Pékin ont été un véritable
échec sportif (ndlr : éliminé à
la surprise générale en demifinale, 9e au classement final).
Mais ils m’ont fait grandir.
Être le seul athlète français
qui gagne trois médailles
d’or à trois olympiades différentes change-t-il une vie ?
Ces évènements se sont accompagnés d’un changement
de statut, d’une augmentation
de revenus, et d’une reconnaissance. Mais c’est surtout
le chemin qui a permis d’arriver
à ces victoires qui m’a fait
grandir. Les premières étaient
plus simples, j’étais jeune et
ne me posais pas autant de
questions. Je voulais seulement
tout dévorer dans les compétitions. Plus j’ai avancé, plus
les choses se sont compliquées.
La porte de passage s’est réduite. Ma grande satisfaction
a été de me régaler à Londres,
j’ai réussi à mettre du plaisir
en plus de la conception technique, rationnelle, méticuleuse.
En fait de l’humain, ce qui est
un aboutissement. Il était
temps.
La donne a-t-elle changé
dans ce sport depuis le début
de votre carrière ?
Pas vraiment en termes de
concurrence. Il existe toujours
une suprématie européenne.
La montée en puissance de
l’Australie, ou le fait que la
première médaille ait été obtenue à Londres par le continent
africain sont des avancées,
mais la discipline reste une
petite dans la grande famille
olympique, avec 100 pays représentés. L’état d’esprit reste
familial. En revanche les technologies ont évolué. Le matériel, l’utilisation du froid dans
la récupération et la préparation
physique sont le fait d’innovations continues. J’ai changé
ma manière de respirer, je me
suis aidé du yoga. Les logiciels
vidéo les plus récents permettent de visualiser, décortiquer,
superposer les passages des
concurrents, les gestes d’équilibre et les choix de trajectoires,
alors que j’ai débuté avec les
cassettes VHS.
Avez-vous des mentors ?
D’abord la famille. J’étais fasciné par mon père et mes
frères. Patrice est d’ailleurs
devenu mon entraîneur en
2004. D’autres m’ont tout simplement inspiré à distance,
comme John Lugbill, un Américain d’une autre génération
qui a tout dominé pendant 12
ans, et dont j’ai appris les
manches par cœur. De même
© VINCENT CURUTCHET / KMSP / DPPI
« L’ exemple de l’impact des Jeux de Londres est intéressant à suivre dans la durée, car le pays
et les structures sont comparables »
l’Anglais Richard Fox a apporté une gestuelle technique
à la discipline. Mais dans l’ensemble j’ai un côté solitaire,
autonome, qui peut être un
enfer pour mes entraîneurs.
J’ai pratiqué l’apprentissage
par essai/erreur jusqu’à mes
18 ans. C’est seulement à la
fin de ma carrière que j’ai
vraiment professionnalisé mon
approche en me faisant accompagner par des experts de
différents champs. A Londres
ils étaient six.
Quels sentiments avez-vous
éprouvés en devenant portedrapeau de la délégation
française ?
De la fierté car il s’agissait
avant tout d’une reconnaissance
de mon sport et de mon parcours. J’ai été en quelque sorte
« capitaine » de mon équipe.
y déceler un syndrome national.
Il existe certes en France une
difficulté à assumer et valoriser
la réussite, dans le sport ou
ailleurs. Mais les athlètes sont
tout à fait capables de gagner
et ne souffrent pas d’un handicap dans la tête au départ.
Nous avons en revanche une
belle marge de progression
dans la préparation, comme
les autres pays.
Comment avez-vous vécu
votre élection mouvementée
au CIO ?
Plutôt bien malgré les rebondissements, parce que j’étais
à Londres et venais de gagner
mon titre olympique. J’étais
donc détendu durant le process
de candidature et le recours
présenté devant le tribunal arbitral du sport. Les Français
n’étant pas impliqués, nous
intention d’optimiser mon mandat jusqu’en 2020. La commission des athlètes a du pain
sur la planche en matière de
lutte contre le dopage, de reconversion des sportifs, de
programme olympique. Il importe de favoriser les retombées
médias. Je suis allé à Rio afin
de constater les avancées des
préparatifs pour la compétition
de canoë. Je suis allé à Sotchi
aussi. Nous attendons les premières décisions du nouveau
président, l’Allemand Thomas
Bach, qui veut par exemple
remettre à plat les processus
de candidature aux JO. Il existe
un vrai décalage entre l’image
du CIO et la vérité. Les gens
m’interrogent, imaginent que
les membres gagnent chacun
des centaines de milliers d’euros et sont déconnectés, sans
culture du sport. C’est totale-
Les Jeux en valent-ils vraiment la chandelle ?
La France reste un grand pays
de sport avec une influence,
légitime pour prétendre à une
candidature olympique. Le
traumatisme de Paris 2012
reste dans les mémoires, mais
il nous faut réessayer. L’impact
salutaire du sport pour la société
et le bien-être est indéniable.
Le sport de haut niveau influence l’éducation sportive
des gens. Les collectivités devraient encore plus investir
dans ce domaine. Je ne sens
pas encore cette passion,
comme par exemple en Australie où le sport fait vraiment
partie de la vie des gens, qui
le pratiquent tôt le matin ou
tard le soir. L’état d’esprit doit
encore évoluer vers un véritable
sport de masse, et les JO y
contribueront. L’impact financier à moyen et long terme
n’est pas non plus négligeable.
L’exemple de Londres est intéressant à suivre, car le pays
et les structures sont compa-
“En me fixant des objectifs de moyens, j’ai appris à prendre
de la distance avec le résultat, qui apparaît comme une
conséquence du travail accompli
Nous n’avons pas forcément
beaucoup de contacts entre
athlètes de disciplines différentes. Il subsiste toujours cette
peur de griller du « jus », de
l’énergie en profitant de la
fête. Cela a donc été très fort.
Que manque-t-il aux athlètes
français ?
Je ne crois pas au problème
de mental français éternellement soulevé. Les journalistes
qui stigmatisent les sportifs
qui craquent en finale m’agacent, surtout quand ils croient
avons eu peu d’informations,
il ne s’est donc rien passé
avant mars pour moi. J’ai attendu le verdict. Il ne s’agit
pas d’un job à plein temps,
mais plutôt d’une occupation
avec quelques moments forts,
et je rappelle qu’elle est bénévole.
Que pensez-vous de la mauvaise image de cette institution ?
Je suis fasciné par cette organisation, dont les membres
sont prestigieux. J’ai la ferme
ment faux, beaucoup sont d’anciens sportifs et n’auraient pas
besoin d’y siéger. Ils ne semblent pas affectés par ce ressentiment à leur égard, ou du
moins ne le perçoivent pas.
95% des revenus sont redistribués aux mouvements sportifs, le travail réalisé est impressionnant.
Que vous inspirent les dépenses
faramineuses de Sotchi ?
Je ne suis pas favorable à ce
que les JO deviennent inaccessibles pour la majorité des
”
rables. Les Anglais vont-ils
surfer sur la vague, comme
ils l’annoncent ? C’est un
exemple parlant de ce que les
JO peuvent apporter en termes
d’emploi, d’économie, de tourisme, de dynamisme, d’image,
d’exportation.
Propos reccueillis par
Matthieu Camozzi
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 5
PANORAMA
n°6
Regard sur l’Actualité
« Il y aura de plus en plus un service
public à la parentalité »
Longtemps élue du Marais et soutien de Ségolène Royal, Dominique Bertinotti, la ministre déléguée à
la Famille, est rompue au combat politique et au débat. Une fois le mariage pour tous entériné, elle se
tourne vers la loi sur la famille, qui promet des changements dans le quotidien de beaucoup de monde.
en plus le mécanisme sera
progressif. L’évolution n’est
donc pas excessive. Nous devons en passer par là car – je
le rappelle – le déficit de la
branche famille s’est creusé.
En outre nous avons la volonté de mettre en place une
politique plus redistributive,
des services plus fournis aux
familles comme les 275 000
places supplémentaires en 5
ans dans les structures d’accueil des jeunes enfants ou
le doublement du budget de
soutien à la parentalité.
© Eric Feferberg
« Aujourd’hui je ne dirais pas que les mariages homos se déroulent toujours sans heurts, mais la banalisation est en marche »
Comment expliquez-vous
que chacune de vos décisions, propositions et initiatives soient si vivement
commentées ?
Un récent sondage montre
que si les Français croient
encore en une chose, c’est
bien en la famille. Les décisions prises dans ce domaine
touchent souvent tout le
monde, c’est un sujet universel, et chacun a son avis
sur la question, sur l’enfance,
l’adolescence, la séparation.
La famille ne laisse jamais
indifférent. Elle a pu être
considérée comme un sujet
annexe dans d’autres gou-
Mais les principales accusations portées à l’encontre
de la politique gouvernementale concernent le matraquage des classes
moyennes (cf. « L’Entre-
de l’avantage fiscal pour
les parents de collégiens et
lycéens, et l’abaissement du
plafond du quotient familial
pour la deuxième année
consécutive ?
“
mois percevait 350 euros par
enfant, un couple gagnant
entre 6 et 8 000 euros en recevait 450 par enfant. Ce
n’était donc pas équitable, et
on ne peut pas dire que ceux
Les beaux-parents ont besoin d’un statut, car ils participent à l’éducation d’enfants qui ne sont pas d’eux et ont donc des droits et des devoirs
de vrais mécanismes de redistribution, et non une stigmatisation des familles
comme cela a été le cas durant l’ère Sarkozy.
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
”
tien » avec Laurent Wauquiez, EcoRéseau n° 4
août/septembre 2013). Ne
serait-ce pas aussi le cas en
matière de politique familiale, avec la suppression
Une étude poussée a montré
que la politique familiale
après impôts rapportait plus
aux familles aisées. Un couple de deux enfants totalisant
2 000 euros de revenus par
qui s’en sortaient le mieux
faisaient partie des classes
modestes. Quant à l’abaissement du plafond du quotient familial, celui-ci touchera 12% des familles, et
Î
6
vernements, ce n’est plus le
cas aujourd’hui. Je veux
prouver qu’on peut suivre
une politique familiale de
gauche, avec une véritable
aide apportée aux parents et
La grande loi sur la famille
est annoncée pour 2014.
Quel en est l’esprit ?
J’ai pour habitude de dire
qu’il existe non pas une famille, mais des familles, tant
les modèles se sont diversifiés. Il faut donc adapter les
dispositifs juridiques à ces
évolutions, pour mieux coller
à la réalité et aux nouvelles
configurations des familles.
Nous allons soumettre le texte
début 2014 en conseil des
ministres, et celui-ci sera présenté au parlement après les
municipales. J’ai proposé à
des experts et des professionnels spécialistes de
constituer des groupes de réflexion en leur garantissant
une totale liberté intellectuelle. Ils vont par exemple
pouvoir réfléchir sur un statut
du beau-parent qui élève les
enfants de leur conjoint, et
qui ont donc des droits et
des devoirs. Ils vont aussi
faire des propositions pour
améliorer l’ accès de l’enfant
à son histoire originelle. Aujourd’hui encore, alors que
nous vivons dans une société
où la transparence est un
maître mot, ceux qui sont
nés sous X passent par un
véritable parcours du combattant pour connaître leurs
origines, ceux qui sont nés
d’une PMA (procréation médicalement assistée) n’y ont
tout simplement pas droit. Il
PANORAMA
n°6
PANORAMA
n°6
Regard sur l’Actualité
faut donc harmoniser. Il leur
faudra aussi réfléchir à la
question de l’adoption et notamment l’adoption internationale, qui se raréfie , change
de nature, concerne de plus
en plus des enfants à critères
spécifiques (malades, de familles nombreuses, d’un âge
élevé,…). Il y aura également
deux autres groupes de réflexion portant respectivement sur la médiation familiale et les droits des enfants.
Pourquoi ce statut de prémajorité des 16-18 ans dont
vous avez parlé ?
Un autre grand volet de la
loi est le droit des « enfants »
jusqu’à l’âge de 18 ans.
D’objets de droits ils doivent
devenir sujets de droits, l’idée
n’est pas forcément de leur
permettre de voter aux élections locales – il faudrait
pour cela changer la Constitution –, mais de cesser de
« découper » les ados “prémajoritaires” en tranches.
Aujourd’hui, la majorité
sexuelle est à 15 ans. Mais
un mineur de moins de 18
ans ne peut acheter ni alcool
ni tabac. Ceux qui ont 16
ans peuvent travailler, mais
ne peuvent avoir le permis.
Or de nombreux emplois exigent de se déplacer en voiture. Celui qui a 17 ans peut
s’engager dans l’armée, mais
il ne participe pas obligatoirement à son orientation scolaire ou professionnelle. Il
existe de vraies incohérences
à corriger. La justice pénale
Biographie
Des convictions assumées
Séparée et mère d’un fils
trentenaire, cette socialiste
de 59 ans, qui a arraché de
haute lutte la mairie du 4e
arrondissement de Paris en
2001 pour la conserver
jusqu’en 2012, a touché de
près les problématiques des
foyers monoparentaux notamment. Se définissant
comme la ministre « des »
familles, elle est aussi maître
de conférences d’histoire
contemporaine à l’université
Paris VII – Diderot depuis
1989. Née à Paris, elle a habité en Seine-Saint-Denis pendant 20 ans, avant de devenir
agrégée d’histoire en 1977
et de débuter sa carrière
comme professeur dans un
collège de l’Oise, puis au collège Jean-Baptiste Clément
à Dugny en Seine-Saint-Denis.
Ses travaux de doctorat portent sur « la vision de la
France chez François Mitterrand, de 1945 à 1981 (à travers ses œuvres et son action
politiques) », ce qui l’amène
à réaliser des entretiens auprès du président en 1989.
De 1992 à 1995 elle devient
une de ses chargés de missions, pour le suivi des archives présidentielles et la
rédaction de notes historiques
pour ses écrits personnels
quant à la politique étrangère
et la défense. Membre de la
section du PS du 4e arrondissement de Paris depuis
1988, Dominique Bertinotti
se présente pour la première
fois aux élections législatives
de 1993 dans la première
circonscription de Paris où
8
elle obtient, dans un contexte
défavorable à la gauche, un
score de 45 % au second
tour. Tête de liste socialiste
(« Paris s’éveille » de Bertrand
Delanoë ) dans le 4e lors des
municipales de 1995, elle recueille 48 % des voix et devient Conseillère de Paris. De
1995 à 2001, elle joue un
rôle d’opposition actif dans
l’arrondissement. En 2001,
la liste « Changeons d’ère »
qu’elle conduit obtient 54 %
des voix. En désaccord avec
l’appel au « non » de Laurent
Fabius quant au référendum
sur la Constitution européenne, elle quitte son courant en septembre 2004. Elle
est à l’initiative du groupe «
Nouvelle Voix », créé au sein
du parti socialiste en 2005
avec Gaëtan Gorce, Christophe Caresche et Jean-Louis
Bianco. Elle travaille alors
sur les sujets relatifs au modèle social français, à l’exclusion et à la précarité, à la
politique de proximité, à l’enseignement supérieur et la
recherche. Le groupe rejoint
Ségolène Royal en août 2006
au moment de la campagne
interne et elle devient un
soutien indéfectible de la
candidate durant la campagne présidentielle. Elle
gagne à nouveau les élections
municipales de mars 2008
avec 61% des voix. En 2011
elle est directrice de campagne de Ségolène Royal lors
des primaires socialistes, puis
en 2012 est nommée ministre
déléguée à la Famille.
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
s’est déjà adaptée, dans des
cas exceptionnels celui qui
n’est pas encore majeur peut
être condamné à perpétuité.
L’harmonisation est de rigueur.
L’amendement du Sénat
quant à une résidence alternée par défaut ne contrecarre-t-il pas ce que vous
projetiez en la matière ?
Les pères, notamment à travers le mouvement des
« pères perchés », ont exigé
l’égalité comme principe de
base dans la garde alternée.
Mais l’amendement du sénat
est une aberration. Qu’on
partage l’autorité parentale
est normal mais chaque histoire de séparation est singulière. Ce qui peut poser
problème, c’est qu’un juge
aux affaires familiales, de
bonne volonté et souvent débordé, décide en l’espace de
dix-huit minutes que la garde
va à la mère ou au père. Il
faut au passage que certains
cessent de colporter l’idée
que les femmes-juges favoriseront les femmes. C’est
indécent. Je pense que systématiser ce mode de garde
est une fausse bonne idée
car il ne résoudra pas les
conflits s’il en existe. Par
ailleurs cela ne peut fonctionner que dans un cadre
précis, quand les ex-conjoints
vivent à proximité et ont le
même niveau de revenus.
Mon avis est qu’il faut sortir
de la culture du conflit pour
aller vers celle de l’apaisement ; je plaide donc pour le
développement de la médiation. Je souhaite la rendre
obligatoire, en amont d’une
audience devant le juge aux
affaires familiales. Aujourd’hui, en France, seules
4 % des divorces passent par
la médiation.Par ailleurs, il
n’y a que 600 médiateurs familiaux. et leur formation,
notamment juridique, doit
être renforcée. Le recours
plus sytématique à la médiation désengorgerait la justice,
puisque des contentieux seraient ainsi évités. Au Québec, où la culture de la médiation est forte, seules 10%
des décisions concernant la
garde des enfants posent problème. Et en Belgique, où la
garde alternée est le principe
par défaut, on s’aperçoit que
le taux effectif de résidence
alternée n’est pas supérieur
à celui de la France.
Où en est-on de la PMA
(procréation médicalement
assistée) qui risque de faire
débat ?
Nous attendons l’avis du comité consultatif national
d’éthique (CCNE) qui rendra
son avis aux alentours de
mars-avril 2014, et qui va
Regard sur l’Actualité
Un commentaire sur l’affaire des mini-miss ?
Il est gênant que de très
jeunes enfants soient prédéterminés dans un certain rôle,
de manière caricaturale.
L’amendement a été proposé
géométrie variable selon les
cas. Je sens chez la part des
gens la volonté de pouvoir
choisir comment vivre et
constituer sa famille. Mais
dans le même temps je sens
un grand désir de protection,
La vérité est que de nombreuses femmes arrêtent de
travailler parce que le mode
de garde est trop onéreux.
Le « rappel à l’ordre » de
Jean-Marc Ayrault à l’in-
enrichissante car de portée
nationale. Je ne me sens pas
éloignée de la base car mon
sujet concerne le quotidien
propos ne sont pas acceptables, mais dans l’ensemble
c’est un formidable media
qui me permet aussi de don-
Vous affectionnez la littérature. Quels sont les récents ouvrages qui vous ont
marqués ?
sion. L’écrivain français Grégoire Delacour, qui s’est illustré avec son ouvrage « la
liste de mes envies », ne me
“Systématiser la garde alternée des enfants après le divorce est
une fausse bonne idée car elle ne résoudra pas les conflits
s’il en existe
”
des gens. Les capacités de
conviction et la détermination
doivent être au rendez-vous.
Mieux valait en avoir lors
de la loi sur le mariage pour
tous. Mais surtout il importe
d’assurer le « service aprèsvente » et de surveiller l’application d’une loi si on veut
qu’elle ait vraiment un impact, par exemple les décrets
qu’ils faut souvent prendre.
Les 275 000 solutions de
garde pour la petite enfance
annoncées pour 2017 nécessitent un suivi constant. Nous
avons aussi été attentifs à ce
qui a suivi la loi du mariage
pour tous. Aujourd’hui je ne
dirais pas que les mariages
homos se déroulent toujours
sans heurts, mais la banalisation est en marche.
"La famille sera toujours un cercle auquel on restera attaché, mais ce cercle sera à géométrie
variable selon les nouveaux repères"
organiser des états généraux
de bioéthique. D’aucuns ne
voient que la question de la
PMA pour les couples de lesbiennes, mais ils occultent
par Chantal Jouanno et il ne
me choque aucunement
même si le principe de l’interdiction pure et simple est
compliqué en droit. Il est
et c’est là que nous avons un
rôle à jouer en instituant de
nouveaux repères. Le droit
peut aider, en reconnaissant
par exemple le beau parent
“Le statut de prémajorité des 16-18 ans ne leur
permettra pas forcément de voter aux élections
locales – il faudrait pour cela changer
la Constitution
”
le fait que 1500 enfants naissent chaque année de PMA
au sein de couples hétérosexuels : comment fonctionnent les Cecos (ndlr : centres
d’étude et de conservation
des œufs et du sperme), les
procédures et demandes d’accession à la PMA, le mécanisme d’assistance à la procréation…. Autant de problématiques à éclaircir
déjà possible de devenir mannequin à 16 ans, c’est amplement suffisant.
EcoRéseau affectionne la
prospective. Quelles évolutions pressentez-vous pour
la famille française dans le
futur ?
La famille sera toujours un
cercle auquel on restera attaché, mais ce cercle sera à
qui se trouve sécurisé, ainsi
que l’enfant. Il y aura de plus
en plus un service public à
la parentalité. Les parents
veulent être aidés, accompagnés, tous milieux sociaux
confondus. Et je vais même
aller plus loin. Dans 5-10
ans, l’accueil des 0-3 ans relèvera du service public. Nous
évoluerons vers un droit à
l’accueil des jeunes enfants.
tention du gouvernement
pour plus de solidarité entre
les ministres sonne-t-il
comme une rupture ?
Je dirais plutôt un rappel de
principes comme la collégialité, la responsabilité et la
solidarité. Nous sommes là
pour travailler ensemble, et
ne pas laisser parasiter la
bonne marche gouvernementale par des débats mis sur la
place publique.
Vous avez récemment dit
que la présence au gouvernement de Ségolène Royal
serait une bonne nouvelle ?
La gauche a besoin de tous
ses talents, et Ségolène Royal
en est un. Sa capacité de compréhension et de proximité
avec les classes modestes est
un véritable atout, et permettrait de les détourner du FN,.
Le « job » de ministre estil à la hauteur de vos attentes dans sa capacité à
faire bouger les choses ?
Assurément. La fonction est
ner mon avis sur des questions d’actualités, auxquelles
je répondrais en 2 minutes à
la télévision ou à la radio.
Je mêle le sérieux et le plus
léger lorsque je lis, car je
considère que cette occupation relève avant tout de l’éva-
laisse pas indifférente. Son
dernier livre, « la première
chose qu’on regarde », m’a
touchée par certains passages
d’apparence légers mais
d’une grande profondeur
lorsqu’on s’y arrête. Ce garagiste qui trouve Scarlett
Johansson derrière sa porte
va se demander s’il s’agit
bien d’elle. Toutes sortes de
questions sur l’identité sont
soulevées. Ce qui me ramène
d’une manière ou d’une autre
à mon travail et aux diverses
identités.
Propos reccueillis
par Matthieu Camozzi
Quel style de management
de votre équipe avez-vous
mis en place ?
Ici plus qu’ailleurs un travail
d’équipe doit être facilité.
Ce qui signifie que tout le
monde doit disposer du même
degré d’information, quel que
soit le secteur qu’il a en
charge. L’intelligence collective, primordiale en politique,
ne peut s’activer si la communication n’est pas totale.
Même si les nouvelles technologies permettent de toujours rester en contact, je
tiens aux réunions physiques
toutes les semaines. Le degré
de responsabilisation de
chaque membre doit être
maximum. Mais bien sûr au
final je reste le leader, qui
trace, aiguille, puis tranche.
A quoi vous sert l’utilisation
de twitter ?
L’usage de cet outil reste très
professionnel, je ne mêlerais
certainement pas ma vie privée à ce media. Le fait de
synthétiser en 140 caractères
mes actions et communications me convient parfaitement. Ce résumé vient en
appui, en complément de
mon travail quotidien, à destination de ceux qui me suivent. Il arrive que je sois insultée sur Twitter, certains
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 9
PANORAMA
n°6
PANORAMA
n°6
Régions & Territoires
La ville attire de nombreux
touristes, qui viennent pour
découvrir ses traditions, sa
gastronomie, son marché de
Noël, mais aussi ses monuments. Une véritable industrie
du tourisme s’est développée
ces dernières années.
Par Ariane Warlin
Depuis 1570, au moment de Noël, la ville se pare
de lumière pour accueillir les traditionnels marchés. Couleurs, odeurs, saveurs… les fêtes de fin
d’année sont l’occasion de découvrir l’artisanat
et les spécialités gourmandes. Le marché de Noël
attire des touristes venus des quatre coins d’Europe. Un site internet est d’ailleurs dédié à cet
événement, qui aura lieu cette année du 29 novembre au 31 décembre 2013. La Croatie sera à
l’honneur. Il s’agit de faire découvrir la richesse
des traditions culturelles, culinaires et artisanales
de ce nouveau membre de l’Union européenne.
« J’ai crée l’opération Strasbourg, Capitale de
Noël en 1991. Depuis, le succès ne s’est pas démenti. Elle est devenue une marque déposée »,
explique Jean-Jacques Gsell, adjoint au maire de
Strasbourg et à la tête de l’office de tourisme de
la ville. Une marque qu’il exporte volontiers,
comme il l’a fait à Tokyo en 2009 et 2010 : « des
artisans alsaciens se sont déplacés, avec un retour sur investissement très important. L’événement a été couvert par la NHK et depuis le
nombre de touristes japonais en Alsace a augmenté de 58% ». L’opération est également dupliquée en Russie cette année, en respectant le
calendrier orthodoxe : « nous partons avec des
produits et des sapins alsaciens. 150 chalets sont
actuellement fabriqués pour Moscou par des
équipes qui travaillent jour et nuit pour finir
leurs réalisations à temps. Avec les conséquences économiques très positives que cela induit ».
Cette année, il a fait venir un sapin de 31 mètres,
installé sur la place Kléber, lequel constituera
l’un des principaux pôles d’attraction. « Strasbourg est la ville la plus illuminée d’Europe au
moment des fêtes. En parallèle de ces décorations, nous déployons aussi de nombreuses actions de solidarité. Entre le 29 novembre et le 31
décembre, une quinzaine de chalets permettront
de découvrir le visage de plusieurs associations », ajoute-t-il.
Et de poursuivre : « la ville investit 2,5 millions
d’euros dans l’opération Strasbourg, capitale de
Noël. Le retour sur investissement est 500 fois
plus important pour l’économie, grâce notamment à la création d’emplois temporaires. Avant
la création de cet événement, le mois de décembre était le pire mois de l’année en termes de fréquentation. C’est désormais la période où le
tourisme est le plus important, avec un flot de visiteurs estimé à 2,2 millions de personnes ». De
plus en plus d’hôtels sont d’ailleurs en construction, sans parler des projets d’agrandissements
du Palais des Congrès et de la refonte totale du
parc des expositions.
12
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
TOURISME
M
ême indépendamment des fêtes, la
ville attire régulièrement des flots
de touristes. C’est la 4ème ville après
Paris, Nice et Avignon dans le classement pour
la part des nuitées hôtelières des résidents
étrangers dans les villes françaises. Chaque
évènement du calendrier donne lieu à des réjouissances. Pour la Saint Valentin, par exemple, l’opération « Strasbourg, mon amour » a
été lancée l’an dernier. Face au succès, en
2014, elle passera de quatre à dix jours. « L’an
dernier, certaines personnes ont été frustrées
de ne pouvoir accéder à certains événements.
D’où notre souhait d’allonger l’opération l’an
prochain. Sans compter que c’est une bonne
affaire pour les restaurateurs », raconte JeanJacques Gsell. Il a récemment lancé l’assaut
contre les fermetures des commerces le dimanche. Le fait est que le tourisme est l’une
des principales sources de développement
économique. L’arrivée récente du TGV a encore accentué l’attractivité de cette ville. A
partir de l’été 2016, le TGV Est circulera entièrement sur voie nouvelle entre Paris et Vendenheim.
Strasbourg, paradis du tourisme
Strasbourg
PATRIMOINE
B
aptisée « la magnifique », Strasbourg porte bien son nom. Sa cathédrale ciselée, la
richesse de son patrimoine, son centre-ville (la grande Île) classé patrimoine mondial de
l’Unesco, son art de vivre et sa gastronomie font de cette ville un véritable bijou, prisé
des touristes du monde entier. La Maison Kammerzell, la Petite France, le quartier sur l’eau ou
encore l’Eglise Saint-Thomas sont des incontournables. Il flotte sur la ville un parfum de melting-pot. Outre les nombreuses nationalités représentées dans la population, les monuments eux
mêmes sont le signe d’une grande ouverture. L’Eglise protestante Saint-Pierre-le-Jeune, la
maison « égyptienne » et la synagogue de la Paix sont des lieux passionnants et chargés
d’histoire. Façades médiévales à colombages, hôtels particuliers du 18ème siècle, multiples
musées et espaces verts valent le déplacement. Sans parler de la richesse de la culture
gastronomique, qui se traduit par l'une des plus importantes concentrations de restaurants étoilés
au guide Michelin en France. Lonely Planet, éditeur de guide de voyage australien fait d’ailleurs
figurer l'Alsace en première place du Top 10 des dix régions mondiales à visiter. Best in Travel a
consacré plusieurs pages à Strasbourg, à la cuisine alsacienne, à son authenticité, son caractère et
son vignoble. Le tourisme a encore de beaux jours devant lui…
PÔLES DE COMPÉTITIVITÉ
L
e dynamisme d’Alsace Biovalley n’y est pas étranger. Labellisé à dimension
mondiale, ce pôle, dédié aux innovations thérapeutiques, concentre son activité
sur le développement de nouveaux médicaments (du gène et de la chimie aux médicaments) et sur l’imagerie et la robotique tant médicale et chirurgicale.
Quatre autres pôles représentent aussi de véritables leviers pour rendre l'économie plus
compétitive, créer des emplois et rapprocher la recherche publique et les entreprises.
Véhicule du Futur positionne son activité sur le véhicule urbain ou périurbain, mais aussi
sur l'organisation des mobilités dans une perspective de développement durable. Le pôle
Fibres d'éco-materiaux est axé sur les ressources d'origine fibreuse pour la production
d'éco-matériaux. Alsace Énergivie a vocation à renforcer l'efficacité énergétique par la recherche de solutions innovantes à énergie positive dans le bâtiment. L’objectif, à terme,
est de diviser par 4 la consommation des bâtiments d'ici 2025 dans la région. Enfin,
Hydreos a développé des produits et services novateurs autour de la qualité de l'eau et des
écosystèmes.
L’Alsace est la 1ère région pour les emplois créés par les investissements étrangers. C’est
aussi la 1ère région en termes d'investissements étrangers directs au cours des 25 dernières
années et 4ème sur les 15 dernières années. On estime que 35% des entreprises alsaciennes
ont des capitaux étrangers (contre 23% en France). Plus de 1 200 sociétés ont des
capitaux étrangers (suisses, allemands et américains principalement). Un dynamisme économique qui contribue au rayonnement de ce territoire!
LA RECHERCHE, MOTEUR DE
CROISSANCE
L
’université de Strasbourg jouit d’une
grande renommée, du fait de la qualité
de son enseignement. Elle a été primée
29 fois dans le cadre du Programme Investissement d’Avenir, ce qui représente plus de
930 millions d’euros pour la recherche. Du
fait de ce niveau d'excellence, elle accueille
plus de 43 000 étudiants dont 20% d'étrangers.
Les chercheurs viennent, eux aussi, du monde
entier, et participent à des publications scientifiques. La région est ainsi devenue le 3ème
pôle de recherche publique et 4ème rang
national pour le nombre de chercheurs par habitant. Elle se classe au 3ème rang national en
termes de dépôts de brevets européen dans le
secteur de la pharmacie et de la biotechnologie.
Une capitale européenne
L
Le dynamisme de Strasbourg est encore accentué, du fait que la ville accueille de nombreuses
organisations européennes.
es villes qui accueillent des institutions internationales
sont généralement des capitales d’Etat. Strasbourg fait
exception à la règle. Y siègent le Parlement Européen,
le Conseil de l'Europe, la Cour Européenne des Droits de
l'Homme, le Médiateur Européen, la Pharmacopée (DEQM),
l'Eurocorps, le Centre Européen de la Jeunesse ou encore le
système d'information Schenghen. De ce fait, c’est la seconde
ville diplomatique de France avec 75 ambassades et représentations diplomatiques, une centaine d'ONG à caractère international et une communauté internationale de plus de 22 000
personnes. Du fait de sa localisation sur l'axe rhénan, la ville
bénéficie d'une position géographique stratégique. « Vu d’ici,
on a un peu le sentiment que c’est Paris qui est en province
tant l’ouverture sur monde et le dynamisme culturel font partie
du quotidien », ironise Jean Weber, Président du Pôle Européen
d'Administration Publique. Il explique que, compte tenu de
l’environnement, la conscience européenne y est plus développée qu’ailleurs. Et d’ajouter : « c’est un lieu de rendez-vous
où sont organisés plusieurs évènements, si bien que le tourisme
d’affaires s’est beaucoup développé ». Strasbourg est au troisième rang français des villes de congrès et parmi les grandes
villes de congrès internationales. L'Aéroport de Strasbourg Entzheim, situé à 10mn du centre ville, représente un atout majeur
en la matière, de même que la proximité des aéroports de
Francfort et de Zurich, et de l'Euroairport de Bâle-Mulhouse.
Cette activité européenne a bien évidemment des répercussions
positives sur l’économie. « La ville accueille des populations
avec des revenus élevés. L’activité du marché immobilier y est
donc importante avec des transactions de biens de valeur »,
conclut Jean Weber.
AU CŒUR DU RÉSEAU FLUVIAL ET ROUTIER
EUROPÉEN
L
e Port Autonome de Strasbourg est le deuxième
port fluvial de France. Première plate-forme industrielle et multimodale, l'espace portuaire,
d'une superficie de 1057ha, accueille 320 entreprises et
13 000 emplois. C’est un atout majeur de la métropole
dans le développement du transport de marchandises
par voie d'eau.
Ce Port permet d'ouvrir Strasbourg et l'Alsace aux
marchés internationaux et investit des moyens considérables pour développer le trafic par conteneurs, et faire
de la ville une plate-forme d'échanges multimodaux. En
effet, la ville est aussi au croisement des axes autoroutiers
Paris-Munich et Hambourg-Milan.
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PANORAMA
n°6
Hexagone
La guerre des indignations
L’affaire Leonarda, du nom de cette jeune fille de 15 ans interpellée lors d’une sortie scolaire et expulsée avec sa
famille au Kosovo, a suscité une vive polémique au sein de la majorité en octobre dernier. Entre ceux qui s’indignent des conditions de cette expulsion et ceux qui s’indignent du manque de solidarité du PS avec son ministre
de l’Intérieur, la réconciliation s’annonce difficile, sinon impossible.
Par Thomas Pitrel
Esther Benbassa,
sénatrice, Europe Ecologie-Les Verts
L
Le poids des mots
e philosophe Alain Finkielkraut a parlé de «
honte absolue »
et « d’idiotie compassionnelle », tandis que l’historien
Benoît Rayski clouait au pilori
les « poncifs les plus éculés
de l’indignation réputée antiraciste ». Il faut dire que les
déclarations de la sénatrice
écologiste Esther Benbassa,
suite à l’affaire Leonarda, dans
une tribune sur le site du Huffington Post, sont un condensé
de tout ce que cette frange
d’intellectuels déteste. « Moi
qui pensais que la France
n’avait pas perdu la mémoire
de sa sombre histoire, j’étais
loin d’imaginer qu’en 2013,
en tant que parlementaire, élue
du peuple, je serais témoin
d’une rafle, attaquait-elle. Car
oui, il faut bien le
«U
n ministre, ça
ferme sa gueule.
S’il veut l’ouvrir, il démissionne.»
© Marck
© DR
14
Delaunay
dire, c’est une rafle. » A tête
reposée, cette historienne spécialiste de l’Histoire du peuple
juif persiste et signe : « Il n’y
a pas de mot sacré. Bien sûr,
au départ, il s’est appliqué à
la déportation des Juifs, aux
rafles de fin 41 et de 42. Mais
cette jeune fille a bien été ramassée comme dans les rafles.
On est monté dans le bus pour
la prendre. Sur les écoles, il y
a des plaques parlant des enfants qui ont été pris pendant
le temps de la scolarisation.
C’est pour cette raison que
j’ai utilisé ce mot, qui m’a
rappelé les cours que j’enseigne. » Si Esther Benbassa
a tendance à être à fleur de
peau lorsqu’elle évoque les
thématiques de l’immigration,
c’est peut-être en raison
Philippe Esnol, s’il
n’a jamais été ministre, tient à
marquer son accord avec la célèbre déclaration de Jean-Pierre
Chevènement. « Moi j’ai fermé
ma gueule pendant longtemps,
bien qu’essayant de l’ouvrir en
interne, pose le sénateur-maire
de Conflans-Sainte-Honorine
(78). Quand je fais partie d’une
délégation politique, je soutiens
les gens qui ont les mains dans
le cambouis. Maintenant que je
n’en fais plus partie, je peux dire
ce que je pense. Et je ne vais pas
m’en priver. » C’est le moins
que l’on puisse dire. Militant au
Parti Socialiste depuis 1986, Philippe Esnol a claqué la porte de
la formation majoritaire avec fracas, le 23 octobre dernier, pour
rejoindre le Parti Radical de
Gauche. Un tweet d’abord : «
Mort aux cons. » Puis une lettre
dans laquelle il dénonce « un
parti d’apparatchiks ». La raison
de la rupture violente avec son
parti de (presque) 30 ans ? La
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de son histoire personnelle.
Née à Istanbul, elle a d’abord
posé ses valises en Israël, puis
en France, se retrouvant à l’arrivée pourvue d’un statut tri-
par là, je défends les personnes
qui sont confrontées à des problèmes de ce genre. » Très
engagée sur ce front, Esther
Benbassa garde tout de même
un goût amer de l’affaire Leonarda, de sa médiatisation et
de la polémique autour des
mensonges du père de la jeune
fille pour obtenir plus facilement l’asile. « On a attiré l’attention sur cette affaire alors
qu’il y en a d’autres avec des
histoires beaucoup moins pro-
“Cette jeune fille a bien été
« ramassée » comme
dans les rafles
”
national franco-israélo-turc. «
Je ne fais pas de misérabilisme,
je suis une immigrée qui s’en
est sortie, juge-t-elle. Je suis
prof à la Sorbonne, sénatrice,
je n’ai pas le complexe de
l’immigrée, au contraire. Mais
parce que je suis passée
blématiques, des parents qui
travaillent, qui ne doivent rien
à personne, se désole-t-elle
un peu. C’est ça le problème.
Cette histoire a un effet négatif
sur tous les immigrés. » Une
fois la jeune fille et sa famille
éloignées des cameramen et
des photographes, la sénatrice
Europe Ecologie-Les Verts a
rapidement trouvé d’autres
motifs d’indignation. « Je suis
une militante, une femme de
conviction, je me bats pour
les Noirs, pour les immigrés,
pour les Arabes, pour les trans,
pour les prostituées », égrènet-elle. Ce dernier combat l’a
d’ailleurs mise sous les projecteurs une nouvelle fois,
lorsqu’elle a qualifié, dans
L’Express, le manifeste des
343 salauds (visant à lutter
contre la pénalisation des
clients de prostituées, ndlr) de
« texte de beaufs ». « Vous savez, je suis contre la pénalisation des clients, je ne soutiens
pas la loi du gouvernement
qui va être débattue fin novembre, soupire-t-elle. Mais
ce manifeste m’a choquée.
« Touche pas à ma pute »…,
on se place vraiment dans le
contexte de beaufs qui parlent
de nanas au bistro. » Utiliser
© DR
© Marck Delaunay
des mots qui choquent, oui,
mais avec modération.
Philippe Esnol,
sénateur-maire, Parti Radical de Gauche
réaction de celui-ci à l’expulsion
du territoire français de la jeune
Leonarda. « Les dirigeants socialistes ont été les premiers à
s’en prendre au gouvernement
pour des raisons qui n’avaient
pas grand-chose à voir avec le
fond de l’affaire, mais simplement
pour essayer de déstabiliser l’un
La goutte d’eau
n’y a eu absolument aucune
faute de commise dans l’expulsion
de cette famille, sur laquelle il y
a beaucoup à dire. Le père était
un voyou. Ce sont des gens qui
ont trompé tout le monde, et on
a pris beaucoup de temps, je
“Impossible de prendre la défense
de gens qui bafouent la loi
”
de leurs collègues, qui est le ministre le plus populaire du gouvernement. Au bout du compte
c’est tout le gouvernement qu’on
met en difficulté, et le président
de la République qui est ridiculisé.
» S’il admet que le fait d’intervenir
dans le cadre scolaire était une «
maladresse », Philippe Esnol ne
fera pas d’autre concession. « Il
trouve, pour les expulser. Il est
impossible de prendre la défense
de gens qui bafouent la loi, qui
renient les règlements, qui se
foutent de la figure du président
de la République en direct à la
télévision.» De manière générale,
Philippe Esnol considère qu’il
est « impératif d’adopter une
politique d’immigration suffi-
samment ferme, dans la mesure
où la situation économique et
sociale héritée de l’ère Sarkozy
ne permet pas d’accueillir, comme
le disait mon prédécesseur (à la
mairie de Conflans, ndlr) Michel
Rocard, toute la misère du monde
». Désormais affilié aux Radicaux
de gauche, Philippe Esnol affirme
que l’affaire Leonarda n’a été
que la goutte d’eau qui a fait déborder un vase de désaccords ne
désemplissant pas depuis un an.
Il empile les récriminations envers
le PS et le gouvernement. Au
niveau national : « Au niveau de
la laïcité, la plupart des responsables socialistes font du clientélisme communautaire, pour
éviter d’être taxés d’islamophobie.
La réforme des rythmes scolaires,
le Grand Paris, la refiscalisation
des heures supp’, tout cela se
fait en dépit du
bon sens, et ce sont souvent les
gens les plus modestes qui en
pâtissent. » Et au niveau local :
« Depuis que M. Hamon et ses
amis ont pris le contrôle de la
fédération des Yvelines, cela se
passe très mal pour ceux qui ont
le malheur de ne pas être de la
même sensibilité. Je demande
depuis des mois qu’on me reçoive
au niveau national du PS, et je
n’ai même pas d’accusés de réception à mes courriers. Je n’ai
jamais vu ça. J’ai eu un rendezvous avec le président de la République, je n’arrive pas à en
avoir un avec le premier secrétaire
du PS. » Un problème qui ne
devrait plus se poser dans son
nouveau parti.
PANORAMA
n°6
International
Suède : vraiment la main verte ?
La Suède, modèle de développement durable ? Certes, le pays se montre en pointe dans de nombreux combats,
et la volonté de l’ensemble des décideurs de tirer dans le même sens est remarquable. Mais n’oublions pas que
c’est le nucléaire qui fournit la moitié de l’énergie dont ont besoin les dix millions de Suédois.
C
’est un peu la fameuse scène du poumon du « Malade
imaginaire », version écolo.
Un modèle en matière de fiscalité verte ? La Suède. Un
exemple en termes de bilan
carbone ? La Suède. Un précurseur sur les énergies propres ? La Suède. Un Etat en
pointe dans la mobilité propre ? La Suède. Un pays au
top en ce qui concerne la
gestion des déchets ? La
Suède.
Mais au-delà des affirmations
souvent martelées davantage
qu’étayées, le pays de Zlatan
mérite-t-il sa réputation de
modèle en matière de développement durable ? En
tation du principe pollueurpayeur, qui a vraiment permis
à la Suède de découpler croissance économique et émissions de C02. C’est grâce à
elle que les énergies renou-
à l’extrême rudesse du climat
suédois, et à la nécessité de
chauffer en abondance quasiment toute l’année. Par ailleurs, près de la moitié du
bouquet énergétique suédois
provient de ressources renouvelables, et la part du pétrole dans ce dernier est passée de 75% en 1970 à 32%
en 2012.
Les raisons de ces bons résultats ? L’histoire, tout
d’abord. « En Suède, le développement durable représente un axe politique majeur
depuis 50 ans, explique Daniel Dray, journaliste à Stockholm, et fondateur des sites
lasuededurable.com et lefrancophile.com. Ce n’est d’ail-
leur permettent d’agir efficacement », expliquait en
avril 2012 au site expert en
développement durable « Novethic » Bo Franck, maire
de la ville de Växjö (80 000
âmes), souvent montrée en
exemple pour ses chiffres exceptionnels en matière
d’émissions de CO2.
Mais ce qui marque surtout
en Suède, c’est le partage de
la conscience écologique. Politiquement, d’abord, la Suède
a émis le souhait d’être totalement indépendante du pétrole à l’horizon 2020. C’était
en 2005, soit deux ans avant
notre fameux Grenelle de
l’Environnement… Au niveau des municipalités, aussi,
nants. Des initiatives d’autant
plus efficaces que le citoyen
suédois se met à l’unisson
de ses dirigeants. « Le développement durable fait aujourd’hui partie de la culture
des Suédois, avance Daniel
Dray. Des gestes comme le
tri sélectif sont totalement
assimilés depuis très longtemps. Et puis les Suédois,
en matière écologique comme
ailleurs, sont assez discipli-
velables non taxées sont devenues plus compétitives que
le fioul. D’où la forte pénétration de la biomasse dans
les réseaux de chauffage urbain ». Quant aux entreprises
privées, elles ne sont pas en
leurs pas un hasard si la première déclaration de l’ONU
sur le développement durable
fut faite à Stockholm, en
1972. » Autre raison importante, le fonctionnement décentralisé du pays. « Les municipalités disposent de
moyens importants et de très
larges marges d’action, notamment sur les questions
liées à l’environnement et au
changement climatique, qui
l’innovation verte n’est pas
un vain mot. Les exemples
se bousculent. Dès le milieu
des années 1990, la ville de
Stockholm commence par
exemple la construction d’un
éco-quartier sur le secteur en
reconversion d’Hammarby
Sjöstad. La ville de Växjö,
encore elle, s’est dotée d’un
système unique de chauffage
grâce à des résidus forestiers
provenant des bois environ-
nés : lorsqu’une loi est votée,
ils ont plutôt tendance à la
considérer d’abord avec bienveillance et à attendre d’en
observer les résultats. C’est
ainsi que l’écotaxe, qui fait
tellement parler en France
actuellement, existe là-bas
depuis 1991. » Et selon Susanne Akerfeldt, conseillère
au ministère suédois des Finances, citée par Novethic,
« c’est la taxe carbone, adap-
reste. Le constructeur de
poids lourds Scania travaille
ainsi actuellement main dans
la main avec le gouvernement
suédois à l’électrification par
le sol de certaines autoroutes.
L’intérêt ? Permettre la recharge en continu de poids
lourds électriques. Autre
exemple marquant : la gare
de Stockholm. La société
Jernhusen, en charge de la
gestion immobilière des gares
“
La Suède, davantage un
laboratoire qu’un modèle
”
HLM suédois
grande partie, oui. Les chiffres, d’abord, sont éloquents.
Ainsi la Suède est-elle l’un
des pays développés émettant
le moins de CO2 par habitant
au monde : 5,10 tonnes par
an estimées en 2011, contre
17,3 tonnes aux Etats-Unis,
9,10 en Allemagne, 7,8 au
Royaume-Uni ou encore 5,60
en France, qui fait plutôt figure de bon élève en la matière. Des chiffres à rapporter
16
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
du pays et des immeubles
attenants, a ainsi eu l’idée
de chauffer ces bâtiments par
un transfert de chaleur depuis
la gare. Direction les bâtiments jouxtant la gare pour
la chaleur émise par les
200 000 voyageurs quotidiens
de la gare, direction la gare
pour l’air froid des immeubles
adjacents. Résultat : un système de chauffage et un système de climatisation totalement efficaces, propres et
gratuits !
Pour autant, tout n’est pas
totalement rose entre Norvège
et Finlande. Gros sujet de
débat pour de nombreux écologistes pur sucre : le nucléaire. La Suède a en effet,
comme la France, opté pour
l’atome dès les années 1950.
Ce qui lui permet, au passage,
à l’instar de l’Hexagone, d’afficher des émissions de CO2
particulièrement faibles. Pourtant, en 1980, avait été décidée la sortie du nucléaire
civil. Mais confrontée à la
difficulté de trouver une énergie de substitution, et à une
opinion publique favorable
à l’atome, la Suède est revenue sur sa décision en 2009.
Résultat, aujourd’hui, avec
dix réacteurs dans cinq centrales, le pays produit près
de 50% de son énergie grâce
à l’atome, et 90% si l’on y
ajoute l’énergie due à l’hydroélectricité. Quant aux déchets, ils sont pour l’heure
entreposés dans un site de
stockage transitoire, avant
que la structure définitive ne
voie le jour, pas avant 2070
vraisemblablement.
Enfin, avec une population
de dix millions d’habitants
seulement sur une superficie
identique à celle de la France,
la Suède possède une situation assez exceptionnelle. « A
ce titre, elle est davantage
un laboratoire qu’un modèle,
juge Daniel Dray. Il est ainsi
très difficile de généraliser
la politique écologique suédoise tant elle est liée au
contexte particulier de ce
pays. »
Olivier Faure
PANORAMA
n°6
PANORAMA
n°6
A la Une
A la Une
Démographie,
« ich liebe dich », moi non plus
80 millions d’habitants aujourd’hui, en a 60 demain, cela
ne sera pas une catastrophe,
avertit Gérard Cornilleau. Il
n’y aura qu’à financer l’augmentation de l’espérance de
France a besoin de croissance
et la vieille Allemagne
d’épargne, elle qui se montre
déjà des plus précautionneuse
en matière de finance. Les tiraillements dans le gouverne-
2000 et 2011, les populations
actives française et allemande
ont augmenté du même ordre
de grandeur, de 7,1% en Allemagne, de 10,2% en France ;
mais alors qu’en Allemagne
La France et ses bébés, l’Allemagne et ses papis. L’image est brocardée par les politiques comme une
étoile à regarder pour ceux qui sont englués dans le maelström de la crise. Fantasme ou réalité ? Un peu
des deux, mais les cartes en Europe seront redistribuées, assurément.
nataliste dès le début du XXe
siècle », précise le rédacteur
en chef de la revue Population
et Sociétés. En 1900 la France
et l’Allemagne sont toutes les
deux peuplées de 40 millions
d’habitants, mais les dynamiques sont opposées. Dans
l’entre-deux-guerres les Alle-
Crèche du futur
S
18
nérations depuis 1947 malgré
le vieillissement, quand l’Allemagne est entrée dans une
phase de diminution de sa population en plus de son vieillissement », nuance Gérard
Cornilleau, directeur adjoint
du département des études de
l’OFCE. Et le fait que d’ici
2060 il y ait vraisemblablement
15 millions d’habitants en
moins d’un côté du Rhin, et 9
millions de plus de l’autre,
n’est pas sans conséquence
pour l’équilibre du Vieux Continent.
DES ÉVOLUTIONS
OPPOSÉES ?
VRAI ET FAUX
Bien que les politiciens se gargarisent de la santé démographique tricolore, la dynamique
générale est la même que celle
des voisins : « le vieillissement
est même plus accentué en
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
France qu’on ne le croyait, à
cause des records d’espérance
de vie des femmes », soutient
Anne Salles, maître de conférences en études germaniques
à l’université Paris-Sorbonne,
spécialiste de la politique familiale. Pour autant les deux
grands moteurs de l’UE sont
habitués aux chassés-croisés
en termes de naissances. « Il y
a deux siècles la France était
le pays le plus peuplé d’Europe
après la Russie. Les paysans
français, éclairés par les idées
des Lumières, ont alors limité
les naissances ; du jamais vu
jusqu’alors dans le monde, où
une femme en âge d’avoir des
enfants devait procréer », retrace Gilles Pison, directeur de
recherche à l’Institut national
des études démographiques
(Ined). Il s’est ensuivi un rattrapage de la Prusse. « Les
élites françaises ont longtemps
été persuadées que la guerre
de 1870 avait été perdue pour
des raisons démographiques.
D’où les velléités de politique
qui n’aura pas qu’une influence
anecdotique sur la vente de
baguettes en hausse et de Bratwürste en baisse.
DES CONSÉQUENCES
SUR LA MARCHE DE
L’EUROPE ? VRAI
La taille de la population n’est
pourtant plus si cruciale d’un
point de vue économique. Nous
ne sommes plus au temps où
être plus nombreux signifiait
être plus puissants. « Regardons
la Suisse ou le Luxembourg.
C’est le PIB par tête qui
compte. Si l’Allemagne, qui a
suffisant dans certaines régions, où des plaintes sont
donc déjà en préparation.
L’Allemagne, si elle dépense
chaque année 200 milliards
d’euros en allocations et avan-
Technocrate bruxellois essayant de concilier les situations allemandes et françaises en 2060
vie, et il existe toujours des
marges de manœuvre sur le
travail des femmes, la durée
de travail,… » Seulement le
danger réside dans la période
de transition permettant d’arriver à ce niveau. « La baisse
de la population a un coût
énorme. Durant toute une période une génération devra la
supporter, au niveau des retraites ou de la charge de la
dette. Les Allemands vont rencontrer de grandes difficultés
dans les 30 ans à venir », annonce en Cassandre le spécialiste. La soutenabilité à long
terme est en réalité mieux assurée dans l’Hexagone. En découlent donc des visions de
l’avenir opposées : la jeune
ment de l’Europe et les nuits
blanches des technocrates n’en
sont qu’à leurs débuts. Même
les dépenses des deux pays ne
seront plus les mêmes : la
France va principalement les
accroître dans l’éducation, l’Allemagne dans les retraites.
D’après la Commission européenne et compte-tenu des réformes engagées, la part des
dépenses publiques de retraites
dans le PIB passerait en France
de 14,6 à 15,1% du PIB entre
2010 et 2060, de 10,8 à 13,4%
en Allemagne. Ceci malgré le
report de l’âge de la retraite à
67 ans en Allemagne contre
62 ans en France. Les marchés
du travail vont aussi connaître
des destins différents. Entre
les deux tiers de cette hausse
résultent de l’augmentation des
taux d’activité, la démographie
en explique 85% en France.
L’Allemagne ne pourra les amplifier indéfiniment. Et la
France, qui part d’un niveau
plus faible à cause des seniors
qui partent plus tôt, dispose de
davantage de réserves de hausse.
DES MOUVEMENTS
MIGRATOIRES
COMPENSANT
LES DÉSÉQUILIBRES ?
FAUX
D’aucuns attendent les grandes
migrations internationales pour
combler ces déséquilibres, tels
des agriculteurs asiatiques guettant la mousson. Mais ils ris-
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”
mille Kristina Schröder. Un
aveu d’impuissance alors que
les instituts de recherche économiques d’outre-Rhin Ifo,
DIW et ZEW sont unanimes
fin octobre : « Il faut plus investir dans la politique familiale ». Et pour cause. Fin
septembre, quelques jours à
peine après la réélection
d’Angela Merkel comme
chancelière, le patron de la
Banque centrale allemande,
Jens Weidmann, a rappelé
qu’il manquera 1,5 million
de personnes sur le marché
du travail allemand en 2020,
si l’on ne tient pas compte
de l’immigration. L’activité
économique pèsera 70 mil-
natalistes comme l’introduction en 2007 d’un congé parental d’un an payé à 66%
du salaire ont peu d’effets.
Depuis le 1er août 2013, la
« prime aux foyers » de 150
euros pour les mères restant
au foyer pour élever leur progéniture est boudée, renommée « prime aux fourneaux »
par les détracteurs. Le droit
opposable à une place en
crèche décrété, alors que la
ministre de la famille ose à
peine y rêver en France (cf.
Entretien avec Mme Bertinotti), va se révéler coûteux
et incertain. Selon les estimations, le nombre de places
disponibles pourrait être in-
tages fiscaux, n’a pas réussi
à faire remonter la courbe de
sa natalité. Les efforts ne se
sont pas portés sur la construction de structures de garde.
Tout se passe comme si la
politique familiale allemande,
malgré son coût, passait à
côté des véritables besoins
des femmes. 31% des diplômées renoncent à devenir
mères selon l’Institut fédéral
de recherche sur la population.
La « prime au fourneau » est
malvenue, alimentant l’idée
encore trop ancrée dans les
esprits allemands, surtout à
l’Ouest, qu’une bonne mère
se mesure au nombre d’heures
passées à la maison.
quent de patienter longtemps.
Certes la population allemande
diminuerait aujourd’hui s’il
n’y avait l’arrivée d’étrangers.
« Le solde migratoire de
370 000 (contre 65 000 en
vers l’Allemagne est un mythe,
à cause de la barrière linguistique. Dès que les économies
se redresseront, elles repartiront
dans leurs pays d’origine. De
même l’immigration turque
même l’Espagne, qui connaît
une évolution semblable mais
plus récente, peut compter sur
son ancien empire, en témoignent les 500 000 migrants
annuels attirés par les perspectives du BTP lorsque l’économie était prospère. Et la
France ? Elle pourra toujours
ouvrir les vannes de ses anciennes colonies. Pour l’heure,
dans ses analyses de 2012, la
Commission européenne retient
des taux de migration net
proches pour la France et l’Allemagne à l’avenir, contribuant
à augmenter la population de
6% seulement dans chaque
pays d’ici à 2060. L’ONU table
sur les mêmes statistiques, précisant que l’enrichissement des
pays en voie de développement
va freiner le mouvement.
“
L’Allemagne a peu de
liens historiques avec les
principales zones
d’émigration mondiales
”
France) a été un ballon d’oxygène conjoncturel, les Allemands profitant de l’apport
des jeunes grecs ou espagnols
sans participer à l’effort d’éducation », observe Gilles Pison.
Mais ce phénomène reste très
conjoncturel. Les pays d’Amérique du Sud ou l’Angola offrent par exemple des opportunités plus favorables pour
les lusitanophones ou hispanophones. « L’immigration des
populations du sud de l’Europe
historique s’inversera », prévoit
Gérard Cornilleau. Le taux brut
de solde migratoire allemand
est monté à 3,4 pour mille habitants en 2011 (1,2 pour mille
en France) alors qu’il était pratiquement nul sur 2006-2009.
L’Allemagne a en plus peu de
liens historiques avec les principales zones d’émigration
mondiales. L’Italie connaît une
baisse de natalité similaire,
mais sa diaspora constituera
une marge de manœuvre. De
DES DIFFÉRENCES
EN TERMES DE
DYNAMISME ? VRAI
Le vieillissement coûte de la
croissance, de l’innovation et
occasionne de l’épargne, bien
Î
i le bientôt-né pouvait
choisir son lieu de naissance en toute rationalité
économique entre la France et
l’Allemagne, quelle rive du
Rhin choisirait-il ? La réponse
est moins évidente qu’il n’y
paraît. Les publications accompagnant la journée du 1er
octobre consacrée aux personnes âgées étaient une fois
de plus agrémentées de chiffres
alarmistes quant au vieillissement des pays occidentaux.
Mais certains plus que d’autres.
Les taux de natalité de part et
d’autre du Rhin sont tels que
la population française en croissance dépassera en 2045-2050
la population allemande déclinante selon les prévisions
d’Eurostat, le point de rencontre
se situant à 73 millions d’habitants. « La population hexagonale s’est stabilisée, et assure
le renouvellement de ses gé-
mands, portés par la politique
nataliste des nazis, se moquent
de ce « pays de vieux » accolé
à leur frontière. En 1951 la
différence atteint 27 millions
d’habitants, avec 42 millions
de Français pour 69 millions
d’Allemands. Mais depuis la
guerre le taux de fécondité
français a toujours été supérieur.
L’Allemagne a même connu
un « baby krach » juste après
l’armistice. L’écart n’était plus
que de 19 millions en 2011,
avec 64 millions de Français
pour 83 millions d’Allemands.
Le taux de fécondité remonte
liards d’euros de moins
qu’elle ne pèserait sans cet
effet démographique. Il y a
donc le feu, mais les pompiers
tardent à trouver la bonne
lance à incendie. Les mesures
trop ancrée dans les esprits allemands qu’une
bonne mère se mesure au nombre d'heures
passées à la maison
“La population française en
”
Quand l’argent ne résout pas tout
« Si les gens n’ont pas d’enfant, c’est souvent parce qu’ils
n’ont pas trouvé le bon partenaire, et là l’Etat ne peut
rien pour eux », justifie la
ministre allemande de la fa-
“La « prime au fourneau » alimente une idée
en France depuis le début des
années 90, pour s’établir à 2,1
enfants par femme en âge de
procréer. En Allemagne, il est
de 1,4, et l’Est a tôt fait de
s’aligner sur l’Ouest. Les générations ne se renouvellent
plus depuis longtemps. Un petit
tremblement de terre européen
croissance dépassera aux
alentours de 2045-2050 la
population allemande
Barrière des mentalités
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PANORAMA
n°6
A la Une
litique familiale, mais n’obtiennent pas de résultats (cf.
encadré, ndlr). Les Français
se disent satisfaits de l’évolution
peut se mener sur une même
ligne à l’avenir. « Les déséquilibres provoqués par la démographie doivent se combler à
“La politique économique de
ces deux pays ne pourra se
mener exactement sur une
même ligne à l’avenir
Jeune trader de Francfort en 2060
que les experts, qui ne disposent
pas de point de comparaison
dans le monde avec l’infécondité de la société allemande
depuis 40 ans, restent partagés.
En 2060, la part des plus de
65 ans atteindra le tiers de la
population en Allemagne,
contre un peu moins de 27%
en France. La différence ne
sera donc pas flagrante, mais
les dynamiques opposées au-
ront des conséquences notables
sur la croissance potentielle.
Selon les projections de la
Commission européenne, qui
reposent sur l’hypothèse de la
convergence de la productivité
du travail en Europe autour
d’un rythme de croissance annuel de 1,5%, la croissance
potentielle annuelle française
à long terme serait le double
de l’allemande d’ici à 2060,
de 1,7% contre 0,8%. La différence restera faible jusqu’en
2015 (1,4 en France contre 1,1
en Allemagne), mais elle se
creusera ensuite rapidement.
Il devrait en résulter, comme
pour la population, une inversion de la hiérarchie des PIB
français et allemands aux alentours de 2040-2045. Auréolée
de cet avenir radieux de progression du PIB sur le long
terme, la France aura aussi une
capacité d’emprunt plus importante.
GOUVERNEMENT
EUROPÉEN À
ADAPTER ? VRAI
Cette divergence de destins va
entraver la bonne marche de
l’UE. « Or personne n’en
parle ! Les Allemands s’inquiètent, font évoluer leur po-
sans approfondir », déplore
Gérard Cornilleau. En effet
Bruxelles se contente de modestes recommandations quant
à la politique familiale de
chaque pays membre. La Commission se concentre sur l’emploi des mères, enjoignant au
ratio honorable de 60%. Dans
la dernière mouture du programme Europe 2020, l’objectif
de 75%, identique pour les
hommes et les femmes, est
même avancé. Elle prône aussi
35% d’enfants de 0 à 3 ans
pris en charge dans des structures d’accueil, et 90% des 3 à
6 ans dans des structures maternelles. « En Allemagne de
l’Ouest la prise en charge des
0-3 ans atteint les 25% à temps
partiel, et 10% à temps plein.
La France a biaisé grâce aux
gardes alternatives, comme
celles des assistantes maternelles. 60% des 0-3 ans sont
gardés à l’extérieur, 50% à
temps plein », décrit Anne
Salles. Les courbes ne s’inverseront donc pas de sitôt. Si
bien que la politique économique de ces deux pays ne
”
l’échelle du continent », ponctue Gérard Cornilleau. Nombreux sont les économistes affirmant qu’il faudra accepter
dans le futur que la France soit
plus endettée, que les industries
s’installent où la main d’œuvre
ne va pas décroître et non l’inverse. « Les américains résolvent nombre de problèmes
grâce à la mobilité. Nous ne
pouvons pas encore jouer sur
cette carte, mieux vaut donc
anticiper et traiter les déséquilibres à l’échelle européenne »,
ajoute l’expert de l’OFCE.
Mais tout cela prend du temps.
Nous sommes actuellement
dans le modèle économique
de l’Allemagne, qui était il y a
peu « l’homme malade de l’Europe ». La roue tourne en économie, alors que les évolutions
de populations sont longues,
nécessitant une mise en commun des points forts et difficultés. N’en déplaise aux eurosceptiques…
Matthieu Camozzi
Fausse bonne idée
Dynamisme démographique synonyme de chômage ?
« Quand vous avez comme
cette année 150000 nouveaux entrants sur le marché
du travail, (...) il faut créer
plus que 150 000 emplois
pour faire baisser le chômage », avait déclaré Frédéric Lefebvre, alors secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie, invoquant la natalité pour justifier
la difficulté à réduire le chômage en France. Une maladresse qui avait suscité les
flèches empoisonnées de
l’opposition, mais aussi
l’embarras de la majorité
face à un sujet passionnel
et transpartisan, souvent remis sur le tapis par les malthusiens. Une forte natalité
20
peut effectivement 20 ans
plus tard compliquer le retour au plein emploi. Une
étude Insee de Jamel Mekkaoui démontre que la
phique, a pu limiter cette
aggravation. « Durant une
courte période, il est vrai
qu’il est plus facile d’amortir
le choc du chômage lorsque
damentale de savoir si plus
de population signifie plus
de croissance mérite d’être
posée. Des doutes peuvent
être émis au regard des pays
qu’avant de rechercher l’effet de masse, la qualité de
l’éducation ou des infrastructures constitue le vrai
pré-requis au développement
La natalité a un impact sur la population active qui
influence le taux de chômage. Mais le lien est indirect,
décalé dans le temps et partiel
Guyane et la Réunion, en
dépit d’une forte création
d’emplois, ont vu leur taux
de chômage augmenter depuis 1990, alors que la Martinique, affichant une plus
faible croissance démogra-
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
moins de jeunes entrent sur
le marché du travail. Mais
c’est une vision de court
terme », explique Gérard
Cornilleau, directeur adjoint
du département des études
de l’OFCE. La question fon-
les moins avancés où les
nouvelles bouches à nourrir
annulent les faibles gains
de croissance. Au contraire,
des pays à la population faible comme la Suède ou la
Suisse viennent rappeler
et à la croissance. Et dans
ce cas plus de naissances
induisent plus d’individus
qui travaillent, achètent,
échangent à terme, donc plus
de croissance et moins de
chômage. Pour la France,
c’est aussi la garantie d’une
poursuite de son modèle social généreux. Les avantages
semblent donc l’emporter
sur les inconvénients, d’autant plus que la corrélation
n’est pas évidente : la natalité a un impact sur la population active qui influence
le taux de chômage. Le lien
est indirect, décalé dans le
temps et surtout partiel : la
population active dépend
aussi de l’âge de départ à la
retraite. Aux politiques de
dynamiser les secteurs porteurs, de faire partager le
travail par du temps partiel
ou de créer des emplois aidés, en attendant les beaux
jours…
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Baromètre & Tendances
u LES ASSISES DE L’ENTREPRENEURIAT, BIS
Le 28 octobre dernier, le Premier ministre JeanMarc Ayrault et la ministre déléguée en charge des
PME, de l’Innovation et de l’Economie numérique
Fleur Pellerin recevaient dix entrepreneurs à Matignon pour dresser le bilan des Assises de l’entrepreneuriat. C’était surtout l’occasion pour le gouvernement de faire quelques annonces : un deuxième
tour pour les Assises de l’entrepreneuriat en avril
2014 et une conférence des financeurs. « Plus de 3
milliards d’euros d’argent public sont consacrés à
l’aide à la création d’entreprise. L’idée est de
coordonner les aides, d’aligner les outils pour
gagner en efficacité », a expliqué Fleur Pellerin.
Les entrepreneurs ont profité de l’occasion pour
faire part de leurs inquiétudes sur la fiscalité et le
coût du travail.
u UN CADRE RÉGLEMENTAIRE
POUR LE CROWDFUNDING
Pour accompagner le développement du financement participatif en France, qui démarre timidement dans l’Hexagone mais
connaît déjà un grand succès aux
Etats-Unis, le gouvernement a présenté fin septembre
un cadre réglementaire qui devrait entrer en application au premier trimestre 2014. Bercy veut ainsi
créer un statut de « conseiller en investissement
participatif » afin d’alléger les procédures et obligations (pas de capital minimum, obligation de
conseil…). Le monopole bancaire va être assoupli
pour faciliter les prêts entre particuliers (plafond
de 250 euros par personne pour un financement
global de 300 000 euros par projet).
u LA TAXE SUR L’EBE ANNULÉE
Pour remplacer l’imposition forfaitaire annuelle
(IFA), le gouvernement a inscrit dans le projet de
loi de finances 2014 un projet de taxation de l’excédent brut d’exploitation (EBE) – qui devait rapporter 2,5 milliards d’euros. Devant la fronde des
patrons, ce projet a été abandonné. Pour le remplacer,
taxer l’excédent net d’exploitation (ENE) a aussi
été envisagé. Finalement, le gouvernement pourrait
opter pour une surtaxe temporaire sur l’impôt sur
les sociétés. Ces questions seront largement abordées
à l’occasion des Assises de la fiscalité des entreprises
qui devraient se tenir ces prochains mois.
LE CARNET DES
NOMINATIONS
en partenariat avec
■ PME INNOVANTES
Pour soutenir le développement des PME,
le gouvernement s’est fendu de plusieurs
mesures (pacte pour la compétitivité et l’emploi, crédit d’impôt compétitivité et emploi,
création de BPI France…). En octobre, la
société de conseil en financement public
pour les entreprises Sogedev a dévoilé les
résultats d’une étude afin d’analyser la compétitivité des PME innovantes françaises et d’identifier leurs besoins
pour financer leur développement.
- 60% des entrepreneurs interrogés ont déjà bénéficié du Crédit
impôt recherche (CIR) et 37% utilisent simultanément le CIR, le
statut Jeune entreprise innovante (JEI) et les aides d’Oséo.
- 39% des PME interrogées indiquent que leurs activités de R&D
seraient réduites de moitié sans le CIR.
- Depuis la création du statut JEI, près de 20 000 emplois ont été
créés.
- La quasi-totalité des entreprises interrogées mène des projets à
l’international, la moitié envisagerait même d’augmenter leur CA
à l’export de 25% dans les trois à cinq ans.
- 11% des répondants affirment ne pas utiliser les aides à l’innovation,
considérant que « l’offre n’est pas toujours adaptée aux PME »
ou qu’il subsiste encore « trop d’incertitudes » sur l’avenir pour
se lancer dans la recherche d’aides publiques.
Méthodologie : Questionnaire en ligne adressé à 5000 PME et
complété par 402 répondants entre juillet et août 2013
■ « LA FRANCE EST UN PARADIS FISCAL », XAVIER NIEL.
L’entrepreneur star français, fondateur de Free,
sixième fortune française, était début octobre l’invité
d’une Master Class à Science-Po. Devant un parterre
d’étudiants, pour dénoncer la « perception fausse »
sur la fiscalité en France, il a cité l’exemple de la
taxation sur les plus-values à 23%, inférieure à ce
qui se pratique aux Etats-Unis, et le régime de
cession de son entreprise à ses enfants, « taxée à 6
ou 7% seulement ». Une affirmation qui a eu le
mérite de provoquer un débat sur les réseaux sociaux. Il en a profité
pour défendre « l’écosystème qui existe à Paris : c’est simple, c’est
possible » de créer son entreprise. « Il y a des petits défauts mais
c’est la ville fantastique pour créer son entreprise. Allez-y et vous
vivrez une aventure géniale. » A propos de l’entrepreneuriat, Xavier
Niel a ajouté que « pour être entrepreneur, il faut avoir une vision
révolutionnaire de ce qui existe ».
■ LES 7 CHANTIERS « INNOVATION 2030 »
« Sélectionner, en nombre limité, des ambitions fortes, reposant sur des innovations majeures, pour
assurer à la France prospérité et emploi sur le long terme ». Telle était la mission donnée à Anne
Lauvergeon et sa commission « Innovation 2030 », qui a remis son rapport au gouvernement le 11
octobre dernier. Après plusieurs mois de consultation, que les 20 membres de la commission ont mis à
profit pour rencontrer des chercheurs, des prospectivistes, des chefs d’entreprise, des industriels ou
encore des ministres, sept grandes ambitions se sont dégagées, pour lesquelles l’innovation et les efforts
budgétaires seront mobilisés.
Ambition n°1 : le stockage de l’énergie, brique indispensable de la transition énergétique.
Ambition n°2 : le recyclage des matières premières, en particulier les métaux rares. « La raréfaction et le renchérissement
des métaux mais aussi la protection de l’environnement rendront indispensables le recyclage. »
Ambition n°3 : la valorisation des richesses marines, en particulier les métaux présents au fond de la mer et un dessalement
de l’eau de mer moins gourmand en énergie.
Ambition n°4 : les protéines végétales et la chimie du végétal, pour concevoir de nouveaux produits alimentaires pour
nourrir la planète.
Ambition n°5 : la médecine individualisée, s’appuyant sur les sciences « omiques » (génomique, protéinomique...) pour
« faire émerger une médecine (…) porteuse d’une plus grande efficacité collective et individuelle ».
Ambition n°6 : la « Silver économie », l’innovation au service de la longévité pour répondre aux défis de la perte
d’autonomie et faire du vieillissement de la population un levier de croissance.
Ambition n°7 : le « Big data », pour valoriser les données massives, porteuses de nouveaux usages et de gains de productivité.
Seules sept ambitions ont été retenues pour éviter un saupoudrage stérile. Mais dans des domaines aussi balbutiants que ces
sept-là, on peut douter de l’efficacité de l’intervention publique. La politique industrielle dans des secteurs matures ou pour la
recherche fondamentale, pourquoi pas ? Mais pour développer de nouveaux secteurs, le marché est réputé plus performant.
Quoi qu’il en soit, l’objectif de la commission est de « susciter, d’ici dix ans, des leaders industriels français à l’échelle
internationale, dans des secteurs précis, en concentrant les moyens sur des axes clefs ». En particulier, « ces efforts
stratégiques doivent s’accompagner d’importantes réformes du contexte dans lequel les entreprises évoluent ».
} 3M FRANCE (GROUPE 3M)
Laurence Verdier
Madame Laurence Verdier est promue directeur général du marché Electronique et
Energie de 3M France, à ce poste depuis septembre 2013, en remplacement de
Monsieur Olivier Pirez.
Laurence Verdier , 45 ans, ESC Rennes, a réalisé le parcours suivant :
■ 2008-2013 : 3M France, directeur ventes et marketing du département Solutions
pour la protection individuelle.
■ 2004-2008 : 3M France, directeur ventes et marketing du département Réparation automobile.
■ 2002-2004 : 3M France, directeur de projet.
■ 2000-2002 : 3M France, responsable ventes et marketing au département Signalisation du trafic.
■ 1995-2000 : 3M France, responsable ventes et marketing au département
Construction automobile.
■ 1991-1995 : 3M France, responsable ventes et marketing au département Marchés hospitaliers.
■ 1991-1991 : A commencé sa carrière comme chef de produit pour les Laboratoires 3M Santé.
} AÉROPORTS DE PARIS (GROUPE AÉROPORTS DE PARIS)
Bertrand De Lacombe
Monsieur Bertrand de Lacombe est nommé directeur des affaires publiques d'Aéroports de Paris, à ce poste depuis novembre 2013. Il est sous la responsabilité directe
de Monsieur Patrick Collard, directeur de cabinet du président-directeur général. Il
s'agit d'une création de poste, suite à la mise en place d'une direction des affaires
publiques regroupant les relations avec l'Union européenne et les relations parlementaires.
Bertrand De Lacombe , 42 ans, ESSEC (1995), IEP Paris (1993), a réalisé le parcours
suivant :
■ 2009-2013 : Conseiller transport à la Représentation permanente de la France
auprès de l'Union européenne.
■ 2007-2009 : Conseiller diplomatique du secrétaire d'Etat chargé des transports,
Dominique Bussereau.
■ 1999-2007 : SNCF, occupe différents postes à responsabilité, notamment directeur adjoint des affaires européennes.
} THOMAS COOK FRANCE
Jérôme Delente
Monsieur Jérôme Delente est promu directeur du réseau de distribution de Thomas
Cook France, à ce poste depuis novembre 2013.
Jérôme Delente , 42 ans, EDC (1993), a réalisé le parcours suivant :
■ 2008-2013 : Thomas Cook France, directeur des accords commerciaux.
■ 2005-2008 : Groupe Nouvelles Frontières, directeur des transports réguliers.
} BANQUE LEONARDO (GROUPE BANCA LEONARDO)
Marc Lévy
Monsieur Marc Lévy est nommé directeur général du bureau de Paris de la Banque
Leonardo, à ce poste depuis octobre 2013.
Marc Lévy , 42 ans, DESS de droit bancaire et financier de l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne (1995), DEA de droit des obligations de l'université Paris-V René
Descartes (1994), maîtrise de droit privé de l'université Paris-II Panthéon-Assas
(1993), a réalisé le parcours suivant :
■ 2011-2013 : La Compagnie financière Edmond de Rothschild, directeur général
adjoint puis directeur général (2012).
■ 2007-2011 : La Compagnie financière Edmond de Rothschild, secrétaire général.
■ 1999-2007 : La Compagnie financière Edmond de Rothschild, chargé de mission
au sein du secrétariat général du groupe.
■ 1996-1999 : La Compagnie financière Edmond de Rothschild Banque, début de
carrière comme juriste au sein de la direction juridique et fiscale.
} LEFÈVRE SOCIÉTÉ D'AVOCATS
Julien Cohen
Monsieur Julien Cohen est Coopté associé au sein de Lefèvre Société d'avocats, à
ce poste depuis octobre 2013. Il est ainsi chargé de renforcer la pratique et l'offre
de services du cabinet en corporate et M&A.
Julien Cohen , 40 ans, LLM de Duke University of Law (2000), Capa (1998), DEA en
droit des contrats de l'université Paris-XI (1998), a réalisé le parcours suivant :
■ 2007-2013 : Landwell & Associés, director.
■ 2005-2007 : Hoche Law Offices, avocat associé.
■ 2003-2005 : De Gaulle Fleurance & Partners, avocat associé.
■ 2000-2002 : Salans, avocat associé.
} PHONEVALLEY (GROUPE PUBLICIS)
Mathieu Morgensztern
Monsieur Mathieu Morgensztern est promu président de Phonevalley, à ce poste
depuis octobre 2013, en remplacement de Monsieur Alexandre Mars. Phonevalley,
acquise par le groupe Publicis, et DigitasLBi travaillent pour plusieurs clients en
commun. Les 2 entités sont installées dans les mêmes locaux et regroupent environ
300 personnes.
Mathieu Morgensztern , 40 ans, Wharton Executive Education (University of Pennsylvania, 2008), DESS génie des logiciels applicatifs de l'université Paris-VI Pierre et
Marie Curie (1996), MIAGE de l'université d'Orsay (1995), a réalisé le parcours suivant :
■ Depuis 2013 : DigitasLBi, président-directeur général France et Europe de
l'Ouest.
■ 2011-2013 : DigitasLBi, président-directeur général France.
■ 2009-2011 : Isobar (groupe Aegis Media), directeur général.
■ 2007-2009 : BETC 4D Euro RSCG, directeur général.
■ 2004-2007 : Euro RSCG 4D, directeur associé en charge du pôle Digital.
■ 2000-2004 : Euro RSCG The Connect Machine (groupe Havas), président-directeur général.
■ 1996-2000 : Data Planet (agence web, revendue à Euro RSCG en 2000), directeur fondateur.
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/ JANVIER 2014
23
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Interview croisée
Un monde à part
Qualité, savoir-faire, beauté… Chacun son appréhension du luxe et du marché. Ces chantres du haut de gamme révèlent le dessous des paillettes et leur passion pour leurs produits.
Pourquoi vous être lancé(e)
dans l’aventure ?
CDL : La Maison existe depuis
1859 et se transmet de père
en fils. Mon mari, décédé alors
que nos enfants étaient âgés
de quatre, six et huit ans, a eu
le temps de préparer le futur
en expliquant aux collaborateurs qu’il allait me passer le
relais, afin que j’assure la transition et que je réalise son souhait le plus cher : que les enfants prennent la relève. En
1991 j’ai repris la Maison bien
que je sois une « pièce rapportée ». Les trois enfants sont
entrés dans l’entreprise, et 20
ans plus tard je suis en passe
de remplir ma promesse. Julien,
l’aîné, est secrétaire général,
gérant l’administratif, le personnel, les contrats à l’expor-
quantité, afin de continuer de
surclasser les mousseux qui
ont beaucoup progressé. C’est
pourquoi nous diminuons la
production et axons nos efforts
sur l’approvisionnement. 40%
sont des grains de grands crus
et premiers crus, qui donnent
toute la quintessence de l’appellation. Le caractère exceptionnel est apporté par le savoir-faire du vigneron et le
terroir qu’il met dans la bouteille. C’est cette touche quasi
artistique que je sens être du
luxe.
WR : L’exigence d’investissement massif est inégalée.
Travailler avec des produits à
très forte valeur induit forcément une approche de long
terme. Il nous faut comme
nulle part ailleurs créer un en-
“
Les journalistes du vin ont
attendu que nous fassions nos
preuves. Le nouvel arrivant
doit passer par une phase de
purgatoire dans la luxe
”
Carol Duval-Leroy
tation ; Charles, le cadet, prend
en charge le marketing et la
communication ; et Louis, le
benjamin, arrivé il y a un an
et demi, participe aux actions
commerciales.
WR : J’ai été salarié dans le
secteur de l’horlogerie durant
six ans, avec toujours l’envie
de voler de mes propres ailes.
Les hasards de la vie, et surtout
mon ancien employeur, m’ont
conduit à franchir le pas en
1999. Je souhaitais aller plus
loin dans le traitement de la
clientèle et le marketing, en
me spécialisant sur le très haut
de gamme, des marques de
niche et des séries limitées.
vironnement, peaufiner les détails dans l’accueil des clients.
A l’heure où je vous parle
nous sommes en train de former les équipes de Paris et
Londres, car l’attention au
client doit y être exactement
la même. La communication
via le magazine est déterminante, ainsi que le marketing.
Cela passe aussi par la réparation d’une montre ou d’un
bracelet, même s’il n’a pas
été acheté chez nous. L’essentiel est que nos 8000 clients
reviennent, car dans ce secteur
de niche nous ne pouvons
compter sur celui qui vient
nous voir par hasard.
Le luxe est-il définitivement
un monde à part ?
CDL : Pour un produit de
luxe trois critères doivent être
remplis : la rareté, la qualité
et le caractère exceptionnel.
L’objectif est d’augmenter la
qualité, pas de développer la
La demande internationale
croissante – notamment des
pays émergents – change-t-elle
votre manière de travailler ?
CDL : En 1991, notre seule
ouverture était le RoyaumeUni. Aujourd’hui 50 à 60%
de nos ventes sont effectuées
24
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
Walter Ronchetti,
dirigeant de Kronometry
qu’il a fondé en 1999
près de Lyon, une des
rares enseignes
françaises spécialisées
dans la haute horlogerie,
réalisant 20 millions
d’euros de CA – dont
70% à l’international –
pour 18 salariés et
12 boutiques.
à l’international, auprès des
principaux marchés du champagne que sont le RoyaumeUni, les Etats-Unis, le Japon
et la Chine. On ne peut nier
les effets « bling-bling » et les
modes. Nous avons par exemple un importateur en Russie,
où bien souvent le gens ne
boivent que des grandes
marques pour lesquelles il faut
que le prix soit élevé. Il en est
de même en Chine. Mais cet
état d’esprit n’est pas celui de
la majorité de nos clients. Les
Japonais avaient par le passé
cette approche, mais ils ont
évolué. Le fait que de nombreux grands chefs s’y soient
installés, qu’une école de sommeliers avec laquelle nous collaborons se soit créée, ont perfectionné leurs goûts et
connaissances. Le vin s’apprend. Bien souvent les palais
s’habituent aux bulles par les
mousseux. Les Chinois n’y
sont pas habitués : il est donc
intéressant qu’ils passent par
cette étape pour ensuite percevoir la plus grande longueur
en bouche du champagne.
WR : Notre savoir-faire et le
côté exclusif sont partout mis
en avant de la même manière.
Le même concept est appliqué,
sans dogmatisme. Ainsi à Londres a-t-on ajouté des salons
privés fermés pour nous adapter à la demande. De même
nous nous habituons à l’exigence particulière des Russes,
dont la culture horlogère est
très poussée. Il existait déjà
une boutique Breguet à Moscou avant la révolution. Le
marché chinois est difficile à
appréhender, car les marques
y multiplient les efforts. Les
récentes lois anticorruption ont
fait décroître le marché. De
plus les goûts sont ceux du
passé, avec des préférences
Carol Duval-Leroy,
présidente de la Maison de
Champagne éponyme
comptant parmi les
grands indépendants,
réalisant 60 millions
d’euros de chiffre d’affaires
pour 140 salariés, avec
200 hectares de vignes
mais aussi un achat de
raisins.
© DR
pour les montres bicolores ou
en acier qui ne font pas partie
de nos modèles. Cet univers
s’apprend.
aussi une pression supplémentaire, il faut que le produit soit
exceptionnel pour parachever
cette image rassurante et qualitative. Le champagne est un
“Nous ne sommes pas là pour
vendre une montre, mais pour
donner envie de l’acheter
”
Walter Ronchetti
Êtes-vous satisfait(e) de
l’image véhiculée par votre
entreprise ?
CDL : La saga familiale plait
à l’étranger. Les Américains
ouvrent de grands yeux quand
je leur dis que la Maison date
de 1859. C’est un atout, mais
vin, ce ne sont pas que des
bulles. La notion de terroir est
présente, et le fait qu’une famille, très « terrienne », ait
dirigé cette Maison depuis tant
d’années participe à la réputation indispensable dans le
secteur. Cette notion se travaille
au quotidien. En 2000 nous
sommes devenus partenaires
des Meilleurs ouvriers de
France (MOF) Sommeliers,
ce qui nous a fait connaître
auprès d’un public averti, prescripteur d’opinion. Nous avons
mis au point la cuvée MOF,
faite par 15 sommeliers qui
ont apposé leur nom, sur la
base d’un vin de 2008. Notre
savoir-faire a évolué, nos vins
sont plus fins, nos cuvées spéciales différentes. Prenez la
bouteille Pierre Hermé pour
le dessert, ou la Rosé de saignée
pour la fin d’année (ndlr : élaboré uniquement avec le Pinot
noir par macération). C’est
l’avantage des maisons familiales, il est possible d’explorer
des niches d’exception, et d’arrêter s’il n’y a pas de demande.
Nous ne sommes pas connus
© Duval-Leroy
comme Krug ou Dom Pérignon et n’avons pas les moyens
de travailler notre notoriété
auprès du grand public, il nous
faut donc passer par ces voies
alternatives.
WR : Je le suis, mais il est
possible de toujours mieux
faire. Le grand luxe est irrationnel, personne n’a besoin
d’une montre à 500 000 euros,
ni même à 15 000 euros. Il
importe donc de faire rêver
l’acheteur. Nous ne sommes
pas là pour vendre une montre,
mais pour donner envie de
l’acheter. Faire du « forcing »
à la vente ne servira à rien. Il
faut développer une approche
pédagogique pour démontrer
la qualité et même la magie de
nos produits. Nous ne vendons
pas de Rolex ou de Cartier,
c’est un autre métier. Mes sa-
lariés sont des passionnés qui
connaissent parfaitement leurs
produits. Même un vendeur
en grand magasin d’une expérience de quatre ans ne pourrait
être opérationnel chez Krono-
Quels sont les obstacles que
vous avez rencontrés ?
CDL : Je préférais le vin à la
vente de vin, j’ai donc dû
beaucoup apprendre dans le
commercial et l’administratif.
“
Les Américains ouvrent de
grands yeux quand je leur dis
que la Maison date de 1859
”
Carol Duval-Leroy
metry 1999 immédiatement, il
lui faudrait suivre une formation. Nous essayons de le faire
savoir, par notre magazine envoyé tous les deux mois à nos
clients et de nombreuses publicités dans la presse.
Mais le plus difficile reste la
gestion du personnel. Le fait
d’être une femme ? Le monde
du vin est conservateur et masculin et il a fallu faire ses
preuves. Mais la mixité n’a
pas posé de problème. 40%
des salariés de la Maison sont
des femmes, dont la chef de
cave. Autre difficulté, les journalistes du vin ont attendu que
nous fassions nos preuves. Le
nouvel arrivant dans le luxe
doit passer par une phase de
purgatoire.
WR : Je me suis frotté au
plus grand paradoxe hexagonal : la France est le pays du
luxe, mais c’est aussi là que
le luxe y est le plus mal perçu.
Nous avançons par autofinancement car il a été dès le début
difficile de se faire accompagner. Les banquiers lyonnais
travaillent avec de grosses entreprises industrielles qui ont
une ancienneté de 50 ans et
connaissent parfaitement leur
chaîne de production et donc
leurs besoins, ou avec des artisans de moindre taille. Mais
lorsque nous leur demandons
un chèque de 300 000 euros
pour une boutique sur la Croisette à Cannes, ils ne comprennent pas, ne connaissent
pas ce marché haut de gamme,
ont l’impression que nous pouvons nous en passer. Enfin les
Français ont un rapport étrange,
et même unique au monde,
avec l’argent. Je me souviendrai longtemps des gens qui
parlaient de « problèmes de
riches » lors des braquages de
cette année à Cannes.
Comment définiriez-vous votre management des collaborateurs ?
CDL : Les dés sont pipés car
je travaille beaucoup avec la
famille et les collaborateurs
du départ. La part affective a
donc une bonne place. Nous
avons tous fait la même promesse à mon mari avant sa
mort, et ceux qui ont choisi
de rester sont devenus des piliers. Je leur fais confiance,
une nécessité à chaque poste
dans une maison familiale. Je
gère cette entreprise comme
une mère de famille, laissant
des responsabilités. Chacun
est patron dans son domaine,
mais doit me dire la vérité. Je
délègue de plus en plus,
puisque mes enfants ont vocation à prendre le relais.
WR : Mon management est
juste et proche, puisque j’accomplis sans cesse des tournées
dans les douze magasins. Il
est aussi dur avec le vendeur
qui ne suit pas les procédures.
Son métier est difficile, exigeant. Il doit être au rendezvous avec le client, il n’est
donc pas possible de banaliser
les tâches. Je suis là pour qu’il
« ne rate pas le train ». Je
contrôle la partie commerciale ;
par la suite, mais il fait perdre
du temps. Je préfère la ligne
droite à la sinueuse, le mieux
est de réussir dès le début. Cependant il permet parfois d’ouvrir les yeux, d’arrêter de prendre une voie qui n’était pas la
bonne.
Que changeriez-vous dans
la règlementation ?
CDL : Trop c’est trop en ce
qui concerne les impôts. Les
PME vont mourir les unes
après les autres en France,
nous faisons tout pour tuer la
richesse dans ce pays. La bataille menée contre l’alcool,
les obligations de signifier que
nos produits sont mauvais pour
la santé, sur cette terre de vignoble, en est l’exemple parfait.
Malgré les apparences, les in-
“
Le plus grand paradoxe : la
France est le pays du luxe, mais
c’est aussi là que le luxe y est le
plus mal perçu
”
Walter Ronchetti
d’autres, avec qui j’ai de la
complicité pour leur confier
une telle mission, contrôlent
l’opérationnel. Le facteur humain est plus dur que la comptabilité, le marketing ou les
finances.
Quelle est votre perception
de l’échec ?
CDL : Le pire est passé pour
moi, lors de la perte de mon
mari. Mes beaux-parents sont
décédés un an après, mes parents n’étaient déjà plus de ce
monde. Je me suis retrouvée
seule pour élever les enfants.
Nous nous sommes soudés
dans l’adversité. Donc l’échec
peut me toucher, mais certainement pas m’anéantir après
ce que j’ai vécu. Je préfère en
retirer le côté positif, ce qui
est peut-être dû à mes origines
belges. Les Français devraient
s’inspirer de cet optimisme
parfois.
WR : Bien sûr il permet d’apprendre, mais il m’incombe
de l’éviter. On le dit valorisable
dépendants souffrent en Champagne, à cause du prix du
raisin en hausse.
WR : L’amalgame entre les
chefs d’entreprise – qui travaillent 16 heures par jour et
mettent leurs deniers personnels dans leur affaire – et les
dirigeants du CAC40 traduit
bien la méconnaissance de
l’entrepreneuriat. En outre, audelà du montant des prélèvements, je voudrais attirer l’attention sur leur complexité et
leurs changements incessants.
Pour mon magasin à Londres
je m’acquitte d’une somme
mensuelle à un seul organisme
qui se charge de tout redistribuer, y compris les charges et
impôts pour le personnel
puisque le prélèvement se réalise à la source.
Propos reccueillis
par Matthieu Camozzi
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 25
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
L’Analyse
L’Analyse
Artisans : handle with care
Rarement sous les feux de la rampe, l’artisanat poursuit pourtant son bonhomme de chemin, entre les
morsures de la crise et la concurrence des grands groupes. Charmantes anomalies, gages d’une qualité
made in France, ou structures de proximité inégalables ? Les trois, mon capitaine.
P
lus une semaine sans
l’annonce de la suppression de milliers d’emplois
dans une grande entreprise. Et à
chaque fois, la même impression
que l’économie française se délite
un peu plus de jour en jour.
Mais c’est oublier une évidence :
ETI et multinationales ne représentent pas la totalité de l’activité
du pays. Car comme l’affirme
un slogan efficace, c’est bien
l’artisanat qui constitue la première entreprise de France. Au
premier janvier 2013, les Chambres de métiers et de l’artisanat
annonçaient plus d’un million
et mal connu. C’est en tout cas
l’avis d’Olivier Torrès, professeur
d’économie à l’université de
Montpellier 1 et à l’EM Lyon,
et créateur de l’observatoire
Amarok sur la santé des artisans :
« Tout l’enseignement du management est pensé et structuré
autour de la grande entreprise.
D’ailleurs, la plupart des professeurs sont spécialisés en marketing, en finance ou en gestion
des ressources humaines. A l’inverse, il y a un impensé majeur,
une absence totale de théorisation autour de la PME et de
l’artisanat. La preuve : en cinq
“
appréciés des consommateurs.
C’est là l’une des principales
forces de l’artisanat : la perception
de qualité de leur travail par les
consommateurs. Une réputation
qui s’explique aisément. « Aujourd’hui, les gens sont en quête
d’authenticité, de qualité individuelle, d'unicité et de personnalisation du produit et du service, ce qui a toujours été la
spécificité de l'artisanat », affirme
Florence Cognie, sociologue,
spécialiste de l’artisanat au laboratoire de recherche Dysola
de l’université de Rouen. Même
son de cloche chez Alain Griset,
L’artisan est proche de son marché, de ses
salariés, de ses fournisseurs, des institutions
d’entreprises artisanales regroupant 3,1 millions d’actifs – soit
un sur dix – pour un chiffre
d’affaires de 300 milliards d’euros. Le tout réparti de façon relativement équilibrée entre alimentation (11%), production
(17%), bâtiment (40%) et services
(32%).
Malgré cette forte implantation
en France, l’artisanat demeure
pourtant un secteur mal compris,
ans d’études pour décrocher
mon agrégation d’économie, je
n’ai pas entendu une seule fois
prononcé le terme d’artisanat !
Cette méconnaissance explique
en grande partie le manque de
pertinence des décisions prises
par les gouvernants en matière
d’artisanat, ainsi que le sentiment
partagé par de nombreux artisans d’être incompris. »
Incompris des décideurs, mais
”
président des Chambres de métiers et de l’artisanat : « Pour le
consommateur, les scandales récents de la filière de l’agroalimentaire industriel expliquent
le retour à la qualité et à la traçabilité. Le savoir-faire des artisans répond également à une
nouvelle demande des consommateurs, le « sur-mesure », très
prisé de nos jours, qui répond
au rejet de la standardisation.
simplement à bien vivre de son
métier », explique la sociologue.
Pour autant, l’artisan ne demeure
pas terré dans son coin comme
on pourrait le croire trop souvent.
Ainsi, 30% des exportateurs
français sont des entreprises artisanales, pour un montant supérieur à 4 milliards d’euros.
Mais 77% des artisans n’ont
pas d’expérience préalable à
période difficile, l’entreprise artisanale peut être très rapidement
en difficulté car elle est essentiellement assise sur les capitaux
propres du patron, ou sur l’emprunt », regrette Florence Cognie.
Difficile, par exemple, de s’offrir
un nouveau local en cas de modification géographique de la
demande… L’attitude des
banques et des clients est aussi
Les clients font passer la qualité
avant le coût. » La qualité, un
enjeu d’autant plus important
que les petites entreprises et les
indépendants fondent avant tout
leur communication sur le
bouche-à-oreille local.
L’artisan jouit aussi d’autres
atouts majeurs dans sa manche.
La passion de son travail, et de
son travail bien fait, érigée en
élément clé de la culture artisanale. « La grande majorité des
artisans que j’ai rencontrés,
même chez les reconvertis, ont
bâti leur parcours sur le modèle
de la vocation, selon les termes
de Gilles Moreau », juge la sociologue. Mais l’essentiel pourrait
bien être ailleurs : dans la notion
de proximité, à tous les sens du
terme. « L’artisan est proche
de son marché, de ses salariés,
de ses fournisseurs, des institutions, énumère Florence Cognie.
Or cette proximité, qui était
jusqu’à il y a peu considérée
comme quelque chose de ringard, est devenue un atout majeur. » La preuve, c’est que les
grandes entreprises s’essaient
aujourd’hui de plus en plus au
marketing personnalisé, afin de
répondre au plus près aux besoins
de leurs clients. A la différence
près que malgré tous leurs efforts,
« Le salut passe avant tout par la réouverture de l’accès au crédit »
26
menté, mais cette diminution
demeure préoccupante.
Comment l’expliquer ?
Sur le temps long, nous avons
pâti d’une transformation des
habitudes alimentaires. Autrefois, les gens achetaient systématiquement un gâteau pour
les fêtes et le repas dominical.
Aujourd’hui, c’est passé de
mode. Plus récemment, au
risque de manquer d’originalité, je suis obligé d’évoquer
la crise économique qui nous
a frappés de plein fouet,
comme de nombreuses autres
branches de l’artisanat. Et mal-
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
heureusement, les mesures du
gouvernement actuel ne sont
pas pour améliorer la situation.
L’Union des professions artisanales (UPA) a d’ailleurs mis
en place le collectif des « Sacrifiés » pour s’élever contre
le déplafonnement des cotisations vieillesse et maladie,
ainsi que la suppression des
aides à l’apprentissage.
Finalement, l’artisanat représente-t-il encore un modèle économique viable ?
Je l’espère de tout cœur, car
nous faisons tous de formidables métiers de passion. Mais
vous avez raison, la question
est aujourd’hui d’actualité. Selon moi, le salut de l’artisanat
passe avant tout par la réouverture de l’accès au crédit.
Or la situation est aujourd’hui
totalement bloquée : plus aucune banque n’accepte de prêter à un artisan. Et pourtant,
nous avons des besoins récurrents, notamment en termes
de modernisation de matériel.
C’est la survie de l’artisanat
qui est ici en jeu.
Propos recueillis
par Olivier Faure
les Universités régionales des
métiers de l’artisanat (URMA)
qui, s’appuyant sur la nécessité
de former des managers de l’artisanat, permettent aux décrocheurs de se réinsérer, aux étudiants de rejoindre les métiers
de l’artisanat et aux artisans ou
à leurs salariés de progresser
dans les domaines de la gestion
des entreprises ou de la technique
des métiers. Concernant la question financière, les Chambres
“Les coopératives d’artisans
représentent un nombre
incalculable d’atouts pour
les artisans
Zoom sur la pâtisserie, avec Frédéric Lescieux, pâtissier à Valenciennes et président de la
Fédération nationale des pâtissiers, chocolatiers, glaciers, confiseurs et traiteurs de France.
Comment se porte la pâtisserie artisanale ?
Nous sommes 5000 entreprises
en France, représentant 25 000
salariés et un chiffre d’affaires
cumulé de 3 milliards d’euros.
Nous avons par ailleurs formé
13 000 apprentis en 2013,
contre 7000 en 2012, soit une
augmentation très encourageante. Mais derrière ce chiffre
flatteur, il faut se rappeler que
la pâtisserie artisanale représentait encore 15000 entreprises il y a 20 ans, soit trois
fois plus qu’aujourd’hui. Bien
sûr, dans le même temps, le
nombre de salariés a aug-
entre les artisans et leurs fournisseurs, oubliant les particuliers
qui ne sont pas concernés. Or
beaucoup d’entre eux ne règlent
pas leurs factures immédiatement
et ce sont les artisans qui assurent
la trésorerie. »
Même constat de schizophrénie
en ce qui concerne l’innovation.
Proche de ses clients, très professionnel en termes métier, et
extrêmement flexible, l’artisan
est un laboratoire de R&D à lui
Les artisans demeurent des entrepreneurs fortement soumis
aux aléas économiques.
les géants n’offrent que des produits ou services « de série »,
quand l’artisan offre une forme
d’unicité. Même constat en ce
qui concerne la relation de l’artisan à ses salariés. « Les uns et
les autres sont extrêmement
proches, note Olivier Torrès. Ils
se voient tous les jours, et les
artisans sont extrêmement fiers
d’annoncer à la fin de leur carrière avoir formé dix ou vingt
apprentis. Il existe une grande
fierté à transmettre des savoirs
et des valeurs. » Proximité aussi
en matière de capital. En général,
le petit patron est propriétaire
de son outil de production,
contrairement aux grandes entreprises où l’assise financière
est basée sur l’actionnariat. Proximité fonctionnelle enfin, qui se
retrouve dans une forme de polyvalence.
Mais chaque médaille a son revers. Et qui dit modèle basé sur
la proximité ne dit-il pas nécessairement développement limité ? « Il est exact, et c’est
d’ailleurs une de ses particularités, que l’artisan est un entrepreneur non maximisant, c’està-dire qu’il ne cherche pas à
tout prix à se développer, mais
l’international, et l’acte d’importation est impulsé dans 73%
des cas par le client. Pour faire
évoluer la situation, Alain Griset
pointe un élément d’importance :
« L’oubli des artisans dans les
dispositifs d’accompagnement
et leur insuffisante insertion
dans les dispositifs de guichets
uniques à l’export. Quand y
aura-t-il une entreprise artisanale ou représentant une filière
de l’artisanat faisant partie des
invités du président de la République pour un déplacement
à l’étranger ? »
Autre contrepoint à la structure
même de l’entreprise artisanale :
sa faible assise financière. « En
mise en cause par le président
des Chambres de métiers et de
l’artisanat : « Les difficultés pour
obtenir des crédits ne datent
pas de la crise ! En France, la
culture bancaire est très prudentielle. A tort, car ce ne sont
pas les entreprises artisanales
qui mettent les banques en faillite… Récemment, l’action du
médiateur du crédit a fait évoluer
le comportement de certaines
banques et les Chambres de
métiers et de l’artisanat ont résolu bon nombre de difficultés
par son intermédiaire. Reste
également à régler le problème
des délais de paiement. La loi
LME de 2009 les a modifiés
tout seul. Mais trop souvent
« tête dans le guidon » selon
leurs propres termes, les artisans
n’ont pas toujours le loisir de
réfléchir au renouvellement de
leur gamme, ou à l’amélioration
de leurs produits. Enfin, l’une
des préoccupations majeures
des petits patrons demeure la
difficulté à trouver une main
d’œuvre formée et qualifiée.
Pourquoi cette pénurie ? « Car
l’artisanat, malgré tous ses attraits, attire peu, tente d’expliquer
Olivier Torrès. Et en France,
on préfère toujours que son fils
devienne un petit fonctionnaire
que plombier à son compte. »
Autant de difficultés qui ont,
avec la crise, fragilisé la filière
artisanale en France. « Le métier
répondant le plus souvent à un
service de proximité ou à un
besoin fondamental du consommateur, cela a permis de maintenir le niveau d’activité, juge
Alain Griset. Pour autant, et
pour la première fois depuis dix
ans, le nombre des entreprises
diminue et la situation de nombreux artisans est précaire. Entre
2008 et 2010, les artisans avaient
plutôt bien géré la crise. Mais
depuis le second semestre de
2011, la situation s’est fortement
dégradée. Pendant plus de dix
ans l’artisanat a créé 50 000
emplois par an ; en 2012, on a
tout juste réussi à stabiliser nos
effectifs salariés et dans les prochains mois, cela ne risque pas
de s’arranger. Le bâtiment est
l’activité la plus touchée, mais
les autres ne sont pas à l’abri
d’un coup de froid. »
Aussi importe-t-il aujourd’hui
que la filière réalise les bons
choix stratégiques. Au premier
rang de ceux-ci, la perpétuation
et l’amélioration de la tradition
de formation des apprentis. Dans
ce sens ont été crées en 2009
”
de métiers ont aussi créé un
outil censé améliorer l’accès au
crédit grâce à un système de
cautionnement mutuel porté par
la Siagi, une société gérée par
les Chambres des métiers et de
l’artisanat. Mais aujourd’hui, la
vraie porte de sortie par le haut
pourrait résider ailleurs : dans
la mise en place de coopératives
d’artisans. « Elles représentent
un nombre incalculable d’atouts
pour les artisans, affirme Michel
Pernin, président de la Fédération
française des coopératives et
groupements
d’artisans
(FFCGA). En mutualisant les
ressources et en permettant des
commandes de groupes, elles
empêchent les fournisseurs d’imposer leurs prix. Et ainsi, elles
offrent plus d’autonomie aux
artisans. Ensuite, elles leur font
gagner en moyenne une demijournée de gestion administrative par semaine : demandes
de devis, études des prix, gestion
comptable… Elles leur permettent aussi de réduire les stocks,
d’améliorer les conditions de
livraison, et offrent un accès
sans précédent à l’information
et à la formation technique. »
Une solution qui attire de plus
en plus d’indépendants : aujourd’hui, on compte 425 coopératives en France – soit une
hausse de 7% par rapport à
2012 – qui représentent 59 000
entreprises artisanales. Des chiffres qui augmenteront encore
davantage le jour où sautera un
verrou psychologique majeur :
celui du passage de l’indépendance à l’interdépendance.
Olivier Faure
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CLUB ENTREPRENDRE
n°6
En immersion
Fenêtre sur Ateliers
À La Chaussée Saint-Victor, dans le Loir-et-Cher (41), les Ateliers du Grain d’Or tracent leur sillon.
Avec sa main d’œuvre de travailleurs handicapés, une bonne dose d’énergie et beaucoup de bonne
volonté, l’entreprise adaptée tente d’en remontrer à ses concurrents dans un environnement rendu de
plus en plus précaire par la crise, sans négliger sa mission sociale.
H
uit heures du matin,
le thermomètre affiche à peine dix degrés, mais aux Ateliers du
Grain d’Or, dans la banlieue
de Blois (Loir-et-Cher), les
ouvriers sont déjà à pied d’œuvre. Armé d’une pelle, l’un
d’eux est monté dans la remorque d’un camion où attendent les feuilles mortes ramassées la veille, qu’il déverse
énergiquement dans une
benne. Dans un vaste hangar
de stockage, des équipes de
trois à quatre personnes s’emparent de souffleurs de feuilles,
de taille-haies et de râteaux
dont ils chargent des camions
qui les emmèneront sur les
chantiers de la journée : entreprises, collectivités et particuliers les attendent pour
l’entretien de leurs espaces
verts. Le hangar communique
avec un atelier où une vingtaine d’ouvriers s’installent
dans la bonne humeur, prêts
à s’atteler à leurs travaux de
la journée : conditionnement,
étiquetage, câblage…
Un début de journée banal,
comme en vivent tant d’entreprises en France. A la seule
différence que les Ateliers du
Grain d’Or sont une Entreprise
adaptée (EA), c’est à dire
qu’au moins 80% de ses salariés sont des travailleurs handicapés.
ENTREPRISE
ADAPTÉE
Un secteur méconnu, rattaché
à l’Economie sociale et solidaire (ESS) et qui alimente
beaucoup d’a priori chez les
non initiés, mais qui compte
tout de même 700 entreprises
et emploie 30 000 salariés –
dont 24 000 salariés handicapés – pour un chiffre d’affaires
estimé à 1,05 milliard d’euros.
Leurs activités sont très variées : espaces verts, soustraitance, entretien, travaux
administratifs, restauration,
blanchisserie, imprimerie, logistique… « La vocation des
entreprises adaptées est d’employer des salariés très éloignés de l’emploi (75% des
28
salariés en situation de handicap n’ont aucune qualification, ndlr) et de permettre à
des travailleurs handicapés
d’exercer une activité professionnelle salariée dans des
conditions adaptées à leurs
possibilités, tout en prenant
en compte les exigences économiques », explique Patrice
Petit, le directeur des Ateliers
du Grain d’Or. Leur mission
sociale est capitale puisqu’en
France, selon une étude de la
Dares (ministère du Travail)
portant sur des chiffres de
2011, deux millions de personnes de 15 à 64 ans ont une
reconnaissance administrative
de leur handicap, mais seulement 700 000 travaillent, et
leur taux de chômage est de
21%, soit plus du double de
celui de la population totale.
FIBRE SOCIALE…
Les Ateliers du Grain d’Or
ont été fondés en 1989 par
l’Adapei 41 (Association départementale de parents et
amis de personnes handicapées
mentales du Loir et Cher), qui
gère une douzaine de structures
dans le département (jardin
d’enfant spécialisé, institut
médico-éducatif, foyers de
vie, structures d’hébergement,
etc.). L’entreprise adaptée
compte une soixantaine de salariés, dont une cinquantaine
Une frontière moins hermétique qu’il n’y paraît
plus calme, mieux aménagé »,
explique l’homme de 45 ans.
Nathalie Pourmarin, 28 ans,
travaille dans une équipe de
au-delà de l’aspect professionnel : leur hygiène, leur
tenue, leur santé, leurs fréquentations…,
explique
“Sa fibre sociale n’empêche pas l’entreprise
de revendiquer des parts de marché
”
ont été reconnus comme travailleurs handicapés – maladie
génétique, accidents de la vie,
déficience intellectuelle légère
et moyenne – et orientés vers
le marché du travail par la
Commission des droits et de
l’autonomie des personnes
handicapées (CDAPH). JeanFrançois Hamel travaille aux
Ateliers depuis cinq ans. Suite
à un accident de voiture, il
n’a pas pu conserver son emploi à la chocolaterie Poulain
de Blois. « Ici, le rythme est
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
nettoyage. La jeune femme a
aussi travaillé dans des entreprises classiques, mais ne souhaite pas y retourner de sitôt :
« Ici, on se sent plus en sécurité
et on prend davantage en
compte nos handicaps ». De
fait, le travail est aménagé en
conséquence : les tâches sont
réparties selon les capacités
de chacun et les horaires allégés pour les activités les plus
éprouvantes. « La fibre sociale
de l’encadrement nous permet
d’être attentifs aux salariés
Alexandre Hausknost, le directeur général de l’Adapei.
Nous sommes très vigilants
car tout changement de comportement peut indiquer un
problème. »
… ET ENJEUX
ÉCONOMIQUES
Sa fibre sociale n’empêche
pas l’entreprise de revendiquer
des parts de marché. Pour
cela, elle a pris position sur
trois grandes activités : création
et entretien d’espaces verts
(environ 45% de son CA),
nettoyage et propreté (environ
10% du CA) et industrie
(conditionnement, étiquetage,
assemblage mécanique, etc.).
L’atelier industriel, labellisé
ISO 9001 et qui garantit un
taux d’erreur proche de zéro,
s’appuie sur quelques clients
historiques, comme Delphi,
Valeo, Mercura et Daer. Mais
Jean-Marie Guérin, un homme
affable d’une cinquantaine
d’années qui en est le responsable depuis 25 ans, laisse
poindre une touche d’inquiétude : « Depuis la crise, certains clients préfèrent conserver en interne des tâches qu’ils
nous auraient confiées autrefois. L’activité reste correcte
mais la visibilité ne dépasse
pas 15 jours. Notre force réside
dans notre souplesse qui nous
permet de nous adapter très
vite à de nouvelles commandes. »
Pour assurer sa mission d’insertion, l’entreprise, comme
toutes les EA, bénéficie de
quelques coups de pouce. La
rémunération des salariés est
au minimum égale à 100% du
SMIC, et leur employeur perçoit des aides aux postes de la
Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de
la consommation, du travail et
de l’emploi (DIRECCTE). En
outre, depuis la loi de 1987,
les entreprises de plus de 20
salariés doivent compter dans
leur effectif au moins 6% de
personnes handicapées sous
peine de pénalités financières.
Dans les faits, aussi bien dans
le privé que dans le public, le
taux moyen ne dépasse pas
4%. Alors, pour se mettre en
conformité avec la loi, ces entreprises ont aussi la possibilité
de verser une contribution à
l’Association de gestion du
fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph), conclure
un accord de branche, ou passer un contrat de sous-traitance
avec une entreprise adaptée
ou un Etablissement et service
d’aide par le travail (ESAT),
comme celui du Moulin
Chouard, avec lequel les Ateliers du Grain d’Or partagent
leurs locaux. « Même si nous
sommes compétitifs et bien
que certaines entreprises aillent au-delà de leurs obligations, nombreuses sont celles
à travailler avec nous simplement pour remplir leurs
obligations légales », reconnaît
Patrice Petit.
Mais ces coups de pouce ne
sont pas toujours suffisants et
la crise n’a pas épargné les
Ateliers du Grain d’or, qui
ont perdu 2000 euros en 2011
puis 105 000 euros en 2012,
pour un chiffre d’affaires de
1,488 millions d’euros. Début
2013, la situation devint si
grave que, devant la menace
de faillite, l’Adapei 41 remercia son directeur pour placer
Patrice Petit à la tête des Ateliers en avril. Cet ancien directeur dans une entreprise de
fabrication de matériel de boulangerie est parvenu en
quelques mois à redresser la
situation en réorganisant la
structure et en redynamisant
l’activité. Fin 2013, les
comptes devraient revenir à
l’équilibre et le chiffre d’affaires atteindre 1,7 millions
d’euros. « L’objectif principal
n’est pas de dégager une très
forte rentabilité mais de créer
des emplois, car la liste d’attente de travailleurs handicapés au chômage est
longue », pointe le dirigeant.
Mais tout n’est pas réglé pour
autant : « la crise nous affecte
comme n’importe quel soustraitant. Les marchés partent
à l’étranger et nous devons
chercher à développer des activités de service de proximité
qui ne soient pas menacées
par la délocalisation », poursuit-il. Une preuve de plus
que l’entreprise adaptée des
Ateliers du Grain d’Or est, à
quelques détails près, une entreprise comme les autres.
Aymeric Marolleau
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Electron libre
Electron libre
« Bonne nuit les petits… salariés »
Aymeric Masson et Benoit Germanos, marchands de sable des temps modernes, facilitent le sommeil en
entreprise. Et ça marche ! Un rêve éveillé qui a suscité tout l’intérêt d’EcoRéseau.
sans se coucher. » Des sessions de 8 ou 20 minutes
sont proposées. « Celle de 8
minutes est davantage une
pause régénératrice qui va
permettre un regain d’énergie
pour les deux à trois heures
"Non, vous ne pouvez voir Mme Durand entre 13h30 et 14h.
Elle est ailleurs"
C
onsultants en somnolence en milieu
professionnel… Il
fallait oser. Les deux fondateurs de Someo à Lyon n’ont
rien de doux rêveurs ou de
facétieux agitateurs. Mais
plutôt de prestataires en rodage, qui ont la ferme conviction, preuves à l’appui, que
la sieste est un vecteur d’amélioration de la performance.
« En 100 ans, nous avons
perdu 90 minutes de sommeil
par jour, soit l’équivalent
d’un cycle de sommeil », argumentent les audacieux entrepreneurs. Or une pause régénératrice de 20 minutes
augmenterait la vigilance de
phée, afin de réduire à la
portion congrue accidents du
travail, baisse de productivité,
absentéisme, risques psychosociaux et turn-over élevé.
L’OREILLER HONNI
AU BUREAU
Leur but ? Que le salarié se
sente mieux physiologiquement. Les deux entrepreneurs
se diversifient ainsi sur le
bien-être en général, avec un
coach sportif qui aide à se
positionner devant l’ordinateur, ou des spécialistes alimentaires. Mais leur axe d’intervention principal reste la
sieste. « L’idéal serait 20 à
25 minutes de sommeil dans
“Une pause régénératrice de
20 minutes augmenterait la
vigilance de 54% et la performance de 34%, selon une
étude réalisée par la NASA
”
54% et la performance de
34%, selon une étude réalisée
par la NASA en 1995. Les
associés ont donc mis au
point des dispositifs de pauses
régénératrices opérationnels
et institutionnalisés, des formations adaptées et un accompagnement pour faciliter
ces rendez-vous avec Mor-
30
la journée, deux à trois fois
par semaine dans un lieu dédié », proclame Aymeric Masson. Un scénario peu probable
compte tenu des modes de
vie modernes. « Nous travaillons donc sur les microsiestes, en créant un environnement propice à ces petites tranches de repos prises
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
qui suivent. Elle est adaptée
avant une importante
échéance par exemple. Celle
de 20 minutes constitue une
vraie phase de récupération », distingue Benoit Germanos. Someo accompagne
les salariés pour les aider à
identifier leurs pics de somnolence – 20% d’entre eux
reconnaissent somnoler au
travail – et met à disposition
des outils pour atteindre plus
vite les phases de sommeil.
Au programme, dans une
pièce spécifique, des effets
olfactifs (parfums), visuels
(jeux de lumières particuliers)
mais surtout sonores, avec
des bruits de la nature et des
voix, inspirés des techniques
d’hypnose, de yoga, et de
sophrologie. « Ce guidage
verbal est censé ralentir l’activité cérébrale », explique
Aymeric Masson, qui révèle
que Someo teste en ce moment des outils sonores à
destination des salariés en
travail de nuit. L’accompagnement se révèle en revanche nécessaire, parce
qu’ « en Occident le sommeil
est tabou. Contrairement aux
pratiques en vigueur en
Chine, au Japon ou en
Afrique, celui qui part dormir
en entreprise est considéré
comme un paresseux. La salle
de sommeil ne suffit pas, il
faut y ajouter des ateliers
pédagogiques et une communication de la direction.
Sinon c’est très simple, les
gens n’y vont pas », révèle
Aymeric Masson.
RENCONTRE
FORTUITE ET
FRUCTUEUSE
Le concept atypique Someo
est né d’une rencontre amicale dans un club d’Aïkido.
Aymeric Masson et Benoit
Germanos sont issus d’uni-
vers bien distincts, mais ont
en commun cette appétence
pour plusieurs domaines. Le
premier est un ingénieur de
38 ans, sorti de l’Ensimag à
Grenoble. Attiré par la médecine, Aymeric Masson a
obtenu en parallèle un DEA
en médecine et biologie à
Grenoble. « Je gardais à
l’esprit la thérapie, malgré
une carrière de consultant
en informatique. En 2011
j’ai franchi le pas et me suis
lancé dans une reconversion
vers l’hypnothérapie, suivant
les cours de l’Institut fran-
çais d’hypnose Ericksonienne à Paris, sur mes
congés au début, totalisant
au final 100 jours de formation. » Le second est un
ingénieur du son de 29 ans,
passionné par « l’influence
du son sur l’état d’esprit
des gens ». Un BTS obtenu
à Cannes puis une licence
en audiovisuel et cinéma décrochée à l’université Lumière Lyon 2, Benoit Germanos a travaillé dans un
studio indépendant durant
plusieurs années, mais a vite
souhaité s’éloigner de cette
Encore un dossier bien pesant
voie : « le savoir-faire accumulé était surtout utilisé
à des fins de communication
sonore et de marketing ».
Les deux hommes n’avaient
pas pour objectif de s’associer et de créer une entreprise. « Nous avons accompli
un travail « one shot » avec
de sieste, ou Zen - Le bar à
sieste, font parler d’eux, ce
qui laisse quand même du
champ libre ». En avant toute
pour Someo donc, qui bénéficie depuis avril 2012 de
l’expertise de la couveuse
d’activités Cap Services à
Lyon, organisée sous forme
“En Occident le sommeil est
tabou. Contrairement aux
pratiques en vigueur en Chine,
au Japon ou en Afrique, celui
qui part dormir en entreprise
est considéré comme un
paresseux
”
un designer de lumière qui
voulait installer des dispositifs éphémères pour une
entreprise. Perfectionnistes,
nous avons passé beaucoup
de temps à tout peaufiner.
Nous nous sommes alors dit
qu’il serait dommage de ne
pas capitaliser sur les efforts
fournis et les résultats obtenus », résument pragmatiquement les deux complices.
LE SOMMEIL,
UNIVERS INFINI
Signe que dormir devient
un enjeu de bien-être au travail, trois jeunes diplômés
de l’Insa viennent de mettre
au point leur cabine de sommeil, Napiz, reprenant l’expression anglo-saxonne
de « power-nap », ou « sieste
énergisante ». « Nous avons
pu y diffuser nos scénarii
sonores lors de la journée
du sommeil en mars 2012 »,
se souvient Aymeric Masson,
selon qui la concurrence est
pour l’heure faible : « Seuls
Sixta, qui installe des salles
de coopérative. « Nos clients,
qui sont au nombre d’une
dizaine, peuvent être des collectivités, de grands groupes
industriels comme des startup de trois personnes. L’élément déclencheur reste la
prise de conscience du chef
d’entreprise », affirment les
deux entrepreneurs, qui procèdent par étapes, débutant
par des ateliers, des conférences de sensibilisation,
puis seulement des salles
spécifiques. « Nous équipons
un service, puis si les dispositifs plaisent ils sont diffusés. Notre porte d’entrée ?
La médecine du travail, le
CHSTC, les RH, les dirigeants et parfois le CE »,
résument les maîtres du sommeil qui signent enfin des
contrats. « Les choses mettent beaucoup plus de temps
que prévu à se mettre en
place ». Le monde de l’entreprise n’est pas un conte à
dormir débout…
Matthieu Camozzi
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 31
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Leçons de maux
Prospective
Reprise culottée
Money, Money… e-Money
Rachats successifs, délocalisations, perte de clients… Après un siècle de succès, Lejaby a sombré. Mais
renaît aujourd’hui dans différents projets où le luxe et les petites séries s’imposent.
Les monnaies digitales, décentralisées et en open source, sont en plein essor. Malgré leur part d’ombre,
elles pourraient déstabiliser le système monétaire mondial traditionnel. Pour le remplacer par un modèle
plus démocratique et au service de l’économie réelle ? Prospective fiction.
ans les années 1930,
Gabrielle Viannay
travaille comme
« cousette » dans l’entreprise
de lingerie F. Gauthier et
Cie. Lorsque cette dernière
migre à Bourg-en-Bresse,
l’ouvrière décide de créer
sa propre marque, à Bellegarde-sur-Valserine, dans
l’Ain, avec l’aide de son
beau-frère, Marcel Blanchard. C’est une créatrice
qui multiplie les innovations
pour l’élégance et le confort
de ses clientes. Si bien que
ses créations rencontrent vite
le succès. En 1961, soit sept
ans après la mort de Gabrielle Viannay, Lejaby est
acheté par Maurice et
Charles Bugnon. Doués pour
le marketing, ils développent
la marque dans toute l’Europe. En 1966 ils rachètent
la marque de maillots de
bain Rasurel, fondée en
1928, puis la marque de collants Well dans les années
1970. Dans les années 1960,
ils révolutionnent la lingerie
en recourant à des matériaux
innovants, comme la fibre
Lycra.
nologies, comme les microfibres, marquent le début du
déclin. Deux maux, en particulier, tombent sur l’entreprise familiale : les délocalisations et la vente à des
fonds étrangers. En effet, en
créant un premier atelier en
Tunisie en 1992, Maurice
Bugnon inaugure une longue
série de délocalisations pour
Lejaby. En 1996, après le
décès de Maurice Bugnon à
85 ans, l’entreprise est cédée
usines en France et en licenciant 650 employés.
SENS DESSUS-DES-
SOUS
Ainsi, au début des années
2010, Lejaby ne compte plus
que quatre sites de fabrication dans l’Hexagone : Yssingeaux, une centaine de
salariés ; Bourg-en-Bresse,
88 salariés ; Bellegarde-surValserine avec 47 salariés ;
Le Treil, une soixantaine de
au dernier trimestre 2011,
par manque de trésorerie, la
société est mise en redressement judiciaire, puis en
liquidation. En décembre,
cinq offres de reprise sont
présentées.
MAISON LEJABY
En janvier 2012, Lejaby est
reprise pour un euro symbolique à la barre du Tribunal
de commerce de Lyon par
un consortium mené par l’en-
L’ÂGE D’OR
Jusque dans les années 1990,
la société connaît un fort
développement et comptera
jusqu’à une dizaine de sites
en Rhône-Alpes et Auvergne,
pour 1200 salariés. Elle vend
dans toute l’Europe ses soutien-gorge, culottes et autres
guêpières.
Les années 1990, malgré
l’apport de nouvelles tech-
32
ciété des Atelières est en
train de tisser sa toile. En
janvier 2012, Muriel Pernin,
qui dirige une société de
communication, est particulièrement émue par le sort
des salariées de Lejaby. Elle
contacte Nicole Mendez, déléguée CFDT entrée chez
Rasurel en 1974. Ensemble,
elles vont mobiliser les éner-
D
écembre 2033, les
fêtes de Noël approchent et il est temps
de faire les derniers achats
pour garnir le pied du sapin
OGM – fluorescent et paré
d’une neige éternelle. Dans
les magasins, les clients scannent leur smartphone aux
caisses automatiques : pour
soumises à beaucoup de spéculation et souffraient d’une
faible liquidité, puisqu’elles
n’étaient connues que de
quelques geeks tendance anar.
Elles avaient aussi mauvaise
presse, puisqu’elles étaient
accusées de servir de refuge
aux hackers et à la mafia
Russe, et de favoriser le blan-
ou encore la Grande-Bretagne.
D’autres pays se sont montrés
plus conciliants, comme l’Allemagne, qui a reconnu le
Bitcoin dès octobre 2013
comme une monnaie privée,
se donnant ainsi les moyens
de le taxer. D’ailleurs, malgré
l’opposition des banques et
“
Les monnaies alternatives, digitales et
décentralisées, ont supplanté les reliques
qu’étaient le Dollar et l’Euro
”
Maison Lejaby mise sur le luxe
Lejaby tente de recoudre les morceaux
French touch
visé par deux leurs commandes. Pas de quoi néanmoins décourager Alain
Prost : « J’étais un entrepreneur dans l’âme et quand
l’opportunité de reprendre
Lejaby s’est présentée, j’ai
décidé de plonger et de réaliser un projet qui me tenait
à cœur. Je connaissais bien
le secteur et Lejaby, qui avait
au groupe Américain Warnaco, qui possède la marque
de sous-vêtements Calvin
Klein et de maillots de bain
Speedo. En 2003, Lejaby
subit son premier plan social,
avec la fermeture de quatre
usines et la suppression de
250 emplois. 40% de la fabrication seulement reste en
France.
En 2007, même si la marque
reste numéro 2 en France
derrière Chantelle, elle ne
compte plus que 650 employés et est mise en vente
par le groupe américain. Elle
est finalement achetée en
2008 pour 45 millions d’euros par le groupe autrichien
Palmers Textil AG, qui s’empresse de mener un nouveau
plan social en fermant trois
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
salariés. A Rillieux-la-Pape,
le siège social compte 250
salariés.
Mais en mars 2010, un nouveau plan social est annoncé,
visant à délocaliser la production en Tunisie, au Maroc
trepreneur Alain Prost – homonyme du célèbre pilote
automobile. Il conserve le
site de Rillieux-la-Pape, avec
195 employés. « La société
était très mal en point, elle
venait de perdre 10 millions
“L’esprit de Lejaby rejaillit
dans plusieurs projets
”
ou en Chine, pour ne conserver que 7 à 10% de la fabrication en France, contre 30%
auparavant. Dès septembre,
les ouvrières se mettent en
grève et occupent les locaux
et jusqu’en 2012, les personnalités politiques vont se
succéder à leur chevet. Mais
d’euros en 2011, pour un
chiffre d’affaires de 40 à 50
millions d’euros », se souvient le repreneur, ex-numéro
2 de Chantel et président de
La Perla. Le défi était grand :
l’entreprise avait perdu la
moitié de ses clients et ceux
qui étaient restés avaient di-
un grand savoir-faire, une
marque forte et une notoriété
que quelques années de difficultés ne pouvaient pas
vaincre. » Pour relever l’entreprise, il change le nom :
Lejaby devient Maison Lejaby. Puis il mise sur quatre
collections : Collection Principale, Collection Elixir, pour
les femmes rondes, Collection Bain (ex-Rasurel) et
Collection Couture, une nouvelle gamme luxe 100%
made in France lancée en
juillet 2012. En 2012, Maison Lejaby a réalisé 24 millions d’euros de chiffre d’affaires, et vise 30 millions
d’euros pour 2013. Pour
l’avenir, Alain Prost assure
que « Maison Lejaby devra
récupérer ses clients traditionnels et, pour le luxe, sortir des frontières françaises
afin de viser les marchés
européens, asiatiques et
moyen-orientaux ».
LES ATELIÈRES
L’esprit de Lejaby rejaillit
dans plusieurs projets. Outre
la reprise du site de Bourgen-Bresse avec 50 salariés
par la marque de lingerie
Princesse Tam-Tam, la So-
gies pendant un an. En juin,
elles créent une association
et lancent une souscription
sur les réseaux sociaux qui
leur permet de réunir 85 000
euros, et elles réunissent des
financements, notamment
60 000 euros de la part de
la région Rhône-Alpes. En
juillet, elles nouent un partenariat avec Maison Lejaby,
qui leur passe des commandes et leur vend à prix
d’ami des machines. En octobre 2012, elles créent une
Société coopérative d’intérêt
collectif (SCIC), lancent les
recrutements et la formation.
Le 14 janvier 2013, Muriel
Pernin et Nicole Mendez ouvrent finalement la Société
des Atelières à Villeurbanne
avec 26 employés, dont 22
couturières. « J’aurais pu
prendre ma retraite tranquillement, mais ce projet
est fantastique, explique Nicole Mendez. Après avoir
passé les dernières années
dans la difficulté, dos au
mur, je peux enfin regarder
devant. »
Aymeric Marolleau
300 bictoins, c’est un robotmajordome pour toute la famille ; pour 100 bitcoins, un
skateboard volant pour le fils
de 16 ans. Un café coûte 50
satoshis – les centimes de bictoins. Depuis quelques années,
les monnaies alternatives, digitales et décentralisées, qui
se passent des institutions financières, ont supplanté les
reliques qu’étaient le Dollar
et l’Euro. Aux Etats-Unis et
en Europe, les planches à billet
des Banques centrales ont
cessé de tourner. Dans le choix
d’émettre la monnaie, les internautes ont remplacé les
gouvernements, les pièces
conservées dans les foyers
servent à caller les meubles
et les billets à bourrer les oreillers. Après avoir révolutionné
l’industrie de la musique, des
médias, du commerce et de
la banque, Internet a renversé
la monnaie traditionnelle, centralisée et arbitraire.
Les débuts des « crypto-monnaies » ont pourtant été laborieux. Dans les années
2000, de nombreuses monnaies électroniques décentralisées ont vu le jour, soit
créées par des développeurs
sous forme de logiciels libres,
comme le Bitcoin et le Litecoin, soit parce qu’elles sont
apparues dans des jeux vidéos
avant de s’immiscer dans
l’économie réelle, comme le
Linden, la monnaie de Second Life. Ces monnaies
étaient alors très instables,
chiment d’argent et les transactions illicites. Avec comme
point culminant la fermeture
par le FBI du site Silk Road
– l’eBay de la drogue – en
2013, amenant la saisie de
26 000 bitcoins, soit l’équivalent de 3,5 millions de dollars. En juillet 2013, la Thaïlande a été le premier pays à
interdire la circulation de la
monnaie créée en 2009 par
un certain Satoshi Nakatomo
– un pseudo – suivi dès 2015
par les Etats-Unis, la Russie
des gouvernements, les monnaies décentralisées ont profité des erreurs de ces derniers, en particulier la crise
de l’Euro, l’instabilité monétaire et économique mondiale, et l’affaire de l’espionnage par la NSA en 2013,
incitant les individus à protéger davantage leurs données
personnelles. Devant l’obstination de la Banque centrale
européenne à refuser de relancer l’inflation malgré le
poids écrasant de la dette,
Alternative crédible ou monnaie de singe ?
de plus en plus de jeunes se
sont tournés vers le Bitcoin
pour investir et placer leurs
économies. Dans le même
temps, les banques traditionnelles étaient court-circuitées
par l’essor du financement
participatif et des prêts entre
particuliers. Les épargnants
prenaient leur revanche sur
un système financier qui les
avait dupés en 2007-2008.
Dans des pays où les
échanges financiers étaient
très contrôlés, comme l’Iran
ou la Chine, les monnaies
peer-to-peer anonymes ont
apporté une liberté bienvenue.
Aujourd’hui, de plus en plus
de voix s’élèvent même pour
réclamer l’instauration de
l’étalon-Bitcoin pour remplacer l’étalon-or. La finance
enfin domptée par l’esprit
peer-to-peer ?
Aymeric Marolleau
Oleg Andreev, éditeur de logiciels (Pierlis) et programmeur informatique installé à Paris, familier de la monnaie digitale Bictoin.
Le point de vue du spécialiste
D
Qu’est-ce que Bitcoin ?
C’est d’abord un protocole informatique et un
logiciel open source qui définit comment des
jetons digitaux peuvent être transférés d’une
personne à une autre sans qu’il soit nécessaire
de faire intervenir un tiers de confiance intermédiaire. Le protocole et toutes les transactions
sont publics, ce qui rend le système très transparent. Comme le nombre de jetons est limité
et le rythme de leur création prédictible, c’est
un bon collectible, à l’instar de l’or. Mais Bitcoin
a aussi des frais de transfert et de conservation
très faibles, ce qui en fait une bonne monnaie,
contrairement à l’or.
Par qui a-t-il été créé ?
Bitcoin a été créé en 2009 par un développeur
qui a pour pseudonyme Satoshi Nakatomo et
appartient sans doute à la communauté des
« cypherpunks », constituée de personnalités
telles que Julian Assange, Wei Dai ou Hal Finney.
Il a expliqué avoir travaillé sur le projet pendant
deux ans. Fin 2008, il a rendu public un livre
blanc expliquant les principes de base de Bitcoin,
puis, le 3 janvier 2009, la première version de Bitcoin.
Depuis, de plus en plus de gens étudient son fonctionnement exact.
Combien de Bitcoins sont en circulation ?
Il n’y aura jamais plus de 21 millions de bitcoins, et
chaque bitcoin contient 100 millions de satoshis. Mais
le montant réel n’a pas d’importance, c’est un simple
choix de nom. Ce qui importe, c’est la liquidité
totale (« combien de personnes l’utilisent ? ») et quelle
part vous en possédez comparativement aux autres. Si
Bitcoin s’apprécie tellement que même 1 satoshi est
trop grand pour acheter un chewing-gum, alors les internautes n’auront qu’à ajuster légèrement le protocole
pour permettre des divisions plus petites.
Est-ce une monnaie sûre ?
Bitcoin échange un risque systémique (la confiance
reposait sur le gouvernement et les banques) contre un
risque individuel. Il est toujours possible de confier ses
bitcoins à un tiers, mais vous pouvez aussi conserver
vos clés secrètes (utilisées pour signer des transactions)
dans votre propre ordinateur, sur votre téléphone mobile
ou votre disque dur externe, ou même sur une feuille de
papier. La plupart des utilisateurs les stockent dans leur
propre « porte-monnaie ». Si ce dernier rencontre un
bug, ou si leur ordinateur a un virus, les bitcoins peuvent
être volés ou irrémédiablement perdus. Au moins, la
perte d’une seule personne n’a que peu d’effet sur l’ensemble de l’économie, au contraire du système bancaire
traditionnel. Avec le temps, la sécurité des porte-monnaie
électroniques s’améliore et les utilisateurs seront de
plus en plus éduqués à la sécurité de leurs bitcoins.
Quels sont ses avantages ?
Bitcoin est bien moins cher pour envoyer de l’argent
dans d’autres pays. Western Union prend 30 dollars là
où Bitcoin prélève 0,05 dollars ou rien du tout. Il peut
être utilisé dans des pays où aucune autre monnaie ne
passe, par exemple pour envoyer de l’argent en Iran ou
en Chine. Les comptes Bitcoin ne peuvent pas être
gelés et il n’y a pas de limite de retrait. Pour les commerçants, c’est un mode de paiement moins onéreux
que les cartes de crédit, qui prélèvent une commission
de 3 à 5%, et plus sûr. Pour les acheteurs, c’est un mode
de paiement plus sûr, puisqu’on ne révèle pas ses codes
secrets au marchand, contrairement aux cartes de crédit.
A.M.
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 33
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Créer aujourd’hui
Les séniors entrepreneurs
Les séniors sont de plus en plus nombreux à créer leur boîte. Plus expérimentés, plus prudents, mieux
armés financièrement que leurs cadets… Leurs atouts sont nombreux et le phénomène prend de
l’ampleur. Une bonne nouvelle face au problème du vieillissement de la population.
2
2 millions de français
ont 50 ans ou plus.
En 2030, les séniors
seront 30 millions, soit 40%
de la population. Le vieillissement de la société n’est
pas sans poser problème,
puisque les dépenses de santé
et de retraite pèsent de plus
en plus sur le budget de
l’Etat. Il est également réputé
menacer l’innovation et le
dynamisme économique,
puisque les séniors manifestent plus d’aversion au risque
que leurs cadets, et se montrent moins novateurs. De
plus, « l’espérance de vie
en bonne santé à la retraite
est passée de neuf ans en
1975 à presque 20 ans aujourd’hui, alors que les régimes de retraite sont en
danger », observe l’économiste Stéphane Rapelli.
CRISE ET AUTO-
ENTREPRENEURIAT
Une partie de la solution
pourrait provenir d’un phénomène qui prend de l’ampleur : les séniors sont de
plus en plus nombreux à
créer leur entreprise. C’est
le constat qui ressort d’une
étude menée par deux chercheurs, Stéphane Rapelli,
déjà cité, et Serge Guérin,
sociologue, pour le compte
de l’Observatoire Alptis de
la protection sociale.
Selon leur étude, « plus un
sénior actif avance en âge,
plus il se tourne vers l’entrepreneuriat » ; « si les entrepreneurs représentent seulement 11,1% des actifs occupés, ils regroupent 15,7%
des travailleurs âgés de 50
ans et plus. » Autres chiffres : « selon l’Insee, près
de 16% des créateurs ont
au moins 50 ans » et « un
entrepreneur sur cinq âgé
de 50 ans ou plus en 2011 a
lancé une activité ou pris la
direction d’une entreprise
après avoir atteint la cinquantaine ». En outre, « il y
a une forte corrélation avec
la simplification de la création d’entreprise à partir de
2003, et une accélération
depuis 2009 avec l’auto-entrepreneuriat », observe Stéphane Rapelli.
Comment expliquer cet engouement des aînés pour
l’entrepreneuriat ? Il y a
d’abord un phénomène social
propre à la France, où les
séniors sont progressivement
exclus de l’emploi salarié :
« A partir de 50 ans, ils ne
se sentent plus très bien dans
l’entreprise, ils ressentent
un regard négatif peser sur
eux, et préfèrent partir créer
leur propre affaire », observe
Stéphane Rapelli. Pour Serge
Le nouvel attribut des entrepreneurs modernes
Guérin, « l’image des séniors
en entreprise reste négative
en France, contrairement
aux pays du Nord. A mesure
qu’on vit plus longtemps, on
nous rend vieux plus tôt ».
La crise et le chômage des
séniors ont aussi un effet
non négligeable, car en dépit
des études qui prouvent le
contraire, ils sont souvent
considérés comme moins
productifs par leurs employeurs. Tomber au chômage à quelques années de
la retraite peut entraîner une
création
d’entreprise
contrainte, pour répondre à
un besoin de compléter de
trop faibles revenus. Mais
toutes les créations d’entreprise ne sont pas contraintes :
« En arrivant à la retraite,
certaines personnes perdent
leur réseau, leurs contacts,
leur statut social, et souffrent
de devenir une charge pour
l’Etat. Ils ne se sentent pas
vieux, et créer leur petite
entreprise est une façon de
rester actifs plutôt que de
rejoindre le club de bridge »,
observe Stéphane Rapelli.
Le phénomène pourrait encore s’accentuer à l’avenir :
« Les séniors vont continuer
Î
J’aime ma boîte
par Sophie
de Menthon
Présidente d'ETHIC
Présidente de SDME
Membre du CESE
34
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
L
Souriez ! vous aimez votre boîte…
’entreprise c’est une
aventure quotidienne,
c’est l’aventure de chacun d‘entre nous. Une aventure
qui se vit sous toutes les formes
possibles, qui constitue un
socle sur lequel, qu’on le
veuille ou non, repose notre
vie personnelle ; le socle fondamental non seulement de
notre économie mais aussi de
notre pays. Que deviendrait
ce fameux « vivre ensemble »
(nouvelle expression favorite
des médias et des politiques)
sans entreprises…
Le fait de dire J’aime ma boîte
c’est revendiquer tout simple-
ment que chaque matin on se
lève pour aller participer à une
aventure collective, avec ses
déceptions, ses joies, ses succès
et ses échecs. Que l’on ait
plutôt choisi en France de dire
de l’entreprise qu’elle est le
creuset de l’exploitation des
salariés et un nouvel enjeu de
la lutte des classes est totalement contre-productif et gravement anxiogène. On ne peut
pas résumer le monde de l’entreprise quelle qu’en soit la
taille ou l’activité à des conflits
sociaux, du stress, un décompte
des heures ou à la pénibilité.
Rappelons au contraire que
chaque jour des salariés font
gagner leur boîte en se dépassant et qu’ils en sont heureux,
que chaque jour des employés
s’épanouissent, se consolent,
s’expriment, créent ou tout
simplement font avec plaisir
ce qu’ils ont à faire !
Ce n’est pas parce que des
syndicats font grève, parce
qu’un licenciement collectif
bouleverse une petite ville
qu’un secteur se porte mal
qu’il faut endeuiller la nation
toute entière… STOP à cet
amour de ce qui ne fonctionne
pas dont les médias se repaissent en contribuant à faire
croire que l’entreprise est un
lieu de rapport de force toujours
en défaveur des salariés.
Nous avons envie d’un autre
regard (non pas celui d’un
« bisounours ») mais celui qui
permet de raconter ce qui a
fait un succès, la fierté de
lancer un produit nouveau, la
difficulté qui a failli faire capoter un projet, une proposition
pour simplifier… un reportage
objectif du quotidien de l’entrepreneur et de ses acolytes.
Le rendez-vous de ceux qui
agissent et qui aiment ça !
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Franchise
& Partenariat
Créer aujourd’hui
bénéficient de plus de capital.
De ce fait, les banquiers leur
déroulent plus volontiers le
tapis rouge qu’aux jeunes
entrepreneurs moins bien lotis question portefeuille. En-
tionnels », observe Stéphane
Rapelli. Là où les jeunes
ambitionnent de conquérir
des parts de marché, leurs
aînés se contentent plus souvent de chercher l’indépen-
phique du pays, Stéphane
Rapelli met en garde : « Ce
n’est pas la solution absolue,
il ne s’agit pas de mettre
100% d’une génération à
son compte passé 50 ans.
par
Michel Kahn
Î
à rajeunir, ils seront mieux
formés, plus préparés »,
considère Serge Guérin. Et
si, aujourd’hui, les séniors
entrepreneurs sont en grande
majorité des hommes, leurs
Consultant expert en franchise et partenariat, Président de
l’IREF - Fédération des Réseaux Européens de Partenariat et
de Franchise, Auteur de « Franchise et Partenariat »
(Dunod. Paris, 2009)
Que choisir ?
S
Près de 16% des créateurs d’entreprise ont au moins 50 ans, et sur la période 2003-2011, les 60-64 ans sont ceux qui contribuent le plus à la croissance des effectifs entrepreneuriaux derrière les moins de 39 ans.
rangs devraient se féminiser
progressivement. « Dans une
société de services, il serait
logique de les voir créer
plus souvent des entreprises
dans ce secteur », explique
le sociologue.
RÉSEAU,
EXPÉRIENCE ET
PATRIMOINE
Stéphane Rapelli remarque
que « l’espérance de vie des
entreprises créées par les
séniors
dépasse
la
moyenne », ce qui montre
que leurs tentatives sont davantage couronnées de succès que leurs cadets. Il faut
dire que, par rapport aux
jeunes, les anciens ont de
sérieux atouts. D’abord, leur
assise financière est plus importante. Ils ont fini de rembourser leurs emprunts et
suite, ils ont eu le temps de
constituer un réseau conséquent, et d’acquérir de l’expérience. « Cela les rend
“
L’espérance de vie des
entreprises créées par les
séniors dépasse la moyenne
”
plus prudents, plus attentifs
aux alertes comptables »,
remarque l’économiste.
Quant au réseau, il compte
beaucoup au moment de se
constituer une clientèle. Autre différence générationnelle : « Les jeunes ont tendance à miser sur de grands
projets à la Bill Gates, tandis
que les séniors sont plus ra-
Avant la création :
Les futurs entrepreneurs doivent réunir et analyser de nombreuses données. Le site de l’Insee propose des
outils gratuits :
- Odil (Outil d'aide au diagnostic
d'implantation locale), un dispositif
qui permet de réaliser une étude de
marché ou d'implantation, de prendre connaissance de statistiques et
de visualiser la carte des concurrents
potentiels.
Lien : http://www.insee.fr/fr/publics/default.asp?page=entreprises/odil.htm
de laisser une trace par la
transmission de son affaire
lorsque l’heure de la retraite
professionnelle aura sonné
pour de bon.
CUMUL EMPLOI-
RETRAITE
Si l’entrepreneuriat des séniors peut être une partie de
la solution au défi démogra-
Tous n’ont pas la fibre entrepreneuriale. » En revanche, il plaide pour une
meilleure prise en compte
du phénomène par les pouvoirs publics, et notamment
le maintien de l’auto-entrepreneuriat. « Il faut des structures de formation pour aider
les séniors à sauter le pas,
de l’information pour les
orienter dans la mise en
place de leur projet. » Il estime aussi que « le plafond
du cumul emploi-retraite, qui
est de 18 000 euros par an
aujourd’hui, mériterait d’être
relevé ». Surtout pour des
catégories professionnelles
dont les régimes de retraite
ne donnent droit qu’à une
pension n’excédant même
pas 10 000 euros par an.
Aymeric Marolleau
et renforce la confiance.
A quel type d'enseigne devraient s'intéresser les candidats à l'entrée dans un réseau ?
Il faut être pragmatique. Certains quittent un niveau de
revenus pour trouver une situation dans une activité pour
eux plaisante. Le choix n'est
pas simple et dans les 1800
réseaux, il y a de tout. L'intérêt
portera sur :
• les concepts différenciés
de la concurrence ;
• les enseignes qui permettent
de capitaliser et valoriser
le fonds de commerce ;
• les enseignes positionnées
sur un marché porteur, durable et d'avenir ;
• les enseignes dotées de stratégies où chacun a la capacité de s'exprimer et d'optimiser ses résultats avec
l'apport d'expériences souvent riches ;
• les enseignes ayant une culture et des valeurs qui favorisent la fertilisation croisée dans un esprit de partenariat.
Outils d’aide à la gestion astucieux
Conseils
l'Insee qui vise à définir les critères
de réussite d'une création, en suivant une génération d'entreprise sur
cinq ans.
Lien : http://www.insee.fr/fr/publics/default.asp?page=entreprises/sine.htm
- Alisse (Accès en ligne aux statistiques structurelles d'entreprises) :
base de données comptables de
tous secteurs d'activité utile pour
celui qui élabore ses comptes prévisionnels
Lien : http://www.insee.fr/fr/bases-dedonnees/default.asp?page=alisse.htm
- Sine (Système d'information sur les
nouvelles entreprises) : enquête de
36
dance. En outre, le fait de
créer sa boîte, chez les anciens, peut répondre à un
besoin de « survivance »,
elon une tradition annuelle bien ancrée,
l'IREF (Fédération des
réseaux européens de partenariat et de franchise) a décerné le 21 octobre dernier,
les trophées du 26e concours
des " Meilleurs Franchisés
& Partenaires de France".
Les réseaux de franchise et
de partenariat se portent plutôt
bien et résistent mieux que
le commerce traditionnel à
la crise, toutes enseignes
confondues, malgré un environnement économique plutôt morose.
Comment l'expliquer ?
Le premier facteur est d'ordre
psychologique. Un réseau,
par son management participatif (essentiellement dans
les réseaux de partenariat)
entraîne les hommes dans
une spirale positive. Le mental y est pour beaucoup, on
est soutenu, stimulé. L'attention est davantage attirée sur
les détails… Cette montagne
de détails qui fait la différence
entre la réussite et l'échec.
C'est aussi la visibilité d'une
enseigne nationale qui rassure
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
Pendant la création :
Les SAP, Cegid, et autres qui ne sont
plus à présenter, proposent des solutions performantes en ligne ou à installer. Mais il existe aussi des logiciels
et utilitaires gratuits et Open Source
pour les auto-entrepreneurs et ceux
qui aspirent au strict minimum :
- Ciel Autoentrepreneur
L’éditeur par excellence des TPE-PME
pense aussi aux auto-entrepreneurs.
Conçu en partenariat avec l’APCE,
Ciel Autoentrepreneur est gratuit,
consultable et administrable lors d’un
déplacement. Utile pour la gestion
des contacts clients et fournisseurs,
réalisation des devis et factures, suivi
de l'activité, comptabilité…
- EBP Autoentrepreneur Pratic
Des logiciels précieux gratuits 40
jours pour la comptabilité, les finances et la fiscalité, la gestion commerciale et la facturation, la paie et
même, en amont, le business plan.
- Solegis Autoentrepreneur
Solution, gratuite et sans période
d’essai pour gérer les ventes et les
achats, les statistiques par client et
par produit.
- Dolibarr
Ce progiciel de gestion intégré Open
Source inclut les fonctionnalités d'un
CRM. Il permet de gérer fournisseurs, stocks, produits et suivis de
commandes, devis, factures, et acti-
vité commerciale. C'est un logiciel
modulaire, qui permet donc d'installer les fonctions qui correspondent
aux besoins.
- Gestan
Solution pour la gestion des
contacts, les tâches à exécuter, les
devis et factures, la comptabilité. Le
forum alimenté par une communauté de près de 3000 membres est
très utile.
- ComptAE
Logiciel gratuit en ligne mis à disposition par Fiducial pour satisfaire aux
obligations comptables et réaliser
des factures et devis. Des aides sur
la gestion fiscale et sociale complètent l’offre.
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Business guides
Business guides
Séminaires d’entreprise : objectif efficacité !
Si le chiffre d’affaires généré par le tourisme d’affaires est en recul de 4,9%, selon une étude réalisée par
Coach Omnium, le séminaire d’entreprise reste un moyen privilégié de management, à condition
toutefois d’en connaître les clés de succès.
■ DÉFINIR UN
OBJECTIF CLAIR
Communiquer une nouvelle
importante. Un séminaire
peut avoir pour motif la communication d’une nouvelle
importante dans la vie de
l’entreprise : annonce des ré-
des séminaires est passée de
trois à deux jours, faisant
opter pour des destinations
plus proches.
forcer la cohésion des équipes
suite à une restructuration
douloureuse, resserrer les
rangs derrière un responsable
“Le séminaire doit répondre
à un but précis
”
mercier les salariés pour leur
implication.
Manager en peu de temps.
S’il est souvent perçu par les
participants comme un moment de détente, le séminaire
d’entreprise n’en reste pas
moins un outil de management à part entière. Intégrer
de nouveaux arrivants, ren-
d’un bon dosage entre travail
et loisir. Et pour que les activités choisies atteignent leur
objectif, elles doivent plaire
au plus grand nombre, si ce
n’est à tous. Côté entreprise,
« on remarque une demande
forte visant à sortir du cadre,
les organisateurs veulent
quelque chose de différent »,
conclut Patrick Toutlouyan.
Les ateliers cuisine, la valeur
sûre. L’originalité à tout prix
n’est pas toujours une bonne
stratégie. Mieux vaut, parfois,
opter pour des activités pour
lesquelles le taux de satisfaction est élevé. C’est le cas
notamment de la cuisine :
« Les ateliers cuisine fonctionnent bien, fait remarquer
le responsable marketing et
communication d’Elior Evénements. Réaliser des recettes
à plusieurs permet de se découvrir. On se retrouve à
créer ensemble. »
Les serious game : une formule tendance. « Parmi les
activités qui ont la cote, on
remarque celles tournant autour des nouvelles technolo-
gies », constate Patrick Toutlouyan. Les serious games,
en français « jeux sérieux »,
permettent de « casser la routine ». Il s’agit de manipuler
des logiciels de formation
utilisant les codes des jeux
vidéo à des fins d’apprentissage professionnel. Ces outils
permettent par exemple de
simuler des scénarios aux-
Î
Qu’il ait pour fonction de
renforcer la cohésion d’équipe
suite à l’arrivée de nouveaux
salariés, ou que son objectif
consiste à réunir les forces
vives lors d’une journée de
travail hors du cadre de l’entreprise, le séminaire doit répondre à un but précis. Telle
est la condition indispensable
si l’on veut en mesurer le retour sur investissement.
sultats, présentation de la stratégie, félicitation des troupes
suite à de bons résultats ou
tout simplement envie de re-
la science. Par exemple, une
société de lunetterie m’a récemment demandé d’organiser son événement au sein
de l’Observatoire de Paris,
de projet, placer les troupes
en ordre de bataille suite à
l’annonce d’une nouvelle stratégie… Les buts recherchés
sont multiples. Réunir les salariés dans un contexte de
détente permet de renforcer
les liens plus naturellement.
Résoudre un problème insoluble. Certaines difficultés
Pause café…
persistantes sont perçues
comme des situations insolubles. Une journée de travail
en dehors du contexte habituel
permet d’appréhender certaines questions avec une plus
grande liberté d’esprit, favorisant par là-même des solutions nouvelles.
Retenir les talents. Autre effet attendu, moins avouable
celui-ci, la rétention des talents
au sein de l’entreprise. La
raréfaction des augmentations
et des promotions internes
contraint les managers à trouver des parades. Le séminaire
peut être perçu comme une
forme de gratification. S’il
favorise les liens entre salariés,
il constitue également une
bonne manière d’intensifier
la relation entre le salarié et
l’entreprise elle-même.
Une fois l’objectif défini,
reste à l’intégrer au sein d’un
événement. Sachez, dès lors,
que l’enjeu du séminaire d’entreprise se traduit aussi en
38
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
termes d’image ! Il vise certes
à transmettre un message,
mais son organisateur ne doit
pas oublier qu’il constitue,
en lui-même, un message.
■ LES NOUVEAUX
PARAMÈTRES
Ni trop, ni trop peu. S’il
s’agit d’un moment de détente, un voyage d’affaires
ne peut être perçu comme
synonyme de vacances.
L’équilibre entre travail et
détente est le fruit d’un savant
mélange qu’il revient aux organisateurs de définir.
Sobriété, le maître mot. Exit
châteaux et palaces, destinations exotiques et soirées arrosées où le champagne coule
à flots. Lorsque l’on s’aventure hors de France, c’est
souvent pour des destinations
européennes desservies par
des vols low cost. Tous s’accordent pour affirmer qu’en
matière de séminaire d’en-
treprise, la sobriété a remplacé
l’exubérance antérieure à la
crise.
Servir très directement l’objectif. Les choix liés à l’organisation ont tous pour point
commun de servir directement
l’objectif fixé. Si l’accent est
mis sur la création de lien,
on privilégiera un chalet qui
favorise une ambiance intimiste, quasi familiale. Aux
activités « perso » et onéreuses telles que le ski, on
préférera les activités collectives qui permettent les
échanges : rejoindre un lieu
de réception en raquettes, se
promener en forêt…
Avant tout, du sens. « Les
responsables de l’organisation des séminaires cherchent
avant tout un lieu qui ait du
sens, constate Nadine Jaulin,
directrice associée du groupe
Jaulin. Ils veulent par exemple
associer leur événement à un
endroit lié à l’histoire ou à
car on peut y admirer la lunette de Lavoisier. »
Des destinations moins éloignées. L’endroit choisi doit
faire rêver avant le départ,
dépayser lorsqu’on y est, tout
Les formules « tout compris ». Terminé le temps où
les responsables communication géraient eux-mêmes
l’intégralité des aspects du
séminaire, négociaient poste
par poste les tarifs. Au-
“La réussite dépend d’un bon
dosage entre travail et loisir
”
en restant abordable au moment de passer à la caisse.
Choisir un lieu n’est donc
pas simple. Si le programme
de travail est chargé, rien ne
sert de passer l’équateur…
En revanche, lorsqu’il est
question de chouchouter les
salariés, un lieu plus exotique
peut être privilégié.
Durée : la tendance est au
court. Du week-end prolongé
à la journée d’étude, côté durée, la tendance est aussi à la
baisse. En 15 ans, la durée
jourd’hui, l’achat all inclusive
a la cote. « Nous remarquons
une forte demande pour les
formules « tout compris »,
confirme Patrick Toutlouyan,
responsable marketing et
communication chez Elior
Événements.
■ TRAVAIL-DÉTENTE :
LE BON DOSAGE
Que l’événement s’intitule
« journée d’étude » ou « séminaire d’entreprise », sa
réussite dépend avant tout
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 39
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Business guides
quels le salarié sera confronté
dans le cadre de son activité.
Il peut ainsi tester son comportement, être mis en garde
contre des réactions inappropriées, etc. Autrefois très onéreux car réalisés sur demande
par des entreprises spécialisées, la pratique se démocratise suite à la commercialisation de logiciels « prêts à
l’emploi ». Seule limite : les
organisateurs doivent s’assurer que des ordinateurs seront
mis à disposition lors des
séances de serious game.
■ LA PRÉPARATION
EN AMONT : CLÉ DE
L’EFFICACITÉ
Anticiper. L’anticipation permet une plus grande efficacité.
Un séminaire s’organise plusieurs mois à l’avance. Une
exigence de moins en moins
respectée. « Nous remarquons
que la tendance est aux demandes de dernière minute,
constate Patrick Toutlouyan.
Les décisions sont prises au
terme de délais interminables
et, lorsqu’elles sont définitives,
nous devons être capables de
répondre dans un délai ultra
court. Nous avons donc pris
le parti de délivrer une réponse qualifiée en 48h maximum. » Si l’offre de services
est importante, il n’est pas
évident d’obtenir rapidement
une réponse réellement qua-
Ils vont se serrer
les coudes…
Entretien avec Nadine Jaulin, présidente du groupe Jaulin
« L’époque des dépenses somptuaires est révolue »
A qui s’adresse votre offre ?
Nous sommes spécialisés dans
la construction d’espaces pour
des événements d’une certaine
envergure. L’histoire de notre
entreprise fait que nous nous
situons sur le créneau des gros
événements. C’est aujourd’hui
sur ce type d’offre que notre
valeur ajoutée est la plus importante. Nous venons par
exemple de remporter le marché des jeux équestres mondiaux, celui de l’anniversaire
du Débarquement… Nous
avons pour clients nombre
d’entreprises du CAC 40.
En quoi consiste votre métier ?
Notre service prend en compte
la recherche du lieu, la location
de ce lieu éventuellement, la
construction du décor, la gestion de la vidéo, le mobilier…
Nous sommes capables de gé-
40
rer l’intégralité de l’événement
depuis la construction du lieu
et de son décor, jusqu’aux petits cadeaux offerts aux participants… Nous avons la capacité à entrer dans les moindres détails de l’organisation.
Lorsque nous n’intégrons pas
le savoir-faire nécessaire en
interne, nous sommes capables
de travailler en sous-traitance
avec tous les corps de métiers.
Nous avons beaucoup de
concurrents sur chacun des
métiers : le mobilier, les stands,
le son… mais finalement peu
sont capables d’intégrer toutes
ces compétences.
Quelles tendances observez-vous en termes d’organisation d’événements
d’entreprise ?
Les mots d’ordre sont la qualité, l’authenticité, la discrétion.
Les entreprises ne veulent pas
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
paraître trop riches. Elles privilégient la fonctionnalité et
l’efficacité.
Apportez-vous également
du conseil ?
Nous accompagnons chaque
client sur tous les aspects liés
à la construction, notamment
celui de la sécurité. Il s’agit là
d’une question que nous maîtrisons bien. Nous sommes en
contact avec les bureaux de
contrôle, la Préfecture… Nous
fournissons les extincteurs.
Nous veillons à ce que tous
les choix se fassent dans le
respect des normes de sécurité
obligatoires. Il nous est par
exemple arrivé de refuser de
mettre en place un mobilier
écologique en carton au motif
qu’il ne répondait pas à ces
normes.
M.B.
lifiée, répondant en tous points
au brief du client. Les entreprises capables d’apporter une
dimension de conseil ont donc
un temps d’avance. Si la préparation logistique arrive en
dernier, pas question de laisser
la préparation du contenu des
réunions pour la dernière minute. L’anticipation reste, rappelons-le, une clé de l’efficacité du tourisme d’affaires.
Consulter tous les services.
Le programme du séminaire
inclut en principe la collaboration de différents services.
teractifs peuvent à cette fin
être placés sur l’intranet ou
sur un site web créé spécialement pour l’événement.
■ MESURER LE
RETOUR SUR
INVESTISSEMENT
place et le rôle de chacun dans
leur déroulement. Ce procédé
rend concrets les projets évoqués lors des échanges au
cours du séminaire. La feuille
de route permet de clarifier
certains points qui n’auraient
pas été bien compris.
Qu’il s’agisse d’atteindre un
objectif financier, de retenir
les talents, de stimuler les
forces de vente, de favoriser
la créativité des équipes… le
séminaire d’entreprise a désormais une obligation de résultat. Plus question de dé-
Des modules d’évaluation.
Des modules d’évaluation
peuvent être mis en place
suite au séminaire. Ils offrent
aux organisateurs un retour
plus qualitatif et permettent
d’évaluer la perception des
messages et l’intégration des
“Plus question de dépenser sans espérer
un retour sur investissement
”
La meilleure manière de favoriser les échanges consiste
à laisser du temps aux personnes concernées. En outre,
il est conseillé de nommer
un facilitateur. Ce dernier
pourra, en amont, sonder les
attentes pour affiner les programmes. Des modules in-
penser sans espérer un retour
sur investissement à court,
moyen ou long terme.
La feuille de route. Une
feuille de route peut être remise
aux collaborateurs dès leur
retour dans l’entreprise. Celleci liste les actions à mettre en
apprentissages. Enfin, le séminaire peut également être
mis en ligne sous forme de
vidéos, ne limitant plus son
efficacité à la seule durée du
séminaire.
Marie Bernard
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Business guides
Communiqué
Ce que veulent les femmes
DISNEYLAND® PARIS
Réinventez vos
évènements !
Offrir un présent à des collaboratrices ou des clientes. Simple comme bonjour ? Mieux vaut enfiler des
chaussons, pour marcher sur des œufs…
Rencontre avec Eloi Courcoux, directeur Business Solutions-Disneyland® Paris
Que recherchent actuellement
les entreprises en matière
d’évènementiel ?
Eloi Courcoux : Les entreprises
cherchent avant tout des lieux
uniques, ludiques et capables de répondre à tous leurs besoins logistiques et d’accueil. Une attente à
laquelle Disneyland® Paris répond
en leur proposant une forte capacité
d’accueil, aussi bien en termes d’hébergement que de restauration avec
nos 7 hôtels et nos 58 restaurants ;
que de salles de réceptions avec notamment nos deux centres de
conventions pouvant accueillir
jusqu’à 6000 personnes. Nous leur
proposons également un site unique
à travers nos deux parcs Disney.
Nous mettons ainsi à leur disposition 23 500 m2 modulables, entièrement privatisables. Ces différents
lieux ou espaces sont intégrés au
sein d’un même site, sur lequel tous
les déplacements peuvent se faire à
pied.
E
bon goût d’offrir l’épilateur
à la mode ou la dernière
brosse à dents électrique
au sexe faible ? Comment,
dès lors, faire mouche tout
en considérant la femme
dans toute sa complexité ?
D’autant que derrière le
message qu’induit le ca-
DES CONSTANTES
DANS LA LOGIQUE
D’OFFRIR
Les enjeux des cadeaux
d’affaires ne sont que trop
bien connus, et ce qu’importe le sexe. En interne,
l’objectif revient à récompenser les bonnes perfor-
“
Nul besoin de céder aux sirènes de la
féminisation des produits quand il s'agit
vraiment de produits dans l'air du temps
risque de froisser leur ego.
Si la personnalisation des
cadeaux est une tendance
très prégnante, est-ce de
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
deau, sa segmentation
sexuée implique un effort
supplémentaire en matière
d’achats et de logistique.
”
mances et entretenir un bon
climat social ; en externe,
il s’agit de « marketer »
par l’objet en fidélisant ses
clients ou en animant ses
réseaux. Remettre un cadeau
d’entreprise, c’est d’abord
et avant tout cibler le bénéficiaire. « En matière d’incentive, aucune différence
notoire n’est à distinguer
entre les marchés B to B et
B to C. La segmentation
des cadeaux homme/femme
existe depuis longtemps. Le
choix du cadeau sera toujours conditionné par les
évolutions de marché des
industries du tourisme, des
loisirs et des produits manufacturés. Le système de
catalogue permet bien souvent de ne pas se soucier
du sexe », explique Sandrine
Cotten, coordinatrice générale du Syprocav, syndicat
des producteurs de cadeaux
d’affaires. Car dans ce système de rétribution, le catalogue à points présente
de nombreuses similitudes
avec le catalogue classique
d’une enseigne. La segmentation des produits s’opère
classiquement selon différents univers : homme,
femme, enfants, maison,
sport, loisirs... « Les entreprises vont, toutefois, privilégier de plus en plus d’articles selon leur lieu de production et leur process écoresponsable de production.
C’est un choix logique
d’achat au-delà du sexe »,
complète Bénédicte Barraque, consultante chez Cadeau Conseil.
Î
42
rateur, en premier lieu, et
l’électroménager, a fortiori,
demeurent des best-sellers.
Bien souvent, pour reconnaître la juste valeur professionnelle de leurs collaboratrices, les entreprises
font alors écho à leur condition de femme au foyer, au
marque de fabrique, mais un gage de
satisfaction et de fidélisation clients.
Chaque année, nous organisons ainsi
plus de 1 000 évènements de 50 à
25 000 personnes.
Questions à Graziella Beccaria,
responsable du service de Business Solutions
"Comment ça "osé" ? Mais non c'est tendance !"
n 2013, la femme
repasse toujours les
chemises, cuisine
encore et habille consciencieusement ses enfants. En
2013, elle peut aussi boire
du whisky, fumer le cigare
et rouler en grosse voiture.
Tout comme elle se consacre davantage aux loisirs
numériques ou à des activités autrefois dévolues aux
seuls « mâles ». La femme,
sans contrefaçon, est bel et
bien un garçon... Dans la
loi surtout et de plus en
plus dans ses violons d’Ingres ! Dans d’autres domaines, les clichés perdurent. Les cadeaux d’affaires
n’échappent malheureusement pas à la règle : l’aspi-
De quelle manière accompagnez-vous les entreprises ?
Eloi Courcoux : Depuis plus de 20
ans, Business Solutions est l’équipe
dédiée à l’organisation d’évènements, de conventions, team Building ou autres dîners de gala à
Disneyland® Paris. Près de 200 experts de tous les métiers de l’évènementiel (chef de projets, concepteurs,
graphistes…) travaillent au sein de
ce département. Ils ont pour mission
de créer et de mettre en œuvre des
évènements clés en main et sur mesure pour les entreprises. Nous venons par exemple de créer un
nouveau service infodécor, permettant aux entreprises de faire appel à
nos spécialistes en infographie pour
dynamiser leur communication et la
rendre unique. Toujours plus à
l’écoute de nos clients, nous allons
continuer prochainement la rénovation de ses centres de conventions et
chambres d’hôtels. La culture du service de Business Solutions-Disneyland® Paris est bien plus qu’une
Pouvez-vous nous présenter le
département Solutions de
Motivation ?
Graziella Beccaria : Le service Solutions de Motivation du département Business Solutions de
Disneyland® Paris a pour vocation
de proposer aux entreprises toute
une gamme de produits de récompense destinée à leur permettre de
remercier et fidéliser individuellement leurs collaborateurs, meilleurs
clients ou distributeurs. Nous travaillons à cet effet en direct avec les
directions des ventes, du marketing,
des services achats ou encore des
ressources humaines dans le cadre
de challenges de vente, programmes de fidélisations, cadeaux
d’affaires, etc.
Que proposez-vous comme
dotation ?
Graziella Beccaria : Nous proposons, entre autres, des coffrets séjours valables 1 an qui offrent aux
heureux bénéficiaires un accès à nos
deux parcs Disney®, l’hébergement
dans nos hôtels à thème ou encore
la découverte de notre restauration.
Il s’agit là d’une offre unique sur le
marché de la récompense qui assure
un dépaysement total et sans équivalent ! Par ailleurs, pour répondre
toujours plus aux exigences de nos
clients qui pour certains connaissent
déjà notre destination, nous enrichissons régulièrement notre offre.
D’ailleurs, cette année est marquée
par le lancement de nouveaux coffrets séjours VIP incluant un accueil
dédié, une réception privée, des
chambres d’hôtels aux étages VIP, le
service VIP FAST PASS®, etc.
Nous proposons également plusieurs autres formules telles que le
Passeport Annuel valables 1 an, des
billets d’accès aux Parcs Disney valables 6 ou 18 mois et encore des
chèques-cadeaux
Disneyland®
Paris valables 1 an pour permettre
aux bénéficiaires de choisir la date
de leur visite et de découvrir l’univers Disney à leur guise. L’idée est
d’accompagner les entreprises dans
la réalisation de leurs projets en leur
proposant des produits uniques, à
l’image de notre destination, tout en
s’adaptant aux budgets de tout
type d’entreprises. Le message « Offrez des émotions » que je transmets aux entreprises est l’essence
même de Disneyland® Paris.
Quelle place tient l’innovation
au sein de Business Solutions
Disneyland® Paris ?
Eloi Courcoux : Confier son événement à l’équipe de Business SolutionsDisneyland® Paris, c’est vous garantir
le professionnalisme d’experts dans
l’événementiel. Au delà de la logistique
et des capacités d’accueil, l’esprit d’innovation qui anime nos équipes sert
aussi la réussite des événements. Nous
créons régulièrement de nouvelles soirées et team building originaux et innovants. Récemment, nous avons
conçu un team building intitulé « Communiquer, échanger » à destination
des cadres ou encore des team building en lien avec l’actualité, à l’instar
de la session « Refresh Yourself », qui
a pour vocation de sensibiliser les collaborateurs au bien-être, via notamment des ateliers de dégustation. Nous
créons également de nombreuses soirées, par exemple, pour la saison de
Noël nous proposons une nouvelle soirée « Christmas Vibes » ou encore une
soirée « Années Folles » sur le thème
des années 30 et de la prohibition.
Quels qu’ils soient, tous nos teams
building et soirées sont adaptés aux
valeurs et à l’esprit Disney. Enfin, notre
équipe de concepteurs peut également
accompagner les entreprises sur le développement d’activités sur mesure.
Nous innovons également en matière
de nouvelles technologies puisque
nous proposons depuis peu une solution Wi-Fi personnalisable permettant
plus de 10 000 connexions simultanées et une communication plus efficace pour les entreprises qui viennent
chez nous. Ces dernières peuvent en
effet personnaliser le wifi au couleurs
de leur entreprise et diffuser le bon
message a leurs participants.
Que proposez-vous en termes
de team building ?
Eloi Courcoux : Aujourd’hui, les
évènements organisés par les entreprises, tels que les challenges ou
team building, sont davantage articulés autour de la cohésion d’équipes
que de la compétition. Nous proposons ainsi des team building, en intérieur comme en extérieur, répondant
à leurs problématiques. Dehors, notre
plan d’eau exceptionnel nous permet
par exemple d’organiser des activités
nautiques uniques sur la région parisienne, comme le rafting ou le speed
boat. Nous mettons également en
place d’autres activités telles que du
karting ou encore de l’accrobranche
dans la forêt située à proximité. A
partir de 50 personnes, nous pouvons
également privatiser nos parcs en
soirée. Nous offrons ainsi un cadre
féérique pour réaliser des activités ludiques. Les espaces de conventions
nous permettent par ailleurs d’organiser des évènements en intérieur. Et
pour une récompense plus personnalisée notre service Solutions de
Motivation se tient à la disposition
de nos clients.
Pour en savoir plus :
www.disneylandparis-business.com
[email protected]
Tél. : 01.60.45.75.00
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 43
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
Business guides
DISTINCTION
HOMME/FEMME
ENCORE MARGINALE
La personnalisation revêt
cependant deux logiques
bien distinctes. En première
intention, l’émetteur souhaite se différencier et montrer subtilement qu’il est à
l’origine du présent : une
carte de remerciement, un
logo discret sur les très usités
chèques et cartes cadeaux,
un mode de remise original.
Côté vins, par exemple, «
la personnalisation peut aller plus loin, témoigne Philippe Torchard, responsable
des stickers pour rendre la
bouteille plus discriminante
». Parallèlement, il s’agit
aussi de cibler : segmenter
d’abord selon les métiers.
On ne rétribue pas un réseau
de secrétaires comme l’on
récompense une flotte commerciale dans le secteur automobile. Qu’importe la différence homme/femme
lorsque l’on veut mettre en
valeurs les compétences
d’un métier. « Il demeure
très compliqué de segmenter
selon le sexe parce qu’il
faut connaître la cible très
intimement, explique Lau-
sentent que 20% de nos prestations. » De ce fait, les
acheteurs sont souvent amenés à rester généralistes afin
de couvrir un spectre de
produits assez large et
contenter la mixité d’une
entreprise. Le ciblage reste
néanmoins possible, comme
le prouve Estée Lauder, par
exemple, lors d’une de ses
opérations promotionnelles
pour un nouveau sérum jeunesse, en proposant un éveil
luminaire aux journalistes
de la presse féminine. Par
ailleurs, les enjeux logistiques peuvent souvent l’em-
Business guides
cadeau selon les genres. Audelà du coloris « girly »,
Senseo, leader dans les cafetières à expresso en
France, a décidé de personnaliser son produit en signant certaines collections
limitées avec Kenzo. Une
stratégie qui rappelle celle
de Coca-Cola avec JeanPaul Gauthier ou Dita van
Teese, célèbre égérie du
strip-tease burlesque. Une
manière de mettre une
touche féminine dans leurs
produits. Certaines sociétés
enfin se contentent de rester
dans les clichés... parce que
cela fonctionne ! N’en déplaisent aux Femen, l’électroménager coule encore des
jours heureux. Et le « home
cooker », instrument regroupant différents modes de
cuisson – en friture ou en
mijotage – fait des heureuses. Tout comme le
« soupmaker », ou « blender
chauffant », permettant de
concevoir des plats pour bébés, des smoothies et comme
son nom l’indique des
soupes. Autre best-seller, la
centrale vapeur dernier cri :
plus besoin de réguler la
température de la semelle.
Et donc plus aucune crainte
d’abîmer les vêtements. Peut
être s’agit-il en fait d’un cadeau réservé à la gent masculine ?
coûts supplémentaires. Souvent le sexe, au crible de
ces différents tamis, s’en
retrouve oublié pour des raisons pratiques. La mixité
dans les cadeaux et les
modes d’acheminement est
plus lourde à gérer.
PASSE-PARTOUT ET
CLICHÉS ENCORE
DANS LA PLACE
Certaines familles de cadeaux d’affaires éludent par
ailleurs le problème de la
sexualisation du cadeau. Et
elles riment bien souvent
avec high-tech. En particu-
“Pas de révolution dans les cadeaux d'affaires pour femmes,
si ce n'est une personnalisation plus prononcée et un recours
accru aux nouvelles technologies
”
de Nicolas Direct. Si l’on
abandonne les étiquettes sur
mesure en raison du côté
kitsch et des contraintes de
réglementation, on constate
que les acheteurs nous demandent des collerettes ou
44
rence Krigier, directrice New
Business, Loyalty and Incentive chez Philips. D’autant qu’il est assez rare de
consacrer des opérations
purement féminines ou même
masculines, qui ne repré-
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
porter sur le choix du cadeau : on uniformise pour
ne pas multiplier les fournisseurs. Packager selon le
sexe certes, mais avec un
mode de livraison unique
du cadeau pour éviter les
CLUB ENTREPRENDRE
n°6
lier lorsque cette gamme
d’articles ne souffre pas
d’une connotation péjorative
liée à la corvée ou l’entretien. Nul besoin de céder
aux sirènes de la féminisation des produits quand ces
derniers sont vraiment dans
l’air du temps. Le smartphone, la tablette numérique
ou la dernière station
MP3... : autant d’innovations
« froides » et unisexes. Dans
un tout autre style, la gastronomie et les vins ont toujours le vent en poupe et
demeurent aussi universels.
« La moitié de nos ventes
sont générées par le champagne, témoigne Philippe
Torchard. Toutefois, les
acheteuses sont souvent plus
exigeantes et posent davantage de questions sur le vin :
origine, classement, typicité... L’offre passe aussi
par la communication faite
autour du produit au moment de la réception ».
Choix le plus répandu, les
chèques et cartes cadeaux
sont aussi une belle parade
aux
soucis
de
ciblage. « Pour les mêmes
prix, 70% des entreprises
opteront pour le chèque
contre 30% pour le cadeau
physique », constate Catherine Bevan-Kerouredan, responsable communication
chez Edenred. Reste que le
chèque cadeau se destine
toujours pour aux jeunes.
Car c’est aussi une manière
de procurer du pouvoir
d’achat en plus. D’autres
sociétés prennent cependant
le parti de différencier le
"Sylvie, soyez gentille de me faire un retour sur le cadeau
de fin d'année offert aux collaboratrices"
plutôt que vers l’hygiène.
D’autres cadeaux d’affaires
font cependant le pari très
osé de proposer un bilan de
santé et d’adapter un coaching personnalisé en conséquence pour que les collaboratrices demeurent au top
de leur forme physique. En
un autre. Tout comme il serait mal avisé d’envoyer un
panier gourmand orné de
cochonailles et de grands
crus à un client musulman.
Offrir à l’étranger demande
donc encore plus de précautions. Mieux vaut s’assurer au préalable d’un bon
“
Pour ne pas déplaire, mieux
vaut se tourner vers le bien-être
plutôt que vers l'hygiène
définitive, pas de révolution
dans les cadeaux d’affaires
pour femmes si ce n’est une
personnalisation des offres
plus prononcée et un curseur
des achats placé vers les
nouvelles technologies.
CADEAU À
L’ÉTRANGER,
UN AUTRE MONDE
On ne salue pas un PDG
nippon comme on sert la
main d’un pétro-monarque.
Il est bien connu que les
conduites d’affaires ne sont
pas les mêmes d’un pays à
”
accueil en matière de cadeaux et de coutumes à
l’œuvre. En Chine, en Russie ou au Brésil, la culture
du cadeau d’entreprise est
acceptée et répandue.
Contrairement au pays de
l’Oncle Sam. Mal perçus ou
bannis, les cadeaux B to B
sont parfois interprétés
comme un signe de corruption voire même comme un
manque de professionnalisme. Dans l’Empire du Milieu, certaines pratiques sont
à connaître. Gare à ne pas
enlever l’étiquette de prix,
gage de la qualité du produit
et de la valeur que vous accordez au client. Enfin, hiérarchie oblige, il importe de
s’enquérir des précautions
protocolaires selon le rang,
du cérémonial de remise du
cadeau ou même de la couleur de l’emballage. Dans
certains pays d’Asie, le
packaging et la mise en valeur du présent importent
autant que le contenu. Par
méconnaissance des usages
ou par frilosité, force est de
constater que les entreprises
françaises limitent ce type
de pratiques selon plusieurs
baromètres publiés par
Omyagué. Ne reste ensuite
que le choix du présent.
Peut-être la chose la plus
simple à faire, après avoir
anticipé tous les usages. Car
ne sommes-nous pas le plus
beau pays du monde, incarnant le bon goût et la mode
tout en bénéficiant des
meilleurs terroirs et patrimoine mondiaux ? Reste à
le prouver.
Geoffroy Framery
L’INTIME
À L’IMPASSE
L’éternel livre de cuisine à
la fête des mères et le coffret
soin du corps pour Noël...
Si le manque d’inspiration
guette toute circonstance, le
cadeau d’affaires, lui, se
doit de sauter impérativement l’obstacle du déjà vu.
C’est d’ailleurs la principale
distinction entre les cadeau
B to C et B to B. Autre précaution : gare au sensationnel ou au cadeau trop atypique. Aujourd’hui, la
femme troque volontiers ses
après-midis Tupperwareverveine tilleul pour les soirées sex toys-champagne.
Mais ce n’est pas pour autant
que l’on doit offrir du très
– ou trop – personnel. Autrement dit, tomber dans le
soin à la personne « tendance », certes, mais surtout
ne pas aller vers le tendancieux. Qu’il est peu aisé
d’offrir un produit d’hygiène
bucco-dentaire à ses collaboratrices ! De même avec
un soin anti-rides... Pour ne
pas déplaire, mieux vaut il
se tourner vers le bien-être
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 45
&
Stratégie
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014
Innovation Numérique
L’information économique & stratégique, autrement
Bimestriel
N°6
Comprendre, Entreprendre, Innover
ecoreseau.fr
Décryptage
Nouvelle société
à l’horizon
M
odèles collaboratifs, LivingLabs, imprimantes 3D, données rendues publiques… Leur utilisation par les territoires s’accélèrera.
Philippe Durance, prospectiviste au CNAM, prédit que notre travail, nos loisirs, nos déplacements, notre vie ne seront plus jamais les mêmes…
p. 48
EDITORIAL
Expertises
Assurance risque
Cyber-attaques et assurance, où en sont les
entreprises françaises ?
Normes
Le rôle croissant des normes de management
Droit du numérique
Les archives publiques (électroniques) tu
ne supprimeras pas…
Recards management
Records management et gestion des
documents d’activité : quand la
normalisation internationale renaît…
p. 50-51
Business story
Criteo
La start-up de la publicité online est devenue
leader mondial, cotée au Nasdaq.
p. 58
Quand le numérique
prend/donne le pouvoir
Le numérique ne s’adresse pas qu’aux geeks. Il s’agit en vérité d’un véritable enjeu de puissance qui repose sur la synergie entre acteurs publics et privés.
Chaque seconde, ce sont plus de 29 teraoctets d'informations
qui sont publiés dans le monde, soit 2,5 exaoctets (10 puissance 18) par jour et près d’un zettaoctet (10 puissance 21)
par an. Ces informations sont d’origine très diverses : contenus postés sur les sites de médias sociaux, blogs, images numériques, vidéos, signaux GPS de téléphones mobiles,
informations climatiques, transactions bancaires etc …
Et cela ne fait qu’augmenter, puisqu’on prévoit que la masse
de données de l'univers digital va doubler tous les deux ans
de 2013 à 2020. Si individuellement ces informations ne valent pas grand-chose, elles valent de l’or une fois croisées et
analysées. L’univers big data prend ici tout son sens et force
est de constater que l’Europe et encore moins la France ne
sont prêtes à véritablement en profiter et à jouer leur rôle, car
c’est bien là tout l’enjeu. En effet, au-delà des aspects techniques liés à la conservation de cette masse d’information,
l’intérêt est de pouvoir l’exploiter et en tirer des enseignements, ce qui n’est possible qu’à partir du moment où l’accès
est possible et les compétences nécessaires sont disponibles.
L’affaire Snowden, suffisamment humiliante pour l’Union
Européenne, n’a fait que révéler certaines évidences. En dehors de cette hypocrisie laissant à penser que nous ignorions
ou presque la possibilité de pouvoir être écoutés par des alliés, nous devons bien comprendre que les conditions d’accès
à l’information produite revêtent une importance de plus en
plus capitale. Nos « chers » alliés ne s’y sont pas trompés et à
ce sujet les travaux actuellement en cours au niveau européen
pour obtenir un renforcement de la législation sur la protection des données personnelles, subissent un intense lobbying
des entreprises et du gouvernement américain afin d’abaisser
le niveau d’exigence.
De façon plus large, la gouvernance même d’Internet s’est
muée en sujet politique de toute première importance et de
nombreux états contestent désormais le contrôle des Etats
Unis sur cette gouvernance, appelant à une internationalisation du fonctionnement du réseau. A l’heure où l’Internet est
en voie de « désoccidentalisation », en particulier du fait de
l’évolution démographique hors OCDE, l’ambition de pays
comme la Russie, la Chine, le Brésil ou encore l’Indonésie
contribue à faire du numérique un enjeu de puissance.
Sur ce dernier point, l’Europe a incontestablement un rôle à
jouer pour éviter le creusement des clivages entre les Etats
Unis et les pays émergents, en réinventant la gouvernance nécessairement multi-acteurs internet. Enfin quant à l’exploitation des données, pourquoi l’Europe ne profiterait-elle pas de
ce que l’on appelle déjà le nouveau pétrole ? Du côté de la
France, à quand notre identité numérique, pourtant indispensable lorsque l’on parle de contrôle d’accès ?
Jean-Marc Rietsch
Haute résolution
Insécur-IT
Malgré les doutes sur la confiance numérique, la dématérialisation se poursuit.
p. 52
Factures allégées
On n’interrompt plus la dématérialisation des
factures, tant pis pour la paperasse.
p. 56
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
Décryptage
Décryptage
« LivingLabs et laboratoires d’innovation
publique, symboles d’une nouvelle société »
Philippe Durance est professeur au Conservatoire national des Arts & Métiers (CNAM) de Paris, titulaire
de la chaire « Prospective et développement durable », président de l'Institut des Futurs souhaitables. Le
membre du groupe de travail « Territoires 2040 » de la Datar, coauteur de « Technologies et prospective
territoriale » (1) s’anime à l’écoute des mots « collectivités », « numérique » et « énergie ». Saisissant.
coureurs d’une nouvelle société.
Pourquoi cette hésitation
au changement ?
Avant tout la crise est passée
par là. Les budgets des collectivités sont en baisse, et
sont souvent dévolus aux urgences sociales. Préparer
l’avenir, qui paraît lointain,
ne rentre donc pas dans les
priorités. Quelques schémas
numériques d’innovation se
dessinent. Ils sont souvent
le fait des régions. Mais je
ne sens pas une vision globale, qui inclut l’aide au développement économique,
industriel, au développement
durable et aux réseaux.
« L’avenir des collectivités passe par la mise à disposition des
données qu’elles génèrent, afin qu’acteurs privés et publics
créent applications et services »
Que recouvre exactement
l’expression « faire de la
prospective » ?
Le prospectiviste n’a pas une
boule de cristal pour dicter
l’avenir tel qu’il sera ou tel
qu’il devrait être. Les scénarii
décrits n’ont jamais eu cette
prétention. Ils servent à dresser un éventail de possibilités
et à construire le souhaitable
en fonction de ce qui est possible.
Que pouvons-nous dire sur
l’appréhension du numérique par les territoires ?
Le constat est sans appel :
les territoires ont une mauvaise vision de ce que le numérique peut leur apporter.
Leur politique est simplifiée
et reste très axée sur le haut
débit et le très haut débit,
donc sur les tuyaux. Et beaucoup moins sur les usages.
Très peu de collectivités
48
voient au-delà et se tournent
vers les imprimantes 3D et
les LivingLabs, ces laboratoires d’innovation ouverte
où les inventeurs, moyennant
un abonnement, ont accès à
toutes sortes de machines et
de services habituellement
inaccessibles aux particuliers
pour mettre au point leurs
Ne surestime-t-on pas l’impact des imprimantes 3D ?
L’émergence de ce nouveau
matériel, dont les capacités
techniques et les facilités
d’utilisation vont sûrement
être améliorées, est annonciatrice de changements dans
l’organisation de l’espace
pour tous les acteurs économiques. Songez que les centres de production vont être
décentralisés, que les grandes
usines n’auront plus le monopole de certaines productions. Les petites unités locales, et même les individus
vont se réapproprier des productions qui sont aujourd’hui
miner s’ils doivent encourager la décentralisation de la
production. Il en va de même
de l’énergie. Les particuliers
pourraient bien devenir producteurs d’énergie, comme
l’économiste-prospectiviste
Jérémy Rifkin a su l’imaginer
dans son livre (2) où il appelle
de ses vœux la troisième révolution industrielle qui va
ouvrir l’ère post-carbone, basée sur l’observation que les
grandes révolutions économiques ont lieu lorsque de
nouvelles technologies de
communication apparaissent
en même temps que des nouveaux systèmes énergétiques :
hier imprimerie, charbon et
ordinateurs, aujourd’hui Internet et énergies renouvelables. Les gens génèreront
leur propre énergie verte, et
la partageront, comme ils
créent et partagent déjà leurs
propres informations sur Internet. Une grande bataille
s’annonce avec les grands
groupes très puissants dans
l’énergie en France.
Cette vision du monde est
encore purement théorique ?
Pas vraiment. Elle est de
moins en moins de l’ordre
du rêve. Le changement de
société, où les individus se
réapproprient des choses, est
en marche. Le mouvement
“ Peu de collectivités voient au-delà des
tuyaux et se tournent vers les imprimantes 3D
et les LivingLabs
innovations. Dans ces lieux
les personnes ne sont plus
de simples utilisateurs, mais
deviennent acteurs et collaborateurs. Ces outils sont encore considérés comme trop
abstraits par beaucoup, alors
qu’ils sont les signes avant-
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
l’apanage de grandes entités.
Bien sûr le basculement sera
graduel, mais il devrait modifier notre façon de travailler
et de vivre, et devrait donc
au moins être pris en compte
dans les réflexions. Les pouvoirs publics doivent déter-
”
du « do it yourself » très en
vogue aux Etats-Unis est une
des manifestations de ce basculement. Nous allons faire
venir deux Américains très
représentatifs de ce mouvement : Marcin Jakubowski,
qui a conçu la wikispeed,
LE CARNET DES
NOMINATIONS
en partenariat avec
ment des collectivités ?
Les entreprises comprennent
enfin qu’elles doivent « sortir
de chez elles ». Or les col-
vices. L’Etat a fait de belles
avancées dans la libération
de données, un mouvement
qu’elles doivent suivre. L’au-
nées est souvent mise en
avant, alors que celles-ci restent anonymes. De même la
crainte du mélange des genres
“La politique numérique des territoires reste axée
sur le haut débit et le très haut débit, donc sur les
tuyaux. Et beaucoup moins sur les usages
lectivités les imitent de plus
en plus pour atteindre leur
niveau d’efficacité. Nous travaillons actuellement sur les
torité de gestion du métro
new-yorkais a récemment
lancé un concours d’applications à partir des données
”
est évoquée : certains ne veulent pas qu’on puisse faire
du profit sur ces données.
Mais les bénéfices collectifs
une voiture en kit en modèle
ouvert à faire soi-même, et
Joe Justice qui propose au
monde agricole un tracteur
à construire avec la même
approche. Ces militants s’inscrivent dans cette vision qui
inverse les schémas de l’ancienne révolution industrielle,
où le consommateur devient
aussi le producteur et le collaborateur au sein d’un réseau, faisant sauter les lignes
habituelles.
Les relations humaines sontelles changées au sein de ce
nouveau schéma ?
Ces ruptures ne sont pas seulement technologiques, elles
s’inscrivent aussi dans l’innovation sociale. Je ne sais
pas si les réseaux sont apparus
comme une conséquence de
l’économie du partage d’informations et de données, ou
s’ils l’ont provoquée. C’est
un peu l’œuf et la poule. Mais
il est évident qu’Internet a
instauré un nouvel ordre qu’on
n’osait même pas imaginer
au début des années 90,
comme la mise en réseau, la
virtualisation, l’ubiquité. On
ne vivrait pas de la même
manière sans la Toile. Nous
ne sommes plus uniquement
dans le scénario d’avenir. Le
collaboratif et le coopératif
ont repris de la vigueur sous
l’impulsion des réseaux et des
télécommunications. Le « cohabitat » ou « habitat participatif », à cause de la crise financière, du challenge vert et
de l’envie d’en finir avec la
solitude moderne, est de retour
après ses heures de gloire hippies des années 70. Le concept
va plus loin qu’une colocation : les personnes achètent,
réhabilitent ou construisent le
bien immobilier dans lequel
des espaces privatifs côtoient
des parties communes à des
fins de mutualisation et d’économies. Outre-Rhin le « cohousing » concerne six mil-
Avec beaucoup d’imagination…
lions de logements dont deux
millions en coopératives. Les
SCOP sont plus nombreuses
dans des secteurs inattendus,
avec des salariés propriétaires
quadras qui en ont marre des
grosses entités impersonnelles.
De même, je travaille dans
l’innovation, qui dépend de
plus en plus souvent du degré
d’interconnexions. « L’open
innovation » est une maximisation du phénomène.
Ces émergences vont-elles
influencer le fonctionne-
laboratoires d’innovation publique : l’avenir des collectivités passe par la mise à
de son réseau. Les bénéfices
peuvent être conséquents. A
l’aune du « big data », les
“ L’innovation dépend de
plus en plus souvent du degré
d’interconnexions
”
disposition des données
qu’elles génèrent, afin qu’acteurs privés et publics mettent
au point applications et ser-
collectivités sont attendues.
Mais il subsiste toujours cette
résistance des organisations.
La confidentialité des don-
peuvent être réels. Rennes a
su le faire avec ses données
de transports. Les données
fiscales anonymes et agrégées
pourraient aussi être mises
dans la base. Paris l’a réalisé
pour des données relatives à
l’environnement et la qualité
de l’air par quartier. Les citoyens eux-mêmes portaient
des capteurs. Les pays du
nord de l’Europe ont valeur
d’exemples car ils sont en
avance dans ce domaine.
L’Etat français envisage un
laboratoire d’innovation pu-
blique comme au Danemark,
où le « MindLab » permet
de cultiver une vraie transversalité.
Cette période a l’air finalement fertile en nouveautés ?
Le point positif d’une crise
est que tout est à refaire et à
réinventer. Nous sommes
dans une transition entre deux
mondes. L’ancien ne résistera
pas éternellement. La notion
de développement durable
ne concerne pas seulement
l’environnement, mais aussi
l’humain à qui plus de place
est accordée. La parole est
redonnée à des gens qui
n’avaient plus voix au chapitre. La conscience de la limitation des ressources influence les initiatives. Wikispeed doit faire du
2l/100km et fonctionnera très
certainement aux énergies renouvelables à l’avenir. Observez cette commune du Devon en Angleterre, Totnes,
qui s’inscrit dans le mouvement devenu mondial de
villes en transition. Des habitants ont commencé par le
projet « transition streets »,
allant voir leurs quelques
milliers de voisins pour leur
donner des conseils leur permettant d’économiser 500 à
600 euros par an. Puis ils
ont créé des AMAP (Association pour le maintien de
l’agriculture payasanne,
ndlr), ont facilité la production locale, aidé à concevoir
et utiliser des bateaux qui
polluent moins. Les citoyens,
indépendamment des institutions et des élus, ont décidé
de vivre comme si le « peak
oil » (pic pétrolier) était atteint, en réinventant tout pour
consommer moins d’énergie.
En Allemagne, dans un village du Bade-Wurtemberg,
les habitants se sont mis à
produire et distribuer leur
chauffage et leur électricité
par la biomasse, ne voulant
plus dépendre des grandes
entreprises. Le début d’un
nouveau monde.
(1) « Technologies et prospective territoriale » de Daniel Kaplan, Philippe Durance, Alain Puissochet et
Stéphane Vincent, éd. Pearson, 2009
(2) « La troisième révolution
industrielle » de Jérémy Rifkin, éd. Les liens qui libèrent,
2012
Matthieu Camozzi
} BT UK
Tanuja Randery
Madame Tanuja Randery est nommée président de la stratégie et du marketing de BT
Global Services, à ce poste depuis octobre 2013.
Tanuja Randery , 46 ans, MBA de l'université de Boston (1990), a réalisé le parcours suivant :
■ 2011-2013 : MarketPrizm, président-directeur général.
■ 2009-2011 : Colt, directeur général de la division Global Business et de l'entité Major
Enterprise Business pour le Royaume-Uni et l'Irlande.
■ 2006-2009 : Colt Benelux, managing director.
■ 2004-2006 : Colt, managing director, strategy and business transformation.
■ 2002-2004 : EMC Corporation (aux Etats-Unis), vice president of global strategic initiatives et vice president of software operations.
■ NC-2002 : McKinsey, consultant spécialisé en hautes technologies, ventes et marketing.
} NUMVISION
Thierry Le Divenach
Monsieur Thierry Le Divenach est nommé directeur général de Numvision, à ce poste depuis octobre 2013. Il est sous la responsabilité directe de Monsieur François Pélissier, président. Il est ainsi chargé de positionner NumSync sur les marchés internationaux, de
consolider sa position auprès des intégrateurs et fournisseurs d'infrastructure Télécom. Il
succède à Monsieur Mathieu Pelissier.
Thierry Le Divenach , MBA de l'EFEM (2012), ESME Sudria (1986), a réalisé le parcours
suivant :
■ 2009-2013 : Eurocloud Espagne, fondateur.
■ 2009-2011 : Oodrive, fondateur.
} PSA PEUGEOT CITROËN
(GROUPE PSA PEUGEOT CITROËN)
Marc Lechantre
Monsieur Marc Lechantre est promu directeur adjoint de la stratégie de PSA Peugeot Citroën, à ce poste depuis octobre 2013.
Marc Lechantre , ENA (1995), IEP Paris (1991), a réalisé le parcours suivant :
■ 2011-2013 : PSA Peugeot Citröen, directeur général Peugeot Citröen UK et Irlande.
■ 2010-2011 : PSA Peugeot Citröen, directeur de concession Peugeot.
■ 2007-2010 : PSA Peugeot Citröen, directeur du montage, usine Slovaquie.
■ 2006-2007 : PSA Peugeot Citröen, responsable fabrication-montage.
■ 1999-2006 : Ministère de l'Economie et du Budget, directeur du budget.
} NEXTIRAONE PSF LUXEMBOURG
(GROUPE ABENEX CAPITAL)
Rémi Meunier
Monsieur Rémi Meunier est promu country director Luxembourg de NextiraOne PSF, à ce
poste depuis septembre 2013. Il remplace Monsieur Jan De Moor.
Rémi Meunier , 37 ans, a réalisé le parcours suivant :
■ 2011-2013 : NextiraOne PSF Luxembourg, head of IT, service and performance management.
■ 2007-2011 : Dexia Technology Services, change management & release strategy team
leader Belux.
} TEXAS INSTRUMENTS FRANCE
Florian Sartral
Monsieur Florian Sartral est promu directeur général de Texas Instruments France, à ce
poste depuis octobre 2013, en remplacement de Monsieur Christian Tordo.
Florian Sartral , 40 ans, ESME Sudria (1997), a réalisé le parcours suivant :
■ 2011-2013 : Texas Instruments France, directeur marketing stratégique Europe.
■ 2008-2011 : Texas Instruments (à Shanghai), directeur commercial.
■ 2005-2008 : Texas Instruments France, responsable des ventes Télécom.
■ 1997-2005 : Texas Instruments, différentes fonctions commerciales et marketing en
France et à l'étranger.
} NEXTRÉGIE (GROUPE NEXTRADIOTV)
Patrick Hurel
Monsieur Patrick Hurel est nommé directeur des activités digitales de NextRégie (groupe
NextRadioTV), à ce poste depuis novembre 2013. Il est sous la responsabilité directe de
Monsieur Pierre-Henry Médan, directeur général. Il est ainsi en charge de tous les devices
(web, tablettes, mobiles).
Patrick Hurel , ISG (1993), a réalisé le parcours suivant :
■ 2007-2013 : FigaroMedias (groupe Figaro), directeur général adjoint.
■ 2003-2007 : Zefir web (régie Internet des groupes Figaro et Express Roularta Services),
directeur délégué.
■ 2000-2003 : Sports.com (groupe CBS Sportsline), directeur de la publicité.
■ 1999-2000 : Interdéco (groupe Lagardère), directeur de la publicité pour le magazine
Terre sauvage.
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STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
Expertises
Expertises
Assurance risque
par Jean-Laurent Santoni
Président de Clever Courtage
Cyber-attaques et assurance, où en sont les entreprises françaises ?
D
ans le cadre de la
réalisation de son livre blanc, Provadys,
en partenariat avec le Cesin,
a réalisé un sondage auprès
de Responsables de la sécurité
des systèmes d’information
(RSSI) de grandes entreprises
françaises et internationales
du 6 juin au 12 août 2013.
Des questionnaires en ligne
et papier ont été diffusés auprès de 140 RSSI. Les 40
items abordaient cinq grandes
thématiques : la préparation,
la détection, la réaction, la
récupération ainsi que la sensibilisation. L’objectif de
l’étude était d’apporter un
éclairage sur les actions mises
en œuvre dans les entreprises
françaises pour se préparer
aux attaques, les détecter et
y faire face. Il s’agissait de
mieux connaître la situation
des entreprises en matière de
résilience face aux cyberattaques. Nous nous attacherons
ici à examiner les réponses
relatives à la thématique «
récupération » visant en particulier les aspects assurances
dans un univers dématérialisé.
SYNTHÈSE DE
L’ÉCHANTILLON
73 RSSI ont répondu, soit
une participation significative
de 52%. Parmi les entreprises
ayant rempli le questionnaire,
87% sont de très grande taille
(plus de 500 collaborateurs).
Cette enquête reflète donc
principalement les préoccupations des grands groupes.
D’un point de vue secteur
d’activité, le panel est varié :
par exemple 25% font partie
du secteur Industrie ; 23%
du secteur Banque/Assurance,
16% du secteur Administration (Public).
LES ASPECTS
ASSURANCE
Pour les entreprises, la probabilité d’occurrence d’une
cyber-attaque est très élevée
à moyen terme ; pourtant,
très peu d’entre elles disposent d’outils permettant la
traçabilité, l’enregistrement,
la collecte des traces et
preuves de l’agression détectée. Pour 32% d’entre elles,
il sera très difficile de récupérer d’une cyberattaque et/ou
de tirer les enseignements
qui permettront de prévenir
une nouvelle attaque du
même type. De la même manière, 60% des entreprises
déclarent ne pas avoir défini
les processus permettant de
CONCLUSION
L’étude démontre que l’étape
de prise de conscience a été
réalisée par les entreprises
“Nombre d’entreprises
seront dans l’incapacité
de porter plainte
”
prendre en compte les aspects
juridique et assurance suite
à une cyber-attaque. Ces entreprises seront donc dans
l’incapacité de porter plainte
et/ou de tenter de récupérer
une part du préjudice via une
assurance.
en France. Les cyberattaques
sont donc bien présentes dans
le catalogue des défis à relever. Néanmoins, il reste encore de nombreuses étapes à
franchir pour beaucoup d’entreprises avant de pouvoir
garantir un niveau optimal
de résilience face aux cybe-
rattaques. Leur préparation
reste théorique et les organisations aussi bien que les
équipes ne sont pas outillées
ou entraînées opérationnellement pour y faire face. Des
moyens existent, des investissements et des travaux ont
été réalisés, mais l’efficacité
de tous ces éléments n’est
pas évaluée régulièrement
afin qu’ils puissent être ajustés, et les mesures de récupération, notamment fondées
sur le financement du risque
par l’assurance, ne sont pas
mises en œuvre, un peu
comme si les entreprises pensaient encore que « cela n’arrive qu’aux autres ».
Normes
par Jean-Louis Pascon
Consultant chez Hénon Conseil
Le rôle croissant des normes de management
A
u commencement
des normes étaient
les normes techniques. Apparues au XIXe
siècle, elles ont concerné
des domaines divers. Les
télécommunications furent
parmi les pionnières avec
la création, dès 1865, du
Comité consultatif international du téléphone et du
télégraphe (CCITT) devenu
depuis l’ITU (International
Telecommunication Union).
Elles connurent un essor
considérable avec la création
de l’ISO (International Standard Organisation) en 1947.
Cette production de normes
techniques s’est encore accrue après la création de
l’European Committee for
Standardization (« Comité
européen de normalisation »,
en français) en 1975 et par
50
le rôle de cet organisme
dans le cadre de la Directive
Nouvelle Approche (Directive 98/34/CE). Le monde
industriel a produit de vastes
ensembles de ce type de
normes. Un exemple ? La
visserie aéronautique nécessite plus de 40 normes pour
produit, sa mise en oeuvre.
La liste est longue, allant
de la NF X 50-056 (Services
aux personnes à domicile)
à la NF EN 12522 (Activités
de déménagement-Déménagement de particuliers) en
passant par la NF EN 13816
(Transport-Logistique et ser-
un développement important depuis la parution de
l’ISO 9000 (Systèmes de
management de la qualitéPrincipes essentiels et vocabulaire sur la qualité).
L’environnement avec
l’ISO 14001 (Systèmes de
management environne-
“Les normes de management touchent la
Supply Chain comme la santé
”
définir les vis, les boulons
et les écrous nécessaires à
l’assemblage d’un avion.
Puis vinrent les normes de
service. La norme de service
est la suite logique de la
norme technique, après le
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
vices-Transport public de
voyageurs-Définition de la
qualité de service, objectifs
et mesures).
Enfin, apparurent les
normes de management.
Ces dernières connaissent
Droit du numérique
Evénement
mental-Exigences et lignes
directrices pour son utilisation) et la sécurité de
l’information avec ISO
27001 (Technologies de
l’information-Techniques
de sécurité-Systèmes de
gestion de sécurité de l’in-
formation-Exigences) ont
suivi.
Depuis deux ou trois ans
elles apparaissent dans des
domaines toujours plus
nombreux : ISO 20000 sur
les processus informatiques
(reprise des guides britanniques ITIL (Information
Technology Infrastructure
Library), en français « Bibliothèque pour l’infrastructure des technologies de
l’information »), ISO 22000
sur le management de la sécurité des aliments, ISO
28000 sur la « Supply chain
management » (en français « gestion de la chaîne
logistique »), ISO 50001
sur le management de l’énergie, ISO 22300 sur la sécurité sociétale et, tout récemment, ISO 30300 sur la ges-
tion des archives.
La santé est aussi concernée.
Un comité de projet vient
d’être créé pour transposer
l’OHSAS 18001 (BS/OHSAS 18001 ou British Standard/Occupational Health
and Safety Assessment Series) en norme ISO, afin de
définir un modèle de Système de management de la
santé et de la sécurité au
travail (SMS&ST), autrement dit de prévention des
risques professionnels.
Cette évolution des normes
« produits » vers les normes
« de management » a eu
plusieurs conséquences.
C’est ce que nous verrons
dans un prochain article.
Ecrans flexibles,
révolution tech
à l’horizon
E
ffets d’annonce, course effrénée à
la R&D… La lutte fait rage entre
les plus gros producteurs d’écrans
au monde, les Coréens LG et Samsung.
LG a été le premier à annoncer les écrans
courbes sur les télévisions, et Samsung a
tiré le premier. L’ordre s’est inversé sur
les téléphones. Les premiers smartphones
à écrans flexibles, dits aussi incurvés, sont
en train d’émerger dans la plus grande
agitation médiatique. L’un est courbé sur
la hauteur, l’autre sur la longueur. Les
frères ennemis semblent avoir les yeux de
Chimène pour cette technologie qui n’en
est pourtant qu’à ses prémices. Le LG G
Flex et le Samsung Galaxy Round ont
pour l’heure un intérêt limité. Les produits
sont courbes, donc non stables. Il est impossible de glisser le doigt dessus lorsqu’ils
sont posés. Ils risquent aussi de bomber
dans la poche, et ne sont pas encore près
de transformer les usages comme l’écran
tactile. Mais ils sont les premiers objets à
écrans OLED flexible (ou FOLED pour «
Flexible Organic Light-Emitting Diode
»), quasi incassables et moins énergivores
que les autres car plus fins et légers. Et à
terme l’écran sera souple comme une
feuille A4 qui se plie en quatre, pouvant
être adapté à l’usage : lecture du journal,
des mails, réception téléphonique. D’autres
secteurs seront alors concernés. Dans l’automobile le tableau de bord se muera en
un écran, puisque celui-ci ne serait plus
tenu d’être plat. Il sera souple et tactile, le
contenu s’adaptant aux usages du conducteur et du passager (GPS, boutons de commande, films…). Les montres à écran
souple pourront épouser la forme du poignet
et tout le secteur des « wearable devices »
en sera bouleversé. De même la télévision
pourra être modifiée dans sa forme afin
de rendre l’environnement plus immersif.
Il sera possible de l’envisager sur tous les
murs de la pièce, avec des projections
possibles dans les quatre dimensions, sur
le même mode que la Géode du parc de la
Villette à Paris. Prospective ? Samsung
prévoit ses premiers écrans pliables pour
2015…
Matthieu Camozzi
par Eric Barbry
Avocat à la Cour - Pôle Droit du numérique
Alain Bensoussan Avocats – Lexing®
Les archives publiques (électroniques) tu ne supprimeras pas…
I
l existe un pan du droit de
la dématérialisation assez
ignoré, pour ne pas dire méprisé : celui qui touche les acteurs
publics. Etat et ministères, collectivités territoriales, établissements publics ou encore acteurs
privés gérant une mission de
service public.
Pourtant s’il y a bien des acteurs
qui devraient s’enquérir de la
dématérialisation, ce sont précisément ces acteurs qui sont
tenus à une double obligation :
• l’obligation de dématérialiser
(marchés publics, contrôle de
légalité, factures dématérialisées,
parapheurs électroniques, ….)
d’une part ;
• l’obligation de conserver d’autre part les archives dites « publiques ».
A ce titre le Code du patrimoine
prévoit un ensemble de dispositions
propres à l’archivage électronique.
De la même manière que les archives papiers doivent être conservées et sécurisées il existe un certain nombre de prescriptions et
d’obligations pour l’archivage des
données numériques.
Nombreux sont ceux qui estiment
que cette obligation n’en est pas
vraiment une et qu’il n’existe
aucun risque à maltraiter des archives publiques…
Il s’agit là d’une idée fausse,
comme en témoigne le très confidentiel jugement du Tribunal
correctionnel de Privas du 25
octobre 2012 qui a condamné
un agent public pour destruction
d’archives publiques.
La chose pourrait faire sourire si,
sans le vouloir, ou sans le savoir,
des centaines, des milliers ou des
millions de fonctionnaires pou-
vaient être en danger pénal du
seul fait de supprimer des documents, des fichiers ou des données
numériques, qui pourraient être
considérées comme autant d’éléments entrant dans la grande famille des « archives publiques ».
Il apparait évident aujourd’hui
que les acteurs publics doivent
nécessairement disposer d’une
véritable politique d’archives
publiques numériques.
Le prochain référentiel général
d’archives devrait les aider dans
cette démarche.
Records management
par Arnaud Jules
Directeur Gestion et Conservation
de l’Information - Orange
Records management et gestion des documents d’activité :
quand la normalisation internationale renaît…
M
ise en conformité légale et réglementaire,
efficacité opérationnelle ou recherche de gains de
productivité, production de valeur,
besoin de sécurité, dématérialisation des processus, ont entrainé
et développé des attentes toujours
plus importantes et des prises de
conscience dans les entreprises
et organisations de toute nature
afin de mieux gérer l’information.
Les nouvelles normes ISO 30300
et 30301 définissent le Records
Management, ou la gestion des
documents d’activité, comme le
« champ de l’organisation et de
la gestion en charge d’un contrôle
efficace et systématique de la
création, de la réception, de la
conservation, de l’utilisation et
du sort final des documents d’activité, y compris des processus
de capture et de préservation de
la preuve et de l’information liées
aux activités… ». De fait, ces
textes formalisent les termes d’une
bonne gouvernance des systèmes
de management des documents
d’activité et leurs modalités de
mise en œuvre. Ils positionnent
le management des informations
et des documents au plus haut
niveau des organisations, celui
de leur stratégie et de leur politique. L’émergence de ces normes
de système de management est
aujourd’hui devenue tellement
d’actualité (une quinzaine aujourd’hui : 9000, 14000, 27000
puis 20000, 28000, 30300 parmi
les principales parues) que leur
forme commune est désormais
définie dans une directive de
l’ISO.
Ce renouveau, c’est également
celui de l’expertise française, héritière du temps des pionniers au
milieu des années 90, qui apporte
des réflexions de fond grâce à un
collectif de compétences constamment enrichi de nouveaux contributeurs en prise avec les réalités
opérationnelles. Le succès des
quatre livres blancs publiés de
2011 à 2013 (publiés sous l’égide
de l’AFNOR, l’Association des
archivistes français (AAF), et professionnels de l’Information et
de la Documentation (ADBS) rejoints par le conseil canadien des
normes & l’APROGED), en est
un exemple. Le dernier livre blanc
revient sur la nécessité de définir
et préserver la qualité des métadonnées techniques et documentaires qui contribuent à préserver
la traçabilité, l’accessibilité et
l’exploitabilité des documents et
des données. Sujet d’autant plus
central qu’il est au cœur des problématiques de gestion de l’information dans le Cloud.
Ces nouvelles normes permettent
de fournir les méthodes et outillages de mise en œuvre et d’amélioration continue. Elles vont également contribuer à l’établissement
d’une chaîne de confiance pour
une bonne gouvernance de l’information numérique et de son
cycle de vie au profit de l’entreprise et de toute organisation, du
client et du citoyen.
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 51
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
Haute résolution
Insécur-IT
Par définition, le virtuel s’oppose au réel. La signature électronique, les documents dématérialisés existent
pourtant bel et bien. La loi, appuyée par les récentes directives européennes, les considère même comme
leurs équivalents « papiers », et leur confère une valeur légale dénuée d’ambiguïté. « Il n’empêche que
l’attachement aux pièces physiques subsiste. Elles suscitent souvent plus facilement la confiance, font office
de garanties sans égal », constate Jérôme Mendiela, Alliances manager au sein de la société Numen,
spécialiste de la dématérialisation de documents.
P
ar définition, le virtuel
s’oppose au réel. La
signature électronique,
les documents dématérialisés
existent pourtant bel et bien.
La loi, appuyée par les récentes directives européennes,
les considère même comme
leurs équivalents « papiers »,
et leur confère une valeur légale dénuée d’ambiguïté. « Il
n’empêche que l’attachement
aux pièces physiques subsiste.
Elles suscitent souvent plus
facilement la confiance, font
office de garanties sans égal
», constate Jérôme Mendiela,
Alliances manager au sein
de la société Numen, spécialiste de la dématérialisation
de documents.
“
Un grand groupe bancaire déploie actuellement quelques
50 000 tablettes numériques dans toutes les agences de son réseau.
Une mutation historique qui fera beaucoup parler d’elle
”
L’ILLUSION DU
RISQUE ZÉRO
Véritable symbole de la dématérialisation des échanges,
la signature électronique entre
désormais à grande vitesse
dans les mœurs. Elle fut longtemps l’apanage des professions réglementées, notamment
en raison de la complexité
technique dont elle faisait l’objet. Aujourd’hui, on ne compte
plus les affaires qui se
concluent de la sorte en à peine
quelques clics, tous secteurs
confondus. Les banques déploient actuellement la signature électronique en agence
sur l’ensemble des réseaux de
détail. « Dans les cinq prochaines années, le papier va
totalement disparaître dans
ces établissements. Les clients
signent déjà leurs accords de
crédit sur tablettes tactiles.
Un grand groupe bancaire déploie actuellement quelques
50 000 tablettes numériques
dans toutes les agences de son
réseau. Une mutation historique qui fera beaucoup parler
d’elle », explique Pascal Colin,
directeur général d’OpenTrust,
une société éditrice de logiciels
et de services de confiance en
ligne.
L’essor actuel de la signature
électronique est presque systématiquement dépeint en
compagnie de son lot d’avantages innombrables : réduction
des coûts de traitement de
dossiers par le back-office,
diminution des délais de
contractualisation, simplifi-
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
cation des processus de souscription et moyens de paiement, suivi en temps réel des
contrats, documents et
échanges, suppression des
coûts relatifs aux flux entrants
et sortants de papier… Une
étude du cabinet Gartner publiée en 2012 indique que la
signature électronique connaît
une croissance annuelle de
50%. A croire que le problème
de l’insécurité relative aux
services numériques, évoqué
dans bon nombre de rapports
annuels comme ceux du Club
de la sécurité de l’information
français (CLUSIF), est tota-
lement virtuel. « La question
de la sécurité est bien sûr
importante et doit être posée.
Accompagner le progrès en
éludant de telles réalités serait
une grande erreur », souligne
Guillaume Despagne, président d’AriadNext, spécialiste
de l’enrôlement des clients
quant aux questions liées à
la dématérialisation et aux
contrôles associés.
UN CLIMAT DE
CRAINTES…
Les systèmes de paiement
sont en passe de se répandre
sur les terminaux mobiles
Î
52
Le bon équipement pour les bonnes applications
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
Haute résolution
dans leur ensemble, alors
même que ces derniers sont
sous le feu de la critique.
Certaines solutions comme
Android se caractérisent par
une grande ouverture vers
l’extérieur qui expose les appareils aux plus grands dangers. Les plateformes iOS,
utilisées sur les iPhones, sont
moins concernées par ce type
de faille, mais semblent
confrontées à un autre type
de problème : « Les applications disponibles sont relativement contrôlées en amont,
Fabrice Champion, responsable technique au sein de
Kaspersky, éditeur de solutions de sécurité informatique.
Apple ne dispose actuellement
pas d’équipes et de compétences suffisantes. » Quel
que soit le type de terminal
utilisé, celui-ci semble inéluctablement accompagné
d’un niveau d’exposition aux
risques non négligeable. Des
dangers qui sont d’ailleurs
sensiblement identiques sur
les tablettes numériques.
Parmi l’ensemble des don-
Interactive réalisée en 2012,
portant sur les tendances et
risques en ligne. « Les offres
de crédit à la consommation
dématérialisées dans les commerces figurent parmi les autres nouveautés qui ne vont
pas tarder à se développer »,
assure Pascal Colin. Dans le
même temps, l’étude d’Harris
Interactive note que 58% des
personnes interrogées redoutent une fuite ou un vol de
ces données au profit de cybercriminels. En juin dernier,
la troisième édition du baro-
Haute résolution
confiance aux sites administratifs, et 28% aux labels de
confiance des sites marchands. Ils ne sont aussi que
28% à être rassurés par la
politique de confidentialité
des réseaux sociaux.
… QUI PASSE AU
SECOND PLAN
Dans les activités B to B, la
méfiance sévit également,
mais ne semble pas être un
obstacle. Le déploiement des
solutions dématérialisées va
bien au-delà du mode de
“ Il y a 3 ans, on dénombrait quelques milliers de documents
apposés d’une signature électronique. Aujourd’hui,
on en compte des millions
avant d’être téléchargées par
les utilisateurs. Pour autant,
ces vérifications portent simplement sur l’usage et les
fonctions associées. Aucun
travail approfondi n’est réalisé pour s’assurer que l’application ne déclenche pas
d’autres processus, confie
nées personnelles conservées,
les informations financières
concentrent la plupart des
craintes. 60% des utilisateurs
déclarent que leur plus grande
peur concerne l’exploitation
illégale et frauduleuse de
leurs données financières,
souligne une enquête d’Harris
mètre de la Caisse des Dépôts
et de l’Association pour le
commerce et les services en
ligne (ACSEL), portant sur
la confiance des Français
dans les services en ligne,
révèle une érosion notable.
Selon l’étude, seulement 29%
d’entre eux accordent leur
”
paiement. Les outils CRM
(Customer Relationship Management) intègrent la possibilité d’envoyer des devis
que le client est invité à signer
électroniquement. Une tendance qui touche également
les PME. Les factures, les
contrats de travail, les ave-
nants aux contrats de travail,
les fiches de paye, les accords
de confidentialité, les bons
de commandes sont autant
d’éléments qui se dématérialisent. Les craintes relatives
à la sécurité ne semblent pas
représenter de freins suffisants
pour contrer la tendance globale. « Il y a trois ans encore,
on dénombrait quelques milliers de documents apposés
d’une signature électronique.
Aujourd’hui, on en compte
déjà des millions. Dans
quelques années, elles seront
présentes par dizaines de
millions », illustre Pascal Colin. Certains secteurs comme
la banque, l’assurance, qui
utilisent beaucoup les technologies numériques, sont à
l’avant-garde dans ce domaine. La filière aéronautique
se montre elle aussi très intéressée. Le secteur se caractérise par des contraintes
fortes en terme de maintenance. Toutes les fiches d’intervention doivent systématiquement être signées par le
client et le superviseur technique. Des opérations nombreuses au quotidien, et pour
Le Coffre Fort Numérique
supplantera t-il le SAE ?
lesquelles la dématérialisation
constitue une véritable aubaine. Les sites aéroportuaires
sont concernés par les mêmes
contraintes de maintenance
des avions. « Avec la taille
toujours plus grande des aéroports, ramener une fiche
technique de l’appareil
contrôlé au bureau qui assure
la gestion des opérations de
maintenance et de vérification
prend un temps de plus en
plus long. Des durées qui finissent par avoir un impact
négatif sur la rapidité des
processus », poursuit Pascal
Colin.
Devant la rentabilité accrue
induite par la dématérialisation, la gestion des risques
tend à s’incliner. « Si le trop
plein de méfiance est un frein
aux opportunités d’innovation, l’excès de confiance
doit également être combattu.
Même s’il peut a priori être
encourageant, il peut être à
l’origine de problèmes de
fond. Que penser des conséquences d’une spirale qui,
au bout d’un moment, permet
d’obtenir systématiquement,
en un clic, toutes les données
Communiqué
Le SAE (Système d’Archivage Electronique) n’est pas un concept récent. Et pourtant le véritable
SAE est surtout implanté là où la culture de l’archivage héritée du papier, est forte.
les entreprises ont été circonspectes
devant des procédés dont la technicité
et la complexité ont été mises en
avant à l’excès, sans doute dans le
but de justifier leurs coûts.
Depuis peu, le concept de Coffre
Fort Numérique semble émerger et,
contrairement au concept abscons
de valeur probatoire, ne semble pas
devoir être expliqué. Par analogie
avec les coffres forts physiques, la
confidentialité est sans nul la première
idée qui vient à l’esprit suivie par la
sécurité d’accès. Ce concept assurément plus moderne, ne sous tend
pourtant pas que ce qui sort du coffre
puisse avoir une valeur probatoire.
La publication de la norme NF Z42020, totalement centrée sur le
stockage, n’aide toutefois pas à la
compréhension du concept dans la
mesure où les fonctionnalités que
l’on peut attendre d’un Coffre Fort
ne se limitent assurément pas aux
rudiments de la norme.
Une définition récente de la CNIL,
nous apprend que le Coffre Fort est
« un espace de stockage personnel
». Ce nouvel outil serait donc destiné
à des volumétries faibles mais des
instances nombreuses, et offrirait la
capacité de stocker des informations
personnelles sur un réseau grand public. Cette définition ne remet donc
en cause ni le marché du SAE, ni le
marché de la valeur probante, tous
deux plus tournés vers l’entreprise
que vers le grand public. Le Coffre
Fort Numérique met toutefois en
exergue deux exigences nouvelles :
Un niveau accru de sécurité qui sera
requis sur les réseaux grand public,
l’échange et le partage du contenu
des coffres avec des tiers.
A relire la norme NF Z42-013, fondatrice des SAE, sous un angle sécuritaire d’une part mais aussi à tra-
vers sa capacité d’ouverture, on se
rend compte que les concepts novateurs ne peuvent malheureusement
se développer qu’à l’extérieur des
SAE. Si le concept de Coffre Fort
Numérique se développe aujourd’hui,
et même dans les entreprises quand
le terme de « Système d’archivage »
serait davantage pertinent, c’est sans
doute pour offrir à la conservation
de la donnée une image plus moderne,
plus tournée vers des cas d’usages
concrets, plus simple à déployer,
plus facile à appréhender pour l’utilisateur final, plus sécurisée, davantage porteuse de valeurs ajoutées.
Dans l’entreprise, le marché de la
conservation de l’information est
transverse, et vise des objectifs divers
qui peuvent être orientés sur la conservation du savoir, sur les obligations
en matière fiscale, sur la prévention
des risques notamment juridiques,
www.arcsys-software.com - contact : [email protected]
54
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
sur des services offerts à une population ciblée, sur des services orientés
métier.
Pas de saine relation sans une confiance solide
La conservation de l’information ne
doit pas être vue comme un coût additionnel. Bien structurée, elle permet
une diminution des coûts notamment
au niveau du stockage et des infrastructures et permet l’élimination de
silos inappropriés.
Sans nul doute, la valeur ajoutée
d’un produit moderne est-il de ne
plus avoir à choisir entre SAE, Coffre
Fort, solution à valeur probatoire
voire même « Big data », mais
d’offrir un produit unique, ouvert,
doté de niveaux de service graduels
et aptes à offrir le service requis par
chaque cas usage.
Par Dominique Lhopital,
Directeur Général
personnelles d’un client ? »,
interroge Guillaume Despagne. Au-delà de la
confiance, la dématérialisation est un processus global
d’ores et déjà en marche, une
UNE GESTION
GLOBALE DE LA
CONFIANCE
Au sommet de la pyramide,
l’Etat tente de trouver le ton
juste pour faire de la com-
sieurs axes majeurs qu’il souhaite déployer en ce sens.
Le renforcement de la labellisation, voire de la certification de certains produits,
qui est également la base du
“ L’Etat tente de trouver le ton juste pour faire de
Copyright © Arcsys Software 2013
Force est de constater que si, conserver de l’information concerne tout
le monde, la grande majorité des
entreprises a contourné le SAE pour
couvrir ce besoin sous une autre
forme souvent directement intégrée
aux applications métier.
Depuis le début des années 2000,
des avancées législatives ont permis
de mettre sur rails l’alternative à
l’écrit papier. Des contraintes fortes
ont alors vu le jour pour faire reconnaitre la qualité d’Original à un écrit
électronique. Ces évolutions n’ont
pas servi de tremplin au SAE pour
entamer sa mutation et un nouveau
marché s’est développé parallèlement
aux SAE traditionnels avec de nouvelles offres, de nouveaux acteurs.
L’archivage à « Valeur Probatoire »,
dont l’objectif est quand même de
participer à la couverture du risque
dans l’entreprise, n’a toutefois connu
qu’un développement tardif. En effet,
la communication dématérialisée un terrain
mêlant intelligemment sécurité et efficacité
”
réalité de la société. « Son
succès dépendra de la manière dont ces questions de
sécurité sont traitées »,
ajoute-t-il.
munication dématérialisée un
terrain mêlant intelligemment
sécurité et efficacité. Au cours
des derniers mois, le gouvernement a fait part de plu-
projet Idénum dont la mission
est la mise en œuvre de solutions d’identité numérique
adaptées à Internet, forme
un des piliers de la démarche.
La défense à l’échelle européenne d’un règlement équilibré entre la protection des
personnes et le développement de l’innovation et de
l’économie numérique est
une autre priorité, tout comme
la mise en place d’infrastructures sécurisées par l’intermédiaire de projets ayant vocation à faire émerger des
acteurs nationaux susceptibles
de restaurer la souveraineté
numérique du pays. L’implication des pouvoirs publics
dans cette problématique est
saluée par les spécialistes de
la question. « Vis-à-vis des
personnes bénéficiaires des
dispositifs, la publication
d’arrêtés quant à l’explication officielle des documents
dématérialisés est absolument
essentielle », estime Guillaume Despagne.
Signe d’une filière à fort potentiel, les acteurs de la
Confiance numérique se
structurent et affichent des
prévisions de croissance en
hausse pour l’essentiel d’entre
eux. Dans plus de 80% des
domaines d’intervention, les
opérations concernent l’intégrité et la sécurité des systèmes. Les secteurs d’activité
couverts sont en grande majorité l’industrie, le secteur
public et la santé, souligne
une étude de l’Alliance pour
la confiance numérique
(ACN). Un tiers des acteurs
interrogés dispose d’une activité de Recherche & Développement. Il s’agit d’une
des filières qui investit le
plus en la matière, avec des
taux élevés chez les industriels et les éditeurs de logiciels, traduisant une nécessité
de trouver des solutions innovantes.
Soucieux d’apporter sa pierre
à l’édifice et de trouver des
réponses toujours mieux
adaptées, le monde académique s’empare également
de la question. Clermont-Ferrand vient ainsi d’ouvrir une
chaire sur la confiance numérique. Lancée en octobre
dernier, elle vise particulièrement la protection de la
vie privée et des données,
mais aussi la protection des
mineurs et la conservation
des données de confiance.
Le projet universitaire est
soutenu par la Fondation de
l’Université d’Auvergne, la
société spécialisée dans la
confiance numérique Almérys, la Caisse d’Epargne du
Limousin et d’Auvergne.
L’université dispose d’un laboratoire spécialisé en infor-
matique, modélisation et optimisation des systèmes, qui
abritera cette chaire atypique.
Pour Guillaume Despagne,
une gestion efficace de la
confiance passe aussi par
l’analyse précise des processus et des données véritablement nécessaires pour chacun
d’entre eux : « Au-delà des
protections et mesures d’authentification mises en place,
il faut veiller à ce que les
processus soient vraiment
utiles, se focaliser sur leur
légitimité, et non pas uniquement sur la sécurité. Certaines vérifications sont pertinentes à être réalisées en
temps réel, d’autres non. »
Pascal Colin évoque aussi la
nécessité de trouver des passerelles entre le modèle « pa-
pier » et le modèle dématérialisé, afin de mieux faire
accepter une technologie :
« On propose souvent une
signature manuelle sur un
écran. Bien évidemment, la
véritable signature n’est pas
celle-ci. Il ne s’agit que d’un
élément graphique disponible
pour le client. Cet élément
cache une clé associée à un
logiciel de chiffrement, l’ensemble donnant une trace
unique. » La définition d’une
stratégie de conduite du changement s’impose comme une
bonne pratique à adopter.
Une question qui relève du
management.
Mathieu Neu
Strategy review
par Pascal
Junghans
Enseignant à l'international University Of Monaco
et à l'université de technologie de Troyes
Membre du conseil scientifique du Conseil supérieur
de la formation et de la recherche stratégique.
S’interroger sur la sécurité
des installations télécom
L
e terrorisme se transforme et devient plus
dangereux pour les
PME. Les attaques de basse
intensité menées par des «
loups solitaires », comme les
appelle Andrew Parker, le
directeur général du MI5 britannique, sont désormais la
règle. Parmi les possibles cibles de choix : les infrastructures de télécommunication.
Plus de téléphone, plus d’accès Internet, plus de transfert
de données et la PME peut
déposer le bilan. Les opérateurs de télécoms le savent.
Barrières électriques, badges,
vigiles : rien n’est négligé
pour protéger des installations. Elles sont aussi dupliquées en sites miroirs – huit
dispersés dans le monde entier pour le seul Orange. Surtout, les opérateurs, pour dérouter d’éventuels agresseurs,
gardent secrètes leurs solutions de défense. Verizon,
leader mondial des télécoms,
écrit : « Nous disposons d'un
programme écrit pour la gestion de la continuité des activités et des situations d'urgence. Celui-ci est agencé
pour représenter une réponse
efficace aux catastrophes naturelles ou provoquées par
l'homme, incluant le risque
d'incendie ou le terrorisme.
Les détails de ce plan sont
notre propriété et restent
confidentiels. » Plusieurs offres sont proposées par ces
opérateurs, de niveau variable
selon le niveau de récupération de données choisi. Le
prix sera différent si l’opérateur récupère 95% des données ou 99%. Les PME doivent choisir, s’interroger pour
savoir si quelques minutes
de données récupérées compensent l’augmentation de la
facture. Et prendre le temps
d’une évaluation cruciale.
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 55
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
Haute résolution
Haute résolution
Factures allégées
Fini le temps de la paperasse qui s’amoncelle aux coins des bureaux. Les entreprises, grandes et petites,
le comprennent : dématérialiser ses factures peut rapporter gros. La tendance s’étend désormais à tous
les secteurs, apportant une multitude de bénéfices.
1
2,6 millions d’arbres
sauvés, 13 milliards de
litres d’eau inutilisés,
5,4 milliards de kWh économisés. Les gains pour l’environnement seraient substantiels si les 30 milliards
de factures papier envoyées
chaque année en Europe devenaient électroniques. Et il
n’y a pas que la planète qui
se sentirait plus légère. « A
chaque facture dématérialisée, une entreprise économise l’équivalent de la moitié
« Les grandes entreprises
ont été les premières à emboîter le pas, notamment
dans la grande distribution.
Aujourd’hui, la démarche se
généralise, y compris au sein
des petites organisations »,
constate Jérôme Mendiela.
A l’origine de cette tendance,
la prise de conscience d’une
possibilité de baisser drastiquement les coûts de fonctionnement. La facturation
papier nécessite des ressources et du temps. La mise
les factures fournisseurs par
courrier. Ces dernières
étaient ensuite réexpédiées
vers chaque site pour que le
paiement soit effectué. Un
processus coûteux, contraignant, impliquant des délais
de traitement longs, souffrant
en plus d’un manque de traçabilité. « Avec la solution
déployée, les comptables retirent d’importants bénéfices,
les gains de productivité sont
substantiels, et surtout, nous
avons réduit d’un mois notre
processus de traitement des
factures fournisseurs », se
réjouit Patrice Olivier, directeur des systèmes d’information de Bergère de
France.
Par ailleurs, lorsque le système informatique en place
est intégré au logiciel de
“ La mise en place d’un modèle
électronique est synonyme d’une
diminution de 40% à 60% des
dépenses de comptabilité du
côté du client
”
du prix du timbre », assure
Jérôme Mendiela, Alliances
manager chez Numen, une
société spécialisée dans les
services de dématérialisation.
Conscientes du potentiel que
recèlent les nouvelles technologies, les entreprises se
ruent désormais vers cette
tendance à la numérisation
des factures. Mais à chacun
son rythme de croisière.
en place d’un modèle électronique est synonyme, selon
les études, d’une diminution
de 40% à 60% des dépenses
de comptabilité du côté du
client, et de près de 90% du
côté du fournisseur. Mais
au-delà de la seule question
des coûts, l’automatisation
des process et ses conséquences directes constituent
le bénéfice le plus significatif
de la mise en place de la
par
Gwenaëlle
Bernier
Avocat Associé Ernst & Young
facturation électronique.
Celle-ci permet à une société
d’envoyer, de recevoir et de
transférer les factures automatiquement aux destinataires, et de résoudre les litiges et recouvrements rela-
O
n pensait avoir tout dit
des conséquences de la
transposition de la directive 2010/45 en matière de facturation depuis le 1er janvier 2013 :
la révolution de la facturation électronique ! Tous les formats sont
permis ! L’égalité de traitement
des factures papier et électroniques !
Mais a-t-on aussi songé aux bouleversements induits sur la gestion
des factures papier ?
Les nouveaux textes élargissent
56
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
légale. Mais ces freins se
lèvent assez rapidement. »
Les gouvernements aident
en ce sens. Au sein de
l’Union européenne, les dernières directives donnent aux
de ses agences devaient être
prêts à gérer les factures
électroniques. Tous les fournisseurs doivent donc être
équipés en conséquence. Singapour va encore bien plus
loin : la réception de factures
papier par les institutions
gouvernementales y est interdite depuis 2008.
Mathieu Neu
“ La facturation électronique
Bientôt une antiquité
tifs aux factures de manière
plus efficace.
L’entreprise Wega, filiale du
groupe Bergère de France,
qui commercialise des vêtements de prêt-à-porter, a
récemment recouru aux ser-
vices du spécialiste de la
dématérialisation des factures Esker afin d’alléger
des processus qui devenaient
de plus en plus lourds. Wega
dispose de plusieurs sites en
France. Chacun d’entre eux
reçoit ses propres factures
qui transitent ensuite par le
siège de Bar-le-duc, en Lorraine, où elles sont validées.
Avant la procédure de dématérialisation, le siège recevait deux fois par mois
Les conséquences inattendues de l’égalité de
traitement des factures papier et électroniques
Veille juridique
sur le marché corse, vient
lui aussi d’opter pour la dématérialisation des factures
fournisseurs de l’un de ses
sites hôteliers. Avec quelque
1800 factures par an, le projet
fait figure d’exemple à petite
échelle. Pour autant, il
conserve tout son intérêt en
raison du gain de temps et
de simplicité apporté par cette
modernisation. « Tout devient
très simple avec la dématérialisation. Je numérise, je
valide, et l’outil informatique
intègre toutes les données au
système en place. La facture
est disponible à tout moment
sur la plateforme et accessible rapidement par tous les
décideurs », témoigne Bruno
Mortreuil, directeur des systèmes d’information d’Ollandini. Le groupe envisage
factures électroniques le
même statut que leurs équivalents sous forme papier.
Le Danemark, la Suède et
la Finlande obligent leurs
partenaires à utiliser des facturations dématérialisées.
Certains gouvernements ont
rendu l’utilisation de la facture électronique obligatoire
pour les institutions du secteur public. Sur d’autres
continents, la tendance n’est
pas différente. Le Trésor
américain avait indiqué dès
la fin 2012 que les systèmes
de comptabilité fournisseurs
l’obligation de justifier des trois
principes d’authenticité de l’origine,
d’intégrité du contenu et de lisibilité
de la facture, aux factures papier
(nouvel art. 289-V du Code général
des impôts). Cette exigence prend
la forme pratique de la mise en
œuvre de « contrôles documentés
et permanents » permettant de démontrer l’existence d’un chemin
de révision entre les factures papier
et les transactions sous-jacentes.
Ces contrôles devront être documentés et présentés à l’adminis-
tration fiscale à tout moment… Il
est donc fortement déconseillé d’attendre le contrôle fiscal pour les
constituer.
Qui dit égalité de traitement, dit
qu’un papier vaut un PDF ou un
fichier XML : que penser alors
des envois par la Poste de factures
papier doublées d’un envoi en PDF
par email ou d’un fichier XML ou
d’un EDI « simple » ? Il s’agit de
la double facturation d’une même
transaction, que le projet d’instruc-
tion administrative semble avoir
bien identifié, en rendant le vendeur
responsable de l’absence de double
déduction de la TVA par son client :
à lui de prendre toutes les mesures
nécessaires pour l’éviter, sinon… ?
Le double flux de factures induit
que la TVA a été mentionnée deux
fois et à ce titre elle est donc due
deux fois au Trésor. Il est donc
temps de se défaire des vieilles
habitudes : envoyer une seule fois
sa facture, et abandonner le papier !
fournit la possibilité
d’améliorer la gestion du
cash-flow
facturation électronique, les
erreurs de transfert entre les
applications peuvent être
supprimées réduisant ainsi
les coûts associés aux réajustements. La facturation
papier reste davantage prisonnière des fautes humaines, provoquant des coûts
supplémentaires, non prévisibles, ce qui a inévitablement un impact sur l’efficacité des tâches. « La dématérialisation est incontestablement un rempart contre
le risque d’erreur », assure
Morgane Quéran, responsable marketing et communication d’Accelya, une société
qui propose également une
offre de facturation électronique.
DES GAINS POUR
TOUS
Le groupe Ollandini, opérateur touristique positionné
”
d’ailleurs de déployer sa solution dans les mois à venir
sur des sites plus volumineux
traitant plusieurs dizaines de
milliers de factures. A noter
que la facturation électronique
fournit également la possibilité d’améliorer la gestion
du cash flow en créant des
opportunités de revenus. Avec
l’élimination du délai de
transfert par courrier postal,
en particulier lorsque le calcul
du délai de paiement est basé
sur la date de réception de la
facture et non sur la date de
facturation, le traitement de
l’encours client peut être amélioré.
Pour Jérôme Mendiela, « bon
nombre de professionnels
préfèrent toujours passer les
écritures comptables à partir
de documents physiques. Il
est encore parfois difficile
d’intégrer qu’une pièce électronique conserve sa valeur
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 57
STRATÉGIE & INNOVATION NUMÉRIQUE
n°6
Business story
De la pépinière… au Nasdaq
Criteo, au développement ultrarapide et aux algorithmes aussi sophistiqués que secrets, ressemble à ses
consœurs de Palo Alto. Seule différence, son origine hexagonale, qui ne l’empêche pas d’entrer au
Nasdaq. Plongée dans une success story « made in Paris ».
M
ais pourquoi diable la voit-on
comme le « Google français » ? Parce qu'elle
vient d'être primée aux BFM
Awards ? Parce qu'elle a levé
250 millions de dollars sur
le Nasdaq, valorisée à 1.7
milliards de dollars le 30 octobre dernier ? Parce que le
cabinet Deloitte l’a classée
en 2012 comme l’entreprise
technologique ayant connu
le plus fort taux de croissance
R&D de Microsoft à Redmond, reviennent en France
pour créer leur entreprise, ils
croisent sur leur route le « serial entrepreneur » Jean-Baptiste Rudelle (44 ans). Une
association plus qu’heureuse.
Les trois associés bénéficient
de l’aide de l’incubateur public high tech Agoranov à
Paris. De 2005 à 2008, leur
bébé n’est alors qu’un simple
moteur de recommandation
sur les sites de e-marchands,
Ventures et Bessemer Ventures. Les trois cofondateurs
détenant 20% du capital, l’entrée en Bourse résonne
comme une consécration.
CŒUR DE MÉTIER
MÉCONNU,
TERRIBLEMENT
EFFICACE
Succès explosif, notoriété faible. La raison ? Criteo est un
champion en coulisse, qui offre
des services de « rattrapage de
sur 100 qui repartent du site
sans avoir acheté, et se rémunère à chacun de leurs clics.
Son secret pour personnaliser
les produits proposés en fonction du goût, du profil et de la
rentabilité de ceux qui surfent ?
Les traces qu’ils laissent derrière eux – les fameux « cookies » –, qui n’ont plus de
secret pour cette belle pousse
française prospérant à l’ombre
des géants, notamment Google.
Non seulement Criteo se sert
Criteo a tout pour plaire. Vraiment tout ?
CONCURRENCE
ET LÉGISLATION
DÉROUTANTES
Les challengers avides de bouleverser l’ordre établi affluent
en continu sur ce secteur, particulièrement chez l’Oncle
Sam. ValueClick est déjà évalué à 1,2 milliards d’euros au
Nasdaq. Mais Criteo possède
une longueur d’avance grâce
à sa technologie et ne dépose
pas de brevets pour garder
son produit secret, à la manière
de Coca-Cola. Jamais trop
prudent, le comité de direction
se réunit trimestriellement
pour faire le point sur les nouvelles avancées des concurrents. Une paranoïa de rigueur,
alors que Google, fidèle à ses
stockées, et l’autorisation
d’utilisation des cookies diffère d’un pays à l’autre. Criteo
se veut conciliante, nommant
une responsable de la protection de la vie privée et lançant
« youronlinechoices.com »
en Europe, pour que les gens
soient informés des sites qui
posent des cookies et décident
au final.
L’ENVOL
DU PAPILLON
L’avènement de la publicité
sur mobile semble un prochain
défi que la société, maintenant
présente à Palo Alto, s’emploie
à relever, ayant racheté à prix
d’or la régie britannique AdX
Tracking spécialisée dans le
marketing mobile. Mais son
plus grand challenge, propre
aux start-up gagnantes, reste
“ Criteo ne dépose pas de brevets
pour garder son produit secret, à
la manière de Coca-Cola
Bienvenue dans la Matrice
en Europe ces cinq dernières
années ? Criteo, leader mondial du reciblage publicitaire
personnalisé à la performance, est présente dans 15
pourvus d’une petite barre
“vous avez aimé ce produit,
alors vous aimerez celui-ci”.
Puis ils passent en 2008 à
leur vrai business, parvenant
visiteurs » dans 37 pays à
4000 e-commerçants, que
ceux-ci ne peuvent refuser. Si
la Redoute, CDiscount, Expedia, Zalando ou autres eBay
“
Criteo est un champion en coulisse,
qui offre des services de « rattrapage de
visiteurs » aux e-commerçants
”
pays et compte 800 salariés
dont 350 ingénieurs en
France. Quand Franck Le
Ouay (36 ans) et Romain
Niccoli (35 ans), deux ingénieurs des Mines de Paris,
transfuges des laboratoires
58
à démontrer le potentiel de
l’aventure aux financiers dans
quatre tours de table d’un
total de 50 millions d’euros :
les fonds français Idinvest et
Elaia, le Japonais Softbank
et les Anglo-Saxons Index
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
sont fidèles à 90%, c’est bien
parce qu’ils ont tout à y gagner.
Par ses algorithmes de prédiction et de recommandation,
Criteo génère en temps réel
des bannières publicitaires ciblées sur les 98 internautes
de la méthode à la performance
que l’ogre de Moutain View
applique sur les liens sponsorisés auprès des annonceurs
pour l’appliquer sur les bannières de produits, mais le
Petit Poucet français traite
aussi en direct avec lui : « Google Ad Exchange nous appelle
pour nous demander si nous
voulons telle impression, telle
bannière pour tel e-commerçant, à tel prix. Nous avons
été pionniers en Europe, à investir et travailler en gros volumes avec Google, qui apprécie notre technologie dans
les enchères publicitaires en
temps réel », a-t-on toujours
répété chez Criteo. Au carrefour
des tendances porteuses « big
data » et « real-time biding »,
habitudes, essaie aussi de secouer le cocotier dans le « display ». Son rachat de Teracent,
un outil d’optimisation des
bannières publicitaires et
d’Admeld, spécialisé dans la
gestion des espaces publicitaires sur la Toile, ne sont pas
passés inaperçus. En 2007,
Google avait acquis DoubleClick, également spécialiste
du ciblage comportemental.
Le roi des moteurs de recherche envisagerait aussi,
selon la presse américaine,
de bloquer les cookies tiers
sur son navigateur Chrome
et de passer à un système de
reconnaissance et de traçage
propriétaire, qui fragiliserait
les sociétés de ciblage. Mais
le plus gros écueil en vue
reste celui de la règlementation. Les défenseurs de la vie
privée demandent l’application
de systèmes en «  opt-in  », requérant le consentement explicite des internautes pour
les publicités ciblées. La Cnil
regarde de près la manière
avec laquelle les données personnelles sont utilisées et
”
l’hypercroissance et l’internationalisation à marche forcée. En juin 2013, la part
d’activité réalisée en Europe
est tombée à 52%, contre 63%
en 2012 et 83% en 2011.
Douze nouveaux pays ont été
ouverts en 12 mois, exigeant
un recrutement de talents incessant et risqué. Si la
moyenne d’âge basse, le tutoiement, l’intéressement au
résultat et la hiérarchie plate
sont de rigueur, si les échanges
internes sont constants via la
messagerie interne Pidgin et
le réseau social professionnel
interne Yammer, c’est bien
parce que Criteo compte garder l’esprit start-up malgré sa
taille, à la manière de Google.
Toujours. Mais à Paris, le
siège a déménagé près de la
gare Saint-Lazare, quittant le
voisinage du géant californien
près d’Opéra. Peut-être le
signe que le « Google français » va désormais tracer sa
route, loin de son « meilleur
ennemi ».
Matthieu Camozzi
RH & FORMATION
n°6
Réseaux & Influence
Rotary club et Lions club
Les deux grands clubs service de notables brillent par leurs activités philanthropiques… et alimentent
inévitablement de fausses rumeurs.
L
a beauté du cheval…
Faut-il supprimer la
tour
Montparnasse ?… Socrate étaitil un chat ?... Les
thèmes choisis par
les élèves des meilleurs lycées de Paris sont déroutants. En dix minutes, les orateurs échafaudent
une
construction
intellectuelle et
tentent de gagner l’auditoire,
dans
un
concours d’expression orale organisé par le Rotary
Club Paris-Ouest, district 1660. « Le but est
de les aider à convaincre
le DRH plus tard », explique
Jean-Luc Pouch, entré en
2004 dans ce prestigieux
groupement datant de 1957
et comptant 48 membres. A
l’échelle mondiale, les 2,6
millions de membres des
deux célèbres réseaux ont
depuis longtemps démontré
leur capacité d’action caritative, mais aussi pédagogique et écologique.
AU FOUR ET
AU MOULIN
S’apprêtant à prendre la présidence de son club durant
un an, hiérarchie tournante
oblige, l’urologue souligne
la variété des initiatives :
« Deux lignes de fond sont
toujours suivies. En premier
lieu la jeunesse, avec des
bourses distribuées et des
échanges d’étudiants. Le
concours d’expression orale
ou le prix du travail manuel
pour la création d’un bijou
traduisent nos velléités éducatives. En second lieu la
santé, cheval de bataille du
Rotary International qui
contribue à éradiquer la poliomyélite, finance la lutte
contre Alzheimer ou s’allie
avec l’Institut Pasteur contre
le paludisme. Nous leur versons une subvention. » Mais
la liste des actions bienfaisantes ne s’arrête pas là.
« Nous intervenons pour la
banque alimentaire en de60
mandant aux
gens dans les supermarchés
d’acheter de la nourriture
en plus. Par des représentations théâtrales nous récoltons des fonds pour financer
le creusement de puits au
Sahel…», énumère Franck
Singer, avocat à la Cour et
président actuel du club, lors
d’une soirée recrutement dans
les salons du Novotel de la
Porte d’Asnières, à Paris.
UNE MÊME
PHILOSOPHIE,
QUELQUES
DIFFÉRENCES
Une aventure qui a commencé en 1905 à Chicago,
lorsque l’avocat Paul Harris,
à
tour de
rôle, l’association prit le nom
de Rotary, pour « in rotation », intervenant bientôt
aux quatre coins de la planète
pour répondre aux besoins
les plus critiques. Le Lions
a été fondé lui aussi à Chicago
en 1917, sous la houlette de
l’assureur Melvin Jones et
de quelques Rotariens. Le
Rotary est un peu plus élitiste,
son antériorité sur le Lions
lui ayant permis de cibler la
crème des notables. Les Lions
Clubs sont composés de cadres moyens et supérieurs,
quand les Rotary Clubs accueillent plutôt dirigeants,
fonctionnaires de haut rang
et professions libérales ; mais
le plus jeune distance au-
ans, et
appelée «
Leo » chez les
Lions. Ce sont essentiellement les cotisations annuelles
des membres (1000 euros en
moyenne pour un rotarien
français et 500 pour un Lions)
qui les font vivre. La fondation du Rotary International,
bras armé des interventions,
dispose d’un budget annuel
de 120 millions de dollars,
quand le Lions International
reste discret mais doit avoisiner les mêmes montants.
La différence semble plus
tangible en matière de gouvernance, comme l’évoque
Jean-Luc Pouch : « Le Lions
est plus pyramidal. Au Rotary
les clubs sont autonomes par
rapport à la structure internationale, auprès de laquelle
“ Cérémoniaux désuets ? Peut-être. Mais des
initiatives qui prouvent que les clubs service
sont en prise avec la réalité du terrain
”
après avoir constaté que les
règlements de compte après
jugement étaient monnaie
courante, décida de fonder
un club apolitique, areligieux
et amical pour décloisonner
les professions par la connaissance mutuelle. Les cinq fondateurs se recevant chez eux
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
jourd’hui de peu son aîné en
nombre d’adhérents (1,4
contre 1,2 million). L’ordre
est en revanche inversé en
France. Le Rotary a une longueur d’avance pour séduire
les jeunes, ayant créé le «
Rotaract », version du club
réservée aux moins de trente
ils doivent monter un dossier
de financement s’ils ont besoin de fonds. »
CERCLES D’AFFAIRES
EFFACÉS
Chaque club a donc sa tonalité, ses objectifs liés au profil
de ses membres, son montant
de cotisation annuelle. « Il
s’élève chez nous à 920 euros
par semestre, comprenant les
déjeuners avec conférenciers
– récemment sur l’eau, le
« peak oil », le Printemps
Arabe, la Cour de Cassation,
Talleyrand, la gestion de
crise… – et les réunions statutaires », décrit Jean-Luc
Pouch. Les points communs
restent les déjeuners permettant de mieux se connaître.
Dès lors la question est sur
toutes les lèvres : ces cénacles
où les membres sont impliqués par ailleurs dans le business, la vie politique et associative, ne sont-ils pas affairistes ? Bien sûr l’amitié
est de mise, et donc parfois
aussi les tuyaux professionnels et entraides, mais le réseau qui facilite les contacts
doit être une conséquence,
et non une motivation. « Ce
n’est pas du tout dans l’esprit.
Nous sommes un club service
avant tout », insiste JeanLuc Pouch. La règle d’origine
qui imposait un seul représentant de chaque profession
par club était d’ailleurs censée
empêcher tout abus.
MYTHES ET DÉMONS
Pour autant discrétion et système de cooptation attisent
clichés et théories du complot.
Le nouveau venu, reconnu,
est convié par ses deux parrains à quelques réunions
pour se présenter. Après
enquête, la commission de nomination
l’intronisera ou
non, selon son
comportement
éthique. Les
procédures sont
un peu moins
contraignantes
au Lions. Bien
que très actifs
ces réseaux philanthropes paraissent donc fermés de l’extérieur,
et de là à l’amalgame avec la francmaçonnerie il n’y a
qu’un pas. Deux des quatre fondateurs du Rotary auraient été francs-maçons. Des
cas de double appartenance
ont existé, sans que l’association soit pourtant “assujettie” à l’Ordre. « Je ne sais
pas si les gens sont francsmaçons malgré toutes ces
années passées au club »,
affirme Jean-Luc Pouch. Côté
Lions, l’argument selon lequel le symbole de l’animal
aurait été choisi en référence
aux gardiens du temple, allusion équivoque aux fondements maçonniques, n’a jamais été étayé. En vérité les
codes de conduite qui régissent encore aujourd’hui les
clubs demeurent empreints
d’une certaine culture américaine conservatrice. Les
« gouverneurs » supervisent
l’ensemble des clubs, les
femmes ont pu intégrer ces
assemblées au terme d’un
long procès en Californie
dans les années 80. A chaque
séance, délimitée dans le
temps par le son de la cloche,
le président suit un ordre précis, souhaitant les anniversaires, récapitulant les actions
menées, présentant les invités.
Cérémoniaux désuets ? Peutêtre. Mais des initiatives qui
prouvent que les clubs services sont en prise avec la
réalité du terrain.
Matthieu Camozzi
RH & FORMATION
n°6
Observatoire
■ MOOC ATTAQUENT
Les "massive open online courses", ou en français les « Clom », pour « cours en ligne ouverts et massifs », font parler d’eux.
Et pour cause : si leur campus était transposé dans le monde réel, il aurait la taille de Paris. La population des cyber-universités
se compte en effet en millions et chaque classe peut rassembler jusqu'à 200 000 étudiants. Coursera, edX, Khan Academy
ou Udacity dispensent des enseignements dans le giron des grandes « marques » universitaires américaines, telles Stanford,
Harvard ou le MIT. La France est en retard dans ce domaine, de l’aveu même de la ministre de l’Enseignement supérieur
Geneviève Fioraso. En mars 2011, Sébastien Thrun, directeur du laboratoire d'intelligence artificielle à Stanford, se dit «
bluffé » par Salman Kahn, qui vient de fonder la Khan Academy proposant des vidéos désormais regardées par 9,3 millions
d’étudiants. L'ancien prof de Stanford créera Udacity, avec pour sponsors Harvard et le MIT. Les cours sont gratuits, mais
la certification payante. Le début de l’aventure...
■ FUN EN FRANCE
En Europe, c’est l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) qui a pris de l’avance sur le sujet. Et en France, Centrale
Lille a ouvert le bal l’an dernier avec un cours sur la gestion de projets, validé par un certificat. La plupart des grandes écoles
s’y essayent, à l’instar de Polytechnique, HEC et Centrale Paris qui proposent des cours sur Coursera. Le lancement par
Geneviève Fioraso de France université numérique (FUN), plateforme qui vise à développer une offre française avec des
partenariats public-privé, déjà financée par le programme d’investissements d’avenir à hauteur de 12 millions d’euros, accompagne le mouvement. Petit bémol, elle s'appuie sur la technologie d'edX, l'attelage d’Harvard et du MIT, soutenu allégrement par Google, ce qui fait bondir les start-up françaises du secteur. La course est en tout cas lancée dans ce qui pourrait
bouleverser l’éducation.
■ CLASSEMENT UNIVERSUM 2013 DES EMPLOYEURS IDÉAUX SELON LES ÉTUDIANTS FRANÇAIS :
Classement Grandes écoles
de Commerce/Management
2013
Classement Grandes écoles
d'Ingénieurs
2013
Classement Universités,
filière Ingénieur
2013
LVMH
1
EADS
1
Classement Universités, filière Commerce/Management 2013
L'Oréal
1
Thales
1
L'Oréal
2
Google
2
LVMH
2
EADS
2
Google
3
Dassault Aviation
3
Air France
3
Google
3
Apple
4
Thales
4
Apple
4
Air France
4
Canal +
5
EDF
5
Google
5
Safran
5
Danone
6
Safran
6
BNP Paribas
6
Dassault Aviation
6
Nestlé
7
TOTAL
7
Coca-Cola
7
Microsoft
7
Coca-Cola
8
VINCI
8
HSBC
8
CNRS
8
Air France
9
Veolia Environnement
9
Société Générale
9
Ubisoft
9
Ernst & Young
10
GDF SUEZ
(incl. SUEZ ENVIRONNEMENT)
10
Groupe Galeries Lafayette
10
SNCF
10
Source : © Classement annuel des marques employeurs de la société Universum, 2013
Pour son étude 2013 sur les marques employeurs en France, Universum a interrogé 34160 étudiants issus de 119 grandes
écoles et universités. Le grand apprentissage est leur quête de stabilité, quitte à refuser de prendre certains risques. La crise
et son cortège de plans de sauvegarde de l’emploi, y compris pour les cadres, est passée par là. Le luxe a toujours les
faveurs des étudiants en business. Mais les banques, peu brillantes en matière de sécurité de l’emploi, ne les intéressent
plus autant, comme la grande distribution, à l’environnement de travail décrié. Idem pour l’automobile frappée par la crise.
PSA perd 15 places, BMW cinq places. Les secteurs qui tirent leur épingle du jeu sont les produits de grande consommation,
notamment l’agroalimentaire, synonyme de stabilité. Nestlé, Coca-Cola ou Unilever rassurent, comme les entreprises publiques et parapubliques qui ont inversé la tendance depuis 2012 (SNCF, RATP, La Poste). Dans leur sillage les cabinets
d’audit, qui profitent de leur réputation de solidité. Les étudiants ingénieurs sont toujours intéressés par l’automobile, mais
ne passent pas à la candidature dans les faits. Ils rejettent les télécoms-réseaux – SFR perd sept places –, comme les équipements et technologies informatiques. En revanche les entreprises publiques – EDF gagne 13 places et entre dans le Top
5, en cinquième position –, l’aéronautique et la défense recueillent leurs faveurs.
ON EN PARLE…
u FEU DE PAILLE À L’INSEAD
62
Le nouveau doyen de l’Insead, Ilian Mihov, résidera à
Singapour, plutôt que dans le campus historique de Fontainebleau : la nouvelle a déclenché une vague d'inquiétude chez des universitaires, politiques ou chefs
d'entreprise – qui y voient une nouvelle inquiétante pour
la compétitivité française. Pourtant ce nouveau doyen est
basé en Asie avec sa famille depuis plus de dix ans. En
outre la grande école s’intéresse à l’Asie depuis longtemps, y ayant ouvert un campus en 2000. Et sur ses 146
professeurs, 59 sont installés dans la ville-Etat, 81 à Fontainebleau. Le fait de rayonner dans la future première
zone en termes d’économie mais aussi d’enseignement
supérieur, sonne comme une évidence. Il n’est pas étonnant que l’un des fleurons français de l’enseignement supérieur depuis 1957 aille chercher des étudiants là où ils
se trouvent et profite du dynamisme de la région, n’en
déplaisent aux éternels aboyeurs et défaitistes.
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
■ CLASSEMENT DIGITAL DE SEPTEMBRE 2013 DES
ÉCOLES DE COMMERCE :
ECOLE
SCORE
La politique numérique des grandes
HEC
161
écoles a été décortiquée par Media
Etudiant, acteur digital créé en 2007
ESCP EUROPE
154
qui a pour vocation d’accompagner les
EM LYON
154
jeunes tout au long de leur scolarité sur
ESSEC
150
leurs préoccupations majeures : réusGrenoble EM
145
site scolaire, recherche de formation,
entrée dans la vie active, vie au quotiAudencia Nantes
144
dien. Il fédère de véritables commuEDHEC
134
nautés éducatives. Trois grandes
SKEMA BS
131
thématiques ont été prises en compte :
l’influence web, les réseaux sociaux et
EM NORMANDIE
123
le mobile (voir site pour méthodoloESSCA
119
gie).
INSEEC
110
Les grandes écoles de commerce se
ESC DIJON
93
servent du digital comme d’un outil
communautaire pour réunir et suivre Source : © DigiSchool, http://www.markeleurs anciens étudiants, d’autres le ting-etudiant.fr/classement-ecoles-comvoient avant tout comme un levier merce-2013.php
marketing d’acquisition de nouveaux
étudiants. Elles ont bien débuté leur rentrée digitale, le podium restant
stable avec HEC, l’ESSEC et l’ESCP qui se maintiennent dans le Top
3. Du changement dans le centre du classement, notamment avec
l’ESSCA qui continue sa progression et atteint la 11e place, ainsi que
Toulouse BS qui gagne quatre places et intègre ainsi le Top 12. Certains
progrès restent encore à faire pour certaines écoles en termes de présence,
d’activité et de réactivité sur les réseaux sociaux. Cependant d’autres
écoles s’investissent de plus en plus dans le monde digital, avec la contribution de HEC et de l’EM Lyon aux initiatives MOOC.
■ CLASSEMENT DIGITAL DE
SEPTEMBRE 2013 DES
ECOLES D’INGÉNIEURS :
Du changement dans le Top 3 du
classement avec l'entrée rapide et
efficace d'EPITA en troisième position, devancé par les favoris INSA
Lyon, indétrônable, et UTC Compiègne. Une avancée importante à
souligner aussi pour ENAC Toulouse, qui gagne trois places et se
retrouve dans le Top 10. Entrée
dans le classement de l'école IPSA,
qui intègre le baromètre digital en
22e position. Quelques beaux progrès à noter, notamment la popularité de l'EIGSI sur Twitter, ainsi que
l'actualité de Centrale Paris qui
lance aussi ses MOOC.
ECOLE
SCORE
INSA LYON
UTC COMPIEGNE
179
171
EPITA
141
INSA TOULOUSE
131
TELECOM PARIS TECH
130
POLYTECHNIQUE-P.
126
CENTRALE PARIS
122
ENAC TOULOUSE
114
ECE PARIS
110
ECOLE DES PONTS
110
ESIEA
108
UTBM BELFORT
108
Source : © Digischool, http://www.ingenieurs.com/classement-ecoles-ingenieurs2013.php
u FUSIONS D’INGÉNIEURS DISCRÈTES, u L’INFLUENCE DE L’ÉCOLE SUR LE GOÛT
MAIS PRIMORDIALES
Les écoles d'ingénieurs s'unissent pour peser dans la
compétition mondiale, dans la discrétion contrairement
à leurs homologues de management. Après de longues
fiançailles, annoncées en 2006, le mariage entre les plus
que centenaires Ecole centrale de Paris (ECP) et Ecole
supérieure d'électricité (Supélec) a eu lieu début septembre. Le directeur de Centrale, Hervé Biausser, a pris la
tête de ce qui deviendra un grand établissement commun
début 2014. Mais le mariage ne sera vraiment consommé
qu'en 2017 : Centrale déménagera dans un bâtiment flambant neuf situé à 100 mètres de son conjoint Supélec, sur
le plateau de Saclay, au sud de Paris. Une alliance qui
s'inscrit dans un rapprochement plus grand, celui de l'université Paris-Saclay. Les écoles regrouperont physiquement leurs actifs, directions, administrations, professeurs,
chercheurs et personnels, avec des masters et doctorats
regroupés sous la bannière Centrale-Supélec. L'idée d'un
diplôme d'ingénieur unique reste à l'étude. De quoi remonter dans les classements internationaux.
D’ENTREPRENDRE
Se lancer dans l’entrepreneuriat, une phrase qui est désormais répétée à l’envi dans les grandes écoles mais aussi
dans les universités. Mais quel est donc le déclic qui
amène étudiants et jeunes diplômés à franchir le pas ?
L'association Jeunesse et Entreprises a questionné près
de 2000 jeunes entre juin et septembre et a rendu ses
conclusions au colloque "Entreprendre : de l'envie à l'action !" à l'université Pierre-et-Marie-Curie à Paris. Le
goût d'entreprendre tient d'abord à "la volonté d'être acteur plutôt que spectateur de son activité", avec dans l’ordre l'envie de liberté, d'action et de dépassement de soi.
C'est la personnalité et les motivations individuelles qui
sont le plus souvent mises en avant (63%), loin devant
l'envie de "faire équipe" (37%) ou "l'influence des
proches" (28%). Le principal frein ? Sans surprise l’argent, suivi du manque d'expérience et enfin de la lourdeur
administrative. Dans ce contexte, c'est l'école (73%), loin
devant la famille (14%), qui est le plus souvent appelée
à la rescousse pour développer le goût d'entreprendre.
RH & FORMATION
n°6
Carrières & Talents
La formation professionnelle en chantier
Offre illisible, mise en œuvre complexe… Malgré l’enchaînement des réformes, la formation
professionnelle continue à souffrir de nombreux défauts. Pour mieux répondre à la demande, écoles et
organismes tentent d’adapter leur offre de formation.
L
a formation professionnelle est à nouveau sous le feu des
projecteurs. Dans le cadre
de la loi sur la sécurisation
de l’emploi, le gouvernement
a annoncé une nouvelle réforme – la troisième en dix
ans. Objectif : rendre le dispositif moins coûteux et plus
efficace. Reste à voir si cette
réforme portera ses fruits.
L’époque où l’on avait un
métier pour la vie est révolu :
l’enjeu est d’autant plus crucial. La formation continue
permet de conforter ses acquis et de faciliter son évolution professionnelle, mais
surtout de rebondir en cas
de pépin. « Sur nos programmes diplômants, nous
observons une augmentation
des personnes en repositionnement professionnel, indique Chantal Poty, responsable pédagogique des programmes de formation continue de l’EM Lyon. Typiquement, cela va être le cadre
de 40 ans qui va prendre un
an pour faire un MBA. Le
mouvement s’est amplifié il
y a trois ans, mais aujourd’hui, on est plus dans
une logique de repositionnement choisi : des personnes qui profitent d’un
plan de départ volontaire
pour faire financer leur formation, par exemple. Les
Mettez de la couleur dans votre carrière
salariés prennent conscience
que la relation au travail
est en train de changer. »
UN JUTEUX MARCHÉ
Pour l’entreprise comme pour
le salarié, difficile d’y voir
clair parmi la multitude des
offres existant sur le marché :
du coaching d’une journée
à la formation diplômante
s’étalant sur plusieurs mois,
le champ des possibles est
vaste. Sans compter la multitude des organismes de formation. Beaucoup de monde
pour un marché juteux : une
étude de la Dares parue en
octobre 2013 indique que le
chiffre d’affaires réalisé en
2011 par les prestataires de
formation professionnelle
s’élève à pas moins de 13,1
milliards d’euros, en hausse
de 5% malgré la crise. Sur
ce marché se côtoient aussi
bien des organismes publics
comme l’Association pour
la formation professionnelle
des adultes (AFPA), que des
opérateurs privés.
Les écoles se positionnent
également sur ce créneau, à
l’instar de l’Essec, qui
cherche à diversifier son offre
de formation continue.
« L’activité « Executive Education » représente entre 20
et 25% du budget de l’Essec », indique Laurent Ploquin, directeur commercial
de l’ESSEC Executive Education. A côté de l’Executive
MBA, destiné aux fameux cadres supérieurs à haut potentiel, l’école propose des
formations de type troisième
cycle généraliste, destinées
à des cadres et des dirigeants
confirmés, ainsi que des mastères spécialisés dans différents domaines (RH, marketing, finance…) « Ces mastères sont destinés aux professionnels qui viennent chercher une excellence dans une
spécialité », précise Laurent
Ploquin.
Quid de la sélection ? « Notre
démarche se rapproche plus
de celle d’un cabinet de
conseil que d’une école qui
recrute ses étudiants sur
concours, fait valoir le directeur commercial de l’ESSEC Executive Education.
Notre rôle est de conseiller
le cadre sur la formation la
plus adaptée à ses besoins. »
Les écoles ont aussi développé des programmes surmesure à destination des entreprises. Une solution no-
Î
Education à 360°
par
Marc
Drillech
Directeur général de
IONIS Education Group
64
S
ur toutes les lèvres, à la
une de tous les journaux :
l’innovation, super héroïne, devrait venir à bout de
tous nos maux, relancer la croissance, créer des emplois, nous
sortir du marasme. Mais pour
cela il faut lui permettre de se
développer dans un environnement favorable, arrêter de dénigrer celles et ceux qui
entreprennent et réussissent, accepter qu’innover c’est prendre
des risques et donc parfois
échouer. Plus que de grande
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
L’innovation, simple et concrète
théorie voici un cas concret
d’innovation : Khepri, à l’origine un projet étudiant créé en
2010. Les désormais jeunes diplômés de l’ISEG Group, lauréats d’Open ISEG, ont
constitué leur entreprise d’entomoculture en 2012. Elle propose
un système innovant, solidaire et
moderne. Khepri formera des
familles au Laos, en partenariat
avec Handicap International, à
l’élevage de grillons. La production sera ensuite répartie entre :
d’un côté les familles comme
produit alimentaire (autosuffisance) et pour de la revente (revenus) et de l’autre Khepri qui
utilisera cette source riche en
protéines comme farine alimentaire (la chair) et biomatériau (la
chitine des carapaces). Et voilà
un projet qui ambitionne de réduire la faim et la pauvreté de
centaines de familles tout en développant des biotechnologies.
Ce ne fut pas facile, ils se sont
trompés, ils ont recommencé, ils
ne se sont pas précipités, ils ont
découvert comment travailler à
l’étranger. Le premier village pilote sera lancé en janvier*. C’est
bien là l’illustration de la mission de l’enseignement supérieur, au-delà de la transmission
de savoirs (à l’heure chahutée
des MOOC), ouvrir à de multiples horizons, soutenir ses étudiants, leur apprendre à prendre
confiance et créer les conditions
qui font naître ces idées belles
et… innovantes.
*Si vous voulez les soutenir, ils
sont en campagne de crowdfunding sur indiegogo.
RH & FORMATION
n°6
RH & FORMATION
n°6
Carrières & Talents
Carrières & Talents
tamment proposée par l’EM
Lyon : « Nous proposons des
programmes ad-hoc d’une
durée de quelques jours, pour
une population donnée sur
que des programmes certifiants (et non plus diplômants) s’étalant sur plusieurs
semaines, comme les AMP
(Advanced Management
« du fait d’une demande de
productivité au travail de plus
en plus forte, il y a un raccourcissement du temps de
formation ».
dont le coût tourne autour de
25 000 euros en moyenne,
sans l’aide de l’employeur.
Reste au salarié la possibilité
de se tourner vers le Fonds
de gestion du CIF (Fongecif)
ou l’Organisme paritaire col-
De quoi dégommer les freins à
l’évolution professionnelle…
“La formation continue permet de conforter
“Il n’est pas toujours chose
ses acquis et de faciliter son évolution
professionnelle, mais surtout de rebondir
en cas de pépin
une entreprise donnée, explique Chantal Poty. Ces formations ont pour but d’accompagner un changement
stratégique dans l’entreprise.
Elles existent depuis 30 ans,
mais se sont bien déployées
ces six dernières années. Ces
programmes représentent
désormais 40% de notre activité. »
Pour concurrencer les organismes de formation sur leur
propre terrain, les écoles se
sont aussi mises à proposer
des modules de formation
de quelques heures, ainsi
Programme). « Il s’agit d’un
produit qui émerge depuis
4-5 ans », indique Laurent
Ploquin.
LA TENDANCE :
FORMATIONS
COURTES ET
« BLENDED
LEARNING »
Des formations courtes pour
des entreprises de moins en
moins enclines à laisser leurs
salariés s’absenter. Mathilde
Bourdat, spécialiste du management de la formation
chez Cegos, observe que
aisée pour un salarié de
convaincre son entreprise de
l’intérêt une formation
”
Les besoins évoluent. « Le
mode de vie professionnel
des cadres s’internationalise
et se complexifie, observe le
directeur commercial de l’ESSEC Executive Education.
On a une demande qui va
vers toujours plus d’approche
individualisée pour des besoins spécifiques, ainsi qu’une
meilleure plasticité des formations. »
Mais le gros changement au
niveau des formations a été
apporté par l’arrivée des nouvelles technologies. « Avec
les smartphones et les ta-
”
blettes, la nomadité est en
train de modifier les comportements », estime Laurent
Ploquin. En particulier, la déferlante des Mooc redistribue
les cartes. « Les modèles existants sont challengés par la
technologie et par les grandes
business schools américaines», est d’avis le directeur
commercial de l’ESSEC Executive Education.
Les formations ne sont plus
seulement dispensées en amphi, comme il y a 30 ou 50
ans. Organismes et écoles
multiplient les formations à
distance et en « blended learning ». « On a désormais
des solutions qui mélangent
du présentiel et du distanciel,
pour que les cadres puissent
faire une heure de formation
dans un train, dans un hôtel… », indique Laurent Ploquin. « Utiliser le support
digital, oui, mais pas remplacer le face à face par le
tout digital », relativise Chantal Poty.
POUR LE SALARIÉ,
ENCORE PEU
D’OPTIONS
Restrictions budgétaires, entreprises peu désireuses de
laisser leurs salariés s’absenter… En dehors des « meilleurs talents » qui se voient
offrir par leur employeur le
top des formations de type
MBA, il n’est pas toujours
aisé pour un salarié de
convaincre son entreprise de
l’intérêt d’une formation.
« C’est le talent du cadre
L’essor des écoles d’entreprise
L’école 42 de Xavier Niel, Danone, Accor ou encore Bricoman : les entreprises sont de
plus en plus nombreuses à créer leurs propres écoles pour prendre en charge la formation de leurs futurs salariés.
En mars dernier, le PDG de
Free, Xaviel Niel, a fait le
buzz en annonçant l’ouverture de l’école 42, un centre
de formation numérique mis
sur pied par l’opérateur. Accessible aux candidats âgés
entre 18 et 30 ans, avec ou
sans Bac, cette école vise à
dynamiter le cadre de la formation classique en recrutant
non plus sur diplôme, mais
sur le potentiel et la créativité
des candidats. Pour arriver
à décrocher une place, les
postulants doivent passer
toute une série de tests sur
ordinateur et de travaux pra-
66
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
de son entreprise, un autre
problème peut se poser : celui
de la conciliation entre temps
de travail et temps de formation « La plupart du temps,
nos formations diplômantes
sont organisées en format
tiques intensifs. François
Hollande a salué cette initiative, déclarant vouloir “encourager” des projets de ce
type.
Répandues dans des pays
comme l’Allemagne, les
écoles d’entreprise commencent à prendre leur essor en
France. Si elle peuvent prendre différentes formes, leur
but reste généralement de
former leurs futurs salariés
aux solutions et aux produits
de l’entreprise. Ce sont principalement de grands groupes
du CAC 40 qui se lancent
sur cette voie. A l’instar de
Danone, qui a lancé en 2011
sa propre école de vente.
Objectif : diversifier le recrutement de ses commerciaux, et surtout, sensibiliser
ses étudiants aux produits
Danone. Visant des Bac +2
désireux de se former aux
métiers de la vente, l’école
propose une formation diplômante sur un an en alternance, en partenariat avec
des organismes de formation
et débouchant sur une Licence « Commerce et vente
dans les industries agroalimentaires ». En 2010, un
qui emporte en partie la décision de l’entreprise »,
constate Laurent Ploquin.
Pour le salarié qui souhaite
s’engager dans une formation,
les options sont limitées. Le
Droit individuel à la formation
(DIF), limité à 20 heures par
an, n’autorise qu’une formation courte et dans la branche
d’activité dans laquelle exerce
le salarié. Dans le cas du DIF,
la formation est financée et
le salarié perçoit une allocation de formation. Reste que
seulement 6% des salariés
ont fait valoir spontanément
leur droit au DIF cinq ans
après sa création, selon une
étude de l’Insee parue en octobre dernier. Afin d’étendre
ce dispositif, rebaptisé
« compte personnel de formation », la loi de sécurisation
de l’emploi a amélioré la portabilité des droits à la formation professionnelle. « Mais
pour peu que vous vouliez
intégrer une grande école,
cela ne pèse plus rien »,
pointe Laurent Ploquin.
Le salarié qui souhaite poursuivre une formation longue
a la possibilité de passer par
un Congé individuel de formation (CIF), d’une durée
d’un an. Destiné notamment
aux salariés qui envisagent
une reconversion professionnelle, le CIF ne peut être refusé par l’employeur. Reste
la délicate question du financement de la formation. Au
demeurant, il est quasi impossible de financer un MBA,
test avait été mené dans le
sud de la France. Pendant
un an, des apprentis recrutés
par Danone avaient poursuivi
leur cursus en licence dans
des écoles de management
de la région en parallèle de
leur apprentissage. Le test
s’était avéré concluant.
Les PME commencent aussi
à s’intéresser à cette solution.
C’est ainsi que l’enseigne
de bricolage Bricoman a ouvert en septembre 2013 son
propre centre de formation
en interne pour ses futurs
employés. L’entreprise avait
en effet des difficultés à trouver des profils qualifiés pour
ses métiers. Les 20 premiers
élèves ont intégré la structure
en contrat d’apprentissage
d’une durée d’un an, avec
une promesse de CDI à la
clé.
UN EMPLOI À LA
SORTIE
C’est l’avantage de ces écoles
pour les étudiants : la quasigarantie d’un emploi à la
sortie. La formation peut déboucher sur un « vrai » diplôme ou bien seulement sur
une certification de qualification professionnelle,
comme c’est le cas chez Bricoman. Ces structures peuvent aussi servir à former
les salariés en interne. En
pratique, les écoles d’entreprise se rapprochent beaucoup des formations en apprentissage. Pour mettre en
place son école, l’entreprise
fait souvent appel à des partenaires extérieurs, comme des
organismes de formation ou
des fédérations professionnelles. Danone a ainsi fait
appel aux Instituts de for-
mation régionaux des industries alimentaires (IFRIA)
pour l’aider à trouver des
partenaires académiques.
En plus de la formation, certaines entreprises offrent parfois le gîte et le couvert à
leurs jeunes recrues. C’est
le cas de Veolia, qui propose
un internat sur son campus
Veolia Environnement, situé
à Jouy-Le-Moutier en banlieue parisienne, ou encore
de la société de mobilier de
bureau Steelcase, qui prend
en charge le logement de
ses apprentis dans le cadre
de son école de vente. Un
retour, finalement, au paternalisme industriel du XIXe
siècle, lorsque les patrons
prenaient en charge l’éducation et le logement de leurs
ouvriers.
lecteur agréé (OPCA) auquel
son entreprise verse sa contribution. Le salaire et certains
frais sont pris en charge de
60 à 100%. Dans tous les
cas, le salarié devra présenter
un projet personnel bien argumenté pour se voir accorder
un financement. Bon à savoir :
il existe également des aides
complémentaires au niveau
des régions.
Dans le cas du salarié qui
entreprend de faire une formation longue avec le soutien
week-end, explique Laurent
Ploquin. L’entreprise et le
cadre font chacun l’effort de
donner un peu de leur temps :
l’entreprise le vendredi, le
cadre le samedi ». Dans le
cadre d’un plan de formation
mis en place par l’entreprise,
la formation s’exécute sur le
temps de travail du salarié,
mais peut également être réalisée hors temps de travail,
sous certaines conditions. « La
plupart du temps chez nous,
les personnes se forment sur
leur temps de travail, explique Mathilde Bourdat. Par
exemple les lundi et mardi,
elles partent en formation,
puis elles s’organisent pour
rattraper ce qu’elles n’ont
pas pu faire. » Dans le cas
d’un DIF demandé par le salarié, elle est en principe réalisée hors temps de travail.
Dans tous les cas, attention :
le retour sur investissement
d’une formation n’est pas toujours à la hauteur des espérances. « Quand l’entreprise
décide d’envoyer un collaborateur, elle lui envoie le message qu’elle veut construire
quelque chose avec lui, estime
Chantal Poty. Mais il y a toujours des gens qui, à l’issue,
se rendent compte qu’ils n’auront pas les moyens de mobiliser les compétences acquises.
Tout dépend de l’environnement économique de l’entreprise : elle ne peut pas toujours se projeter dans la durée
et finalement proposer une
promotion au salarié. » A bon
entendeur…
Catherine Quignon
C.Q.
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 67
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
L’Air du temps
Retro-business
Reflet d’un présent en crise, la mode du vintage déferle dans les rues et sur nos écrans. Les marques
tentent de récupérer cette tendance, devenue un véritable business.
C
ette année à Noël,
nul doute que la tendance côté cadeaux
sera au vintage. Entre le retour en grâce du Polaroïd ou
de la mythique Vespa, l’esprit
« fifties » qui envahit les
magazines de mode ou encore
les biopics façon « Diana »,
la vague rétro déferle tous
azimuts. Même la technologie
s’offre un voyage dans le
temps : qui aurait prédit un
tel succès à Instragram avec
ses 46 millions d’utilisateurs
mensuels, accros à cette application qui permet de vieillir
artificiellement ses clichés ?
Les sociologues ne manquent
pas d’explications à ce phénomène : rejet d’un présent
en crise et fantasme des
« Trentes Glorieuses ». Les
pros du marketing ont même
trouvé un nom à cette tendance : le « down aging »,
qui touche des consommateurs désireux de retrouver
une certaine période d’insouciance. Tant pis si elle
n’est qu’un mythe, la nostalgie de ce paradis perdu
est bien là.
culiers ressortent leurs vieux
objets de leur placard pour
les vendre. Les ventes des
produits d’occasion ne se
sont jamais aussi bien portées,
en témoigne le succès du Sa-
lections de marque. Une manière, pour la marque, de recycler ses vieux fonds de tiroir tout en surfant sur la
tendance.
Le recyclage est aussi devenu
REVENIR DANS LE
COUP
Quelques marques menacées
de « ringardisation »
cherchent à surfer sur la tendance vintage pour retrouver
naturels pour nettoyer leur
intérieur. Mais la marque
tente aussi de faire rimer tradition et modernité : Starwax
a mis en place une page Facebook, un site internet dédié
MIXER RÉTRO ET
RÉCUP’ CONTRE
TOUT-JETABLE
Cette mode a véritablement
pris son essor avec la crise.
« Dès 2008, il y a eu un
boom des friperies aux EtatsUnis, remarque Habib Oualidi, dirigeant de l’agence
Kayak Communication. Nous
sommes entrés dans un cycle
de rationalisation de la
consommation et la mode du
vintage colle à ce mouvement.
Ce mode de consommation
a d’abord été motivé par la
baisse de pouvoir d’achat,
puis il est devenu une manière
de se démarquer. Le vintage
permet d’accéder à des modèles uniques. »
Paradoxalement, les nouvelles
technologies ont participé à
la renaissance de cette tendance vintage. Aujourd’hui,
Internet permet d’exhumer
des tubes oubliés ou les dessins animés de notre enfance.
« Les sites de vente d’occasion et de troc se développent
énormément », constate Habib Oualidi. Grâce à ebay
ou Priceminister, les parti-
68
Chevignon connaît alors une
seconde naissance : grâce à
un positionnement résolument vintage et haut de
gamme, elle séduit ses anciens fans, devenus des quadras argentés. Cette stratégie
paie : la marque redevient
bénéficiaire en 2011. Autrefois simple marque de prêtà-porter pour lycéens, elle
est désormais une institution
dans le paysage de la mode.
Les produits d'hier font les profits d'aujourd'hui
lon du vintage ou de celui
d’Emmaüs. Au grand désarroi
des industriels, la récup’ a
pris le pas sur la consommation de masse. Sus au toutjetable, vive la customisation
et le recyclage !
VALEURS SÛRES
Certaines marques tentent de
tirer leur épingle du jeu en
jouant la carte de la nostalgie.
Leur cible ? Les plus de 50
ans et leur fort pouvoir
d’achat, mais aussi les jeunes
qui fantasment une époque
qu’il n’ont pas connue.
C’est ainsi que l’enseigne
d’ameublement Habitat a
lancé cet été, à l’occasion de
son cinquantième anniversaire, un espace 100% vintage
aux puces de St Ouen en
banlieue parisienne. Il s’agit
d’un hangar de 400m² qui
rassemble d’anciennes col-
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
monnaie courante dans la publicité. C’est le pari de Chanel : la marque de luxe n’a
pas trouvé mieux comme
égérie que Marilyn Monroe
pour vanter les mérites de
son N°5 dans sa nouvelle
campagne de publicité. Et
une nouvelle jeunesse. A
l’instar de Starwax, un fabricant de produits d’entretiens. Entreprise familiale
fondée en 1946 dans la banlieue de Lille, Starwax n’a
pas hésité à jouer sur son
côté rétro à travers le lance-
aux astuces pour nettoyer
son intérieur, et même apposé
les QR codes sur les emballages de ses produits.
Chevignon a également profité de cette tendance « revival ». Née aux alentours
d’Avignon dans les années
“Les ventes des produits d’occasion ne se
sont jamais aussi bien portées
”
l’on se souvient encore de la
publicité pour le parfum Eau
sauvage de Dior mettant en
scène en 2012 l’acteur Alain
Delon dans ses jeunes années,
comme si le temps s’était arrêté. Miser sur des valeurs
sûres, une manière, pour les
marques, de ne prendre aucun
risque.
ment en 2012 d’une gamme
de produits d’entretiens au
design vintage, en faisant figurer sur les emballages de
ses produits une ménagère
sortie tout droit des années
50. Au-delà du clin d’œil,
l’idée est d’évoquer un temps
rassurant où nos grands-mères
utilisaient des produits 100%
70, l’entreprise française de
prêt-à-porter connaît d’abord
un succès foudroyant avec
son fameux blouson d’aviateur revisité. Puis, dans les
années 90, c’est la descente
aux enfers : la marque passe
de mode et l’entreprise est
fortement déficitaire. Reprise
en 2007 par le groupe Vivarte,
MODERNE
Beaucoup d’entrepreneurs surfent sur la mode du vintage
en revisitant des produits mythiques. C’est le cas de la société Easybike, qui a fait le
buzz en septembre dernier en
annonçant son intention de
racheter la mythique marque
Solex et de relocaliser dans
la foulée une (petite) partie
de la production des célèbres
cyclomoteurs en France. Le
projet d’Easybike n’est toutefois pas de ressusciter le
vieux Solex, devenu trop polluant, mais de capitaliser sur
l’affect lié à la marque en
lançant un tout nouveau modèle 100% électrique.
De la même manière, deux
jeunes entrepreneurs, Benjamin Prades et Fabrice Ruffo,
ont décidé de relancer le
Tann’s, le mythique cartable
bicolore de leur enfance. Un
coup de génie : après avoir
racheté la marque en 2007
au maroquinier Le Tanneur,
leur société est devenue bénéficiaire en 2011 pour un
chiffre d’affaires de 2,2 millions d’euros au total. Si le
Tann’s dans sa version actuelle joue sur l’effet « madeleine de Proust », il n’a
plus grand-chose à voir avec
la sacoche de notre enfance :
désormais 100% plastique,
il est fabriqué… en Asie.
Reste à savoir si les consommateurs ne finiront pas par
se lasser de ce vrai-faux rétro
et du manque d’inventivité
des fabricants. « La mode
est un éternel recyclage »,
prévient Habib Oualidi. La
tendance vintage semble bien
partie pour durer…
Catherine Quignon
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
L’Air du temps
Bonjour, Sir !
Au-delà des idées préconçues et serinées en continu, existe-t-il aujourd’hui une spécificité française en
hôtellerie haut de gamme ?
C
ésar Ritz était suisse.
C’est tout de même
lui qui a permis à la
France, où il a longtemps résidé à la fin du XIXe siècle,
de créer les codes de l’hôtellerie internationale de luxe,
née avec la villégiature et la
promesse de proposer des
conditions plus modernes et
confortables que chez soi.
Grâce à cette avance, à ses
redoutables atouts gastronomiques et à son excellence
dans le service, l’hôtellerie
française a pu afficher une
vraie différenciation dans le
haut de gamme. Mais cette
longueur d’avance est-elle
école internationale d’hôtellerie et de management de
8000 étudiants et 25 000 diplômés dans le monde :
« Premièrement la structure
de nos hôtels, souvent d’anciens châteaux et maisons
bourgeoises réaménagés.
Deuxièmement la gastronomie. Enfin, et on le perçoit
mal en France, la qualité de
service basé sur la sincérité,
l’accueil et la compétence.
Le même degré d’attention
se retrouve en Asie, mais le
professionnalisme n’est pas
aussi présent ». Pour ce dirigeant d’un groupe actif sur
quatre continents, au travers
apprendre à sourir, ce qui
n’était pas dans les mœurs.
Nous avons aussi ouvert à
Tel Aviv, où la structure hôtelière était intéressante, mais
historiques dans l’hôtellerie.
La preuve est qu’elle passe
par des griffes d’autres secteurs, avec des hôtels Missoni
ou Armani, quand LVMH uti-
où la vitesse et le côté pratique
prennent une part toujours
plus conséquente. Nombre
de personnes, à commencer
par les professionnels, vou-
“ En France le creuset de culture dans la gastronomie, le design
ou la mode est garant de créativité pour l’hôtellerie qui devient
plus conceptuelle et crée une ambiance
l’accueil non professionnel »,
relate celui pour qui le client
ne doit pas être un numéro :
« Ce concept d’accueil
comme on l’entend dans les
lise Cheval Blanc. Enfin les
Américains ont une vraie tradition d’hôtels de luxe depuis
les années 1920, mais ils
sanctuarisent moins les
draient souvent faire fi des
convenances et se détourneraient de ce service guindé
d’un autre temps. « Il est
juste bousculé par d’autres
codes. L’hôtellerie utilitaire
est opposable à celle de plaisir. Les hôtels de luxe et palaces sont de plus en plus
prisés par les vacanciers et
visiteurs, même si des banquiers et autres professionnels
descendent encore au Ritz et
au Crillon », relativise Philippe Doizelet. Devant l’afflux
de touristes en provenance
des BRIC, la France bénéficie,
atout non négligeable, de son
aura de romantisme et
d’amour. « Ces nouveaux visiteurs sont fascinés et les
hôtels de luxe en profiteront.
Regardez le Mandarin Oriental, dans son lieu magique
rue Saint-honoré, qui attire
de nombreux visiteurs chinois », illustre Alain Sebban.
LES ARMES POUR
"Ne vous avais-je dit que le menu était haut en couleurs?"
toujours d’actualité, à l’heure
d’une standardisation de l’hôtellerie internationale et d’une
concurrence plus exacerbée ?
ANTÉRIORITÉ
ET LÉGITIMITÉ
INCONTESTABLES
L’art de vivre à la française
est une notion, mais les études
montrent que le touriste étranger la ressent, grâce à trois
éléments essentiels déclinés
par Alain Sebban, président
fondateur du groupe Vatel,
70
de 33 écoles présentes dans
22 pays, la culture de l’accueil
s’acquiert petit à petit par
les étudiants qui alternent
théorie et pratique durant
trois ans. « Ce n’est pas une
leçon qui s’apprend. Ceux
qui sont venus nous chercher
pour exporter le savoir-faire
hexagonal l’ont bien compris. » Car l’accueil de standing n’est pas aussi répandu
qu’on le croit. « La première
de nos écoles s’est installée
à Moscou, où nous avons dû
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
Plaza Athénée joue bien sur
les codes contemporains »,
énumère Philippe Doizelet,
selon qui l’innovation est imperceptible, mais continue :
codes du luxe vient du bassin
méditerranéen, également en
Espagne ou en Italie, mais
la structure hôtelière n’y est
pas aussi développée. » La
France dispose donc bien des
meilleures cartes selon Philippe Doizelet, directeur général d’HTL Horwath France,
cabinet de conseil dans ce
secteur : « La Grande Bretagne est pénalisée par la
gastronomie, l’Allemagne par
la chaleur humaine, l’Italie
n’a pas de marques fortes
choses, leur rapport à la modernité n’est pas le même.
Les palaces n’existent pas.
De ce fait même les anciens
établissements de New-York
n’ont pas une légitimité aussi
ancrée. »
D’AUTRES CODES
APPARUS
Mais ce modèle, qui était universel, serait aujourd’hui
« challengé ». Il ferait moins
recette à cause de son style
ampoulé, dans une société
SÉDUIRE DEMAIN À
L’INTERNATIONAL
Le secteur a en outre prouvé
qu’il savait s’adapter à un
nouvel environnement. Il s’est
tout d’abord ouvert à la mondialisation et aux capitaux
étrangers : le Bristol appartient
à la famille allemande Oetker,
le Ritz à l’homme d’affaires
égyptien Mohamed Al-Fayed,
le Meurice au Sultan de Brunei, et beaucoup d’autres établissements à des Moyenorientaux. Ensuite les établissements changent leur formule pour mieux correspondre aux nouveaux profils de
clients, à l’exemple du Ritz
ou du Crillon en travaux. « Le
Royal Monceau, sous la patte
de Philippe Starck, a adopté
un style plus moderne. Le
”
« Il n’est pas possible de dire
ce qui est éternel et ce qui a
évolué sur un sac Louis Vuitton ou une Rolls-Royce. Il en
va de même dans les grands
hôtels, qui sont plus perméables aux autres luxes qu’on
ne le pense. Il ne serait par
exemple pas incongru que le
Peninsula, du nom du groupe
Hongkongais qui va ouvrir
son hôtel avenue Kléber, se
dote d’un restaurant chinois,
comme le Ritz possède son
fameux bar Hemingway de
style américain », note Philippe Doizelet. Les établissements haut de gamme ont
en tout cas de formidables
innovations à accomplir en
puisant dans la richesse du
luxe français, synonyme d’esthétique, d’impertinence, de
produits qui créent le désir
(cosmétique, parfum, champagne…). Air France parvient
à se donner un supplément
d’âme en misant sur ce créneau, et inspire donc nombre
d’entre eux dans la manière
de se donner une saveur hexagonale, par l’élégance, les
codes de service, la qualité
des repas et des vins. « En
France le creuset de culture
dans la gastronomie, le design
ou la mode est garant de
créativité pour l’hôtellerie
qui devient conceptuelle : les
hôtels ont de plus en plus
leurs propres musiques, décorations, recettes et ambiances, à l’exemple du
Costes », observe Philippe
Doizelet. La capacité à séduire
et étonner hors des frontières
est donc intacte, à l’exemple
du Mama Shelter décoré par
Philippe Stark qui ouvre à
Istanbul ou Los Angeles.
Matthieu Camozzi
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
L’Art du temps
Par Julie-Chloé Mougeolle
EVASION
Shop until you drop avec l’Hôtel Astor Saint-Honoré
A quelques pas des Grands magasins, l'hôtel Astor Saint-Honoré est
une oasis de raffinement, incontournable lors d’un séjour shopping
et business à Paris. Décoré par Frédéric Méchiche, ce 4 étoiles dispose de 130 chambres et suites au décor chaleureux. Cet établissement vous propose également un bar, un restaurant gastronomique
et une salle de remise en forme, pour votre plus grand plaisir !
www.astorsainthonore.com
Membre de la chaîne Hôtels & Préférence
Hôtel Marivaux, un passé cinématographique
Situé dans le
quartier des
affaires de
Bruxelles
et à proximité de la
Grand Place,
cet ancien cinéma
transformé en hôtel de luxe répond à la perfection aux attentes d’une clientèle d’affaires ou de loisirs. Toutes les chambres
sont décorées avec style et élégance. La
brasserie Meat Me offre une cuisine de type
internationale entre plats traditionnels et
originaux. Une virée bruxelloise s’impose…
www.hotelmarivaux.com
Hôtel Le Golfe en Corse
A une heure d’Ajaccio, entre
plage de sable fin et criques restées sauvages, cet établissement
vous accueille dans un décor
design et chaleureux. Outre ses
18 chambres et suites, l'hôtel
offre un service de spa bio Casanera où vous découvrirez les
anciens rituels de beauté des
femmes corses. Profitez aussi
du restaurant et de la piscine extérieure chauffée avec vue sur le
maquis.
www.hotel-porto-pollo.com
Privatiser le Château Bouffémont !
A la lisière de Paris, le Château-Bouffémont est un joyau unique au cœur de la
foret de Montmorency, avec une vue imprenable sur le très célèbre Paris International Golf Club. Ce Château prestigieux
de plus de 2 000m2 habitables, vous propose cinq vastes salles de réception, dix suites féériques, ses magnifiques jardins et son parc, pour des événements exclusifs ou des retrouvailles exceptionnelles.
www.chateaubouffemont.com
Spa et Golf au Relais Margaux
Dans le domaine de Médoc, cet ancien château viticole, transformé
en hôtel de 100 chambres, s’étend sur 55 hectares. Son Spa « Les
Bains de Margaux » vous réserve piscine chauffée, sauna, hammam,
balnéothérapie et 17 cabines de soins. Son golf de 18 trous vous offre
un green au tracé prometteur, tantôt entouré de plans d'eau, tantôt longeant l'estuaire de la Gironde. Sa cuisine inspirée de produits du terroir
vous est proposée à la Brasserie du Lac et au restaurant L’Ile Vincent.
www.relais-margaux.fr
Place au Nouveau Monde à Saint Malo
A deux pas de la cité historique, l’Hôtel & Spa Le Nouveau Monde,
4 étoiles, vous accueille dans ses 83 chambres et son restaurant
Les 7 Mers avec vue sur la mer. La piscine à jets sous-marins, le Spa et
le hammam sont à votre disposition pour un vrai moment de détente
hors du temps. Amateurs d’histoire, de grand large et d’hôtels de caractère, rendez-vous pour un séjour vivifiant !
www.hotel-le-nouveau-monde.fr
GASTRONOMIE
L’Escient, du top niveau hyper abordable
Un petit resto pimpant vous ouvre ses portes rue Poncelet. La maman est en salle, le papa et sa
fille, qui a fait ses classes chez Ducasse, sont aux fourneaux. Goûtez à la cuisine à la française
ou à la cuisine du monde revisitée, comme le Bœuf mariné façon « Tigre qui pleure ». Gardez
de la place pour la Crème chocolat aux éclats de " Daim "fondante, d’une texture unique et divine pour vous donner envie de revenir encore et encore! Des menus aux consonances étoilées
pour des prix juste imbattables…36 euros le menu entrée, plat, dessert au déjeuner ou au dîner !
www.restaurantescient.fr
Noël enchante Fauchon
Fauchon nous fascine encore plus durant les fêtes de fin d’année. Ses coffrets de Noël raviront amis et proches et sont livrables via un simple clic en ligne. Que ce soit le classique et
essentiel Ecrin de Noël 25 chocolats, le Mug Noël enchanté, le
Thé un soir de Noël ou le Bestseller Coffret Bulles de Noël.
Tout est juste magique, à la hauteur de ce beau moment.
www.fauchon.com
Hiramatsu, un Japonais si différent
Honneur à la cuisine française avec inventivité et talent.
Dans un cadre très élégant, la haute gastronomie s'exprime
à travers un menu unique ("carte
blanche" le soir à 115 euros), qui change
chaque mois au gré du marché. A tester
de toute urgence le Menu d’affaires à 48
euros. Nous vous conseillons le Ris de
veau coulis de trompette de la mort et
émincé de cèpes, croquant de cerfeuil tubéreux et topinambour ou encore la
Cannette de Challans rôtie, navet de
Nancy et de boulle d’or, radis rose au miel, poireau jaune et
sauce au vin. 52, rue de Longchamp - 75116 Paris
www.hiramatsu.co.jp/fr
Steaking, des viandes hors norme,
du whisky et des cigares !
Ouverture ce 14 décembre au 3 rue
du Sabot Paris 6ème d'une nouvelle
grande table parisienne prometteuse.
L'ancienne Maison Géorgienne fera
vivre chaque soir à 100 convives des
soirées 100% viandes-whisky et cigares. Goûtez à une des nombreuses
viandes rares des 4 coins du monde,
puis délectez-vous d'un whisky et
d'un cigare au premier Whisky Bar
de Paris entièrement fumeur. Une
nouvelle adresse qui va faire parler
d'elle, à coup sûr !
www.steaking.fr
Saveurs siciliennes à Paris
Avez-vous l’habitude de vous retrouver à la table d’un authentique
restaurateur sicilien ? Ignazio est jeune et talentueux. Sa cuisine
rappelle nos vacances tant aimées en Sicile, avec une finesse qui
lui est propre. Les Antipasti sont étonnants, les pâtes all dente
comme on en trouve rarement dans la capitale, les desserts inouï.
Des mets délicats et copieux à la fois dans un cadre cosy avec une
belle salle privatisable à l’étage, ainsi que des ateliers culinaires sur réservation.
www.lesamisdemessina.com
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DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
L’Art du temps
Jéroboam de Cristal 2002 – Chef d’œuvre Roederer
Maison familiale indépendante depuis 1776, Louis Roederer
signe ici un véritable chef- d’œuvre en présence de son Jéroboam
de Cristal 2002. Disponible en seulement 200 exemplaires, ce
flacon d’exception a nécessité un travail minutieux. Le vin intense et délicat dévoile en bouche un parfum de cacao, de fleur
sucrée et de noisettes finement toastées pour un plaisir gustatif décuplé !
www.champagne-roederer.com
Lanson Gold Label 2004
et son coffret Or
La vendange exceptionnelle
de 2004 a élaborée un millésime… L’or s’est naturellement imposé comme la
couleur des
millésimes de
la Maison
Lanson. Disponible dans
un écrin très
lumineux par
un jeu d’or
verni, d’or satiné et d’or à
chaud, le millésime 2004
est mis à l’honneur pour célébrer 100 ans de millésimes d’exception.
www.lanson.com
L’Art du temps
IMMOBILIER & DESIGN
VIN & SPIRITUEUX
Champagne Ultra D de Devaux
Cuvée aux bulles très fines, son nez allie la fraîcheur à des arômes d’évolution tels que les fruits
secs et des notes épicées. Pur et élégant dans son assemblage, l’Ultra D peut subtilement accompagner vos mets de fin d’année, huîtres et saint-jacques notamment.
www.champagne-devaux.fr
Duval Leroy s’associe avec les Meilleurs Ouvriers de France
Sommeliers
Deux grands noms de l’univers de l’œnologie unissent leur passion et leur savoir-faire pour créer une cuvée d’exception, qui
symbolise l’excellence et le respect des traditions. Issue de l’exceptionnelle vendange 2008, la Cuvée des Meilleurs Ouvriers de
France Sommeliers, dite la « Cuvée M.O.F » révèle une palette
aromatique remarquable de fraîcheur, d’intensité et de finesse.
Les arômes de fleurs blanches, de fruits jaunes et de brioche sont
mis en relief par une bulle délicate. L’équilibre gustatif est magnifique
et la juste acidité prolonge ce bonheur avec une incroyable persistance.
www.duval-leroy.com
Baccarat enveloppe le cognac Rémy Martin
La célèbre Maison Baccarat a marié son savoir-faire avec
celui de Rémy Martin pour créer un cognac unique, le
Louis XIII Rare Cask 42,6. Un nom évoquant les
42,6% de degré d’alcool contenu dans ce cognac,
contre les 40% habituels. Pour célébrer cet évènement,
une carafe exceptionnelle était indispensable. Disponible
en seulement 738 exemplaires, tous numérotés.
www.remymartin.com
Jeff Koons signe pour Dom Pérignon
Après avoir collaboré avec David Lynch, la Maison Dom Pérignon
s’associe cette année avec l’artiste Jeff Koons pour présenter sa Balloon Venus, qui se décline en deux versions – la Dom Pérignon Rosé
Vintage 2003 et la Dom Pérignon Vintage 2004. Jeff Koons s’est inspiré de la célèbre statuette Vénus de Willendorf pour créer cet objet
d’art, unique pour célébrer les fêtes de fin d’année. Disponible à 650 exemplaires,
pour un coût de 20 000 dollars.
www.domperignon.com
Tsarine s’habille en Poupée russe
En cette fin d’année, Tsarine revisite la traditionnelle poupée russe
et rend hommage à ses origines. Son flacon exclusif aux courbes
élancées rappelle l’architecture des grands monuments russes. Ses
couleurs emblématiques, son étiquette toute en rondeur et son nom
évocateur sont autant de clins d’œil à l’époque des grandes dynasties. Composition : 34% Chardonnay, 33% Pinot Meunier et 33%
Pinot Noir.
www.tsarine.com
Champagne Louis de Sacy – Du Brut svp !
C’est à Verzy sur les coteaux de la “Montagne de Reims” que siège la
Maison Louis de Sacy. Elle est dans l’appellation Gand Cru que seuls 17
villages possèdent sur les 319 communes productrices de champagne.
Depuis 1633, 12 générations de viticulteurs se sont succédées et chacune
a participé au développement et à la notoriété du champagne Louis de Sacy.
Nous ne nous lassons toujours pas de la Cuvée Brut Originel,
exquise en toutes circonstances festives !
www.champagne-louis-de-sacy.fr
Sotheby’s, acteur majeur dans le Real Estate
Sotheby's International Realty ®, fondé en 1976, est le plus
grand réseau d'agences immobilières de prestige du monde
comprenant plus de 550 agences dans
plus de 45 pays. Toutes les propriétés
bénéficient du standing de la marque
Sotheby's, la maison de vente aux enchères la plus respectée sur le marché.
Les biens oscillent entre 250 000 euros
et 100 millions d’euros, de quoi vous laisser l’embarras du
choix et du porte-monnaie !
www.sothebysrealty-france.com
L’« exception » Barnes à Rueil-Malmaison
Barnes Programmes Neufs commercialise 5 villas
d’une grande rareté et 4 appartements de luxe dans
une demeure « Grand Siècle » signées Élisabeth de
Portzamparc dans un parc de 2,3 hectares. Les Cinq
villas « Haute-Couture » offrent de magnifiques volumes, dont un séjour cathédrale de 7m de hauteur,
atteignant les 300 m², ainsi que des prestations d’une rare excellence.
www.barnes-international.com
Descamps prône l’Ivresse de vivre
Descamps vient de fêter ses 200 ans et pourtant qui le croirait tant la marque née dans le nord de la
France ne cesse d’être vivante et pionnière dans son domaine, que ce soit en matière de linge de
lit ou linge de bain. D’année en année, les collections ravissent. Hormis la collection Evasion,
Preppy ou Séduction, notre attention a été happée par l’Ivresse. Très festive et raffinée, cette parure toute douce en satin de coton couleur prune, brillera avec élégance dans votre chambre.
www.descamps.com
Bang & Olufsen dévoile
Le Staybowlitzer, une grande aide culinaire !
ses nouvelles enceintes
C’est l’objet chouchou de Laurent Tabi en ce moment. Ce pro de la décoration
sans-fil BeoLab
intérieure considère ce disque en silicone comme un Must dans chaque cuisine. Laurent est reconnu pour l’agencement de restaurants et
lobbys d’hôtels. Commencez déjà par vous procurer le
Staybowlitzer, avant peut-être de réaménager votre intérieur avec l’aide de Laurent !
www.latablelt.com
Breteuil Immo, une valeur sûre familiale
Quel choix plus judicieux qu’investir dans la pierre, et ce pour le bien de
votre famille? Breteuil Immobilier vous propose depuis 1998 une palette de biens de goût, avec un excellent rapport qualité-prix, sur des sites qui méritent
votre investissement. Que votre recherche se dirige
vers un appartement ou une maison de famille parisienne, ou encore un superbe pied à terre londonien, votre bonheur sera certainement au beau fixe !
www.breteuilimmo.com
Ligne Roset célèbre les 40 ans du canapé TOGO
Bestseller de la marque Ligne Roset avec plus de
1 280 000 exemplaires vendus à ce jour dans 72 pays,
ce modèle ayant marqué les générations depuis les années 70, est aussi le symbole d'une réussite actuelle. Le canapé Togo est
léger, polyvalent, universel, intemporel, disponible en plusieurs tailles et aussi
accessible en prix. Découvrez-le revisité dès que possible en boutiques…
www.ligneroset.fr
Roche Bobois, toujours dans l’innovation
Pour la saison automne-hiver 2013/2014, Roche Bobois a
imaginé une collection hautement design où l'esthétique
côtoie l'innovation. Voilà en effet les maîtres mots qui
collent le mieux aux meubles et objets déco de cette
nouvelle gamme que les designers de la marque ont
souhaité mettre au service "du confort et de la poésie".
www.roche-bobois.com
Découvrez le Beolab 17, un
son grandiose acheminé par
une conception élégante
pour une musique sans fil
d'une pureté inégalée."Immaculate Wireless Sound",
tel est le nouveau slogan du
constructeur. La BeoLab 17
est une enceinte qui peut être
placée sur le sol, sur un support ou être fixée au mur.
Cela est possible grâce à un
égalisateur qui adapte le son.
La grille façon "glace brisée" donne un look assez
distinctif à cette enceinte.
www.bang-olufsen.com
Une première carafe d’exception pour le cognac Hardy
La cristallerie Lalique a imaginé pour la maison de cognac Hardy une œuvre sublime : la
carafe Printemps. Tel un flacon de parfum, la silhouette est féminine et le
spectaculaire bouchon rappelle certaines des créations de René Lalique. La
carafe Printemps est la première d’une série de quatre carafes d’exception.
Suivront, tous les deux ans, les carafes « Eté », « Automne » et « Hiver ».
Un cognac rare qui ne devrait pas être diffusé à plus de 400 exemplaires.
www.hardycognac.fr
Champagne Krug s’associe avec le célèbre malletier Moynat
La Maison de Champagne Krug associe son savoir-faire à celui du célèbre
malletier Moynat, pour créer une collection inédite et originale de bagages
en cuir, dévoilant l’exceptionnel magnum Krug Grande Cuvée. Limité à 25
exemplaires, l’étui enveloppant la bouteille Krug Grande Cuvée se vend au
prix unitaire de 2 000 €, tandis qu’il faut compter 12 000€ pour devenir
l’heureux propriétaire de la magnifique malle.
www.krug.com
Sabre Mumm by Ross
Lovegrove
L’incontournable Château Montlandrie
Depuis longtemps la maison
Ce vignoble de 15 hectares, qui domine la ville de
G.H. Mumm a fait du saCastillon en Dordogne est la fierté de Denis Duranbrage de bouteilles de chamtou. Six mille pieds par hectare plantés en merlot
pagne sa signature festive.
75% , cabernet sauvignon15% et cabernet franc10%
Pour les fêtes de fin d’année,
ont permis de produire un millésime 2010 qui allie
la célèbre marque a fait appel
subtilement arômes floraux et de fruit mur, texture
au designer Ross Lovegrove.
dense et ferme puis profondeur voluptueuse. Le ChâCe sabre possède
teau Montlandrie, Castillon Côtes de Bordeaux est réune ligne élégante
férencé par les meilleurs distributeurs, à se procurer entre
qui incarne à la fois
autre sur www.millesima.fr
le calme et l’apaisement, et une partie
Château Léoville Barton
effilée évoque la
Vin à la personnalité marquée, puissant et
puissance du geste.
frais, le Château Léoville Barton est consiUn écrin blanc acdéré comme un des meilleurs Saint-Julien.
cueille un magnum de CorProfitez de cette fin d’année pour le découdon Rouge et le fameux
vrir ou redécouvrir, vous ne le
sabre. Série limitée, proposée
regretterez pas.
à 950€ chez Colette.
www.leoville-barton.com
www.ghmumm.com.fr
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DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013/JANVIER 2014 75
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
L’Art du temps
MODE &
BIEN
ACCESOIRES
Paul Smith & John Lobb – un mariage parfait
L’expertise et la qualité exceptionnelle des chaussures John Lobb se sont vues
parfaitement mariées à l’optimisme et l’humour caractéristiques de Paul Smith
pour un résultant contemporain bluffant. Sont nées les Derbies pour homme « Willoughby » en daim violet. On prête
attention à chaque détail : Dessus en cachemire et daim
souple, lacets ton naturel, semelle en cuir lisse fauve, sacs
de rangement. www.paulsmith.co.uk
Montblanc célèbre l’élégance classique
Ces boutons de manchettes classiques célèbrent une élégance et un style tout en sobriété.
La finition platinée et l'onyx, alliés à une forme
ronde intemporelle, créent un bijou qui porte la puissante signature de
Montblanc.
www.montblanc.com
L’impertinence
de la mode
par
Arthur de
Soultrait
S.T. Dupont se laisse porter par le
Second Empire
La série limitée « Second Empire »
célèbre 140 ans d’exception et d’extrême sophistication. Les motifs floraux
caractéristiques
de
l’ameublement du Second Empire
sont omniprésents. Chaque
pièce est gravée à
la main et arbore
un
médaillon
frappé du double
« D », emblème
de la Maison Dupont. Les plus beaux modèles de la
collection, enfin, sont ornés de superbes pièces en bronze sculptées à
la main, inspirées des pieds de mobilier.
www.stylo-st-dupont.com
Les cabas tendance
de Vanessa Bruno
Le cabas Vanessa Bruno est
devenu un incontournable
du dressing de toute modeuse qui se respecte. A la
fois élégant et épuré, il se
décline en multiples combinaisons de couleurs pour s’accorder avec toutes vos
tenues. Cuir, toile ou lin, paillettes ou œillets, vous
trouverez certainement sac à votre bras.
www.vanessabruno.com
Fondateur de Vicomte A.
Resserrez votre cravate
Monsieur le Président !
N
otre époque souffre
d’un mal de plus en
plus répandu : la cravate mal nouée et surtout mal
serrée. On ne compte plus les
hommes portant le nœud de
cravate au niveau du second
bouton de la chemise. Le col
sagement fermé par le bouton
prévu à cet effet est alors mis à
nu dans toute son inélégance
aux yeux des autres participants
de la réunion.
Ne pas porter de cravate et
laisser le dernier bouton de la
chemise ouvert est un parti
pris assumé et de plus en plus
largement accepté. En revanche,
mettre une cravate pour la
laisser pendouiller, mal nouée,
à deux centimètres de son col
est une faute de goût impardonnable tant il est facile d’y
remédier. Ce n’est ni une question de goût et de couleur, ni
une question d’appétence ou
non pour la mode, c’est uniquement une question d’attention.
Le chef de l’Etat incarne une
variante de ce mal : la cravate
de travers. Le plus souvent à
76
L’Art du temps
gauche, normal me direz-vous,
parfois à droite, mais très rarement au centre et aligné à la
rangé de boutons de la chemise.
Pourtant s’il y a bien un domaine dans lequel il n’est pas
difficile de montrer l’exemple,
c’est bien dans la manière de
nouer une cravate. Et, bonne
nouvelle pour le budget de
l’Etat, cela ne coûte rien ! Il
suffit d’un miroir et d’un peu
d’attention. Puis quelques coups
d’œil rapides dans la journée
pour vérifier que le tout est
toujours bien ajusté et le tour
est joué. Tous nos présidents,
même celui que l’on surnommait Speedy Sarko, y sont arrivés. Alors Monsieur le Président, si les entrepreneurs de
la mode sont aujourd’hui une
des rares catégories de la population à ne pas se joindre à
la contestation généralisée, je
me permets de vous soumettre
avec respect en leur nom une
seule revendication : incarnez
l’élégance française et soyez
l’étendard de notre savoir-faire
en adoptant une mesure très
simple, resserrez votre cravate.
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
Le Crazy Horse s’invite chez Aubade
Deux maisons passées maîtresses dans
l’art de la séduction s’unissent pour
créer une collection éphémère intitulée « My Crazy Collection »… Inspirés par les tableaux du Crazy, les
modèles « Upside Down » et « Baby
Buns » ornent le corps de la femme
d’une teinte de rouge et offrent une
touche de sensualité avec jeux de déboutonnage et liens à dénouer. Une
leçon de séduction… si Crazy !
www.aubade.com
Alain Figaret, pour un côté très branchouille
Tout le monde connait Alain Figaret. Les collections sont devenues, pour notre plus grand
plaisir, beaucoup plus contemporaines. La collection homme présente des looks urbains pour
un homme élégant mais décontracté. Les bretelles et les nœuds papillon font leur grand retour cet automne. L’homme chez Alain Figaret est décomplexé et
n’hésitera pas à attraper son skateboard pour aller à la dernière soirée, habillé de son costume trois pièces !
www.figaret.com
Hackett, saga british née dans les marchés aux puces
Hackett habille les hommes depuis 1983, du sportswear au business en passant par le country. Au départ, les pièces étaient chinées
dans les marchés aux puces du monde entier. Très
vite, des vêtements « Made in England » réalisés à partir de fibres naturelles sont dessinés. Mais la mode n'est pas l'unique centre
d'intérêt d'Hackett, qui met par exemple un
point d'honneur à sponsoriser les championnats de polo et de rugby. A découvrir
et adopter si ce n’est déjà fait !
www.hackett.com
L’aventure du Trench, by Burberry
Le Trench se célèbre toujours avec autant d’amour depuis
1856 lorsque Thomas Burberry
inventa la gabardine, qui évoque
aviateurs, cartographes et alpinistes, ces aventuriers passionnés qui portaient du Burberry
alors même qu’ils repoussaient
les frontières de l'expérience humaine. Nous portons aujourd’hui Burberry en famille
pour rendre notre quotidien plus beau. Les modèles, le choix
des tissus et des couleurs sont à la hauteur de nos rêves esthétiques. Chaque collection nous laisse bouche bée.
www.burberry.com
Ayez le pied léger avec Repetto
Référence internationale chez les danseurs,
Repetto s’impose comme un symbole de
grâce et de légèreté dans le monde de la
chaussure de luxe. Ses créations inspirées de
la technique « cousu retourné » assurent une
souplesse et un confort inégalés. Trouvez
chaussure votre pied !
www.repetto.fr
Sexy Nicole Kidman pour
Jimmy Choo
Alors qu’elle sera bientôt Grace de Monaco
sur grand écran, Nicole Kidman s’est glissée
dans la peau d’une autre star, Brigitte Bardot,
le temps d’un shooting pour la nouvelle campagne de pub de Jimmy Choo. Sous l’objectif
de Camilla Akrans, ses chaussures à talons
vertigineux à la main ou aux pieds, Nicole
Kidman s’amuse dans le sable et les vagues, cheveux
au vent, pour la collection croisière 2014 de Jimmy
Choo. So sexy Nicole…
Donia Allegue relance le Turban
www.jimmychoo.com
Après un passage chez Christian Dior Couture, Donia lance sa
marque de turbans haut de gamme en 2012. Au fur et à mesure
de ses échanges avec les plus grands Artisans-Modistes, elle
développe son produit, qui tout en respectant l’esprit couture de la marque, allie
confort et qualité, mode et intemporalité.
www.doniaallegue.com
ËTRE
Une dentition exceptionnelle by Olivier Dayez
La philosophie du cabinet
au 49 avenue Montaigne est
la recherche de la perfection
dans le domaine de l’esthétique et de l’occlusion. Le
docteur Olivier Dayez a suivi de nombreuses formations
post-universitaires en prothèse, parodontologie, implantologie, esthétique et occlusion, aussi bien en Europe qu’aux
États-Unis. Votre santé passe avant tout par vos dents, alors
consultez !
www.dentisterie-esthetique.com
Agnès Paya prend soin de vous !
Agnès Paya a conçu au 15 rue Royale, un écrin de douceur pour une
prise en charge globale et personnalisée des Femmes d’aujourd’hui.
Laissez-vous chouchouter dans ce sublime boudoir parisien ! Soins
beauté visage, épilations traditionnelles, bien-être du corps, coiffure,
maquillage et relooking, du sur-mesure bien évidemment…
www.agnespaya.com
Electro Shock by Nickel
C'est la nouvelle arme concentrée anti-fatigue de la gamme Nickel. C'est l'accessoire indispensable de vos soirées, une véritable energy drink pour la peau, inspirée de la recette du
Mojito. A utiliser avant de sortir, ou le lendemain au réveil et tout au long de la journée dès
les premiers signes visibles de fatigue. Fête après fête, la peau reste parfaite.
www.nickel.fr
Integrall®,
le soin AllIn-One pour
hommes
exigeants
Le Phyto-Androzyme® est une molécule
brevetée par Didier Rase et son équipe de
chercheurs après de nombreuses années de
recherche sur le vieillissement cutané hormonal masculin et un investissement de plus
d’1 million d’euros. Cette innovation mondiale rèvèle des performances protectrices
exceptionnelles sur le taux de testostérone et
apporte à la peau tonus et élasticité. Un
spray facial pour un seul geste beauté : antiâge, après-rasage, booster, hydratant, protecteur. Un luxe étonnant à découvrir,
220 euros le flacon de 100 ml pour 4 mois
d’utilisation quotidienne.
www.integrall-skinsolutions.com
Spa Aquatonic Paris Val
d’Europe, Auteur de
Bien-être
Le centre thalasso des
Thermes Marins de SaintMalo, fort de plus de 40
ans d’expérience dans le
domaine de la thalassothérapie, du spa et de la remise en forme, a créé pour vous le Spa Aquatonic
Paris Val d’Europe où vous pouvez profiter des
bienfaits de l’eau, des soins prodigués et de la relaxation : Parcours
Aquatonic®, Bassin
d’Aquagym, Hammam, sauna, douches
sensorielles, 17 cabines de soins Spa
avec plus de 50 soins
proposées, espace
lounge-repos. A partir
de 45€/ mois.
www.spa-aquatonic-paris-valdeurope.com
www.ecoreseau.fr - DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 77
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
L’Art du temps
HORLOGERIE
Pavonina by Glashütte
Glashütte nous présente ici un modèle aux tonalités flamboyantes. Le boîtier de la Pavonina en or rouge est serti de
114 diamants. Les aiguilles, les cornes, la couronne sertie
ainsi que le guichet de la date sont également en or rouge, offrant ainsi un fort contraste avec le cadran blanc, lui-même pourvu de 98 diamants.
Étincelez pour ces fêtes de fin d’année !
www.glashuette-original.com
Blancpain épris de passion pour la mer
La collection Fifty Fathoms matérialise la
passion de Blancpain pour le monde de la
mer qui s’est initialement exprimée en
1953 avec la création de la première montre de plongée moderne. Le dernier membre de la collection, la X Fathoms,
constitue une réalisation technique extraordinaire avec des
matériaux et des solutions techniques afin de repousser les
limites de ses garde-temps et satisfaire
les exigences les plus pointues.
www.blancpain.com
A. Lange und Söhne s’inspire du passé pour la
montre de demain
Lange & Söhne présente la Saxonia Automatique Grande Date, avec le légendaire calibre
SAX-0-MAT dans une édition exclusive en
or rose. Limité à 25 pièces, ce modèle est
disponible uniquement dans les onze boutiques A. Lange & Söhne à travers le monde.
La date à doubles ouvertures, véritable caractéristique de A. Lange & Söhne, orne son cadran.
Tous les détails du mouvement,
méticuleusement finis, peuvent être admirés au travers
du fond en verre saphir.
www.alange-soehne.com
Perrelet, fier de sa New Diamond Flower
Avec son inédite collection de montres New Diamond Flower, Perrelet renouvelle la magie liée aux mythes et aux symboles incarnés par la fleur de
lotus.
Les diamants pointent au travers des pétales. Le double rotor prend ici la
forme d’une fleur. La personnalité de ces montres est mise en valeur par le
choix de couleurs de leurs bracelets. Il ne vous reste plus qu’une chose à faire,
vous exprimer par votre choix !
www.perrelet.com
Bucherer, le plus grand magasin au monde de montres et de bijoux
C’est au 12, boulevard des Capucines à Paris, que nous découvrons un
magasin exceptionnel permettant de vivre une expérience d’achat inédite
sur plus de 2000 m2. Les passionnés de haute horlogerie et de haute
joaillerie peuvent découvrir un large éventail de marques de renom.
L’ouverture cette année de la boutique parisienne est une étape importante pour les 125 ans de cette belle maison suisse. N’attendez plus, laissez place à l’émerveillement !
www.bucherer.com
Breitling Chronomat 44
Patrouille de France –
Série limitée
La Patrouille de
France, à l’occasion de
ses 60 ans, a choisi Breitling pour la conception de
sa montre officielle.
Authentique chronographe
d’aviation, la Breitling Chronomat 44 est doté d’un boîtier acier,
avec finitions satinées sur le dessus et
polies sur les tranches, qui abrite le Calibre manufacture 01 et est étanche à
500 m de profondeur. Réalisée avec un
cadran bleu comportant le logo de la
Patrouille de France, son fond est gravé
avec l’emblème officiel du 60ème anniversaire de cette formation.
Série limitée en 600 exemplaires.
www.breitling.com
Spacecraft by Kronometry 1999
Le Salon de Genève est souvent l’occasion pour Kronometry 1999 de nous faire découvrir des modèles sous leur
forme brute. Cette fois-ci la Spacecraft est mise à l’honneur. Véritable vaisseau intergalactique aux heures rétrogrades et aux élans futuristes, elle offre une nouvelle
dimension très singulière au temps. C’est une invitation au
voyage au cœur de l’espace, alors embarquez !
www.kronometry1999.com
Inspiration 1950 pour Panerai !
Panerai présente la Luminor Submersible 1950
3 Days Power Reserve Automatic Bronzo, une
nouvelle édition spéciale produite dans ce matériau au caractère résolument nautique dont l'effet
vieilli qu'il prend au fil du temps suscite une grande fascination. La
nouvelle fonction qui distingue ce modèle réside dans le cadran, dont
l'affichage de la réserve de marche est de trois jours. Un côté rétro
au top de la technicité !
www.panerai.com
JOALLERIE
Chaumet et Joséphine, un amour par delà le temps
Hommage à la première muse de Chaumet, la collection Joséphine se pare de nouvelles bagues diadème
serties de diamants. Le diadème devient bague et couronne le doigt, symbole du pouvoir d’une femme sur
le cœur d’un homme. Votre cœur balancera entre une
tourmaline verte aux délicates nuances, une rubellite
d'un rouge intense, l’éclat de l'or rose ponctué de diamants... à s’offrir pour la vie…
www.chaumet.fr
Chaumet et vous, pour toujours
Ce n’est pas une bague, mais un bracelet manchette, et pourtant un véritable lien s’établit
entre vous et lui. C’est un bijou de “sentiment” qui symbolise l’attachement, la complicité
et nous surprend par son aspect aérien, contemporain. Dans un subtil jeu graphique, deux
liens parallèles entourent délicatement le poignet tout en s’entrecroisant, dessinant ainsi
le motif emblématique de la collection. A offrir en or gris
ou en or rose, ou encore optez pour les deux !
www.chaumet.fr
78
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
Tiffany 1837™ s’allie avec le Rubedo
En 1837, Charles Lewis Tiffany arriva à New York, prêt à concrétiser son
rêve dans la ville de tous les possibles. Il fonda la maison Tiffany & Co. qui
n'eut de cesse de ravir et d'émerveiller le monde de la joaillerie par ses captivantes créations. Nos yeux pétillent aujourd’hui pour le RUBEDO®, cet
alliage exclusif de Tiffany, qui capture les reflets rosés de l'aurore. Sa
beauté rayonne sur la peau.
www.tiffany.fr
Esprit Géométrie chez dinh van
A travers cette nouvelle collection, dinh van poursuit son
interprétation ludique de deux formes géométriques essentielles. Le « Cube Diamant », un diamant rond dans un carré
se porte selon l’envie de trois façons : boucles d’oreilles,
bague, collier. Une collection presque minimaliste à l’antipode du superflu, pour célébrer la beauté et l’amour quotidiennement en toute discrétion.
www.dinhvan.com
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
Patrimoine
Toile de fonds
De plus en plus de services permettent de gérer son argent par Internet. Flexibilité, réactivité,
et autonomie sont au rendez-vous. Les opérations moins courantes doivent cependant requérir toute la
vigilance de l'épargnant.
«B
onjour, je m’appelle Stéphane
et je vais vous
apprendre une méthode pour
gagner 500 euros par jour
en appliquant les techniques
des traders professionnels. »
Que celui qui n’a jamais été
aguiché, au détour d’une page
Web, par un pop-up aussi alléchant, jette la première
liasse. Il faut dire qu’Internet
est devenu un terrain de
chasse privilégié pour les services financiers en tous
genres. Si bien qu’à peu près
tout ce qui concerne le patrimoine peut être géré en ligne :
compte bancaire, assurancevie, crédit à la consommation,
immobilier, Bourse...
Le plus évident pour commencer est la banque en ligne.
A ce jeu, Boursorama, ING
et autres Fortuneo misent sur
la simplicité d’utilisation.
Depuis le canapé du salon,
rien ne vous empêche de gérer vos opérations à deux
heures du matin. Pas de
contrainte de lieu ni d’horaires. Internet suffit. Autre
argument de poids : les frais
réduits grâce à de moindre
coûts de fonctionnement. Un
des meilleurs exemples du
modèle low-cost classique
car le client fait une bonne
partie du boulot lui-même et
paye donc la prestation moins
cher.
« Pour moi, c’est déjà devenu
une habitude », affirme Ludovic Scarrone. Ce Lyonnais
de 29 ans, professionnel de
l’informatique, est client
établis et connus. « Ne faites
pas de trading si vous n’en
avez pas la compétence »,
conseille Maxime Chipoy.
Le trading avec effet de levier
est particulièrement dévastateur car il multiplie aussi
“Vous n'êtes pas certain que
le bijou n'a pas été gratté
avant qu'on vous le rende
80
bien les gains que les pertes.
Un peu comme le poker…
Autre pratique à prendre avec
des pincettes : la revente en
ligne les bijoux en or de
grand-mère. Nombreux sont
les sites (Cash gold, Cash
contre or...) qui proposent de
troquer quelques grammes
de métal précieux contre du
Toujours de grands visionnaires sur les billets...
quier en ligne et, depuis, ne
paye plus de droits de garde.
Les banques classiques perçoivent désormais que, pour
une partie de la population,
la relation à distance via les
nouvelles technologies est
encore plus approfondie que
les rendez-vous physiques.
Et actualisent donc leur fonctionnement. Ainsi le réseau
de banques coopératives
Caisse d'Epargne a-t-il mis
en place de nouveaux outils
à destination de ses clients
et prospects en gestion privée : avec ses webzine, enewsletter d’actualité, revue
bisannuelle haut de gamme
assène Maxime Chipoy, responsable des études chez
UFC-Que choisir. Avant de
souligner toutefois les limites
du système, à commencer
par les dépôts en liquide et
l’encaissement des chèques
qui se font par courrier. Souscrire un prêt immobilier peut
également tenir du parcours
du combattant, car il nécessite
la transmission par la poste
de nombreux justificatifs. Au
risque de perdre un temps
précieux en cas d’oubli...
Malgré cela, l’offre de services des banques en ligne
(comptes courants, assurancevie, PEA...) est très complète
“Nous n'avons pas détecté de véritable
arnaque dans la banque en ligne
”
d’une célèbre banque en ligne
depuis bientôt quatre ans.
« C’est gratuit et les démarches sont beaucoup plus
simples, pas besoin de prendre rendez-vous avec un
conseiller », explique-t-il. En
cas de souci, la hotline suffit.
Ce jeune au profil « geek » a
également transféré son
compte titres chez son ban-
cash. « Là encore, si l’on
vous sollicite directement, le
risque est important de se
retrouver avec un prix de
vente inférieur au prix du
marché, avertit Maxime Chipoy. A distance, la pesée
baptisée « Vision patrimoine », la banque entend
prendre le chemin de ces
nouveaux acteurs.
BEAUCOUP DE
FACILITÉ ET
QUELQUES LIMITES
« La très grande majorité
des gens a intérêt à passer
chez un banquier en ligne »,
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
et parfaitement sécurisée.
« Nous n’avons pas détecté
de véritable arnaque », note
Maxime Chipoy.
Reste que, pour certaines
opérations moins courantes,
mieux vaut être un épargnant
averti. « Le client est livré à
lui-même, estime Éric Martageix, gestionnaire de patrimoine à Bordeaux. A pre-
mière vue, les offres sur Internet peuvent être compétitives, mais il faut bien regarder de près les frais de
gestion et les frais d’arbitrage. » De même, la souscription d’assurance-vie en
ligne n’est pas un sujet à
prendre à la légère. La rédaction d’une clause bénéficiaire ou le choix d’un support de placement demeure
bien une affaire de spécialiste.
EFFET DE LEVIER,
ZONE DE DANGER
Mais en matière de finances
en ligne, les vrais pièges sont
ailleurs, et notamment sur
les plateformes de trading.
Un univers où il est bien difficile de distinguer le bon
grain de l’ivraie. Et pour
cause : « aujourd’hui, l’Autorité des marchés financiers
n’a pas les moyens juridiques
d’agir, regrette Maxime Chipoy. Certaines plateformes
ont reçu des autorisations de
la part de pays comme Malte
ou Chypre qui sont des régulateurs plus souples. »
Ceux qui ne sont pas professionnels de la finance peuvent
donc connaître quelques désagréments s’ils ne se dirigent
pas vers des établissements
”
n’est pas forcément objective
et vous n’êtes pas certain
que le bijou n’a pas été gratté
avant qu’on vous le rende.
Le mieux est de se rendre
chez un spécialiste, d’assister
en direct à l’analyse et de
bien se renseigner sur le
cours de l’or. »
Yann Petiteaux
Cas d’école
L'immobilier pris dans la Toile
Depuis une dizaine d’années,
les agences immobilières
« pure players » (Efficity,
123 Webimmo...) fleurissent
sur le réseau. Toutes creusent
leur sillon avec le même argument : des commissions
réduites qui ne dépassent
pas 3%, soit moitié moins
que dans une agence traditionnelle. Normal, ces structures en ligne taillent leurs
frais fixes au hachoir : pas
de pignon sur rue, services
par Internet ou par téléphone,
visites groupées...
Mais au-delà de cette tendance low-cost qui courtcircuite les agents immobiliers, d’autres modèles se
font jour. C’est le cas du
site meilleursagents.com qui,
après cinq années d’existence, affiche un million de
visiteurs uniques par mois.
Un trafic qui « explose » la
concurrence selon son fondateur Sébastien de Lafond.
Meilleursagents.com repose
sur une colossale base de
données de prix immobiliers
gérée par une équipe de trois
mathématiciens. Vendeurs
et acheteurs peuvent la
consulter gratuitement en
ligne. Une arme de destruction massive en matière de
négociation. « 90% des projets immobiliers commencent
sur Internet qui est, de loin,
la première source d’information sur les prix », précise
Sébastien de Lafond.
Le site propose également
un système de notation des
agences
immobilières.
« Nous orientons les vendeurs vers des agents référencés car il est toujours
gênant de confier un bien
qui représente les deux tiers
de son patrimoine à
quelqu’un dont on ne connaît
pas le pedigree. » Le site se
rémunère sur un pourcentage
des ventes ainsi générées.
L’entreprise, qui emploie
100 personnes, est à l’équilibre depuis cet été.
ART DE VIVRE & PATRIMOINE
n°6
La Sélection culturelle
EXPOS
LIBRAIRIE
■ Vous avez dit classique ?
Vous êtes fâché avec les classiques ? Qui
plus est avec les grandes tragédies grecques
? Trop longues, ampoulées, en un mot : ennuyeuses. Qu’à cela ne tienne, tentez le
coup une dernière fois, et sacrifiez une soirée
pour ces Fureurs d’Ostrowsky, d’après (très
très lointainement) la terrible histoire des
Atrides, selon les termes du metteur en scène
Jean-Michel Rabeux lui-même. Sur le papier,
rien à dire : c’est bien d’Atrée, d’Oreste,
d’Iphigénie et de toute la bande qu’il est
question. Mais sur scène, le coup de pinceau
est radical. Coup de pinceau ? Coup de
burin, plutôt, tant Gilles Ostrowsky, le comédien seul en scène, et Jean-Michel Rabeux
ont modelé la tragique destinée des Atrides
pour en faire un matériau théâtral résolument
neuf. Un matériau en plusieurs dimensions.
Comique, quand Gilles Ostrowsky voit, sans
raison apparente, des nuées de belettes
s’échapper de la bouche de Cassandre. Loufoque, lorsqu’il se travestit façon « Cage
aux Folles » pour jouer Clytemnestre. Gore,
lorsque la mort d’Agamemnon donne à voir
un bain de sang dans une baignoire-sabot.
Tragique, puisque le fond de l’histoire reste
fidèle à la version originale. Un très bon
moment de théâtre, doublé d’une grande
performance de comédien.
Les Fureurs d’Ostrowsky, avec Gilles Ostrowsky. Mise en scène : Jean-Michel
Rabeux. Texte : Gilles Ostrowsky et JeanMichel Rabeux. En tournée jusqu’avril
2014 (Hirson, Pantin, Soissons, Bagneux,
Armentières…)
■ Georges Braque au Grand Palais
Le Grand Palais consacre,
jusqu’au 6 janvier 2014,
une grande rétrospective à
Georges Braque (18821963), qui avec Picasso inventa le cubisme au début
du siècle dernier. L’occasion
de parcourir en plusieurs
chef-d'œuvres le parcours
de ce peintre majeur (n’a-t-il pas été le
premier à exposer au Louvres de son vivant
?) : la période Fauve, vite dépassée (L’Estaque,
1906) ; le cubisme (Grand nu, 1907), qu’il
explorera dans ses moindres recoins, à travers
le cubisme analytique et le cubisme synthétique, qui lui permettent d’étudier toutes les
nuances de la forme et de la dimension. Le
Grand Palais a également réuni plusieurs tableaux de ses grandes séries de billards,
peints dans les années 1940, et d’ateliers,
réalisés dans les années 1950, époustouflants
de virtuosité et de maîtrise.
■ Un hommage à ne pas rater
À l’occasion du 50ème anniversaire de la
disparition de Jean Cocteau, le Musée des
Lettres et Manuscrits lui rend hommage
avec cette exposition. « Les miroirs d’un
poète » présentant plus de 150 manuscrits
et lettres autographes, ouvrages illustrés et
éditions originales, dessins,
photographies et affi ches,
dont un grand nombre
d’inédits. En parcourant
cette exposition, le visiteur
pourra passer de l’autre
côté du miroir, objet phare
de la mythologie personnelle de Jean Cocteau, afin
de découvrir la personnalité de cet homme dont l’étoile, autre symbole, graphique celui-ci, maintes fois représenté, brilla durant plus de 60 ans au
panthéon de la vie littéraire et artistique
française
CINÉMA
■ Génération A de Pierre Capland, éd. Du Diable Vauvert, août 2013.
Plus de deux décennies après son best-seller Génération X, l’auteur
signe ici un portrait d’une génération paumée dans l’humour et la
clairvoyance. Les cinq protagonistes, habitant des contrées éloignées
les unes des autres, ont en commun de se faire piquer par une abeille,
alors que ces insectes ont disparu de la surface de la Terre. A travers
ces personnes nées entre la fin des années 70 et le début des années
90, qui ne voient le monde qu’à travers Google Maps, copient tout
sur Wikipedia et vivent sous la menace de la crise et de la catastrophe
écologique, Douglas Coupland esquisse au fil d’une intrigue bien ficelée, les contours d’une génération.
■ A l’aide ou le rapport W d’Emmanuelle Heidsieck,
éd. Inculte, 2013.
La journaliste romancière, auteur engagée, récidive dans sa manière
d’aborder un sujet de société sous l’angle de la fiction. Elle imagine
un futur où l’acte gratuit ne se contenterait plus d’être méprisé mais
se verrait frappé d’illégalité. La raison ? Parce qu’il fausserait le marché, introduirait une concurrence déloyale vis-à-vis des entreprises privées. Arrestations musclées de bienfaiteurs et réflexions théoriques en
perspective.
■ « Ne me dites plus jamais bon courage », de Philippe Bloch, Ed.
Ventana, 2013.
Ce lexique anti-déprime à usage immédiat des Français apprend à se
débarrasser des expressions comme « bon courage, le problème c’est
que…, dans CE pays, on a toujours fait comme ça… », qui sont le reflet
d’une morosité ambiante. Les Français sont tristes, et cela s’entend.
Sans s’en rendre compte, ils contribuent à force d’expressions pessimistes à se miner collectivement le moral. Eclairant, et confondant !
■ Du Bonheur, un voyage philosophique.
Frédéric Lenoir, Fayard.
Avec la pédagogie et le sens de
la vulgarisation qu’on lui
connaît, le philosophe Frédéric
Lenoir propose dans ce nouvel
ouvrage un « cheminement »
vers le concept de bonheur. Pas
facile, car celui-ci, « à certains
égards, est aussi insaisissable
que l’eau ou le vent », affirme
l’auteur dès la préface. Aussi,
pour s’y retrouver, fait-il appel
à des siècles de réflexion sur la
question : de Bouddha,
Tchouang-Tseu ou Aristote, aux
dernières découvertes des neurosciences, en
passant par Schopenhauer,
Montaigne, Voltaire ou Spinoza.
Loin d’être uniquement théorique, l’ouvrage s’appuie sur de
nombreux exemples pratiques,
et peut ainsi se concevoir
comme une sorte de guide pratique du bonheur à l’usage de
tous. En atteste la multitude de
citations qui émaillent le livre,
aussi pratiques pour une compréhension rapide de concepts
complexes que pour briller en
famille pendant les fêtes de
Noël…
■ Comment j’ai détesté les maths, d’Olivier Peyon (sortie le 27 novembre)
Les maths ont toujours été votre bête noire ? Alors ce
film est fait pour vous, puisqu’il raconte comment une
matière honnie des écoliers a bouleversé le monde,
puisqu’algorithmes et formules mathématiques commandent à l’informatique et la finance, « pour le meilleur… et parfois pour le pire ».
■ Henri, de Yolande Moreau (sortie le 4 décembre)
Un film de Yolande Moreau ne peut laisser indifférent. D’abord parce que
l’actrice belge est hors norme (deux fois meilleure actrice aux César, en 2005
et 2009), ensuite parce que la réalisatrice est bourrée de talents (César du meilleur premier film en 2005 pour Quand la mer monte…). Enfin, parce qu’on
se dit que le sujet de sa nouvelle pellicule lui sera fidèle : humain, sensible et
touchant : à la mort de sa femme, Henri, restaurateur, engage Rosette, un «
papillon blanc », comme on appelle les résidents d’un foyer d’handicapés
mentaux proches du restaurant. « Elle rêve d’amour, de sexualité et de normalité. Avec l’arrivée de Rosette, une nouvelle vie s’organise ».
PROCHAIN NUMÉRO LE JEUDI 30 JANVIER 2014
82
DÉCEMBRE 2013 / JANVIER 2014 - www.ecoreseau.fr
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