2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ Croissance et Réformes Economiques dans les Pays du MENA Professeur Kada Akacem1 Introduction : Pratiquement toute la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) a été marqué par un déclin de la croissance économique vers le milieu des années 1980 (qui correspond à la période de la chute libre du prix du pétrole jusqu’à environ $6 le baril). De leader mondial durant les années 1970, ayant connu une croissance économique très rapide, le MENA est devenu le plus grand perdant économiquement de la globalisation. Les institutions financières internationales (les IFI) et la grande majorité des économistes expliquent ce déclin par la part, trop grande, du secteur public dans les économies de la région, y compris les pays qui avaient opté pour le libéralisme économique depuis toujours, et par le retard pris par les pays du MENA, par rapport aux pays asiatiques et de l’Amérique Latine, dans la mise en œuvre, à un rythme très lent et très discontinue, des réformes économiques prescrites, notamment par les IFI, et résumées dans ce qu’il est devenu courant d’appeler, depuis 1990, le « Washington Consensus » (revu et complété par la suite) et qui recommandent en particulier, la réduction du rôle de l’Etat et donc du secteur publique dans l’économie. L’objectif proclamé de ces réformes économiques, est un taux de croissance suffisamment élevé pour permettre une réduction, au moins raisonnable, du chômage et une augmentation, au moins acceptable, du niveau de vie du pays concerné. La plupart des pays du MENA et en particulier l’Algérie (ainsi que beaucoup d’autres pays tels que les ex-pays européens communistes…), ont entrepris, surtout depuis les années 1990, d’appliquer ces réformes, dans l’espoir d’améliorer leurs situations économiques et sociales. Cependant les résultats obtenus, quant á la croissance économique notamment, diffèrent, parfois grandement, d’un pays à un autre, à travers et en dehors de la région du MENA. A quoi sont dues ces différences de performance quant á la croissance économique ? Et plus particulièrement, quelles sont les causes des mauvais résultats obtenus par l’Algérie (à savoir des taux de croissance insuffisant pour réduire d’une manière acceptable le chômage, réduire la pauvreté, élever le niveau de vie…) ? Sont-elles dues à la méthode utilisée (big bang ou graduelle), à la séquence adoptée ou au rythme des réformes durant la mise en œuvre de ces dernières, ou bien au sérieux de, et à la persévérance dans, l’engagement politique pour ce réformes… ? Y a t’il un lien direct ou indirect entre les réformes économiques et la croissance économique dans les pays du MENA ? Autrement dit, ces réformes, et surtout si on prend en compte les très grand sacrifices qu’elles imposent aux populations, sont-elles suffisantes ou seulement nécessaires pour attirer et promouvoir les investissements, domestiques et étrangers, nécessaires pour atteindre des taux de croissance satisfaisant ? Pour répondre à toutes ces questions nous nous focaliserons sur l’expérience algérienne en particulier, en la comparant ça et là à d’autres pays du MENA, et en particulier à la Tunisie et au Maroc. Cela nous permettra de mieux apprécier la démarche adoptée, et d’évaluer les résultats obtenus par notre pays, afin d’en tirer des leçons et proposer quelques remèdes susceptibles d’accroître la croissance économique. Nous ferons cette analyse en évaluant, dans ce qui suit, la performance de l’Algérie dans la mise en œuvre de chacune des réformes telles que proposées et/ou prescrites par les IFI. 1 Université d’Alger, fsesg. 139 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ Les Réformes de Stabilisation macroéconomique : Ce sont des politiques économiques concernant le court terme et destinées à réduire les dépenses gouvernementales, les déficits budgétaires, maîtriser l’inflation et réduire les déficits de la balance de payement, à travers des politiques budgétaire et monétaire restrictives. Le principe, par exemple, d’un déficit budgétaire réduit au maximum est tellement important, qu’il est clairement énoncé dans le traité de Maastchricht, créant l’Union Monétaire Européenne où le pacte de stabilité exige de tout pays membre de veiller à ne pas avoir un déficit budgétaire dépassant les 3% de son PIB. (2) Notons enfin qu’en plus de créer les conditions favorables à une politique monétaire très restrictive (notamment dans la lutte contre l’inflation), la discipline budgétaire sert également à réduire la vulnérabilité du budget de l’Etat aux aléas des prix du pétrole, et à augmenter les ressources financières disponible pour le développement du secteur privé. L’objectif ici est de créer un environnement économique stable, qui soit propice à l’activité économique en général et à la croissance économique en particulier, en créant le climat de confiance et la réduction de l’incertitude nécessaire à l’attraction de nouveaux investissements, par les nationaux et les étrangers à la fois. Qu’en est-il de la stabilisation macroéconomique en Algérie ? La réforme de la stabilisation économique à laquelle s’est attaquée l’Algérie sérieusement surtout après 1994, a connu un grand succès (et même un très grand succès) avec des résultats exceptionnels inespérés. La performance de l’Algérie, dans ce domaine, a été impressionnante, surtout si on garde à l’esprit le climat sécuritaire, politique et social qui prévalait à l’époque. C’est ainsi par exemple, que l’ajustement budgétaire (« fiscal adjustment ») a procédé, entre autres, à l’élimination d’une très grande majorité des subventions des prix, en les remplaçant par un filet social qui consistait en des transferts ciblant ceux, et uniquement ceux, qui étaient dans le besoin. Cet ajustement budgétaire a été accompagné d’une politique des revenus très stricte à travers notamment un control des salaires très sévère et qui continue encore à être en place de nos jours. Le résultat en a été un déficit budgétaire qui, de 13% du PIB en 1988, a été transformé en des surplus de 8,9% en 1993, 2,4% en 1997 et 9,9% en 2000, par exemple. (voir note No (1) page 15). L’inflation qui avait atteint jusqu’à 32% en 1992 a été réduite à 19% en 1996, 6% en 1997 et même à 0,3% durant l’année 2000, la balance de payement est redevenue positive dès 1997. (voir note No5) Par ailleurs, les taux de croissance économique de la période 2000-2004, bien que positifs, sont loin d’avoir répondu aux attentes et espérances, considérant les efforts et les sacrifices consentis : 2,2% en 2000 et 5,5% en 2004 par exemple. (voir note No5) De plus, il est très important de noter ici, qu’avant de renouer avec des taux de croissance économique positifs, le pays a connu des taux qui avaient tendance à diminuer pendant longtemps et ils ont même été négatifs en moyenne pendant la période 1990-1994 et ce malgré la politique de stabilisation en place. (voir note No10, pp.84) Enfin, le chômage est resté pendant toute la période à un niveau très (trop) élevé comme nous le montre le tableau suivant : En % Chômage 1998 28,0 1999 29,2 2000 29,5 Source : IMF, voir note No (6). 140 2001 27,3 2002 25,9 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ Plus encore, on peut dire que le taux de chômage a même augmenté d’une moyenne de 20% environ de 1987-1992 et d’une moyenne donc de 30% environ après la mise en œuvre des réformes de stabilisation !!! (Voir note No (9) : Banque d’Algérie). Le taux du chômage qui était de 19,8% en 1990 (16,2% en Tunisie), est passé à 29,9% en 2000, taux bien supérieur à celui de la Tunisie (15,9%), de l’Egypte, du Maroc, et de la Jordanie. (voir note No13). Ainsi, une croissance économique insuffisante et une croissance démographique trop rapide ont entraîné une aggravation accentuée du chômage qui est passé se 19,8% en 1990 à 30% environ en 2000. Ce taux commence à connaître néanmoins, une tendance à la baisse ( 23,7% en 2003 ; voir note No (3)). De ce qui précède il parait clairement que si la stabilisation macroéconomique peut avoir un effet positif sur la croissance économique, notamment en créant le cadre propice et nécessaire à l’activité économique en général et à l’investissement national et étranger en particulier, la croissance économique avec laquelle l’Algérie semble de nouveau renouer, notamment à partir de l’année 2003, n’est pas due et de loin aux quelques réformes économiques engagées, en tous cas pas seulement à ces réformes. D’autres facteurs ont contribué à cette croissance. Parmi ces facteurs notons tout d’abord une pluviométrie exceptionnelle que l’Algérie a connue ces dernières années et qui a eu un effet très positif sur l’agriculture et le secteur agroalimentaire. Par ailleurs, la conjoncture économique mondiale a été très favorable à l’Algérie à travers notamment des prix du pétrole très élevés et qui ont permis à l’Algérie de connaître une aisance financière sans précédent. Ceci a permis le lancement de deux plans de relance économique, le premier en 2001 d’un montant de 7 milliards de dollars et le deuxième, d’un montant total de 55 milliards de dollars, plus récemment en 2005, pour une période de cinq ans, et dont les effets positifs (du premier plan surtout) se sont déjà fait sentir à travers notamment de meilleurs taux de croissance du PIB, qui même s’ils demeurent encore insuffisants pour résorber le chômage, il n’en demeure pas moins qu’ils ont contribué à la très grande augmentation du nombre d’emplois crées pendant la période (le taux de chômage est passé de 30 à 17% environ selon le gouvernement). Mais le problème est que cette réduction du chômage risque de ne pas être durable. En effet, la croissance que connaît l’économie algérienne à l’heure actuelle, n’est pas à notre avis une croissance durable (en tout cas si elle n’est pas supportée par la continuation et l’approfondissement des réformes encore incomplètes et que nous allons voir ci-dessous), car elle est supportée essentiellement par une demande globale de plus en plus importante, surtout depuis le premier plan de relance. En effet le multiplicateur (en économie ouverte) des dépenses (supplémentaires dues au plan de la relance), ne peut avoir un effet positif important et surtout durable, sur le PIB et donc sur l’emploi, la pauvreté et le niveau de vie, que si cette demande est satisfaite, au moins en grande partie, par l’appareil productif national, c'est-à-dire par une « supply response » conséquente et suffisamment rapide. Autrement dit, à moins que les entreprises du pays ne soient capables d’absorber les dépenses supplémentaires induites par les plans de relance, l’effet multiplicateur jouera plus pour les pays étrangers fournisseurs de l’Algérie, que pour ce dernier. Ceci a été malheureusement le cas pour notre pays, puisque non seulement les importations ont énormément augmenté pendant le premier plan de relance, mais en plus beaucoup de projets ont été cédés à des sociétés étrangères non résidentes et qui ont tendance à importer même leur main d’œuvre. C’est ainsi que 60% des logements qui devaient être construit sous le premier plan, devaient l’être par des sociétés chinoises et on sait que ces sociétés importent toute leur main d’œuvre et il est claire que ces ouvriers ne vont pas dépenser la totalité de leur salaires dans le pays et même si c’était le cas, une grande partie de leur demande aurait été satisfaite par les importations. Dès lors l’accélération de la croissance que connaît l’Algérie à l’heure actuelle, ne peut être une croissance durable (« sustainable ») puisque portée non pas par les entreprises résidentes, 141 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ mais par les pays fournisseurs, tant que la manne pétrolière le permet. En d’autres termes, pour réussir à avoir une croissance satisfaisante et surtout durable il faut non seulement agir sur la demande mais également et surtout sur l’aspect offre de l’économie nationale, notamment en encourageant et promouvant la production nationale. En conclusion donc, il est maintenant évident que la stabilité économique n’est qu’une condition nécessaire à la croissance économique mais certainement pas une condition suffisante. (voir note 11). Concernant la Tunisie et le Maroc, ils ont tout deux réussi leur réforme de stabilité macroéconomique, commencée il vrai bien longtemps avant l’Algérie. Ils continuent néanmoins de bénéficier d’une bonne stabilité économique, du moins si l’on en juge d’après les résultats obtenus dans la lutte contre l’inflation. (Voir notes No(5), (6), (7) et (8)). La maîtrise de l’inflation a été dans l’ensemble meilleur au Maroc et en Tunisie qu’en Algérie, durant la période considérée. Quant à la comparaison de la croissance économique dans les trois pays, elle nous est donnée par le tableau suivant : PIB en % 1998 ALGERIE TUNISIE MAROC 1999 -0,1 2000 2,2 4,7 1,0 2001 2,6 4,9 6,3 2002 4,0 1,7 3,2 2003 6,9 5,6 5,5 2004 5,5 5,6 Source : IMF ; voir notes No (5), No (6), No (7) et No (8). On voit ainsi que la Tunisie connaît des taux de croissance de 5% en moyenne (en tenant compte des années avant 2000 et qui n’apparaissent pas dans le tableau) et donc une meilleure performance économique que l’Algérie. En fait, la Tunisie a réussi une des meilleurs performances économiques de la région du MENA. Cette supériorité de la Tunisie est encore plus visible si l’on considère la période 1990-1995 telle que décrite dans le tableau suivant, qui compare les taux de croissance (représentés par la moyenne annuelle du PIB réel par habitant en %) de certains pays du MENA et de l’Asie de l’Est: 19901995 Algérie Tunisie Maroc Egypte Arabie Turquie Emirats Corée Sud -0,1 -0,2 -1,9 2,5 -2,4 -2,5 2,4 6,8 Thailande 7,8 Source: H. Hakimian, voir note No (10) On voit ainsi, que si on considère la période 1990-1995 (période de la mise œuvre de la réforme de stabilisation en Algérie), la Turquie et la Tunisie sont les seuls pays du MENA qui ont en moyenne une croissance positive. Mieux, l’Algérie est le pays de la région qui a la plus mauvaise performance avec une moyenne du PIB par tête égale à -2,5. Mais ce qui est plus important, c’est que cette supériorité de la Tunisie quant aux taux de croissance obtenus, n’est pas seulement quantitative, mais elle est également qualitative. En effet si dans l’état actuel de l’appareil de production national, la croissance en Algérie ne peut être durable car étant le résultat d’une politique de gestion (à court terme) de la demande globale, par contre la croissance en Tunisie est une croissance « structurelle » obtenue grâce à une transformation profonde et structurelle très importante de l’économie tunisienne, très favorable à l’activité économique en général et à la croissance en particulier. 142 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ La réforme de stabilisation a été, en fait, une réussite dans tous les pays qui l’ont entrepris. Les différences de degré, qui existent entre les pays et notamment ceux de la région du MENA, résident dans le temps qui a été nécessaire avant d’obtenir la stabilité souhaitée, dans la durée de cette stabilité et des retombées sur l’activité économique et la croissance. Un autre facteur très important dans la conduite des politiques de stabilisation est l’importance cruciale de l’indépendance de l’autorité monétaire chargée de la conduite de la politique monétaire, généralement la banque centrale. Cette dernière doit en effet absolument être indépendante de l’autorité chargée de la politique budgétaire, c'est-àdire de l’exécutif (à travers le ministère des finances). Autrement, les missions de ces deux organes peuvent entrer en conflit. Sans un minimum d’indépendance de l’autorité monétaire, le conflit sera en général résolu au profit de l’exécutif, dont l’action est généralement déstabilisatrice, surtout en période d’élections. La loi de la Monnaie et du Crédit de 1990, a prévu une certaine indépendance de la Banque d’Algérie dans la conduite de la politique monétaire, grâce à quoi l’Algérie a acquis ce qu’on pourrait appeler une crédibilité monétaire pendant une dizaine d’années. Mais malheureusement, il a été mis fin à cette relative indépendance et à cette crédibilité monétaire le 20 Avril 2001 par le ministère des finances, à la suite d’un conflit entre le ministre des finances et le gouverneur de la Banque d’Algérie à propos du niveau du taux d’intérêt le plus adéquat à la situation économique de l’époque : le gouverneur et les vices gouverneurs ne sont plus nommés pour une durée déterminée, ce qui veut dire qu’ils peuvent être « appelés à d’autres fonctions » à n’importe quel moment. Par ailleurs deux membres soit disant indépendants sont ajoutés an Conseil de la Monnaie et du Crédit (l’autorité monétaire), mais nommés quand même par le ministre des finances, également pour une période indéterminée. Bref et dans la pratique, la politique monétaire (ainsi que la politique budgétaire), est dorénavant conduite (même indirectement à travers le CMC) par une seule et même institution, le ministère des finances, puisque n’importe quel membre du CMC qui aurait une opinion différente de celle du ministère pourrait immédiatement et en toute légalité être remplacé par quelqu’un d’autre plus docile. Ceci est triste, dommageable et pas sérieux du tout. Le conflit à l’origine de cette profonde transformation de l’autorité monétaire (et bien que la position du ministère des finances était plus raisonnable que celle de la banque centrale), aurait pu et aurait dû être résolu d’une autre façon, qui aurait pu préserver la crédibilité non seulement de l’autorité monétaire mais celle également de tout le gouvernement quant au sérieux avec lequel il mène les réformes et sa crédibilité en général spécialement vis-à-vis des investisseurs potentiels : comment ceux-ci peuventils avoir confiance et investir dans un pays où les lois, les réglementations… peuvent être changées soudainement, du jour au lendemain et fréquemment. Ce genre de pratiques ne peut que créer un grand degré d’incertitude et de risque pour tout investisseur, national ou étranger. Une solution à la résolution de ce conflit, serait de nommer le gouverneur, les vices gouverneurs et les membres indépendants, par le Président de la République pour une durée déterminée, et une fois nommés, il ne pourra être mis fin à leur fonction qu’avec l’accord de l’Assemblée Nationale. De cette façon chacun ferait son travail dans la sérénité, l’indépendance de l’autorité monétaire serait assurée (ce qui donnerait plus de crédibilité à l’Algérie), et enfin on évitera les décisions intempestives de licenciements (que ce soit à cause de différences de vision ou d’incompatibilité de personnalités). En cas de conflit, les députés trancheront, mais plus important c’est le débat public qui en découlera. 143 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ Cependant la stabilité économique ne doit pas être une fin en soi. Ce qui compte et ce qui est important, c’est ce à quoi elle sert, c’est pourquoi et comment elle est utilisée par le gouvernement. Dans le cas particulier qui nous intéresse ici, ce qui compte c’est si, et comment, le gouvernement s’en sert pour promouvoir la croissance économique. N’oublions pas que la stabilité macroéconomique n’est pas une fin en soi mais bien plutôt un instrument au service de la croissance. Autrement, si les politiques de stabilisation sont entreprises uniquement pour contenter le FMI et satisfaire ses conditions d’aide financière, les sacrifices que le pays a dû faire auraient été vains, d’autant que tous les secteurs de l’économie ont eu à en sentir les effets, souvent très douloureux : cherté de la vie, blocage des salaires et donc diminution des salaires réels et du pouvoir d’achat, des taux d’intérêt très élevés (surtout dans la première phase de la stabilisation) et donc très contraignant et même handicapant pour les entreprises publiques et privées à la fois… Il ne sert à rien en effet de maintenir la stabilité économique à tout prix, comme le fait l’Algérie, surtout depuis 1994, si en même temps les réformes concernant le secteur financier et des entreprises publiques, ne sont pas sérieusement entreprises, comme cela a été le cas dans notre pays jusqu’à récemment. Or, et dans l’optique des IFI, pour espérer atteindre des taux de croissance satisfaisant, il est indispensable de mettre en œuvre, à la fois, toutes les réformes, recommandées par ces institutions, même si leur rythme, leur succession… doivent être adaptés au contexte algérien. Ces réformes sont en effet mutuellement complémentaires, elles sont indispensables les unes aux autres : le succès de l’une (quant à l’effet sur la croissance) dépend du succès des autres. Mieux, la réforme de stabilité macroéconomique est essentielle et indispensable à toutes les autres réformes et en particulier la libéralisation des prix et du commerce extérieur, dont elle atténue les effets inflationnistes, et que nous allons étudier dans les section suivantes, ainsi que les réformes du marché du travail, du secteur financier, des entreprises publiques… Voyons voir alors ce que l’Algérie a fait dans ces domaines. LIBERALISATION DES PRIX Celle-ci est très importante dans le programme du FMI, car il est maintenant admis par pratiquement tout le monde, que le mécanisme des prix sur lequel est basée l’économie de marché est la meilleure méthode pour une allocation optimale des ressources économiques et une coordination efficace des comportements des agents économiques. En effet, seuls les prix déterminés librement par les marchés sont en mesure d’envoyer les signaux de rareté nécessaires qui permettent à une économie de marché de fonctionner convenablement, puisque les prix du marché sont les signaux auxquels le agents économiques, et en particulier les consommateurs et les entreprises réagissent. En Algérie, la réformes des prix a consisté à laisser les prix être librement fixés par le marché, notamment en supprimant graduellement les subventions aux prix et les contraintes sur les marges bénéficiaires de pratiquement la plupart des biens et services. A la suite de quoi l’inflation a augmenté de 5,9% en 1988 à 30% en 1995. Cependant et grâce aux politiques de stabilisation menées parallèlement par le gouvernement, l’inflation a pu être maîtrisée comme on l’a vu plus haut. C’est pourquoi, comme nous l’avons signalé plus haut, les réformes de stabilisation et des prix (comme d’ailleurs les autres réformes structurelles) doivent être menées en parallèle. Par ailleurs la libéralisation des prix doit être accompagnée par un renforcement sérieux de la concurrence, pour éviter que le consommateur ne soit l’otage de pratiques monopolistes. Notons enfin, que dans pratiquement tout le MENA, certains prix continuent à être administrés. C’est le cas en Algérie, des prix de l’eau, de l’électricité, et de l’essence entre autres. Permettre aux entreprises de fixer librement ces prix, devrait, en théorie tout au moins, 144 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ les aider à couvrir leurs coûts, augmenter leur capacité de financement de leur investissement de renouvellement de leurs équipements et augmenter leur production, offrir aux consommateurs une meilleur qualité des produits et des services, et aboutir ainsi à une meilleur contribuent à la croissance économique et à l’élévation du niveau de vie. Cependant l’Algérie a intérêt à garder certains prix au-dessus des prix mondiaux, surtout dans le domaine de l’énergie, pour donner aux entreprises algérienne un certain avantage comparatif pour pouvoir mieux faire fasse à la concurrence internationale. Libéralisation du Commerce Extérieur La libéralisation du commerce extérieure, grâce à la concurrence des produits étrangers, aura des effets sur les prix et sur la qualité, bénéfiques en principe, pour les consommateurs et les entreprises à la fois. De plus la concurrence étrangère, forcera les entreprises domestiques à être plus efficaces (du point de vue coût et qualité) et donc plus compétitives, et permettra de briser ou tout au moins de réduire les pouvoirs de marché des monopoles domestiques, publiques ou privés, pour le bénéfice de l’économie en générale et les consommateurs en particulier. Dans ce domaine aussi l’Algérie, comme les autres pays du MENA, a pris beaucoup de mesures autorisant et facilitant l’importation et l’exportation par le secteur privé. Cependant si l’assouplissement des barrières tarifaires a été très grand, certaines contraintes non tarifaires demeure encore en place. De plus l’Algérie a signé récemment, et très tardivement par rapport à la Tunisie et au Maroc notamment, une convention d’association avec l’Union Européenne et d’adhésion à une zone de libre échange avec l’UE aussi dès 2018. Par ailleurs l’admission de l’Algérie à l’OMC est prévue pour fin 2005 début 2006. Ici, l’Algérie a été à la fois, trop en retard et trop rapide. Trop lente, parce que pour mieux bénéficier de l’adhésion à l’OMC, l’Algérie aurait dû y adhérer beaucoup plus tôt, comme la Tunisie, le Maroc et l’Egypte. Ceci lui aurait permis de ne pas avoir à satisfaire beaucoup trop de conditions pour son admission et lui aurait ainsi permis de mieux protéger son économie. Son Admission en 2005 ou 2006 sera trop rapide car notre économie est loin d’y être prête, puisque et entre autres inconvénients, l’Algérie doit maintenant satisfaire beaucoup plus de conditions qui vont imposer plus de contraintes aux opérateurs économiques. Avec les traités avec l’UE, l’adhésion à l’OMC et le démantèlement quasi-totale de la protection tarifaire et non tarifaire de notre économie, celle-ci sera totalement á la merci de la concurrence étrangère, avec comme conséquence non seulement l’impossibilité, ou tout au moins la grande difficulté, à élargir le tissu industriel existant, mais surtout et également la réduction de celui-ci, dont d’ailleurs le démantèlement à déjà commencé dans par exemple dans les industries agroalimentaires, du textile, pharmaceutiques…Pour contrecarrer ces effets négatifs, il faudra être très imaginatif. En principe et en théorie tout au moins, les réformes entreprises par les pays du MENA, entre autres, et surtout l’ouverture du commerce extérieur, sont supposées créer les conditions favorables à l’attraction des investissements étrangers et contribuer donc à la croissance économique. Cependant et dans tout les pays du MENA, y compris l’Algérie, les investissements étrangers ont été loin d’être à la hauteur des espérances et en tout cas pas à la hauteur des sacrifices consentis. C’est ainsi par exemple, que durant la période 1994-96 le MENA a reçu 0,8% des investissements directs étrangers dans le monde, alors que l’Asie a reçu 22,1% et l’Amérique Latine 11,7%. (voir note No10, p.88). Dans l’état actuel de notre économie l’Algérie ne pourra bénéficier suffisamment de ces traités internationaux. A l’heure actuelle le seul bénéfice conséquent de ces traités est de forcer l’Etat algérien à compléter les réformes recommandées par le FMI, et en particulier les réformes du secteur financier et des entreprises publiques. En effet, l’Etat sera mieux armé 145 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ pour faire fasse aux résistances aux réformes, puisqu’il pourra toujours mettre en avant l’obligation d’honorer ses engagements internationaux. Réforme du Marché du Travail Ici la réforme consiste en gros à déréglementé au maximum le marché, pour rendre les licenciements plus facile et moins coûteux, ce qui augmenterait l’emploi et le PIB. Notons seulement que pratiquement tous les pays du MENA, et même beaucoup d’autres pays de par le monde, ont entrepris une certaine libéralisation de leur marché du travail : une révolution par rapport au passé, mais bien en deçà de ce que recommandent le FMI et les économistes orthodoxes, dont certains ont même suggérer la suppression du salaire minimum. Ici nous avons un grand dilemme. En effet, d’un côté, les lois réglementant le marché du travail protégent les travailleurs employés, mais d’un autre côté, et en rendant les licenciements très coûteux et plus difficiles, elles dissuadent fortement le recrutement par les entreprises, freinent l’emploi et participent donc au chômage et donc à un PIB inférieur au potentiel. Si donc ces lois protègent ceux qui ont déjà un emploi, par contre elles désavantagent les chômeurs. Néanmoins, un minimum de protection des travailleurs est indispensable et même un devoir de l’Etat, à notre avis. Autrement ce serait la loi de la jungle qui aurait certainement cours dans les marchés du travail. Ce que le FMI et les partisans du libéralisme sauvage et à outrance oublient, c’est que ces lois n’ont vu le jour qu’après l’exploitation scandaleuse et inhumaine des travailleurs (hommes, femmes et enfants) avant et bien après la révolution industrielle, par les entreprises de partout dans le monde, et notamment en Europe : jusqu’à 16 heures de travail par jour, tous les jours de la semaine sans week-end sans vacances et dans des conditions horribles. De plus, ces lois n’ont pas été le fait de gouvernements magnanimes, bien au contraire elles ont été arrachées, imposées par les travailleurs eux-mêmes grâce à leurs longues et souvent très meurtrières luttes. Dès lors, il devient difficile et même périlleux pour les gouvernements d’aller trop loin dans ce domaine. Réforme du Secteur Financier Il y a un lien très important entre la performance du secteur financier (banques, compagnies d’assurance, bourse des valeurs, fonds de pension…) et l’activité économique d’un pays et donc la croissance. En effet, en plus d’être un élément essentiel dans la politique monétaire, un secteur financier fonctionnant convenablement, est indispensable pour le financement du secteur privé qui est supposé être la locomotive de la croissance économique dans une économie de marché. Par ailleurs, un système financier efficient est indispensable également pour la restructuration et/ou la privatisation des entreprises publiques, réforme que nous étudierons dans la section suivante, et qui elle aussi, est supposée être une condition indispensable à une bonne croissance économique. Pour cela, des mesures adéquates doivent être prises pour que le secteur financier puisse remplir convenablement ses fonctions d’intermédiation (collecte et allocation efficientes des capitaux) et de payement. Dans ce domaine l’Algérie est très loin derrière la plupart des pays du MENA, dont le système financier est beaucoup plus performant que celui de l’Algérie qui malgré quelques mesures dans le bon sens, telle la cruciale et importante loi sur la monnaie et du crédit de 1990 (autorisation de création de banques privés…), reste cependant très en deçà de ce qui est nécessaire à la promotion de la croissance. Le secteur financier tunisien est tellement performant, que les autorités tunisiennes prévoient de libérer le compte capital de leur balance de payement, ce qui revient à une quasi-totale convertibilité de la monnaie nationale, le Dinar Tunisien, (un pas quand même, très risqué et très dangereux s’il est franchi trop prématurément), et qu’elle envisage également de laisser librement fluctuer dans le marché 146 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ des changes, c'est-à-dire que le taux de change du dinar tunisien sera désormais déterminé par le marche (voir note No (7). Le très mauvais état dans lequel se trouve le secteur financier explique en partie la mauvaise performance de l’Algérie quant à la croissance économique, puisque et entre autres, les banques fonctionnent plus comme de simples caisses de l’Etat que comme de véritables banques commerciales, la bourse des valeurs est pratiquement inexistante…Par comparaisons, la Tunisie et le Maroc par exemple (et la plupart des pays du MENA), ont des bourses des valeurs qui fonctionnent convenablement, des banques qui remplissent bien leurs fonctions de payement et d’intermédiation… Par ailleurs, l’état du secteur financier en Algérie est un facteur négatif très important dans la faiblesse des investissements étrangers. Tous les investisseurs potentiels étrangers (et même ceux qui ont pris le risque d’investir) citent le mauvais état du secteur financier comme l’un des plus importants facteurs décourageant. Toutefois, il faut bien reconnaître que le processus de libéralisation du secteur financier a été une entreprise très graduelle et qui a pris du temps, même parmi les pays de l’OCDE, dont la plus part, n’ont commencé cette réforme que vers la fin des années 1970, début 1980. Néanmoins et concernant l’Algérie, de nouvelles mesures sont annoncées et sont supposées aider à la restructuration et à la dynamisation du secteur : telles par exemple, la privatisation partielle, à travers un partenariat, du CPA, l’une des six banques publiques, et qui est prévue pour la fin juillet 2006 (il est prévu une ouverture du capital à hauteur de 51%) ; le renforcement du contrôle bancaire, surtout depuis l’affaire de la banque privée El Khalifa… Restructuration et Privatisation des Entreprises Publiques Ici encore voilà un domaine où l’Algérie est loin derrière les autres pays du MENA. Ceci un facteur négatif de la croissance économique et explique également et en partie la mauvaise performance du pays dans ce domaine, non pas parce que l’Algérie n’a pas encore privatiser le gros des entreprises publiques économiques (EPE), mais plutôt parce que très peu de restructuration a été effectuée et que ces EPE constituent de véritables poids morts pour l’économie nationale alors qu’elles étaient supposées être les locomotives de la croissance économique dans l’ancien modèle de développement algérien : • • • • Elles produisent en deçà de leurs capacités de production. La qualité de leurs produits et services est inférieure à la moyenne mondiale. Leurs coûts de production très élevés sont loin d’être compétitifs. Elles constituent un très lourd fardeau financier pour l’Etat et donc tout le pays, que les sempiternels assainissements financiers (qui ont commencé à avoir lieu dès la deuxième moitié des années 1980 et qui continuent encore de nos jours) illustrent très bien. Par ailleurs une très grande partie de la dette extérieure de l’Algérie a servi à financer la création de ces entreprises qui, comme nous l’avons signalé plus haut, étaient supposées être le moteur de la croissance économique chez nous. Or non seulement la croissance attendue ne s’est pas matérialisée, mais on peut en outre avancer, et sans exagération, que les EPE, et notamment à travers l’importance et la structure de la dette, ont été en grande partie responsable de la crise multidimensionnelle (politique, économique, sociale, sécuritaire…) qui a et qui continue à secouer le pays. Pour résoudre ce problème des EPE l’Algérie comme beaucoup de pays du MENA a commencé un programme de restructuration et de privatisation. La restructuration consiste à prendre des mesures susceptibles d’améliorer la gestion des entreprises publiques. Cela permettra aussi de faire le tri entre les EPE qui sont viables dans 147 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ une économie de marché et celles qui ne le sont pas et qui devront donc être privatisées ou simplement liquidées (comme ce serait le cas, tout naturellement d’une entreprise privée). L’Algérie a commencé cette restructuration dès les débuts des années 1980, c'est-à-dire avant même la mise en œuvre de la transition vers une économie de marché, en 1989. Mais en vain. Les résultats et l’état, catastrophique, actuel de la plupart de ces EPE, sont loin de correspondre aux efforts et aux sacrifices, notamment financier, consentis. En effet et pour la seule période 1990-1996 la restructuration financière a coûté au pays environ dix milliards de dollars de l’époque. A partir de 1996 des centaines de petites entreprises, surtout au niveau local et régional, ont été privatisées ou dissoutes. Cependant, et malgré un programme conçu avec l’aide de la banque mondiale, la privatisation de grandes EPE, tant de fois annoncée, ne s’est toujours pas concrétisée sur le terrain. Toutefois la privatisation de l’économie, elle, a connu plus de succès et ce dès le début des réformes, grâce notamment à la suppression du monopole de l’Etat, en particulier dans les secteurs du commerce, des services, du bâtiment, des hydrocarbures, des télécommunications, des assurances, bancaire… Pour terminer notons qu’ici également, le gouvernement fait face à un autre dilemme. D’un côté, si le gouvernement continue à soutenir les EPE, à travers notamment les assainissements financiers, il continuera, par la même occasion à encourager, le gaspillage, la corruption la médiocrité et l’inefficacité dans le management, … De plus, et ce faisant, le gouvernement risque de créer ce qu’on appel un « moral hasard »problème dont le résultat est que, le management et les travailleurs ne vont plus se sentir forcé de faire les efforts nécessaires pour faire face à la concurrence nationale et internationale, pour survivre, puisqu’ils seront assurés que l’Etat va les sauvais à chaque fois qu’il le faut. Pour éviter ce problème, les autorités doivent envoyer un signal claire et sans ambiguïté aux EPE. D’un autre coté, si l’Etat procède réellement à la restructuration/privatisation des EPE, l’une des conséquences certaine, est un grand nombre de licenciements qui va s’ajouter au nombre déjà très important des chômeurs. Ce qui explique, entre autres facteurs, la résistance et l’opposition des syndicats. Cependant le second plan de relance économique doit permettre d’en amortir les effets. Par ailleurs, il faut noter que si l’Etat a une responsabilité certaine quant à trouver une solution pour les travailleurs qui seraient licenciés dans ce cas, il a aussi la responsabilité de créer des emplois pour tous les citoyens en âge de travailler, et la responsabilité d’un développement économique et social tel que toute la population algérienne puisse en bénéficier. Il serait donc injuste et non démocratique, non patriotique même de sacrifier et d’hypothéquer le bonheur ou tout au moins le bien être de la majorité, de tout le pays même, pour une minorité qui a déjà été secourue à plusieurs reprises à travers les différent assainissements, pour la simple raison que ces travailleurs ont la chance de se trouver inscrits sur les rôles des salaires des EPE, alors qu’un grand nombre d’entre eux sont en fait, des employés fictifs, des chômeurs déguisés. Dans ce cas il serait injuste de payer des salaires (avec primes en plus) à cette catégorie de citoyens et de ne pas en faire autant pour les chômeurs, les handicapés, les vieux sans retraite… Pour conclure notre analyse des réformes structurelles, nous noterons qu’en Afrique du Nord, et même dans tout le MENA, la Tunisie est le pays qui a entrepris le plus d’efforts. C’est également le pays où l’impact (0,7%) des réformes structurelles sur la croissance a été le plus élevé : 0,5% pour le Maroc et -0,8% pour l’Algérie. (voir note No14). 148 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ Les Réformes Institutionnelles Toutes les réformes économiques que nous avons passées en revue dans les développements précédents, et qui sont appelées : réformes de première génération (et que nous considérons comme les « hard reforms », prises une à une ou même ensemble, ne sont que nécessaire et loin d’être suffisantes pour une bonne et durable croissance économique. En effet d’autres mesures accompagnatrices sont indispensables au bon fonctionnement d’une économie de marché et à l’objectif de croissance. Ce sont les réformes institutionnelles ou réformes de deuxième génération et que nous appelerons « soft reforms ». La stabilisation, la libéralisation et la privatisation de l’économie, à elles seules ne sont pas suffisantes pour obtenir une croissance durable et satisfaisante. Il faut en plus créer de nouvelles lois et institutions, ou changer celles qui existent, afin de créer un cadre favorable à un fonctionnement efficient d’une économie de marché, c'est-à-dire un cadre qui soit « business friendly » : des organes permanents de régulation et de promotion de la concurrence, des organes d’information, un système éducatif efficace, une justice indépendante et crédible où prévalent la transparence, l’honnêteté et l’efficacité, des organes permanents et dotés des pouvoirs nécessaire à une lutte continue contre la corruption, une administration beaucoup moins bureaucratique, plus efficace et plus à l’écoute des citoyens et des agents économiques… Pendant longtemps les économistes ont mis en avant l’importance des politiques économiques pour la croissance économique. De nos jours beaucoup d’économistes, en particulier au National Bureau of Economic Research Américan et à la banque mondiale (il existerait un lien très fort entre des institutions performant efficacement et la croissance ;voir note No12) insistent de plus en plus sur l’importance des institutions pour la croissance économique. Malgré le débat sur la primauté des politiques économiques ou des institutions, dans la promotion de la croissance économique, il n’en demeure pas moins que la plupart des économistes estiment que des institutions adéquates et efficientes jouent un rôle clé dans la croissance économique, car indispensables pour la mise en œuvre, le suivi, et l’évaluation des réformes mêmes. Le degré de « capacité »institutionnelle a un impact potentiel et direct sur les investissements et donc sur la croissance et une forte corrélation entre la qualité institutionnelle et la croissance a été observé, (voir note No15). Il a été également observé que des réformes économiques accompagnées par des réformes institutionnelles réussies, conduisent à une croissance du revenu par tête plus rapide que des réformes économiques seules où accompagnées par des institutions dont la qualité est médiocre. Malgré cela tous les pays du MENA sont loin d’avoir atteint un niveau satisfaisant quant au réformes institutionnelles, puisqu’ils sont tous, et en particulier l’Algérie, caractérisés par ce qu’on peut appeler un déficit institutionnel. N’oublions pas en effet que les réformes prescrites par le FMI, sont également supposées créer un climat favorable à l’attraction des investissements directs étrangers. Or les réformes institutionnelles sont primordiales dans ce cas. 149 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ Conclusion Nous avons beaucoup insisté sur les politiques de stabilisation car ce sont les réformes sur lesquelles, les IFI, insistent le plus, et parce qu’elles sont indispensables à la mise en place et à la poursuite de toutes les autres réformes. La stabilité macroéconomique est en effet un facteur clé du processus de transition vers une économie de marché et même de la croissance pour tous les pays sous-développés, et ce sont celles qui ont été appliquées avec un succès plus au moins grand selon le pays, dans la région du MENA et même à travers le monde. La libéralisation des prix et du commerce extérieur ont-elles aussi été appliquées par tous les pays avec un succès aussi, même si celui-ci est moins éclatant. Là où de grande différences apparaissent entre les différents pays du MENA, c’est dans la mise en oeuvre et les résultats obtenus par chacun de ces pays, concernant les réformes du secteur financier, des entreprises publiques et les réformes institutionnelles : administratives, judiciaires,… Les pays du MENA qui ont commencé leurs réformes et ont exposé leur économie à la concurrence internationale très tôt, telle la Tunisie a signé un accord d’association avec l’UE et a adhéré à l’OMC dès les années 1995-1996), ont le plus bénéficié en termes de croissance. Dans ce contexte, et si par exemple la Tunisie et le Maroc ont accompli de très grands efforts, surtout dans le domaine financier et des entreprises publiques, l’action de l’Algérie dans ces trois domaines est encore dans un état embryonnaire, et ne commence à connaître un regain d’intérêt et d’efforts que sous l’impulsion du Président A.Bouteflica, surtout depuis son deuxième mandat, et du gouvernement du premier ministre A. Ouyehya. Or le FMI et beaucoup d’économistes attribuent la différence de performance, quant à la croissance économique, dans la région du MENA, (et même entre celles-ci et les autres pays dans le monde, et en particulier les pays asiatiques), au rythme, la rigueur, la cohérence, le sérieux, la continuité et l’engagement ferme avec lesquels sont engagées les réformes de transition vers une économie de marché, et en particulier l’état d’avancement des réformes concernant les secteurs financiers et des entreprises publiques et celles concernant les institutions d’accompagnement nécessaires et indispensables au bon fonctionnement d’une économie de marché. Ceci explique en grande partie les meilleurs résultats que la Tunisie, par exemple, a obtenu bien qu’elle dispose de beaucoup moins de ressources que l’Algérie. Concernant l’Algérie, force est de constater que 15 ans après le début des réformes, la transition vers une économie de marché qui était un des objectifs des réformes, est loin d’être achevée, et le niveau de croissance économique espéré ne s’est pas concrétisé. Les IFI en particulier, attribuent ce retard et cet échec au fait que l’Algérie non seulement n’a pas mis en œuvre toutes les réformes du « standard package » recommandé, entre autres par le FMI, telles les réformes institutionnelles, mais en plus il lui reste à approfondir et à compléter certaines des réformes déjà entreprises, telles que la réforme du secteur financier et des EPE. Bien que les réformes prescrites par le FMI ne sont que des conditions nécessaires et pas du tout suffisantes pour atteindre des taux de croissance satisfaisant, le pays, ayant opté pour une économie de marché et ayant commencé la mise en œuvre de ces réformes, ne peut s’arrêter en cours de route, et a tout intérêt à continuer à approfondir et à compléter ces réformes. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les mesures prisent récemment par l’Algérie, et qui prêtent à l’optimisme et augurent d’un développement économique et social satisfaisant dans le très proche avenir, surtout si les actions récentes s’inscrivent dans la continuité, la 150 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ persévérance et le sérieux nécessaire à leur succès. En effet, toute une batterie de lois et décrets a vu le jour dans le courant de l’année 2005. Ces mesures sont destinées soit à approfondir les réformes déjà engagées (dans le secteur financier, le secteur des EPE…), soit à compléter ces réformes par celles non encore engagées, telles par exemple, les réformes administratives et institutionnelles. Si donc, l’approfondissement des réformes engagées depuis les années 1990 et la mise en œuvre des réformes complémentaires, s’inscrivent dans la continuité, on ne devrait pas trop tarder à en voir les retombées bénéfiques sur la croissance économique et la réduction du chômage et de la pauvreté. Le stimulus fiscal du deuxième plan de relance économique aura alors, cette fois-ci, non pas un impact temporaire sur le revenu national, mais bien un impact structurel et donc durable sur le niveau du PIB du pays. Par ailleurs, le nouveau plan de relance permettra d’absorber et de réduire les effets négatifs et parfois douloureux (en termes de licenciements), surtout à court terme, du processus de restructuration /privatisation. Cette optimisme est d’autant plus autorisé, que l’Algérie est dorénavant obligé de mettre en œuvre et d’approfondir toutes les réformes citées plus haut, et surtout celles concernant la lutte contre la corruption, la justice, les EPE, la bonne gouvernance…, tenue qu’elle est désormais, d’honorer ses engagements internationaux, et notamment l’accord d’association avec l’UE qui entre en vigueur dès septembre 2005 et l’adhésion prochaine à l’OMC. 151 2005 ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ15 و14 اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ Notes et Références Bibliographiques 1. Akacem, K. (2002), ‘Economic Reforms in Algeria’, Conférence sur l’Algérie organisée par le CMENAS, University of Michigan, (Ann Arbor : septembre 2002) p.9. Remarquons ici, qu’il n’est dans notre intention de débattre la question de savoir si l’Algérie a raison de changer de modèle de développement économique, d’adhérer à l’OMC… Nous estimons que l’Algérie à déjà fait son choix, que ce choix est irréversible, au moins dans le moyen terme et dès lors notre communication s’inscrit dans le cadre de ce choix. 2. Akacem, K. et Keddi, A. (2001) ‘ L’Euro : la Monnaie Européenne Unique’, Les Cahiers du CREAD 55 (2001) pp. 103-118. 3. IMF (2005), Algeria : Selected Issues, Country report No 05/52, Feb 2005, and . IMF (2005), Algeria: 2004 Article IV Consultation; Country Report No 05/50, Feb 2005. 4. Akacem, K. (2004) ‘Economic Reforms in Algeria: An Overview and Assessment’, The Journal of North African Studies 9/2 (Summer 2004) pp.115-125, and . Akacem, K. (2005) ‘Economic Reforms in Algeria’ in M. Bonner et al. (eds), Islam, Democracy and the State in Algeria (New York: Routledge 2005). 5. IMF (2005), Concludes 2004 Article IV Consultation with Algeria, Jan 2005. 6. IMF (2004), Algeria Country Report No 04/31, Feb 2004. 7. IMF (2004), Tunisia: Country Report No 04/359, Nov 2004 8. IMF (2004), Morocco: Country Report No 04/162 et o4/163. 9. Bank of Algeria, (1993), Economic Information Memorandum, April 1993. 10. Hakinian, H. and Moshaver, Z. (eds 2001), The State and Global Change: The Political Economy of Transition in the MENA, Richmond Surrey: Curzon Press. 11. Pour certains auteurs, les réformes prescrites par le FMI, ne sont même pas nécessaires. Pour soutenir leur point de vue ils citent l’expérience de certains pays asiatiques tels que Taiwan et la Corée du Sud, qui ont connu des taux de croissance très élevé, tout en ayant fait le contraire de ce que prescrit le FMI. 12. The Economist, June 4th 2005, pp 67-69. 13. World Bank (2003), Finance and Development, March 2003; pp.18-21. 14. Word Bank (2004), Working Papers Series No.36, May 2004; pp.8, 9, 19 et 42. 15. Page, J. and Van Gelder, L. (2001). Missing links in Hakinian H., voir note No10; pp.15-52 152
© Copyright 2026 Paperzz