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2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
Croissance et Réformes Economiques dans les Pays du MENA
Professeur Kada Akacem1
Introduction :
Pratiquement toute la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) a été marqué
par un déclin de la croissance économique vers le milieu des années 1980 (qui correspond à la
période de la chute libre du prix du pétrole jusqu’à environ $6 le baril). De leader mondial
durant les années 1970, ayant connu une croissance économique très rapide, le MENA est
devenu le plus grand perdant économiquement de la globalisation. Les institutions financières
internationales (les IFI) et la grande majorité des économistes expliquent ce déclin par la part,
trop grande, du secteur public dans les économies de la région, y compris les pays qui avaient
opté pour le libéralisme économique depuis toujours, et par le retard pris par les pays du
MENA, par rapport aux pays asiatiques et de l’Amérique Latine, dans la mise en œuvre, à un
rythme très lent et très discontinue, des réformes économiques prescrites, notamment par les
IFI, et résumées dans ce qu’il est devenu courant d’appeler, depuis 1990, le « Washington
Consensus » (revu et complété par la suite) et qui recommandent en particulier, la réduction
du rôle de l’Etat et donc du secteur publique dans l’économie. L’objectif proclamé de ces
réformes économiques, est un taux de croissance suffisamment élevé pour permettre une
réduction, au moins raisonnable, du chômage et une augmentation, au moins acceptable, du
niveau de vie du pays concerné.
La plupart des pays du MENA et en particulier l’Algérie (ainsi que beaucoup d’autres pays
tels que les ex-pays européens communistes…), ont entrepris, surtout depuis les années 1990,
d’appliquer ces réformes, dans l’espoir d’améliorer leurs situations économiques et sociales.
Cependant les résultats obtenus, quant á la croissance économique notamment, diffèrent,
parfois grandement, d’un pays à un autre, à travers et en dehors de la région du MENA.
A quoi sont dues ces différences de performance quant á la croissance économique ? Et plus
particulièrement, quelles sont les causes des mauvais résultats obtenus par l’Algérie (à savoir
des taux de croissance insuffisant pour réduire d’une manière acceptable le chômage, réduire
la pauvreté, élever le niveau de vie…) ? Sont-elles dues à la méthode utilisée (big bang ou
graduelle), à la séquence adoptée ou au rythme des réformes durant la mise en œuvre de ces
dernières, ou bien au sérieux de, et à la persévérance dans, l’engagement politique pour ce
réformes… ? Y a t’il un lien direct ou indirect entre les réformes économiques et la croissance
économique dans les pays du MENA ? Autrement dit, ces réformes, et surtout si on prend en
compte les très grand sacrifices qu’elles imposent aux populations, sont-elles suffisantes ou
seulement nécessaires pour attirer et promouvoir les investissements, domestiques et
étrangers, nécessaires pour atteindre des taux de croissance satisfaisant ? Pour répondre à
toutes ces questions nous nous focaliserons sur l’expérience algérienne en particulier, en la
comparant ça et là à d’autres pays du MENA, et en particulier à la Tunisie et au Maroc. Cela
nous permettra de mieux apprécier la démarche adoptée, et d’évaluer les résultats obtenus par
notre pays, afin d’en tirer des leçons et proposer quelques remèdes susceptibles d’accroître la
croissance économique.
Nous ferons cette analyse en évaluant, dans ce qui suit, la performance de l’Algérie dans la
mise en œuvre de chacune des réformes telles que proposées et/ou prescrites par les IFI.
1
Université d’Alger, fsesg.
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Les Réformes de Stabilisation macroéconomique :
Ce sont des politiques économiques concernant le court terme et destinées à réduire les
dépenses gouvernementales, les déficits budgétaires, maîtriser l’inflation et réduire les déficits
de la balance de payement, à travers des politiques budgétaire et monétaire restrictives. Le
principe, par exemple, d’un déficit budgétaire réduit au maximum est tellement important,
qu’il est clairement énoncé dans le traité de Maastchricht, créant l’Union Monétaire
Européenne où le pacte de stabilité exige de tout pays membre de veiller à ne pas avoir un
déficit budgétaire dépassant les 3% de son PIB. (2)
Notons enfin qu’en plus de créer les conditions favorables à une politique monétaire très
restrictive (notamment dans la lutte contre l’inflation), la discipline budgétaire sert également
à réduire la vulnérabilité du budget de l’Etat aux aléas des prix du pétrole, et à augmenter les
ressources financières disponible pour le développement du secteur privé.
L’objectif ici est de créer un environnement économique stable, qui soit propice à l’activité
économique en général et à la croissance économique en particulier, en créant le climat de
confiance et la réduction de l’incertitude nécessaire à l’attraction de nouveaux
investissements, par les nationaux et les étrangers à la fois.
Qu’en est-il de la stabilisation macroéconomique en Algérie ?
La réforme de la stabilisation économique à laquelle s’est attaquée l’Algérie sérieusement
surtout après 1994, a connu un grand succès (et même un très grand succès) avec des résultats
exceptionnels inespérés. La performance de l’Algérie, dans ce domaine, a été
impressionnante, surtout si on garde à l’esprit le climat sécuritaire, politique et social qui
prévalait à l’époque. C’est ainsi par exemple, que l’ajustement budgétaire (« fiscal
adjustment ») a procédé, entre autres, à l’élimination d’une très grande majorité des
subventions des prix, en les remplaçant par un filet social qui consistait en des transferts
ciblant ceux, et uniquement ceux, qui étaient dans le besoin. Cet ajustement budgétaire a été
accompagné d’une politique des revenus très stricte à travers notamment un control des
salaires très sévère et qui continue encore à être en place de nos jours. Le résultat en a été un
déficit budgétaire qui, de 13% du PIB en 1988, a été transformé en des surplus de 8,9% en
1993, 2,4% en 1997 et 9,9% en 2000, par exemple. (voir note No (1) page 15).
L’inflation qui avait atteint jusqu’à 32% en 1992 a été réduite à 19% en 1996, 6% en 1997 et
même à 0,3% durant l’année 2000, la balance de payement est redevenue positive dès 1997.
(voir note No5)
Par ailleurs, les taux de croissance économique de la période 2000-2004, bien que positifs,
sont loin d’avoir répondu aux attentes et espérances, considérant les efforts et les sacrifices
consentis : 2,2% en 2000 et 5,5% en 2004 par exemple. (voir note No5) De plus, il est très
important de noter ici, qu’avant de renouer avec des taux de croissance économique positifs,
le pays a connu des taux qui avaient tendance à diminuer pendant longtemps et ils ont même
été négatifs en moyenne pendant la période 1990-1994 et ce malgré la politique de
stabilisation en place. (voir note No10, pp.84)
Enfin, le chômage est resté pendant toute la période à un niveau très (trop) élevé comme nous
le montre le tableau suivant :
En %
Chômage
1998
28,0
1999
29,2
2000
29,5
Source : IMF, voir note No (6).
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2001
27,3
2002
25,9
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Plus encore, on peut dire que le taux de chômage a même augmenté d’une moyenne de 20%
environ de 1987-1992 et d’une moyenne donc de 30% environ après la mise en œuvre des
réformes de stabilisation !!! (Voir note No (9) : Banque d’Algérie). Le taux du chômage qui
était de 19,8% en 1990 (16,2% en Tunisie), est passé à 29,9% en 2000, taux bien supérieur à
celui de la Tunisie (15,9%), de l’Egypte, du Maroc, et de la Jordanie. (voir note No13).
Ainsi, une croissance économique insuffisante et une croissance démographique trop rapide
ont entraîné une aggravation accentuée du chômage qui est passé se 19,8% en 1990 à 30%
environ en 2000. Ce taux commence à connaître néanmoins, une tendance à la baisse ( 23,7%
en 2003 ; voir note No (3)).
De ce qui précède il parait clairement que si la stabilisation macroéconomique peut avoir un
effet positif sur la croissance économique, notamment en créant le cadre propice et nécessaire
à l’activité économique en général et à l’investissement national et étranger en particulier, la
croissance économique avec laquelle l’Algérie semble de nouveau renouer, notamment à
partir de l’année 2003, n’est pas due et de loin aux quelques réformes économiques engagées,
en tous cas pas seulement à ces réformes. D’autres facteurs ont contribué à cette croissance.
Parmi ces facteurs notons tout d’abord une pluviométrie exceptionnelle que l’Algérie a
connue ces dernières années et qui a eu un effet très positif sur l’agriculture et le secteur agroalimentaire. Par ailleurs, la conjoncture économique mondiale a été très favorable à l’Algérie
à travers notamment des prix du pétrole très élevés et qui ont permis à l’Algérie de connaître
une aisance financière sans précédent. Ceci a permis le lancement de deux plans de relance
économique, le premier en 2001 d’un montant de 7 milliards de dollars et le deuxième, d’un
montant total de 55 milliards de dollars, plus récemment en 2005, pour une période de cinq
ans, et dont les effets positifs (du premier plan surtout) se sont déjà fait sentir à travers
notamment de meilleurs taux de croissance du PIB, qui même s’ils demeurent encore
insuffisants pour résorber le chômage, il n’en demeure pas moins qu’ils ont contribué à la très
grande augmentation du nombre d’emplois crées pendant la période (le taux de chômage est
passé de 30 à 17% environ selon le gouvernement). Mais le problème est que cette réduction
du chômage risque de ne pas être durable. En effet, la croissance que connaît l’économie
algérienne à l’heure actuelle, n’est pas à notre avis une croissance durable (en tout cas si elle
n’est pas supportée par la continuation et l’approfondissement des réformes encore
incomplètes et que nous allons voir ci-dessous), car elle est supportée essentiellement par une
demande globale de plus en plus importante, surtout depuis le premier plan de relance. En
effet le multiplicateur (en économie ouverte) des dépenses (supplémentaires dues au plan de
la relance), ne peut avoir un effet positif important et surtout durable, sur le PIB et donc sur
l’emploi, la pauvreté et le niveau de vie, que si cette demande est satisfaite, au moins en
grande partie, par l’appareil productif national, c'est-à-dire par une « supply response »
conséquente et suffisamment rapide. Autrement dit, à moins que les entreprises du pays ne
soient capables d’absorber les dépenses supplémentaires induites par les plans de relance,
l’effet multiplicateur jouera plus pour les pays étrangers fournisseurs de l’Algérie, que pour ce
dernier. Ceci a été malheureusement le cas pour notre pays, puisque non seulement les
importations ont énormément augmenté pendant le premier plan de relance, mais en plus
beaucoup de projets ont été cédés à des sociétés étrangères non résidentes et qui ont tendance
à importer même leur main d’œuvre. C’est ainsi que 60% des logements qui devaient être
construit sous le premier plan, devaient l’être par des sociétés chinoises et on sait que ces
sociétés importent toute leur main d’œuvre et il est claire que ces ouvriers ne vont pas
dépenser la totalité de leur salaires dans le pays et même si c’était le cas, une grande partie de
leur demande aurait été satisfaite par les importations.
Dès lors l’accélération de la croissance que connaît l’Algérie à l’heure actuelle, ne peut être
une croissance durable (« sustainable ») puisque portée non pas par les entreprises résidentes,
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mais par les pays fournisseurs, tant que la manne pétrolière le permet. En d’autres termes,
pour réussir à avoir une croissance satisfaisante et surtout durable il faut non seulement
agir sur la demande mais également et surtout sur l’aspect offre de l’économie nationale,
notamment en encourageant et promouvant la production nationale.
En conclusion donc, il est maintenant évident que la stabilité économique n’est qu’une
condition nécessaire à la croissance économique mais certainement pas une condition
suffisante. (voir note 11).
Concernant la Tunisie et le Maroc, ils ont tout deux réussi leur réforme de stabilité
macroéconomique, commencée il vrai bien longtemps avant l’Algérie. Ils continuent
néanmoins de bénéficier d’une bonne stabilité économique, du moins si l’on en juge d’après
les résultats obtenus dans la lutte contre l’inflation. (Voir notes No(5), (6), (7) et (8)).
La maîtrise de l’inflation a été dans l’ensemble meilleur au Maroc et en Tunisie qu’en
Algérie, durant la période considérée.
Quant à la comparaison de la croissance économique dans les trois pays, elle nous est donnée
par le tableau suivant :
PIB en % 1998
ALGERIE
TUNISIE
MAROC
1999
-0,1
2000
2,2
4,7
1,0
2001
2,6
4,9
6,3
2002
4,0
1,7
3,2
2003
6,9
5,6
5,5
2004
5,5
5,6
Source : IMF ; voir notes No (5), No (6), No (7) et No (8).
On voit ainsi que la Tunisie connaît des taux de croissance de 5% en moyenne (en tenant
compte des années avant 2000 et qui n’apparaissent pas dans le tableau) et donc une
meilleure performance économique que l’Algérie. En fait, la Tunisie a réussi une des
meilleurs performances économiques de la région du MENA. Cette supériorité de la Tunisie
est encore plus visible si l’on considère la période 1990-1995 telle que décrite dans le tableau
suivant, qui compare les taux de croissance (représentés par la moyenne annuelle du PIB réel
par habitant en %) de certains pays du MENA et de l’Asie de l’Est:
19901995
Algérie Tunisie Maroc Egypte Arabie Turquie Emirats Corée
Sud
-0,1
-0,2
-1,9
2,5
-2,4
-2,5
2,4
6,8
Thailande
7,8
Source: H. Hakimian, voir note No (10)
On voit ainsi, que si on considère la période 1990-1995 (période de la mise œuvre de la
réforme de stabilisation en Algérie), la Turquie et la Tunisie sont les seuls pays du MENA qui
ont en moyenne une croissance positive. Mieux, l’Algérie est le pays de la région qui a la plus
mauvaise performance avec une moyenne du PIB par tête égale à -2,5.
Mais ce qui est plus important, c’est que cette supériorité de la Tunisie quant aux taux de
croissance obtenus, n’est pas seulement quantitative, mais elle est également qualitative. En
effet si dans l’état actuel de l’appareil de production national, la croissance en Algérie ne peut
être durable car étant le résultat d’une politique de gestion (à court terme) de la demande
globale, par contre la croissance en Tunisie est une croissance « structurelle » obtenue grâce à
une transformation profonde et structurelle très importante de l’économie tunisienne, très
favorable à l’activité économique en général et à la croissance en particulier.
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La réforme de stabilisation a été, en fait, une réussite dans tous les pays qui l’ont entrepris.
Les différences de degré, qui existent entre les pays et notamment ceux de la région du
MENA, résident dans le temps qui a été nécessaire avant d’obtenir la stabilité souhaitée, dans
la durée de cette stabilité et des retombées sur l’activité économique et la croissance.
Un autre facteur très important dans la conduite des politiques de stabilisation est
l’importance cruciale de l’indépendance de l’autorité monétaire chargée de la conduite
de la politique monétaire, généralement la banque centrale. Cette dernière doit en effet
absolument être indépendante de l’autorité chargée de la politique budgétaire, c'est-àdire de l’exécutif (à travers le ministère des finances). Autrement, les missions de ces
deux organes peuvent entrer en conflit. Sans un minimum d’indépendance de l’autorité
monétaire, le conflit sera en général résolu au profit de l’exécutif, dont l’action est
généralement déstabilisatrice, surtout en période d’élections.
La loi de la Monnaie et du Crédit de 1990, a prévu une certaine indépendance de la Banque
d’Algérie dans la conduite de la politique monétaire, grâce à quoi l’Algérie a acquis ce qu’on
pourrait appeler une crédibilité monétaire pendant une dizaine d’années. Mais
malheureusement, il a été mis fin à cette relative indépendance et à cette crédibilité monétaire
le 20 Avril 2001 par le ministère des finances, à la suite d’un conflit entre le ministre des
finances et le gouverneur de la Banque d’Algérie à propos du niveau du taux d’intérêt le plus
adéquat à la situation économique de l’époque : le gouverneur et les vices gouverneurs ne sont
plus nommés pour une durée déterminée, ce qui veut dire qu’ils peuvent être « appelés à
d’autres fonctions » à n’importe quel moment. Par ailleurs deux membres soit disant
indépendants sont ajoutés an Conseil de la Monnaie et du Crédit (l’autorité monétaire), mais
nommés quand même par le ministre des finances, également pour une période indéterminée.
Bref et dans la pratique, la politique monétaire (ainsi que la politique budgétaire), est
dorénavant conduite (même indirectement à travers le CMC) par une seule et même
institution, le ministère des finances, puisque n’importe quel membre du CMC qui aurait une
opinion différente de celle du ministère pourrait immédiatement et en toute légalité être
remplacé par quelqu’un d’autre plus docile. Ceci est triste, dommageable et pas sérieux du
tout. Le conflit à l’origine de cette profonde transformation de l’autorité monétaire (et
bien que la position du ministère des finances était plus raisonnable que celle de la
banque centrale), aurait pu et aurait dû être résolu d’une autre façon, qui aurait pu
préserver la crédibilité non seulement de l’autorité monétaire mais celle également de
tout le gouvernement quant au sérieux avec lequel il mène les réformes et sa crédibilité
en général spécialement vis-à-vis des investisseurs potentiels : comment ceux-ci peuventils avoir confiance et investir dans un pays où les lois, les réglementations… peuvent être
changées soudainement, du jour au lendemain et fréquemment. Ce genre de pratiques
ne peut que créer un grand degré d’incertitude et de risque pour tout investisseur,
national ou étranger.
Une solution à la résolution de ce conflit, serait de nommer le gouverneur, les vices
gouverneurs et les membres indépendants, par le Président de la République pour une
durée déterminée, et une fois nommés, il ne pourra être mis fin à leur fonction qu’avec
l’accord de l’Assemblée Nationale. De cette façon chacun ferait son travail dans la
sérénité, l’indépendance de l’autorité monétaire serait assurée (ce qui donnerait plus de
crédibilité à l’Algérie), et enfin on évitera les décisions intempestives de licenciements
(que ce soit à cause de différences de vision ou d’incompatibilité de personnalités). En
cas de conflit, les députés trancheront, mais plus important c’est le débat public qui en
découlera.
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Cependant la stabilité économique ne doit pas être une fin en soi. Ce qui compte et ce qui est
important, c’est ce à quoi elle sert, c’est pourquoi et comment elle est utilisée par le
gouvernement. Dans le cas particulier qui nous intéresse ici, ce qui compte c’est si, et
comment, le gouvernement s’en sert pour promouvoir la croissance économique. N’oublions
pas que la stabilité macroéconomique n’est pas une fin en soi mais bien plutôt un instrument
au service de la croissance. Autrement, si les politiques de stabilisation sont entreprises
uniquement pour contenter le FMI et satisfaire ses conditions d’aide financière, les sacrifices
que le pays a dû faire auraient été vains, d’autant que tous les secteurs de l’économie ont eu à
en sentir les effets, souvent très douloureux : cherté de la vie, blocage des salaires et donc
diminution des salaires réels et du pouvoir d’achat, des taux d’intérêt très élevés (surtout dans
la première phase de la stabilisation) et donc très contraignant et même handicapant pour les
entreprises publiques et privées à la fois…
Il ne sert à rien en effet de maintenir la stabilité économique à tout prix, comme le fait
l’Algérie, surtout depuis 1994, si en même temps les réformes concernant le secteur financier
et des entreprises publiques, ne sont pas sérieusement entreprises, comme cela a été le cas
dans notre pays jusqu’à récemment. Or, et dans l’optique des IFI, pour espérer atteindre
des taux de croissance satisfaisant, il est indispensable de mettre en œuvre, à la fois,
toutes les réformes, recommandées par ces institutions, même si leur rythme, leur
succession… doivent être adaptés au contexte algérien. Ces réformes sont en effet
mutuellement complémentaires, elles sont indispensables les unes aux autres : le succès
de l’une (quant à l’effet sur la croissance) dépend du succès des autres. Mieux, la réforme
de stabilité macroéconomique est essentielle et indispensable à toutes les autres réformes et en
particulier la libéralisation des prix et du commerce extérieur, dont elle atténue les effets
inflationnistes, et que nous allons étudier dans les section suivantes, ainsi que les réformes du
marché du travail, du secteur financier, des entreprises publiques… Voyons voir alors ce que
l’Algérie a fait dans ces domaines.
LIBERALISATION DES PRIX
Celle-ci est très importante dans le programme du FMI, car il est maintenant admis par
pratiquement tout le monde, que le mécanisme des prix sur lequel est basée l’économie de
marché est la meilleure méthode pour une allocation optimale des ressources économiques et
une coordination efficace des comportements des agents économiques. En effet, seuls les prix
déterminés librement par les marchés sont en mesure d’envoyer les signaux de rareté
nécessaires qui permettent à une économie de marché de fonctionner convenablement,
puisque les prix du marché sont les signaux auxquels le agents économiques, et en particulier
les consommateurs et les entreprises réagissent.
En Algérie, la réformes des prix a consisté à laisser les prix être librement fixés par le marché,
notamment en supprimant graduellement les subventions aux prix et les contraintes sur les
marges bénéficiaires de pratiquement la plupart des biens et services. A la suite de quoi
l’inflation a augmenté de 5,9% en 1988 à 30% en 1995. Cependant et grâce aux politiques de
stabilisation menées parallèlement par le gouvernement, l’inflation a pu être maîtrisée comme
on l’a vu plus haut. C’est pourquoi, comme nous l’avons signalé plus haut, les réformes de
stabilisation et des prix (comme d’ailleurs les autres réformes structurelles) doivent être
menées en parallèle.
Par ailleurs la libéralisation des prix doit être accompagnée par un renforcement sérieux de la
concurrence, pour éviter que le consommateur ne soit l’otage de pratiques monopolistes.
Notons enfin, que dans pratiquement tout le MENA, certains prix continuent à être
administrés. C’est le cas en Algérie, des prix de l’eau, de l’électricité, et de l’essence entre
autres. Permettre aux entreprises de fixer librement ces prix, devrait, en théorie tout au moins,
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les aider à couvrir leurs coûts, augmenter leur capacité de financement de leur investissement
de renouvellement de leurs équipements et augmenter leur production, offrir aux
consommateurs une meilleur qualité des produits et des services, et aboutir ainsi à une
meilleur contribuent à la croissance économique et à l’élévation du niveau de vie. Cependant
l’Algérie a intérêt à garder certains prix au-dessus des prix mondiaux, surtout dans le
domaine de l’énergie, pour donner aux entreprises algérienne un certain avantage
comparatif pour pouvoir mieux faire fasse à la concurrence internationale.
Libéralisation du Commerce Extérieur
La libéralisation du commerce extérieure, grâce à la concurrence des produits étrangers, aura
des effets sur les prix et sur la qualité, bénéfiques en principe, pour les consommateurs et les
entreprises à la fois. De plus la concurrence étrangère, forcera les entreprises domestiques à
être plus efficaces (du point de vue coût et qualité) et donc plus compétitives, et permettra de
briser ou tout au moins de réduire les pouvoirs de marché des monopoles domestiques,
publiques ou privés, pour le bénéfice de l’économie en générale et les consommateurs en
particulier.
Dans ce domaine aussi l’Algérie, comme les autres pays du MENA, a pris beaucoup de
mesures autorisant et facilitant l’importation et l’exportation par le secteur privé. Cependant si
l’assouplissement des barrières tarifaires a été très grand, certaines contraintes non tarifaires
demeure encore en place.
De plus l’Algérie a signé récemment, et très tardivement par rapport à la Tunisie et au Maroc
notamment, une convention d’association avec l’Union Européenne et d’adhésion à une zone
de libre échange avec l’UE aussi dès 2018. Par ailleurs l’admission de l’Algérie à l’OMC est
prévue pour fin 2005 début 2006. Ici, l’Algérie a été à la fois, trop en retard et trop rapide.
Trop lente, parce que pour mieux bénéficier de l’adhésion à l’OMC, l’Algérie aurait dû y
adhérer beaucoup plus tôt, comme la Tunisie, le Maroc et l’Egypte. Ceci lui aurait permis de
ne pas avoir à satisfaire beaucoup trop de conditions pour son admission et lui aurait ainsi
permis de mieux protéger son économie. Son Admission en 2005 ou 2006 sera trop rapide car
notre économie est loin d’y être prête, puisque et entre autres inconvénients, l’Algérie doit
maintenant satisfaire beaucoup plus de conditions qui vont imposer plus de contraintes aux
opérateurs économiques. Avec les traités avec l’UE, l’adhésion à l’OMC et le démantèlement
quasi-totale de la protection tarifaire et non tarifaire de notre économie, celle-ci sera
totalement á la merci de la concurrence étrangère, avec comme conséquence non seulement
l’impossibilité, ou tout au moins la grande difficulté, à élargir le tissu industriel existant, mais
surtout et également la réduction de celui-ci, dont d’ailleurs le démantèlement à déjà
commencé dans par exemple dans les industries agroalimentaires, du textile,
pharmaceutiques…Pour contrecarrer ces effets négatifs, il faudra être très imaginatif.
En principe et en théorie tout au moins, les réformes entreprises par les pays du MENA, entre
autres, et surtout l’ouverture du commerce extérieur, sont supposées créer les conditions
favorables à l’attraction des investissements étrangers et contribuer donc à la croissance
économique. Cependant et dans tout les pays du MENA, y compris l’Algérie, les
investissements étrangers ont été loin d’être à la hauteur des espérances et en tout cas pas à la
hauteur des sacrifices consentis. C’est ainsi par exemple, que durant la période 1994-96 le
MENA a reçu 0,8% des investissements directs étrangers dans le monde, alors que l’Asie a
reçu 22,1% et l’Amérique Latine 11,7%. (voir note No10, p.88).
Dans l’état actuel de notre économie l’Algérie ne pourra bénéficier suffisamment de ces
traités internationaux. A l’heure actuelle le seul bénéfice conséquent de ces traités est de
forcer l’Etat algérien à compléter les réformes recommandées par le FMI, et en particulier les
réformes du secteur financier et des entreprises publiques. En effet, l’Etat sera mieux armé
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pour faire fasse aux résistances aux réformes, puisqu’il pourra toujours mettre en avant
l’obligation d’honorer ses engagements internationaux.
Réforme du Marché du Travail
Ici la réforme consiste en gros à déréglementé au maximum le marché, pour rendre les
licenciements plus facile et moins coûteux, ce qui augmenterait l’emploi et le PIB. Notons
seulement que pratiquement tous les pays du MENA, et même beaucoup d’autres pays de par
le monde, ont entrepris une certaine libéralisation de leur marché du travail : une révolution
par rapport au passé, mais bien en deçà de ce que recommandent le FMI et les économistes
orthodoxes, dont certains ont même suggérer la suppression du salaire minimum. Ici nous
avons un grand dilemme. En effet, d’un côté, les lois réglementant le marché du travail
protégent les travailleurs employés, mais d’un autre côté, et en rendant les licenciements très
coûteux et plus difficiles, elles dissuadent fortement le recrutement par les entreprises,
freinent l’emploi et participent donc au chômage et donc à un PIB inférieur au potentiel. Si
donc ces lois protègent ceux qui ont déjà un emploi, par contre elles désavantagent les
chômeurs. Néanmoins, un minimum de protection des travailleurs est indispensable et
même un devoir de l’Etat, à notre avis. Autrement ce serait la loi de la jungle qui aurait
certainement cours dans les marchés du travail. Ce que le FMI et les partisans du
libéralisme sauvage et à outrance oublient, c’est que ces lois n’ont vu le jour qu’après
l’exploitation scandaleuse et inhumaine des travailleurs (hommes, femmes et enfants) avant et
bien après la révolution industrielle, par les entreprises de partout dans le monde, et
notamment en Europe : jusqu’à 16 heures de travail par jour, tous les jours de la semaine sans
week-end sans vacances et dans des conditions horribles. De plus, ces lois n’ont pas été le fait
de gouvernements magnanimes, bien au contraire elles ont été arrachées, imposées par les
travailleurs eux-mêmes grâce à leurs longues et souvent très meurtrières luttes. Dès lors, il
devient difficile et même périlleux pour les gouvernements d’aller trop loin dans ce domaine.
Réforme du Secteur Financier
Il y a un lien très important entre la performance du secteur financier (banques, compagnies
d’assurance, bourse des valeurs, fonds de pension…) et l’activité économique d’un pays et
donc la croissance. En effet, en plus d’être un élément essentiel dans la politique monétaire,
un secteur financier fonctionnant convenablement, est indispensable pour le financement du
secteur privé qui est supposé être la locomotive de la croissance économique dans une
économie de marché. Par ailleurs, un système financier efficient est indispensable également
pour la restructuration et/ou la privatisation des entreprises publiques, réforme que nous
étudierons dans la section suivante, et qui elle aussi, est supposée être une condition
indispensable à une bonne croissance économique.
Pour cela, des mesures adéquates doivent être prises pour que le secteur financier puisse
remplir convenablement ses fonctions d’intermédiation (collecte et allocation efficientes
des capitaux) et de payement.
Dans ce domaine l’Algérie est très loin derrière la plupart des pays du MENA, dont le
système financier est beaucoup plus performant que celui de l’Algérie qui malgré quelques
mesures dans le bon sens, telle la cruciale et importante loi sur la monnaie et du crédit de
1990 (autorisation de création de banques privés…), reste cependant très en deçà de ce qui est
nécessaire à la promotion de la croissance. Le secteur financier tunisien est tellement
performant, que les autorités tunisiennes prévoient de libérer le compte capital de leur balance
de payement, ce qui revient à une quasi-totale convertibilité de la monnaie nationale, le Dinar
Tunisien, (un pas quand même, très risqué et très dangereux s’il est franchi trop
prématurément), et qu’elle envisage également de laisser librement fluctuer dans le marché
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des changes, c'est-à-dire que le taux de change du dinar tunisien sera désormais déterminé par
le marche (voir note No (7).
Le très mauvais état dans lequel se trouve le secteur financier explique en partie la mauvaise
performance de l’Algérie quant à la croissance économique, puisque et entre autres, les
banques fonctionnent plus comme de simples caisses de l’Etat que comme de véritables
banques commerciales, la bourse des valeurs est pratiquement inexistante…Par comparaisons,
la Tunisie et le Maroc par exemple (et la plupart des pays du MENA), ont des bourses des
valeurs qui fonctionnent convenablement, des banques qui remplissent bien leurs fonctions de
payement et d’intermédiation…
Par ailleurs, l’état du secteur financier en Algérie est un facteur négatif très important dans la
faiblesse des investissements étrangers. Tous les investisseurs potentiels étrangers (et même
ceux qui ont pris le risque d’investir) citent le mauvais état du secteur financier comme l’un
des plus importants facteurs décourageant.
Toutefois, il faut bien reconnaître que le processus de libéralisation du secteur financier a été
une entreprise très graduelle et qui a pris du temps, même parmi les pays de l’OCDE, dont la
plus part, n’ont commencé cette réforme que vers la fin des années 1970, début 1980.
Néanmoins et concernant l’Algérie, de nouvelles mesures sont annoncées et sont supposées
aider à la restructuration et à la dynamisation du secteur : telles par exemple, la privatisation
partielle, à travers un partenariat, du CPA, l’une des six banques publiques, et qui est prévue
pour la fin juillet 2006 (il est prévu une ouverture du capital à hauteur de 51%) ; le
renforcement du contrôle bancaire, surtout depuis l’affaire de la banque privée El Khalifa…
Restructuration et Privatisation des Entreprises Publiques
Ici encore voilà un domaine où l’Algérie est loin derrière les autres pays du MENA. Ceci un
facteur négatif de la croissance économique et explique également et en partie la mauvaise
performance du pays dans ce domaine, non pas parce que l’Algérie n’a pas encore privatiser
le gros des entreprises publiques économiques (EPE), mais plutôt parce que très peu de
restructuration a été effectuée et que ces EPE constituent de véritables poids morts pour
l’économie nationale alors qu’elles étaient supposées être les locomotives de la croissance
économique dans l’ancien modèle de développement algérien :
•
•
•
•
Elles produisent en deçà de leurs capacités de production.
La qualité de leurs produits et services est inférieure à la moyenne mondiale.
Leurs coûts de production très élevés sont loin d’être compétitifs.
Elles constituent un très lourd fardeau financier pour l’Etat et donc tout le pays, que
les sempiternels assainissements financiers (qui ont commencé à avoir lieu dès la deuxième
moitié des années 1980 et qui continuent encore de nos jours) illustrent très bien.
Par ailleurs une très grande partie de la dette extérieure de l’Algérie a servi à financer la
création de ces entreprises qui, comme nous l’avons signalé plus haut, étaient supposées être
le moteur de la croissance économique chez nous. Or non seulement la croissance attendue ne
s’est pas matérialisée, mais on peut en outre avancer, et sans exagération, que les EPE, et
notamment à travers l’importance et la structure de la dette, ont été en grande partie
responsable de la crise multidimensionnelle (politique, économique, sociale, sécuritaire…)
qui a et qui continue à secouer le pays.
Pour résoudre ce problème des EPE l’Algérie comme beaucoup de pays du MENA a
commencé un programme de restructuration et de privatisation.
La restructuration consiste à prendre des mesures susceptibles d’améliorer la gestion des
entreprises publiques. Cela permettra aussi de faire le tri entre les EPE qui sont viables dans
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une économie de marché et celles qui ne le sont pas et qui devront donc être privatisées ou
simplement liquidées (comme ce serait le cas, tout naturellement d’une entreprise privée).
L’Algérie a commencé cette restructuration dès les débuts des années 1980, c'est-à-dire avant
même la mise en œuvre de la transition vers une économie de marché, en 1989. Mais en vain.
Les résultats et l’état, catastrophique, actuel de la plupart de ces EPE, sont loin de
correspondre aux efforts et aux sacrifices, notamment financier, consentis. En effet et pour la
seule période 1990-1996 la restructuration financière a coûté au pays environ dix milliards de
dollars de l’époque.
A partir de 1996 des centaines de petites entreprises, surtout au niveau local et régional, ont
été privatisées ou dissoutes. Cependant, et malgré un programme conçu avec l’aide de la
banque mondiale, la privatisation de grandes EPE, tant de fois annoncée, ne s’est toujours pas
concrétisée sur le terrain.
Toutefois la privatisation de l’économie, elle, a connu plus de succès et ce dès le début des
réformes, grâce notamment à la suppression du monopole de l’Etat, en particulier dans les
secteurs du commerce, des services, du bâtiment, des hydrocarbures, des télécommunications,
des assurances, bancaire…
Pour terminer notons qu’ici également, le gouvernement fait face à un autre dilemme. D’un
côté, si le gouvernement continue à soutenir les EPE, à travers notamment les assainissements
financiers, il continuera, par la même occasion à encourager, le gaspillage, la corruption la
médiocrité et l’inefficacité dans le management, … De plus, et ce faisant, le gouvernement
risque de créer ce qu’on appel un « moral hasard »problème dont le résultat est que, le
management et les travailleurs ne vont plus se sentir forcé de faire les efforts nécessaires
pour faire face à la concurrence nationale et internationale, pour survivre, puisqu’ils
seront assurés que l’Etat va les sauvais à chaque fois qu’il le faut. Pour éviter ce
problème, les autorités doivent envoyer un signal claire et sans ambiguïté aux EPE.
D’un autre coté, si l’Etat procède réellement à la restructuration/privatisation des EPE, l’une
des conséquences certaine, est un grand nombre de licenciements qui va s’ajouter au nombre
déjà très important des chômeurs. Ce qui explique, entre autres facteurs, la résistance et
l’opposition des syndicats. Cependant le second plan de relance économique doit permettre
d’en amortir les effets. Par ailleurs, il faut noter que si l’Etat a une responsabilité certaine
quant à trouver une solution pour les travailleurs qui seraient licenciés dans ce cas, il a
aussi la responsabilité de créer des emplois pour tous les citoyens en âge de travailler, et
la responsabilité d’un développement économique et social tel que toute la population
algérienne puisse en bénéficier. Il serait donc injuste et non démocratique, non
patriotique même de sacrifier et d’hypothéquer le bonheur ou tout au moins le bien être
de la majorité, de tout le pays même, pour une minorité qui a déjà été secourue à
plusieurs reprises à travers les différent assainissements, pour la simple raison que ces
travailleurs ont la chance de se trouver inscrits sur les rôles des salaires des EPE, alors
qu’un grand nombre d’entre eux sont en fait, des employés fictifs, des chômeurs
déguisés. Dans ce cas il serait injuste de payer des salaires (avec primes en plus) à cette
catégorie de citoyens et de ne pas en faire autant pour les chômeurs, les handicapés, les
vieux sans retraite…
Pour conclure notre analyse des réformes structurelles, nous noterons qu’en Afrique du Nord,
et même dans tout le MENA, la Tunisie est le pays qui a entrepris le plus d’efforts. C’est
également le pays où l’impact (0,7%) des réformes structurelles sur la croissance a été le plus
élevé : 0,5% pour le Maroc et -0,8% pour l’Algérie. (voir note No14).
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Les Réformes Institutionnelles
Toutes les réformes économiques que nous avons passées en revue dans les développements
précédents, et qui sont appelées : réformes de première génération (et que nous considérons
comme les « hard reforms », prises une à une ou même ensemble, ne sont que nécessaire et
loin d’être suffisantes pour une bonne et durable croissance économique. En effet d’autres
mesures accompagnatrices sont indispensables au bon fonctionnement d’une économie de
marché et à l’objectif de croissance. Ce sont les réformes institutionnelles ou réformes de
deuxième génération et que nous appelerons « soft reforms ».
La stabilisation, la libéralisation et la privatisation de l’économie, à elles seules ne sont pas
suffisantes pour obtenir une croissance durable et satisfaisante. Il faut en plus créer de
nouvelles lois et institutions, ou changer celles qui existent, afin de créer un cadre favorable à
un fonctionnement efficient d’une économie de marché, c'est-à-dire un cadre qui soit
« business friendly » : des organes permanents de régulation et de promotion de la
concurrence, des organes d’information, un système éducatif efficace, une justice
indépendante et crédible où prévalent la transparence, l’honnêteté et l’efficacité, des organes
permanents et dotés des pouvoirs nécessaire à une lutte continue contre la corruption, une
administration beaucoup moins bureaucratique, plus efficace et plus à l’écoute des citoyens et
des agents économiques…
Pendant longtemps les économistes ont mis en avant l’importance des politiques économiques
pour la croissance économique. De nos jours beaucoup d’économistes, en particulier au
National Bureau of Economic Research Américan et à la banque mondiale (il existerait un
lien très fort entre des institutions performant efficacement et la croissance ;voir note No12)
insistent de plus en plus sur l’importance des institutions pour la croissance économique.
Malgré le débat sur la primauté des politiques économiques ou des institutions, dans la
promotion de la croissance économique, il n’en demeure pas moins que la plupart des
économistes estiment que des institutions adéquates et efficientes jouent un rôle clé dans la
croissance économique, car indispensables pour la mise en œuvre, le suivi, et l’évaluation des
réformes mêmes. Le degré de « capacité »institutionnelle a un impact potentiel et direct sur
les investissements et donc sur la croissance et une forte corrélation entre la qualité
institutionnelle et la croissance a été observé, (voir note No15). Il a été également observé que
des réformes économiques accompagnées par des réformes institutionnelles réussies,
conduisent à une croissance du revenu par tête plus rapide que des réformes économiques
seules où accompagnées par des institutions dont la qualité est médiocre.
Malgré cela tous les pays du MENA sont loin d’avoir atteint un niveau satisfaisant quant au
réformes institutionnelles, puisqu’ils sont tous, et en particulier l’Algérie, caractérisés par ce
qu’on peut appeler un déficit institutionnel. N’oublions pas en effet que les réformes
prescrites par le FMI, sont également supposées créer un climat favorable à l’attraction des
investissements directs étrangers. Or les réformes institutionnelles sont primordiales dans ce
cas.
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Conclusion
Nous avons beaucoup insisté sur les politiques de stabilisation car ce sont les réformes sur
lesquelles, les IFI, insistent le plus, et parce qu’elles sont indispensables à la mise en place et
à la poursuite de toutes les autres réformes. La stabilité macroéconomique est en effet un
facteur clé du processus de transition vers une économie de marché et même de la croissance
pour tous les pays sous-développés, et ce sont celles qui ont été appliquées avec un succès
plus au moins grand selon le pays, dans la région du MENA et même à travers le monde.
La libéralisation des prix et du commerce extérieur ont-elles aussi été appliquées par tous les
pays avec un succès aussi, même si celui-ci est moins éclatant. Là où de grande différences
apparaissent entre les différents pays du MENA, c’est dans la mise en oeuvre et les résultats
obtenus par chacun de ces pays, concernant les réformes du secteur financier, des entreprises
publiques et les réformes institutionnelles : administratives, judiciaires,… Les pays du MENA
qui ont commencé leurs réformes et ont exposé leur économie à la concurrence internationale
très tôt, telle la Tunisie a signé un accord d’association avec l’UE et a adhéré à l’OMC dès les
années 1995-1996), ont le plus bénéficié en termes de croissance. Dans ce contexte, et si par
exemple la Tunisie et le Maroc ont accompli de très grands efforts, surtout dans le domaine
financier et des entreprises publiques, l’action de l’Algérie dans ces trois domaines est encore
dans un état embryonnaire, et ne commence à connaître un regain d’intérêt et d’efforts que
sous l’impulsion du Président A.Bouteflica, surtout depuis son deuxième mandat, et du
gouvernement du premier ministre A. Ouyehya. Or le FMI et beaucoup d’économistes
attribuent la différence de performance, quant à la croissance économique, dans la région du
MENA, (et même entre celles-ci et les autres pays dans le monde, et en particulier les pays
asiatiques), au rythme, la rigueur, la cohérence, le sérieux, la continuité et l’engagement ferme
avec lesquels sont engagées les réformes de transition vers une économie de marché, et en
particulier l’état d’avancement des réformes concernant les secteurs financiers et des
entreprises publiques et celles concernant les institutions d’accompagnement nécessaires et
indispensables au bon fonctionnement d’une économie de marché. Ceci explique en grande
partie les meilleurs résultats que la Tunisie, par exemple, a obtenu bien qu’elle dispose de
beaucoup moins de ressources que l’Algérie.
Concernant l’Algérie, force est de constater que 15 ans après le début des réformes, la
transition vers une économie de marché qui était un des objectifs des réformes, est loin d’être
achevée, et le niveau de croissance économique espéré ne s’est pas concrétisé. Les IFI en
particulier, attribuent ce retard et cet échec au fait que l’Algérie non seulement n’a pas mis en
œuvre toutes les réformes du « standard package » recommandé, entre autres par le FMI,
telles les réformes institutionnelles, mais en plus il lui reste à approfondir et à compléter
certaines des réformes déjà entreprises, telles que la réforme du secteur financier et des EPE.
Bien que les réformes prescrites par le FMI ne sont que des conditions nécessaires et pas
du tout suffisantes pour atteindre des taux de croissance satisfaisant, le pays, ayant opté
pour une économie de marché et ayant commencé la mise en œuvre de ces réformes, ne
peut s’arrêter en cours de route, et a tout intérêt à continuer à approfondir et à
compléter ces réformes.
C’est dans ce cadre que s’inscrivent les mesures prisent récemment par l’Algérie, et qui
prêtent à l’optimisme et augurent d’un développement économique et social satisfaisant dans
le très proche avenir, surtout si les actions récentes s’inscrivent dans la continuité, la
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persévérance et le sérieux nécessaire à leur succès. En effet, toute une batterie de lois et
décrets a vu le jour dans le courant de l’année 2005. Ces mesures sont destinées soit à
approfondir les réformes déjà engagées (dans le secteur financier, le secteur des EPE…), soit
à compléter ces réformes par celles non encore engagées, telles par exemple, les réformes
administratives et institutionnelles.
Si donc, l’approfondissement des réformes engagées depuis les années 1990 et la mise en
œuvre des réformes complémentaires, s’inscrivent dans la continuité, on ne devrait pas trop
tarder à en voir les retombées bénéfiques sur la croissance économique et la réduction du
chômage et de la pauvreté. Le stimulus fiscal du deuxième plan de relance économique aura
alors, cette fois-ci, non pas un impact temporaire sur le revenu national, mais bien un impact
structurel et donc durable sur le niveau du PIB du pays. Par ailleurs, le nouveau plan de
relance permettra d’absorber et de réduire les effets négatifs et parfois douloureux (en termes
de licenciements), surtout à court terme, du processus de restructuration /privatisation. Cette
optimisme est d’autant plus autorisé, que l’Algérie est dorénavant obligé de mettre en œuvre
et d’approfondir toutes les réformes citées plus haut, et surtout celles concernant la lutte
contre la corruption, la justice, les EPE, la bonne gouvernance…, tenue qu’elle est désormais,
d’honorer ses engagements internationaux, et notamment l’accord d’association avec l’UE qui
entre en vigueur dès septembre 2005 et l’adhésion prochaine à l’OMC.
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Notes et Références Bibliographiques
1. Akacem, K. (2002), ‘Economic Reforms in Algeria’, Conférence sur l’Algérie organisée
par le CMENAS, University of Michigan, (Ann Arbor : septembre 2002) p.9. Remarquons
ici, qu’il n’est dans notre intention de débattre la question de savoir si l’Algérie a raison de
changer de modèle de développement économique, d’adhérer à l’OMC… Nous estimons
que l’Algérie à déjà fait son choix, que ce choix est irréversible, au moins dans le moyen
terme et dès lors notre communication s’inscrit dans le cadre de ce choix.
2. Akacem, K. et Keddi, A. (2001) ‘ L’Euro : la Monnaie Européenne Unique’, Les Cahiers
du CREAD 55 (2001) pp. 103-118.
3. IMF (2005), Algeria : Selected Issues, Country report No 05/52, Feb 2005, and
. IMF (2005), Algeria: 2004 Article IV Consultation; Country Report No 05/50, Feb 2005.
4. Akacem, K. (2004) ‘Economic Reforms in Algeria: An Overview and Assessment’, The
Journal of North African Studies 9/2 (Summer 2004) pp.115-125, and
. Akacem, K. (2005) ‘Economic Reforms in Algeria’ in M. Bonner et al. (eds), Islam,
Democracy and the State in Algeria (New York: Routledge 2005).
5. IMF (2005), Concludes 2004 Article IV Consultation with Algeria, Jan 2005.
6. IMF (2004), Algeria Country Report No 04/31, Feb 2004.
7. IMF (2004), Tunisia: Country Report No 04/359, Nov 2004
8. IMF (2004), Morocco: Country Report No 04/162 et o4/163.
9. Bank of Algeria, (1993), Economic Information Memorandum, April 1993.
10. Hakinian, H. and Moshaver, Z. (eds 2001), The State and Global Change: The Political
Economy of Transition in the MENA, Richmond Surrey: Curzon Press.
11. Pour certains auteurs, les réformes prescrites par le FMI, ne sont même pas nécessaires.
Pour soutenir leur point de vue ils citent l’expérience de certains pays asiatiques tels que
Taiwan et la Corée du Sud, qui ont connu des taux de croissance très élevé, tout en ayant fait
le contraire de ce que prescrit le FMI.
12. The Economist, June 4th 2005, pp 67-69.
13. World Bank (2003), Finance and Development, March 2003; pp.18-21.
14. Word Bank (2004), Working Papers Series No.36, May 2004; pp.8, 9, 19 et 42.
15. Page, J. and Van Gelder, L. (2001). Missing links in Hakinian H., voir note No10;
pp.15-52
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