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2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
Le poids économique du Monde arabe en Méditerranée
Pr. KHELADI Mokhtar*
Des initiatives, pas toujours heureuses, des institutions multilatérales, ont produit
l'acronyme MENA pour désigner l’entité que, localement, on appelle le "Monde arabe". C’est
une entité qui a une existence plus proche du virtuel que du réel, tout au moins dans la sphère
économique, car le sigle MENA ne correspond à rien de ce que nous comprenons en
entendant UE, ALENA, ASEAN, ou MERCOSUR… MENA correspond, surtout, à un sac
fourre-tout où la Banque mondiale classe un certain nombre de pays hétéroclites dont le
ciment est constitué par l’usage de la langue arabe et de la pratique de l'Islam. Au plan
économique la littérature présente le Monde arabe comme un ensemble de pays rentiers qui
exportent quasi-exclusivement des hydrocarbures et importent une très large gamme de
produits. Peu d'études, à notre connaissance, ont essayé d'aller au-delà de ce cliché.
En dépit de l’existence d’une Ligue arabe depuis 1945, le « Monde arabe » n'a jamais
vraiment eu de stratégie globale1, c’est pourquoi il est normal qu’il n’ait pas de stratégie
méditerranéenne, ni de stratégie africaine encore moins asiatique, se suffisant d'être le
"Monde arabe". Mais à un moment de l’histoire où la croissance et le développement sont
portés par la formation de marchés régionaux d’une taille qui soit susceptible de permettre la
réalisation de substantielles économies d’échelle, il est opportun de s'intéresser au statut du
"Monde arabe" et d’évaluer son poids économique réel dans l’espace méditerranéen qu’il
partage avec l’Union Européenne.
L’UE européenne occupe toute la rive nord de la Méditerranée et le « monde arabe »
toute la rive sud, ce qui dans le cadre de notre problématique induit deux conséquences
importantes :
1. Même si des aléas de conjoncture peuvent décider momentanément autre chose, il est
certain que le « Monde arabe » ne peut pas échapper à un destin méditerranéen, même si
tous les pays arabes ne sont pas riverains de la méditerranée.
2. A quelques exceptions non significatives (Albanie, Serbie- Monténégro…), tous les pays
de la rive nord de la Méditerranée sont membres de l’UE, bien que la majorité des
membres de l’UE ne soit pas méditerranéenne.
Nous pensons que notre analyse et nos conclusions ne seront pas faussées si nous
travaillons sous l’hypothèse que l’économie méditerranéenne se partage entre les deux entités
que sont l’Union Européenne et le « Monde arabe ». En conséquence, dans ce qui suivra, nous
essaierons d’évaluer le poids économique du « Monde arabe » dans l’économie
méditerranéenne composé de l’UE et des pays MENA. Les statistiques sur l’UE et sur la
plupart des pays arabes sont largement disponibles, les pays du Maghreb disposent même
d’un organisme de statistiques. Le seul problème qui se pose alors, est celui de faire des
comparaisons pour deux raisons :
•
•
Tous les pays ne tiennent pas leur comptabilité dans les mêmes rubriques
La comptabilité est tenue en monnaie locale doublée parfois de colonnes en dollars, alors
que l’UE travaille en euros.
*
Professeur à l’Université de Bejaia
Le féroce bon sens populaire aime à dire que « les arabes se sont mis d’accord pour ne plus jamais tomber
d’accord ! ».
1
46
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Aussi, avons-nous préféré la base de données la plus exhaustive que nous ayons trouvé,
celle de la CIA qui a l’avantage d’offrir les mêmes rubriques pour tous les pays de la planète
et de régler les problèmes de taux de changes en travaillant exclusivement en dollars.
1- LE TERRITOIRE ET LA POPULATION
La Méditerranée est une mer chaude de quelques 2,5 millions de km² (soit à peine plus
que la superficie de l’Algérie qui est de 2,3 km²), que les romains considéraient une mer
intérieure au sein de leur vaste empire. Après avoir été le berceau des plus florissantes
civilisations de l’antiquité, elle voit rôle baisse à partir du XVI° siècle au profit de
l’Atlantique. Aujourd’hui elle est le siège de plusieurs conflits :
•
•
•
•
Un nord uni, un sud dispersé
Un nord riche, un sud pauvre
Un nord globalement chrétien, un sud globalement musulman
Un nord européen, un sud africain…
Tableau 1 : Principales caractéristiques du Monde arabe
Superficie
(km²)
Algérie
Arabie S.
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Emirats A. U.
Irak
Jordanie
Koweït
Liban
Libye
Maroc
Mauritanie
Oman
Palestine
Qatar
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Yémen
Monde arabe
U. E.
Etats-unis
2 381 740
1 960 582
665
23 000
1 001 450
82 800
437 072
92 300
17 820
10 400
1 759 540
446 550
1 030 700
212 460
360
11 437
637 657
2 505 810
185 180
163 610
527 970
13489103
3960849
9 631 418
Population
(millions
d’hab.)
32,12
25,79
0,67
0,47
75,11
2,52
25,37
5,61
2,25
3,77
5,63
32,20
3,08
2,90
1,37
0,84
8,59
39,14
18,01
9,97
20,02
313
454,54
295734134
Espérance
de vie
73
75,46
74,23
43,1
71
75,24
68,7
78,24
77,03
72,63
76,5
70,66
52,73
73,13
71,79
73,67
48,09
58,54
70,03
74,89
61,75
68,59
78,20
77,71
Pop. vivant sous
le seuil de
pauvreté (%)
23 (1999)
n. d.
n. d.
50 (2001)
16,7 (2001)
n. d.
n. d.
30
n. d.
28 (1999)
n. d.
19 (1999)
40 (2004)
n. d.
80 (2004)
n. d.
n. d.
40 (2004)
20 (2004)
7,6 (2004)
45,2
16,87
12
PIB en PPA en
milliards de
dollars
196
310,20
13,01
0,619
295,20
63,67
89,80
23,64
48
37,82
37,48
128,30
5,53
36,70
0,76
19,49
4,597
76,19
58,01
68,23
16,25
1 510
23 160
11 750
PIB/tête ($
PPA)
6600
12000
19200
1300
4200
25200
3500
4500
21300
5000
6700
4200
1800
13100
600
23200
600
1900
3400
7100
800
4828
40 100
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
11- LE TERRITOIRE
Avec 13,5 millions de km², le Monde arabe a la taille d’un continent. Il est 3,3 fois plus
vaste que l’Union Européenne, concentrée sur une aire d’un peu moins de 4 000 000 (soit
3 960 849) de km². En réalité, c’est là un avantage uniquement géométrique car la première
chose qui frappe ce qui étudie une carte du monde, c’est que la totalité du territoire qui
englobe le Monde arabe est d’une couleur ocre uniforme correspondant aux formations
désertiques. Ce vaste territoire n’offre que quelques poches d’espace propice à la vie, le reste,
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soit plus de 9,5 km² sur 10, n’est que désert. C’est pourquoi les populations sont concentrées
sur quelques couloirs privilégiés comme les littoraux et les vallées fluviales ainsi que dans
quelques oasis. Pour les grands pays comme le Soudan, l’Algérie, la Libye, l’Egypte… c’est
un déséquilibre préjudiciable et coûteux qui écartèle le pays entre deux extrêmes. D’une part
une faible partie du territoire est surdensifiée et surexploitée (Delta du Nil, bande littorale de
l’Algérie…) entraînant le train de problèmes liés à une urbanisation extrêmement rapide et
totalement anarchique qui se traduisent par de violentes agressions contre le sol et le sous-sol.
D’autre part, la plus grande partie du pays ne supporte qu’une faible fraction de la population,
dispersées dans les immensités désertiques, confrontant le pays au double défi d’une maîtrise
effective sur le territoire et du coût de sa gestion2. L’Egypte est un cas extrême où 99 % de la
population vivent sur 4 % du territoire, mais des taux s’y rapprochant se retrouvent en
Algérie, au Soudan, en Mauritanie, en Arabie… Outre les contraintes portées par ces
contrastes, la configuration désertique du Monde arabe installe celui-ci dans une situation de
pénurie chronique d’eau, problème des plus cruciaux auxquels sera exposée la région au cours
du prochain demi-siècle.
Ainsi en dépit de l’immensité de son assise territoriale, le Monde arabe est faiblement
doté en facteur « Terre » si l’on en entend des terres cultivables et pouvant accueillir des
établissements humains. En comparativement, l’UE est privilégiée avec un territoire plus
irrigué, plus arrosé, très verdoyant et d’une fertilité qui fait de l’Europe une région dont la
production agricole est globalement supérieure à la consommation. L’UE, compte, à n’en pas
douter, quelques poches désertiques autour du cercle polaire (désert de glace) mais sans
grandes conséquences.
12- LA POPULATION
Sur les 13,5 millions de km² que couvrent les pays arabes, vit une population de 313
millions d’individus qui forment une véritable mosaïque d’ethnies, de langues, de religions et
de cultures, en dépit d’un vernis homogénéisant que donnent la pratique de l’islam et de la
langue arabe. Dans la plupart de ces pays il y a, au moins, deux ethnies (parmi lesquelles nous
citons : arabe, berbère, kurde, copte, druze…), deux langues et souvent plusieurs tendances
religieuses (dont certaines s’expriment au sein de l’islam lui-même) : sunnisme, chiisme,
alaouisme, christianisme, judaïsme, animisme… Cette grande diversité, par ailleurs,
considérée comme une richesse est considérée dans les pays arabes comme un point de
faiblesse que les pouvoirs centraux essaient de réprimer, donnant lieu à de nombreux foyers
de tension chronique.
La diversité de sa composante humaine est un trait de caractère que le Monde arabe
partage avec l’Union Européenne dont la diversité d’ethnies, de langues, de tendances
religieuses, et de cultures est extrême. Néanmoins, cette diversité n’a pas empêché l’UE de
réaliser de formidables avancées économiques, donnant à comprendre qu’en matière
d’économie une communauté des facteurs non économiques peut être un atout mais son
absence ne peut être un handicap. Cet aspect de la question étant évacué, reportons notre
intérêt sur la valeur économique de la composante humaine dans le Monde arabe.
La population arabe correspond à 40,77 % de la population euro-méditerranéenne
(cumul des populations de l’Union Européenne et du Monde arabe) et à un peu plus des 2/3
de la population de l’UE. Ce que nous considérons comme important, attendu que l’UE est le
pays le plus peuplé du monde après la Chine et l’Inde d’une part et que le territoire utile du
Monde arabe est inférieur au quart du territoire de l’UE. Il existe, néanmoins, d’importantes
2
A titre d’exemple, en Algérie, pour attirer les professeurs dans les universités du Sud, on leur donne une prime
équivalente à 80 % du salaire qu’ils auraient perçu au Nord.
48
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distorsions au sein de cette population, que nous essaierons d’appréhender à partir de 3
critères : l’espérance de vie, le niveau de vie et l’analphabétisme.
121- L’espérance de vie à la naissance
L’espérance de vie à la naissance est un des critères utilisés pour apprécier le niveau de
développement humain3 d’une population et partant son niveau de vie. Sur cette question la
situation du Monde arabe est très contrastée, dans la mesure où nous y retrouvons tous les cas
de figure, allant des niveaux les plus élevés (ex. Jordanie, Koweït, Libye…) aux plus faibles
(Djibouti, Somalie, Mauritanie…) en passant par toute la gamme intermédiaire. Ce qui donne
une moyenne pour le monde arabe de 68,59, soit une dizaine d’années de moins que la
moyenne de l’UE qui est de 78,62
Graphique 1 : espérance de vie à la naissance dans les pays arabes
90
80
70
60
50
40
30
20
10
Etats-unis
U. E.
Monde arabe
Yémen
Tunisie
Syrie
Soudan
Somalie
Qatar
Palestine
Oman
Mauritanie
Maroc
Libye
Liban
Koweït
Jordanie
Irak
E.A.U.
Egypte
Djibouti
Bahreïn
Arabie S.
Algérie
0
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
122- Le niveau de vie
Depuis plusieurs années la Banque mondiale publie un indice de pauvreté où elle classe
l’ensemble des individus qui vivent avec moins de 2 dollars par jour (la moitié de l’humanité
est touchée) ; elle publie également un autre indicateur d’extrême pauvreté sur la base d’un
revenu/individu/jour de 1 dollars. Le chercheur nourri au cliché que les pays arabes sont
riches (parce qu’ils dorment sur un matelas de pétrodollars) est surpris de constater que la
réalité est tout autre. La pauvreté et le dénuement sévissent de façon endémique en Palestine,
au Soudan, en Mauritanie, à Djibouti, au Yémen… alors que des pays comme le Liban et
l’Algérie sont, à peine, mieux lotis. Seuls les petits Etats pétroliers du golfe échappent au
fléau et affichent des indicateurs globalement proches de ceux de l’Europe, malheureusement,
leur faible poids démographique dans l’ensemble les empêche de relever la moyenne de celuici. Il se fait donc que les populations du Monde arabes sont plus près de l’Etat de pauvreté
que de celui de l’opulence. Il est heureux, tout de même, que ceux qui vivent avec moins de 1
dollar par jour ne représentent que 2,3 % de la population totale, soit un peu plus de 7 millions
d’individus4.
3
Pour ce qui est des indicateurs du développement humain (IDH), se référer aux rapports annuels que le PNUD
publie sur ces questions.
4
Banque mondiale : Note stratégique, Moyen-orient et Afrique du Nord. 2001.
49
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Les données que nous reproduisons dans les tableaux qui illustrent ce texte ne peuvent
être qu’approximatives pour les raisons objectives liées aux difficultés de tenir des statistiques
fiables sur des populations de pays très vastes, désertiques, sous-développés… mais aussi
parce que l’année de référence diffère d’un pays à l’autre. Elles donnent, néanmoins, des
ordres de grandeurs qui permettent de situer raisonnablement le phénomène de la pauvreté
dans les pays arabes. Il y aurait, ainsi, plus de 60 millions d’individus qui vivent avec moins
de 2 dollars/jour, correspondant à un rapport de 1 arabe sur 5. Ceux qui ne vivent pas en
dessous du seuil de pauvreté, n’échappent à la misère que sur papier car la répartition du
revenu national fait surtout la part belle aux 10 % les plus riches qui s’accaparent d’une
fraction disproportionnée de la richesse national. Les chiffres dont nous disposons pour
différentes années de la dernière décennie sont les suivants : Maroc (30,9 %) Algérie (26,8 %)
Tunisie (31,8 %), Egypte (43,6 %), Jordanie (29,8 %), Yémen (25,9 %) et Mauritanie (30,2
%) alors que pour l’Union Européenne le chiffre n’est que de 25,20 %. Par ailleurs, le PIB
par tête moyen corrigé par la parité du pouvoir d’achat, dans le monde arabe est de 4 820
dollars, ce qui peut paraître appréciable mais n’arrive qu’à être illusoire car le chiffre est dopé
par les fortes valeurs enregistrées dans les petits Etats du golfe. Si l’on calcule cet agrégat en
excluant les cinq monarchies riches (EAU, Oman, Qatar, Koweït et Arabie saoudite) nous ne
trouverons que 3337,5 dollars, une moyenne qui se situe au-delà du 150ème rang à l’échelle
mondiale. Circonstance aggravante, les pays arabes dépendent une partie non négligeable de
leurs ressources pour les besoins de la défense nationale (Tableau 2).
En face du Monde arabe l’Union Européenne se présente avec quelques 24 millions
d’individus vivant sous le seuil de pauvreté, mais masse ne représente qu’une fraction de 5 %
de la population totale, soit seulement 1 européen sur 205. De plus, le PIB/tête moyen de
l’européen (25 624 dollars) est plus de 5 fois plus important que celui de l’arabe et plus de 7,5
fois si l’on en exclue les monarchies du golfe.
Tableau 2 : Les dépenses militaires : classement des 15 premiers pays (en 2004)
Pays
1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
8.
9.
10.
11.
12.
13.
14.
15.
Jordanie
Erythrée
Oman
Angola
Qatar
Arabie saoudite
Israël
Yémen
Arménie
Bahrain
Burundi
Macédoine
Syrie
Maldives
Koweït
PIB
(109 dollars)
25,5
38,09
19,49
310,2
16,25
13,01
60,44
48
En % du
PIB
14,6
13,4
11,4
10,6
10
10
8,70
7,80
6,50
6,30
6
6
5,90
5,50
5,30
Estimation
(109 dollars)
3,72
4,34
1,94
31,02
1,26
0,81
3,56
2,54
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
5
L’UE calcule un autre indicateur : le taux de risque de pauvreté qui mesure la population exposée au risque de
pauvreté. Le seuil du risque de pauvreté est fixé à 60 % du Revenu disponible équivalent médian national (après
transferts sociaux). En 2001 15 % de la population de l’UE-25 est concernée. Si on calcul l’indicateur avant
transferts sociaux (les divers aides de l’Etat) ce serait près de 25 % de la population total qui seront touchés. Cf.
annuaire Eurostat 2004. lr guide statistique de l’Europe. Données 1992-2002. commission européenne 2004.
50
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123- L’analphabétisme
La définition la plus communément retenue de l’analphabète est que c’est un « individu
de 15 ans et plus ne sachant ni lire ni écrire » ; c’est une approche approximative qui masque
la réalité davantage qu’elle ne la révèle. En effet à l’ère de la mondialisation et des économies
fondées sur la connaissance, un individu qui sait lire et écrire en arabe peut passer pour
ignorant dans un monde dominé par l’anglais et l’informatique6. Sur la base de cette
définition minimaliste, le monde arabe 115 millions d’analphabètes, soit plus de 1 individu
sur 3. En en appelant à des critères plus réalistes comme la maîtrise d’une langue étrangère, le
nombre de diplômés dans les filières scientifiques, le nombre de brevets et inventions
enregistrés chaque année (ou pour 1000 habitants), le nombre d’ouvrages scientifiques édités
(autant de rubriques qui ne sont même pas tenues dans les pays arabes)... nous obtiendrons
des résultats encore plus médiocres. Pire encore, le taux d’analphabétisme du genre féminin
est tout simplement effarant, y compris dans des pays comme l’Algérie ou la Tunisie quant à
l’Irak, le Maroc et l’Egypte qui font prévaloir quelques prétentions à la modernité, ils
présentent des situations intolérables au XXI° siècle7.
Tableau 3 : L’analphabétisme dans le monde arabe
Population
totale (106)
Maroc
Algérie
Tunisie
Libye
Egypte
Jordanie
Liban
Syrie
Arabie Saoudite
Irak
Soudan
Emirats A. U.
Koweït
Oman
Qatar
Yémen
Bahreïn
Somalie
Djibouti
Mauritanie
Palestine
MONDE ARABE
U. E.
32,20
32,12
9,97
5,63
75,11
5,61
3,77
18,01
25,79
25,37
39,14
2,52
2,25
2,90
0,84
20,02
0,67
8,59
0,47
3,08
1,37
313
454,54
Population analphabète
En % de la
En millions
population totale
48,3
15,55
30
9,63
25,8
2,57
17,4
0,97
42,3
31,77
8,7
0,48
12,6
0,47
23,1
4,18
21,2
5,46
39,6
10,04
38,9
15,23
22,1
0,55
16,5
0,37
24,2
0,7
17,5
0,14
49,8
9,96
10,9
0,07
62,2
5,34
32,1
0,15
58,3
1,78
ND
36,88
114,96
1,39
6,335
Analphabétisme des femmes
En %
En millions
60,6
39
35,6
28
53,1
13,7
17,8
36
29,2
75,6
49,5
18,3
18,3
32,8
15
70
15
74,2
41,6
68,1
n. d.
47,9
7,02
6,26
1,77
0,78
19,94
0,38
0,33
3,24
3,76
9,58
9,68
0,23
0,2
0,47
0,06
7
0,005
3,18
0,09
1,04
n. d.
75
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
6
En Arabie saoudite, le programme d’enseignement est divisé en trois : 1/3 du temps pour l’étude de la langue
arabe, 1/3 pour l’étude de la religion musulmane et 1/3 pour toutes les autres matières.
7
Sur les problèmes de l’éducation-formation dans les pays du MENA, confer, par exemple le dossier de la
Banque Mondiale : Knowledge economies in the Middle East and North Africa. Toward new development
strategies. 2003.
51
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En face du Monde arabe, l’Union Européenne traîne un passif de 6,335 millions
d’analphabètes, mais ce nombre ne correspond qu’à un taux de 1,39 % de la population totale.
Au plan de la qualité de la formation, la différence entre les deux mondes est encore plus
contrastée, il suffira de rappeler à l’actif de l’UE :
• Plus de 300 Prix Nobel (toutes disciplines confondues)8.
• Un volume de 65 000 demandes de brevets a été enregistré pour la seule année 2001.
• 6 pays de l’UE figurent dans le « Top 10 » des pays pour les brevets de haute technologie
(Finlande, Suède, Pays-Bas, Allemagne, Danemark, Royaume-Uni).
•
Près de 1 européen sur 2 est connecté à Internet, contre seulement 3 sur 100 dans le
monde arabe…
2- LES GRANDS SECTEURS DE L’ACTIVITE ECONOMIQUE
Les économistes partagent dans l’activité économique d’une nation en trois grands
secteurs appelés respectivement primaire (agriculture et extraction), secondaire (industrie) et
tertiaire (services). Les pays arabes dans leur majorité restent massivement liés au secteur
primaire et à une agriculture de subsistance. L’industrie n’a pas encore pénétré de nombreuses
régions et sous-régions ; orientée vers une stratégie de substitutions aux importations elle s’est
fixée sur des segments non stratégiques et très exposés (textiles, agroalimentaires, matériaux
de construction…). Le tertiaire, pour sa part, est porté par l’administration et par le tourisme
de masse, exception faite de quelques petits Etats à l’image du Qatar ou du Liban qui essaient
de se frayer un chemin vers le haut tertiaire.
Dans ces trois secteurs les économies arabes ne sont pas compétitives en raison de la
faible productivité de la main-d’œuvre utilisée. La médiocrité de la force de travail est à
rapprocher, à l’évidence, de la faiblesse du système de formation, aussi bien quantitative que
qualitative et la petite confrontation suivante est parlante :
97 millions de travailleurs
Il y a 97 millions de travailleurs sur une
population de 313 millions, soit une
moyenne De 30,9 travailleurs sur 100
habitants. Pour le Japon le ratio est de
52,56 ; pour les Etats-Unis il est de 49,84
alors que pour l’UE qui nous intéresse ici il
est de 47. On pourrait chercher des
explications dans la religion, le climat ou
ailleurs mais le fait est que le Monde arabe
sous-utilise son potentiel en facteur Travail.
115 millions d’analphabètes
Parmi la tranche d’individus de 15 ans et
plus (qui recouvre totalement la population
active) une lourde part de 115 millions est
composée de personnes qui ne savent ni lire
ni écrire dans aucune langue. Parmi ceux qui
sont considérés comme alphabétisés, une
bonne partie maîtrise, à peine, les rudiments
d’écriture et de lecture de la langue arabe ;
sortis de là, ils sont comme des poissons
hors de l’eau.
Ainsi, non seulement, il y a proportionnellement moins d’arabes qui travaillent, mais le
travail de ceux-ci est également de moins bonne qualité. La sous-qualification de la maind’œuvre arabe va se traduire par l’impossibilité pour leurs produits d’accéder au marché
mondial9. Les pays arabes à l’image de l’Algérie exportent un seul ou seulement quelques
produits et importent une gamme largement ouverte de biens.
8
Pour tout le monde arabe un seul prix Nobel, obtenu en 1988 en littérature par Nadjib Mahfoud (Egypte).
Cf. les travaux de Michael Porter, par exemple. La survie de l’entreprise dépend de sa capacité à réaliser et à
conserver un avantage concurrentiel, par différentiation du produit ou réduction des coûts. Objectifs qui ne
9
52
2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
Tableau 4 : Répartition du PIB par grands secteurs d’activité, en 2004 (en %)
Algérie
Arabie Saoudite
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Emirats A. U.
Irak
Jordanie
Koweït
Liban
Libye
Maroc
Mauritanie
Oman
Palestine
Qatar
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Yémen
U. E.
Etats-Unis
Part de l’agriculture
Dans l’emploi
Dans le
PNB
Valeur
%
%
1,38
14 10,3
0,79
12 4,2
0,003
1 0,7
- 3,5
6,62
32 17,2
0,16
7 4
n.d. 13,6
0,07
5 2,4
n.d. 0,4
n.d. 12
0,27
17 8,7
4,48
40 21,2
0,39
50 25
n.d. 3,1
0,10
14 9
- 0,3
2,62
71 65
8,8
80 38,7
1,53
30 25
0,77
22 13,8
- 15,5
9,67
4,5 2,2
0,9
0,7 0,9
Part de l’industrie
Dans l’emploi
Dans le
PNB
Valeur
%
%
2,31
23,4 57,4
1,65
25 67,2
- 41
- 15,8
3,51
17 33
0,35
15 58,5
n. d. 58,6
0,17
12,5 26
n. d. 60,5
n. d. 21
0,46
29 45,7
1,65
15 35,8
0,07
10 29
n. d. 41,1
0,13
19 28
- 58,2
- 10
0,77
7 20,3
1,38
27 31
0,8
23 31,8
- 24,4
27,4 28,3
19,7
22,5 19,7
Part des services
Dans l’emploi
Dans le
PNB
Valeur
%
%
6,20
62,6 32,3
4,15
63 28,6
- 58,4
- 80,7
10,55
51 49,8
1,84
78 37,5
n. d. 27,8
1,16
82,5 71,4
n. d. 39,1
n. d. 67
0,85
54 45,6
4,95
45 43
0,31
40 46
n. d. 55,8
0,47
66 63
- 41,5
- 25
1,43
13 41
2,20
43 44
1,92
55 54,4
- 39,7
66,9 69,4
79,4
76,7 79,4
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
Considérons comment se comportent les secteurs d’activité.
21- LE SECTEUR PRIMAIRE
L’agriculture représente encore la base de nombreux Etats arabes, accaparant dans les
cas extrêmes jusqu’à 4 actifs sur 5. En raison d’une très faible productivité des facteurs, la
production est très faible et ne dégage aucun surplus, ce qui oblige toute la population
à consacrer tout son temps à essayer de produire de quoi subsister au jour le jour10. Pour le
Soudan, le Yémen et la Mauritanie, la situation est critique, mais des pays comme le Maroc
ou l’Egypte font, à peine, meilleure figure. L’Europe qui se considère essentiellement rurale11
et fait de gros efforts pour ne pas perdre cette importante caractéristique, se situe dans la
même zone pour la productivité relative, en réussissant à produire uniquement 2,2 % de ses
richesses par l’emploi de 4,5 % de sa main-d’oeuvre. La différence entre le Monde arabe et
l’Union Européenne se situe au niveau de la productivité absolue, plus élevée chez
l’agriculteur européen. De fait, bien qu’il y ait des lacunes dans les données, il est facile de
constater que plus de 28 millions d’agriculteurs produisent 14 % du PIB du Monde arabe,
correspondant à une valeur approchée de 211,4 milliards de dollars. L’UE, quant à elle,
emploie 9,67 millions d’agriculteurs pour produire 2,2 de son PIB, ce qui correspond à une
valeur approximative 508,86 milliards de dollars ; ainsi 3 fois moins de travailleurs produisent
peuvent atteint que par les entreprises qui emploient les services de cadres hautement qualifiés que Robert Reich
appelle les trouveurs de solutions.
10
Les famines sont endémiques en Somalie et au Soudan et le seraient dans d’autres pays s’ils n’avaient pas de
pétrole.
11
Cf. : Commission européenne : La Politique Agricole Commune expliquée, 2004.
53
2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
2,4 fois plus de richesses. Avec ce niveau de production les pays arabes entrent pour 29 %
dans la valeur de la production agricole euro-méditerranéenne.
On peut retrouver cette différence de productivité en calculant la superficie cultivable
par tête ; avec une moyenne de 0,19 hectare/tête dans les pays arabes et de 0,21 dans l’Union
Européenne, les valeurs sont sensiblement équivalentes ; de même que la superficie irrigué
dans le Monde arabe est de 1/3 supérieure à celle de l’UE (154 140 km² contre 115 807 km²).
Pour nuancer cette comparaison, il faut rappeler qu’il n’y a pas que le travail, qui est en cause
ici, le facteur Terre et le facteur Capital y entrent aussi, et il,n’y a aucune commune mesure
entre les moyens colossaux mis en œuvre dans le cadre de la PAC et l’outillage antédiluvien
du paysan du Yémen ou du Soudan. Quoi qu’il en soit, en conséquence de leur faible
productivité, la majorité des pays arabes sont importateurs nets de produits de l’agriculture.
En arrondissant les chiffres, l’Algérie couvre plus de 70 % de ses besoins par les
importations, le Maroc 30 %, la Tunisie 50 %, l’Egypte 40 %, la Jordanie 90 %, le Liban 90
% et la Syrie 30 %. Produits fournis essentiellement par l’Union Européenne qui pour sa part
dégage d’importants excédents qui lui posent d’ailleurs problème. Les performances de la
PAC n’empêchent pas que l’UE (lorsqu’elle était à 15) satisfait quelques 15 % de ses besoins
en produits agricoles par le recours aux importations.
Tableau 5 : L’agriculture dans le Monde arabe
Algérie
Arabie S.
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Emirats AU
Irak
Jordanie
Koweït
Liban
Libye
Maroc
Mauritanie
Oman
Palestine
Qatar
Somalie
Superficie
du pays
(km²)
2 381 740
1 960 582
665
23 000
1 001 450
82 800
437 072
92 300
17 820
10 400
1 759 540
446 550
1 030 700
212 460
360
11 437
637 657
Soudan
Syrie
2 505 810
185 180
Tunisie
Yémen
Monde arabe
U. E.
USA
Superficie agricole*
En %
En km²
Irrigués
(km²)
3,47
82646
5600
1,67
32735
16200
7,39
49
50
0,04
9,2
10
3,35
33548
33000
2,85
2359,8
720
13,93
60884
35250
4,5
4153,5
750
0,84
149,6
60
30,6
3182,4
1200
1,22
21466
4700
21,78
97258
12 910
0,49
5050
490
0,26
552
620
120
1,91
218,4
130
1,71
10903,93
2000
7,01
29,65
137452
54905,88
19500
12130
163 610
31,6
51700,76
3800
527 970
3,02
15944,69
4900
4,5
24,6
19,35
615170
977787
1863679
154140
115 807
214 000
13489103
3 960 849
9631418
(*) Terres arables + cultures permanentes.
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
54
Principales productions
Blé, orge, raisins, olives, agrumes, mouton
Blé, orge, tomate, melons, dates, agrumes, moutons,
Fruits, maraîchages, volailles, produits laitiers, pêche,
fruits, maraîchages; moutons,chèvres, chameaux, peaux
Coton, riz, maïs, fèves, fruits, maraîchages, moutons,
Date, maraîchages, volaille, œufs, produits laitiers,
blé, riz, maraîchages, dates, coton; ovins, chèvres,
Blé, orge, tomates, melons, olives, moutons, chèvres,
Poisson
Agrumes, raisons, maraîchages, olives, tabacs, ovins,
Blé, orge, olives, dates, légumes, cacahuètes, soja, bétail
Orge, blé, maraîchages, vins, légumes, olives, bétail
dates, millet, sorghum, rice, corn, dates; ovins, caprins
Dates, maraîchages, volaille, produits laitiers, bœuf,
olives, citrons, maraîchages; boeuf, dairy products
fruits, légumes; poultry, dairy products, bœufs, poissons
bovins, ovins, caprins; bananes, sorgho, blé, cacahuètes,
riz, canne à sucre, mangues, sésame, poisson
Coton, arachides, sorgho, millet, blé, canne à sucre,
Blé, orge, coton, maraîchages, olives, betteraves
sucrière, bœuf, mouton, volaille, œufs, laits
Olives, produits laitiers, maraîchages, agrumes,
betterave sucrière, dates, amande, boeuf
Grains, fruits, maraîchages, café, coton, produits laitiers,
bétail, volaille, poisson
2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
22- LE SECTEUR SECONDAIRE
L’histoire a joué un rôle déterminant dans la sous-industrialisation du Monde arabe,
soumis dans sa presque totalité à colonisation. Après une période plus ou moins longue de
soumission à des puissances coloniales, durant laquelle les populations avaient le statut
déqualifiant de « sujet », les pays arabes arrivent successivement à l’indépendance après la
seconde guerre mondiale, dans deux cas de figure aux antipodes l’un de l’autre.
D’une part, il y a les pays qui ont le pétrole
Ce sont de pays à longue tradition rurale qui firent un saut brutal de l’ère féodale jusqu’à
l’ère de la consommation de masse. Du coup l’étape de ce que Marx appelle
l’accumulation primitive et l’effort pour la création d’une base industrielle, devinrent sans
intérêt et ne s’imposèrent pas. L’Algérie a été un des rares pays arabes à avoir emprunté la
voie de l’industrialisation, avec les résultats que nous savons.
D’autre part, il t a les pays qui n’ont pas de pétrole
Les pays qui n’ont reçu aucune industrie sous la colonisation et qui n’ont ni les moyens
humains ni les moyens financiers d’entreprendre un processus d’industrialisation
renoncèrent à l’industrialisation comme voie de développement et s’engagèrent avec des
fortunes diverses dans l’agriculture et/ou le tourisme. Cependant un certain nombre de
pays ne purent même pas quitter la case de départ ni dans un sens ni dans un autre et
figurent aujourd’hui parmi les plus pauvres du monde (Soudan, Somalie, Yémen,
Mauritanie, Djibouti…)
Ainsi s’explique que le secteur industriel arabe n’emploie qu’une population de
quelques 13 millions d’individus, alors qu’en UE, il en emploie 58,9 millions et aux EtatsUnis 33 millions. La faiblesse de la quantité se conjugue avec la faiblesse de la qualité,
mettant le secteur en danger de mort à l’ère de la déréglementation, des zones de libreéchange et de la mondialisation des économies. L’étude du type de spécialisation qui prévaut
dans le Monde arabe, montre que les investissements ne sont pas orientés mais hétéroclites
touchant massivement d’une part le secteur d’extraction et d’exportation (pétrole, gaz,
phosphate, fer…) et d’autre part le secteur des industries légères peu capitalistiques et
compatibles avec une main-d’œuvre peu qualifiée (textiles, chaussures, agroalimentaires,
matériaux de construction…). Les investissements réalisés sous formes de PME s’installent
soit en amont du secteur public, soit en amont des importations car en fait de matières
premières ces petites entreprises utilisent surtout des produits semi élaborés auxquels elles
font subir quelques transformations avant de les mettre sous emballage, l’opération la plus
importantes sans doute.
Le débat sur la PME et le rôle qu’elle peut jouer dans la croissance et le développement,
est encore vivace, mais on peut s’avancer à dire que le bilan de l’éclosion de la PME dans les
pays arabes (notamment au Maghreb et en Egypte) reste encore à faire, des gains de court
termes pouvant être contrebalancés par de lourdes pertes à long terme. Les succès enregistrés,
par exemple en Algérie, sont encourageants empêchant de voir qu’en se déchargeant du
processus d’industrialisation sur des privés sans expérience industrielle, aux capitaux très
limités et qui utilisent une main-d’œuvre sans formation, engage le processus dans une
impasse. Un éventuel succès relèverait d’un fabuleux hasard car les fonctions de Recherche &
Développement, invention, innovation, marketing, publicité, montages financiers12… sortent
du champ de leurs préoccupations. C’est ce qui expliquerait, au moins en partie, que les
13,25 millions de travailleurs de l’industrie produisent une part équivalente à 13,65 % du PIB
12
Un certain nombre de travaux (mémoires de Magister) menés dans la wilaya de Béjaia l’attestent,
malheureusement.
55
2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
de la région étudiée, soit quelques 206 milliards de dollars, alors que les 33,1 millions
d’américains réalisent une valeur de 2103 milliards et les 59 millions d’européens 3296
milliards de dollars. Des performances aussi médiocres constituent une véritable barrière à
l’exportation et les produits de l’industrie arabe éprouvent effectivement les pires difficultés à
accéder au marché mondial et depuis quelques temps, à survivre tout simplement (Cf. les
difficultés de l’industrie textile de la Tunisie et du Maroc par suite du démantèlement de
l’Accord Multifibres en 2004).
A l’échelle de l’espace méditerranéen, l’industrie arabe ne pèse que d’un faible poids de
5,8 % de la valeur cumulée de l’UE et des pays arabes.
23- LE SECTEUR TERTIAIRE
La division de l’économie en trois grands secteurs (primaire, secondaire et tertiaire ou
agriculture, industrie et service) laisse planer une certaine confusion qui pourrait laisser
comprendre que ces 3 secteurs existent concomitamment et sont juxtaposés et c’est ce qu’il en
est dans les économies les plus développées. En réalité les 3 secteurs sont alignés
chronologiquement et se déterminent le surplus dans l’agriculture permet une accumulation
dans l’industrie dont le développement fait naître le besoin de développer les services
marchands, de sorte que le progrès se traduit par une tertiarisation de plus en plus poussée. La
réalisation d’une part importante du PIB dans le secteur tertiaire est signe que nous avons
affaire à un pays développé dont l’agriculture et l’industrie ont atteint un état stationnaire
laissant au service la mission de tirer la croissance.
Cette approche est biaisée par le fait que dans la comptabilité nationale le secteur des
services est une catégorie fourre-tout où l’on trouve aussi bien l’administration, le commerce,
les transports, le tourisme, la recherche, la finance, le consulting… Le gonflement d’un seul
de ces postes peut créer l’illusion d’un secteur tertiaire prospère, comme c’est de règle dans
de nombreux pays sous-développés où une administration lourde et surchargée confère au
secteur tertiaire un poids dans l’économie qu’il est loin d’avoir. L’Algérie est un cas d’école
en matière, la part du secteur des services dans l’emploi (62,6 %) se rapproche sensiblement
de celle de l’UE (66,9 %) mais cette masse de main-d’œuvre ne fournit que 32,3 % du PIB en
Algérie et 69,9 en UE. Aux Etats-Unis plus de 3 actifs sur 4 exercent dans le tertiaire et
produisent près des 4/5 du PIB et Robert Reich rappelle opportunément que dans les années
90, Wall Street a créé plus d’emplois que toute la sidérurgie américaine.
Si l’on excepte les petites monarchies du golfe (qui essaient de pratiquer le service haut
de gamme) et quelques pays qui s’adonnent au tourisme de masse (Maroc, Tunisie, Egypte),
la plupart des pays arabes ont un secteur tertiaire atone et peu productif. Il faut y voir une
conséquence logique de l’hypertrophie et de l’arriération de l’agriculture (peu demandeuse de
services parce qu’elle est archaïque et de subsistance) et du sous-développement de
l’industrie. Le secteur occupe quelques 36 millions d’actifs, correspondant à 37,14 % de la
population au travail, et il fournit 47,21 % du PIB de la région. Ce qu’il faut interpréter
comme un indicateur d’une arriération structurelle des pays arabes dont le « service » est
dominé par l’administratif et où les services nobles à forte valeur ajoutée (appelés parfois
quaternaire) sont presque totalement absents. Il ne peut en être autrement, d’ailleurs, quant on
entretient plus de 115 millions d’analphabètes doublés de 90 millions de pauvres, sur une
population de 313 millions d’habitants.
3- LES RICHESSES DU SOUS-SOL
L’activisme de l’OPEP et le fait que les pays qui ont du pétrole n’exportent
pratiquement que du pétrole ont fini par ancrer dans l’opinion que le sous-sol du Monde arabe
ne recèle que du pétrole et du gaz. En vérité la croyance est exagérée et ces pays possèdent
56
2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
d’autres richesses minérales : phosphate, or, argent, étain, cuivre, fer, zinc, manganèse
(Tableau 6). Pour quelques-uns de ces produits, comme le phosphate, les pays arabes figurent
parmi les plus gros producteurs mondiaux. Toutefois ces richesses sont soit non encore
exploitées (pour diverses raisons), soit elles sont exportées à l’état brut. Le tissu industriel
arabe se divise en deux grandes catégories : une partie s’occupe à extraire les matières
premières à les rendre propres à l’exportation et l’autre partie est un ensemble hétéroclite de
PME qui produisent généralement les biens de première nécessité (alimentation, vêtements,
chaussures…) dont une faible fraction est écoulé sur le marché mondial.
Tableau 7 : les principales richesses du sous-sol du Monde arabe
Algérie
Arabie S.
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Emirats A. U.
Irak
Jordanie
Koweït
Liban
Libye
Maroc
Mauritanie
Oman
Palestine
Qatar
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Yémen
Principales richesses du sous-sol
pétrole, gaz naturel, charbon, bauxite, chromite, cuivre, or, nickel, sel, bois,
Pétrole et gaz naturel, or, cuivre
Pétrole, gaz naturel, perles
Huiles brutes, argile, granite, calcaire, marbre, sel, diatomite, gypse, pétrole
pétrole, gaz naturel, or, phosphates, manganèse, calcaire, gypse, talc, plomb, zinc
Pétrole, gaz naturel
pétrole, gaz naturel, phosphates, sulfure
phosphates, potassium,
Pétrole, gaz naturel
calcaire, or, sel, eau,
Pétrole, gaz naturel, gypse
phosphates, or, manganèse, plomb, zinc, sel
or, gypse, cuivre, phosphates, diamants, or, pétrole,
pétrole, cuivre, calcaire, chromite, gypse, gaz naturel
gaz naturel
Pétrole, gaz naturel, or, aluminium, gypse, bauxite, cuivre, sel.
Uranium, or, aluminium, gypse, bauxite, cuivre, sel, gaz naturel,
Pétrole, cuivre, chromite, zinc, tungstène, mica, argent, or
Pétrole, phosphates, chrome et manganèse, asphalte, or, sel, marbre, gypse,
Pétrole, phosphates, or, plomb, zinc, sel
Pétrole, sel, marbre, or, plomb, nickel, cuivre,
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
Dans la plupart des pays arabes producteurs de pétrole, les gisements sont immenses et
le pétrole affleure, permettant des coûts d’extraction dérisoires ; ce qui en a fait le secteur
imbattable. Aucune activité, aucun secteur, aucun autre minerai ne pouvant être plus rentable
que l’exportation d’hydrocarbures, les autres ressources sont, de fait, négligées. Les pays
arabes se regroupent, logiquement, en OPAEP (organisation des pays arabes exportateurs de
pétrole) plutôt qu’en OPAPP (pays arabes producteurs de pétrole) et entreprennent de grandes
luttes au sein de l’OPEP pour revaloriser les hydrocarbures13. Toutefois, dire que les pays
arabes ont tout misé sur le pétrole n’est qu’une demi-vérité car en exportant le pétrole brut ou
à peine transformé, ils travaillent à fragiliser leurs économies, dans la mesure où :
•
•
Les économies arabes sont très peu diversifiées ce qui les expose aux chocs extérieurs14.
Le prix du baril peut varier sur de grandes amplitudes en l’espace de quelques mois,
entraînant dans son instabilité les ressources en devises des pays exportateurs.
13
Les pays arabes n’avaient pas la même vision quant à la valorisation des hydrocarbures. Les petits producteurs
(Algérie, Libye…) souhaitaient un prix du baril aussi élevé que possible pour en tirer le maximum de ressources
pour leur développement. Les gros producteurs comme l’Arabie saoudite pensent qu’en maintenant un
raisonnable, on fidélisera les consommateurs au pétrole et on dissuadera de chercher des énergies de substitution.
14
On se rappelle comment entre 1985 et 1986 le prix du baril a chuté de moitié plongeant l’Algérie dans une
crise de laquelle elle n’est pas encore sortie.
57
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•
Les factures pétrolières sont libellées en dollar qui lui-même flotte au gré de facteurs
souvent hétéroclites et impossibles à maîtriser (l’approche des élections américaines, un
lapsus du président de la Federal Reserve Bank, un creusement du déficit américain…).
Ainsi, l’option faite en vue d’exporter le pétrole brut présente les pays arabes sous une
configuration paradoxale, par rapport à leur spécialisation et à leur place dans le commerce
international. Il est attendu de ces pays qu’ils exportent des biens dont la production utilise
intensément le facteur dont ils sont le mieux dotés, ici les hydrocarbures. Avec 26,78 % de la
production mondiales et 63,61 % des réserves prouvées à ce jour, le Monde arabe aurait dû
avoir un quasi-monopole, sur le marché mondial, sur toute la gamme de produits à base de
pétrole et/ou de gaz. Sa dotation exceptionnelle en hydrocarbures lui offrait l’opportunité de
se placer comme le fournisseur unique pour tous les produits industriels en amont du pétrole
et du gaz. Or contre toute attente et contre tous les enseignements de la théorie de la
spécialisation, le pétrole au lieu d’être transformé en ses nombreux dérivés est exporté en
l’état et paradoxalement c’est l’Union Européenne, petit producteur de pétrole, qui exporte
l’essence.
Tableau 8 : Réserves prouvées de pétrole (en barils)
Production
En quantité
En % de la
physique
production mondiale
76 010 000
100
1 200 000
2,60
9 021 000
11,86
44 000
0
0
740 000
0,97
2 335 000
3,07
2 250 000
2,96
40
2 319 000
3,05
0
0
1 518 000
1,99
1 000
0
0
775
1,01
0
0
790 000
1,03
0
0
345 000
0,45
525 000
0,69
72 580
717 500
0,94
20 360 895
26,78
2 648 000
3,48
7 800 000
10,26
Réserves prouvées
Monde
Algérie
Arabie S.
Bahrain
Djibouti
Egypte
Emirats AU.
Irak
Jordanie
Koweït
Liban
Libye
Maroc
Mauritanie
Oman
Palestine
Qatar
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Yémen
Monde arabe
UE
Etats-Unis
1 025 000 000 000
11 870 000 000
261 700 000 000
126 000 000
0
2 700 000 000
97 800 000 000
112 500 000 000
445 000
96 500 000 000
0
38 000 000 000
300 000 000
0
5 500 000 000
0
16 000 000 000
0
1 600 000 000
2 500 000 000
1 700 000 000
4 000 000 000
652 096 445 000
28 210 000 000
22 450 000 000
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
58
Consommation
77 040 000
209 000
1 550 000
40 000
11 300
562 000
310 000
383 000
103 000
293 000
107 000
216 000
167 000
24 000
57 000
0
30 000
4 000
70 000
240 000
87 000
78 000
4 541 300
14 540 000
19 650 000
2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
4- LES ECHANGES INTERNATIONAUX
Depuis la seconde guerre mondiale, le commerce international est boosté par trois
principaux facteurs15 :
•
•
•
L’existence d’importantes institutions multilatérales de régulation des échanges
internationaux (FMI, GATT, OMC, CNUCED…)
Le développement d’un important corpus théorique en faveur de l’ouverture et de la
spécialisation.
Le développement phénoménal de la technologie des transports et des communications.
Ces facteurs ont conduit à l’émergence du phénomène de mondialisation dont l’une des
manifestations les plus spectaculaires est que les échanges internationaux augmentent plus
vite que la production mondiale16. Alors que les entreprises deviennent multinationales, que le
marché devient mondial et que l’Etat abandonne nombre de ses principales prérogatives à la
firme… des nations ont pu asseoir leur développement et/ou assurer leur croissance grâce à
une intégration de plus en plus profonde dans le marché international. Il est alors intéressant
de voir comment se comporte le Monde arabe dans ce nouveau cadre qui configure un nouvel
ordre économique international.
Un examen rapide du tableau 9, ci-dessous, pourrait inciter à accréditer d’un préjugé
favorable le Monde arabe qui ne se contente pas d’être excédentaires dans ses échanges avec
l’extérieur mais réalise un excédent supérieur en valeur absolue, à celui de l’Union
Européenne (les Etats-Unis enregistrent un déficit abyssal). Toutefois, un supplément
d’attention rappellerait le lecteur à cette réalité que :
•
•
•
La population du Monde arabe équivaut à 2/5 (40,77 %) de la population euroméditerranéenne, mais son commerce international ne représente que moins de 1/10 (9,5
%) du commerce total de cette région. Les 357,747 milliards d’exportations des pays
arabes, en 2004, sont du même ordre que les exportations du Royaume-Uni qui n’est que
troisième exportateur européen (après l’Allemagne et la France). Par ailleurs, alors que
l’Union Européenne s’assure de 40 % du commerce mondial (y compris le commerce
intra-UE), il n’en échoit au Monde arabe que 4 %.
L’indice d’ouverture calculé simplement à partir de la formule [(X+M)/PIB] indique que
le Monde arabe est plus dépendant de l’extérieur et plus sensible aux chocs exogènes que
l’Union Européenne et encore plus que les Etats-Unis.
Avec une valeur de 357,7 milliards d’exportation le Monde arabe arrive au 7ème rang
mondial, entre la France (419 milliards de dollars) et le Royaume-Uni (347, milliards de
dollars). Ce rang est intéressant que les statistiques ne le laissent croire, car il est assuré
par les hydrocarbures. L’Algérie, l’Arabie, le Koweït, les Emirats, la Libye, le Qatar… qui
sont les plus gros exportateurs du Monde arabe, réalisent entre 85 et 95 % de leurs recettes
en devises sur l’exportation d’hydrocarbures17. Hors hydrocarbures, le Monde arabe chute
dans le classement loin derrière de petits pays comme la Belgique, la Suisse ou les PaysBas.
15
Confer. les Rapports annuels de l’OMC.
Quant à savoir si la mondialisation est un phénomène (d’ordre structurel) ou un épiphénomène (d’ordre
conjoncturel), les débats ne sont pas encore tranchés. Pour une brève revue de la littérature voir : Bolduc (David)
et Ayoub (Antoine) : La mondialisation et ses effets : revue de la littérature. GREEN-Université de Laval.
Québec 2000.
17
Pour un supplément de détails voir : CNUCED : Manuel de statistiques 2004.
16
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Tableau 9 : Commerce extérieur des pays arabes en 2004 (millions de dollars)
Algérie
Arabie S.
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Emirats A. U.
Irak
Jordanie
Koweït
Liban
Libye
Maroc
Mauritanie
Oman
Palestine
Qatar
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Yémen
Monde arabe
Union Européenne
Etats-Unis
Monde
Exportations
32 160
113 000
8 205
155
11 000
69 480
10 100
3 200
27 420
1 783
18 650
9 754
541
13 140
205
15 000
79
3 395
6 086
9 926
4 468
357 747
3 509 269
795 000
8 819 000
Importations
15 250
36 210
5 870
665
19 210
45 660
9 900
3 734
11 120
8 162
7 224
15 630
860
6 373
1 900
6 150
344
3 496
5 042
11 520
3 734
218 054
3 493 113
1 476 000
8 754 000
Solde
+16910
76790
2335
-510
-8210
+23820
+200
-534
+16300
-6379
11426
- 5876
-319
+6767
-1695
+8850
-265
-101
+1044
-1594
+734
+139 693
+16 156
-681 000
/
X+M/PIB
24,18
48,09
108,18
32,47
10,23
180,83
22,27
29,33
80,29
26,29
69,03
19,78
25,33
53,16
276,9
108,5
9,20
9,04
19,18
31,43
50,47
38,13
30,23
19,32
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
A l’heure où, presque à l’unanimité, les études (notamment celles commanditées par les
grandes institutions comme le FMI, la Banque Mondiale, la CNUCED, l’OCDE, le Forum
économique mondial…, mais aussi celles de chercheurs universitaires) attestent, chiffres à
l’appui, que l’ouverture favorise la croissance et réduit la pauvreté, le Monde arabe reste en
marge des grands flux commerciaux. Et n’eut été le pétrole sa marginalisation serait presque
totale.
60
2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
Tableau 10 : Principales exportations des pays arabes (en souligné les produits agricoles)
Algérie
Arabie S.
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Emirats AU
Irak
Jordanie
Koweït
Liban
Libye
Maroc
Mauritanie
Oman
Palestine
Qatar
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Yémen
UE
Principaux produits d’exportation
Pétrole, gaz naturel et produits pétroliers 97%
Pétrole et produits pétroliers 90%
Pétrole et produits pétroliers, aluminium, textiles
Cuirs et peaux, café (en transit)
Huiles brutes, produits pétroliers, coton, textiles, produits métalliques, produits chimiques
Huiles brutes (45%), gaz naturel, réexportations, poisson séché, dates
Huiles brutes (83.9%), matières brutes (8.0%), nourriture et animaux vivants
vêtements, phosphates, fertilisants, engrais, maraîchages, manufactures, produits pharmaceutiques
Pétrole et produits raffinés, fertilisants
Bijoux authentiques, produits chimiques non organiques, divers biens de consommation, fruit,
tabac, composants électriques, fibres textiles, papier
Pétrole et dérivées, fertilisants
Vêtements, poissons, chimie non organique, transistors, matières premières, fertilisants (incluant
phosphates), produits pétroliers, fruits, maraîchages
Gisements de fer, poisson, or
pétrole, réexportations, poisson, métaux, textiles
Pamplemousse, fleurs
Gaz naturel liquéfié (GNL) produits pétroliers, fertilisants, acier
bétail, bananes, peaux, poisson, charbon, déchets métalliques
Huiles et produits pétroliers, coton, sésame, arachides, gomme arabique, sucre
Huiles brutes, produits pétroliers, fruits, maraîchages, fibres de coton, vêtements, animaux
vivants.
textiles, biens mécaniques, phosphates et produits chimiques, produits agricoles, hydrocarbures
Huiles brutes, café, poisson séché et salé
Machines-outils, véhicules automobiles, aéronefs, plastiques, produits pharmaceutiques et
chimiques, essences, aciers, métaux non ferreux, pulpe de bois, papiers, textiles, viandes, produits
laitiers, poissons, alcool et boissons.
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
Une des faiblesses du Monde arabe réside dans leur faible intégration (les échanges
inter-arabes représentent quelque chose comme 4 % de leurs échanges totaux). Les échanges
entre de nombreux Etats arabes n’existent pas, quant ils existent, ils représentent des quantités
négligeables, au point qu’il n’y est pas fait mention dans les statistiques (Cf. le tableau 11 qui
compte plus de cases vides que de cases pleines)18. Cette espace de 313 millions de
consommateurs et dont l’existence reste informelle19, n’arrive pas à se structurer en vaste
marché pour la production arabe, dont les entreprises se contentent de produire pour un
marché local étroit ou pour un marché mondial ultra protégé (dans le cas de produits
agricoles). La règle de la préférence communautaire derrière laquelle a prospéré l’agriculture
européenne dans le cadre de la PAC, ne semble pas avoir inspiré les gouvernements arabes.
Le tableau 10, montre bien que les pays arabes exportent des produits agricoles et des biens
alimentaires et un examen de la structure de leurs importations (que nous ne reproduisons pas
ici) atteste bien que les pays arabes importent ce même type de biens. Tout se passe comme si
les offreurs et les demandeurs s’ignorent délibérément.
18
En 1998, le premier client arabe de l’Algérie est le Maroc avec 3,5 milliards de dinars (environ 45 millions de
dollars); il vient au 13ème rang des clients de l’Algérie.
19
Si l’on ne tient pas compte de La ligue arabe qui existe depuis 60 ans, ni que du projet de formation d’une
zone arabe de libre-échange.
61
2005 ‫ ﻧﻮﻓﻤﺒﺮ‬15 ‫ و‬14 ‫اﻟﻤﻠﺘﻘﻰ اﻟﻌﻠﻤﻲ اﻟﺪوﻟﻲ اﻟﺜﺎﻧﻲ‬
Le problème de l’intensification des échanges intra-zones, est l’un des plus cruciaux que
les gouvernements européens ont pris à bras le corps dès les premières années de la CEE20.
Aujourd’hui l’UE est la zone économique la plus intégrée du monde avec plus 60 % de leurs
échanges qui se font à l’intérieur de la zone et une monnaie commune, faisant de l’UE une
zone monétaire optimale.
Tableau 11 : Commerce intra-arabe : les flux les plus remarquables
Algérie
Arabie S.
Bahreïn
Djibouti
Egypte
Emirats AU
Irak
Jordanie
Koweït
Liban
Libye
Maroc
Mauritanie
Oman
Palestine
Qatar
Somalie
Soudan
Syrie
Tunisie
Yémen
Exportations vers
..
..
Arabie saoudite (1,9 %)
Somalie (61,6 %), Yémen (21,7 %)
..
..
Jordanie (7,8 %), Maroc (4,9 %)
Irak (18,6), Arabie saoudite (5 %)
..
Emirats (10,3), Arabie saoudite (7,7 %), Jordanie (4,5 %)
..
..
..
..
..
..
..
Arabie saoudite (22,2 %), Emirats (5,3 %)
Liban (5,9 %)
Libye (4,9 %)
..
Importations de
..
..
Arabie saoudite (30 %)
..
Arabie saoudite (4,2 %)
..
Jordanie (14,8 %)
Irak (12,5 %)
Arabie saoudite (5,6 %)
Syrie (5,2 %)
Tunisie (7,7 %)
Arabie saoudite (4,2 %)
..
..
..
..
..
Arabie saoudite (5,5 %)
..
..
Emirats (13,5 %), Arabie saoudite
(10,8 %), Koweït (4,7 %)
Source : Base de données de la CIA, the factbook 2004
Conclusion
Notre texte délibérément bref a, incontestablement, négligé de nombreux aspects de la
vie économique des pays arabes, mais notre objectif n’est pas de donner une monographie
exhaustive du monde arabe, ni de fournir des statistiques précises (il n’existe d’ailleurs aucun
organisme statistique arabe, du type de Eurostat pour publier des donner fiables et
normalisées des économies arabes). Aujourd’hui en dehors de l’Arabie saoudite sur le marché
pétrolier, les pays arabes sont des acteurs marginaux à l’échelle mondiale et la plupart d’entre
eux peuvent disparaître sans que le reste du monde ne s’en aperçoive. A l’échelle de l’espace
méditerranéen qui est l’aire naturelle de la plupart de ces pays, ces derniers restent encore des
acteurs mineurs qui exercent une faible influence sur le marché de la région (hors
hydrocarbures), véhiculant avec panache toutes les tares du sous-développement : domination
du secteur primaire, généralisation de l’ignorance et de la pauvreté, sous-utilisation des
facteurs de production, faible productivité…
Cette image peu reluisante décrit les pays arabes allant à la guerre en ordre dispersé,
mais qu’en serait-il s’ils voulaient développer une stratégie commune ? C’est la question qui a
porté la présente réflexion, dont la brièveté et la modestie risque de nous faire tirer des
conclusions hâtives. Toutefois, dès ce stade de réflexion, il est possible d’énoncer quelques
20
Les 3 grands principes qui président à la mise en œuvre de la PAC, ont été définis à la conférence de Stresa
(Italie) tenue du 3 au 11 juillet 1958 ; il s’agit de : 1) l’unicité du marché agricole, 2) la préférence
communautaire et 3) la solidarité financière.
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points de force (qu’il faut développer et valoriser) et quelques points de faiblesse (dont il faut
prendre conscience d’abord et prendre en charge ensuite).
Atouts du Monde arabe
•
•
•
•
Faiblesses du Monde arabe
La disponibilité de l’énergie
Un marché de plus de plus de 300 millions de
consommateurs
Un territoire qui lie trois continents
Une population jeune
•
•
•
•
La rareté de l’eau
L’analphabétisme
La dépendance alimentaire
La dépendance à l’égard des hydrocarbures
La situation paraît assez équilibrée le potentiel est important mais les problèmes aussi ;
de sorte que le Monde arabe peut basculer aussi bien d’un coté que de l’autre, tout dépend de
ce qui va se faire au cours des prochaines années. Il faut finir, un jour, par le reconnaître, le
seul vrai problème des pays arabes (celui qui détermine tous les autres) réside dans l’absence
de volonté pour un projet commun.
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Finance & Développement
Maghreb-Machrek
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