Projet de Recherche sur la Formation Initiale et Continue des Enseignants en Afrique (FICEA) LA PRÉPARATION DES ENSEIGNANTS EN LECTURE ET EN MATHÉMATIQUES ET SON INFLUENCE SUR LA PRATIQUE DANS LES ÉCOLES FONDAMENTALES AU MALI Résumé du Rapport Pays 1. Contexte de recherche et introduction L’objectif d’atteindre l’éducation pour tous d’ici 2015 a mobilisé plusieurs pays d’Afrique sub-saharienne, dont le Mali, et les a incités à confronter leur faible taux d’enrôlement scolaire. Toutefois, remplir les salles de classes n’est pas suffisant. Pour que l’éducation ait des conséquences positives sur le plan social et économique, les enfants doivent apprendre les compétences de bases en lecture, écriture et numération. Le projet de recherche sur la Formation Initiale et Continue des Enseignants en Afrique (FICEA), financé par la fondation William et Flora Hewlett, visait à combler un manque dans les connaissances actuelles sur la façon dont la formation initiale et continue influence les pratiques des enseignants, par une étude dans six pays africains. Ce résumé présente les grandes lignes de la recherche effectuée au Mali. Puisque les aptitudes en lecture et en mathématiques dans les premières années du primaire sont d’une importance extrême, ce rapport met l’accent sur la préparation que reçoivent les maîtres qui enseignent dans les classes d’initiation et sur l’appui dont ils disposent pour enseigner ces matières par le biais de la formation continue. Dans ce projet de recherche, nous conceptualisons la compétence des enseignants en termes de connaissance, compréhension et pratique. La pratique est centrale à un enseignement de qualité mais le vaste volume de recherche sur l’enseignement indique qu’une bonne pratique pédagogique ne peut pas découler de l’application irréfléchie de techniques. Enseigner est un processus complexe qui requiert une multitude de connaissances : - des connaissances disciplinaires, c’est-à-dire les savoirs concernant la matière et les sujets à enseigner; - des connaissances pédagogiques, c’est-à-dire savoir comment interagir avec les apprenants et gérer une classe; - des connaissances pédagogiques de contenu, c’est-à-dire savoir comment représenter, formuler et faire comprendre la matière à enseigner aux élèves. La recherche est donc centrée sur l’identification des différentes connaissances, compréhension et pratiques attendues de la part des enseignants pendant leur préparation et la comparaison de ces dernières avec celles qui sont démontrées à différent moments de leur formation et de leur carrière. Les compétences liées à l’enseignement de la lecture et des mathématiques que les programmes de formation initiale des maîtres cherchent à développer chez les élèvesmaîtres ont d’abord été identifiées. Ensuite, on a construit une image des connaissances, de la compréhension et des pratiques des élèves-maîtres à la fin de leur formation, des enseignants récemment qualifiés (ERQ), et des maîtres ayant participé à des programmes de formation professionnelle et continue (PFC). Une combinaison de données quantitatives et qualitatives fut utilisée pour la développer. Les données qualitatives proviennent d’entretiens de groupe avec des élèves-maîtres et d’entretiens individuels approfondis avec des formateurs, des ERQ et des enseignants. Les entretiens individuels faisaient suite à l’observation de leçons. 3 Instituts de formation des maîtres (IFM), 1 centre de formation de la Stratégie alternative de recrutement du personnel enseignant (SARPE) et 23 écoles ont pris part à la recherche. Les données quantitatives proviennent de questionnaires administrés à 571 élèves-maîtres soit 284 hommes et 287 femmes (50.3%) et 260 ERQ, soit 93 hommes et 167 femmes (64%). Les programmes de formation continue PHARE, Communautés d’Apprentissage (CA), et en curriculum au niveau des Centres d’Animation Pédagogique (CAP) ont été analysés. Pour fin de comparaison, le projet a recueilli des données sur les connaissances, la compréhension et les pratiques des enseignants ayant récemment pris part à des PFC. Des observations de leçons furent suivies d’entretiens et de questionnaires. Les questionnaires utilisés furent les mêmes que pour les ERQ. Les données qualitatives comme les entretiens approfondis et les entretiens de groupe ont été transcrits et importés dans le logiciel d’analyse qualitative Nvivo 8 tout comme d’autres écrits recueillis. Les données furent codées et regroupées à l’aide d’un système de catégorisations hiérarchiques. Les données quantitatives furent analysées à l’aide du logiciel STATA. Afin de permettre une interprétation plus juste des données, différents tests statistiques ont été effectués tels que le Chi2 de Pearson qui permet de vérifier l’indépendance des données. 2. Constats généraux De nombreux répondants incluant des professeurs d’IFM et de la SARPE, des élèves-maîtres, des sarpiens et des ERQ ont parlé du peu de congruence entre les programmes de l’enseignement fondamental et ceux des IFM ou de la SARPE. Des divergences majeures ont été constatées notamment au niveau des contenus d’apprentissage, des méthodes et approches utilisées et enseignées ainsi que de la langue que l’on forme à enseigner. Ces divergences nuisent à la préparation efficace des futurs maîtres et crée de l’insécurité chez les maîtres en formation ainsi que chez les ERQ. Le manque d’arrimage entre les programmes accroît les besoins de formation continue et de supervision dans les écoles ce qui pose des contraintes à la fois financières, logistiques et organisationnelles. La formation en langues nationales donnée lors de la formation initiale est nettement insuffisante pour permettre aux futurs maîtres d’enseigner le curriculum à l’école fondamentale. Cela réduit l’impact de l’utilisation de la langue maternelle dans les classes d’initiation et a un effet négatif sur l’apprentissage des enfants. Les entretiens menés auprès des divers groupes de répondants soulignent, d’une part, le besoin d’inclure le curriculum dans la formation initiale des maîtres et de l’autre, le besoin de support et de suivi des nouveaux maîtres devant enseigner dans les classes de curriculum. Les IFM et les SARPE ont aussi exprimé le besoin de matériel de formation qui prend en compte la réalité et la diversité des écoles maliennes. Ceux qui donnent les cours de didactique des mathématiques et de la lecture sont des psychopédagogues qui n'ont ni la formation spécifique dans ce qu'ils enseignent ni l'expérience de l'enseignement primaire qui pourrait leur permettre d'adapter les principes d'enseignement qu'ils ont acquis. Nos données révèlent que l’enseignement de la didactique se fait presque exclusivement par simulations. Bien que cette méthode soit utile, elle ne peut en aucun cas remplacer les activités basées sur la réalité des classes d’initiation. En effet, il n’est pas possible pour un groupe d’adultes ayant été peu exposés aux salles de classe de reproduire les comportements de jeunes enfants. Il est également très difficile pour des personnes possédant déjà les connaissances enseignées de simuler les erreurs d’enfants qui ne maîtrisent pas les concepts et habiletés de base en lecture et en mathématiques. Les méthodes d’enseignement utilisées pour les cours de didactique dans les IFM et à la SARPE devraient donc être plus variées et les simulations complétées par d’autres approches telles que l’analyse d’erreurs d’enfants, les discussions basées sur l’observation de vidéos en salle de classe, les études de cas; les cours de didactique devraient être centrés sur la pratique. L’équipe de recherche a également constaté que, dans plusieurs instituts de formation, les élèves-maîtres étaient presque traités comme des enfants au lieu de futurs enseignants. Certains des formateurs rencontrés avaient pour objectif lors des simulations que les élèves-maîtres puissent répondre aux objectifs de la leçon simulée mais ceux-ci savent déjà lire et calculer. Ils doivent apprendre à enseigner. Les méthodes utilisées ne favorisent pas l’autonomie des futurs enseignants et ne contribuent pas à renforcer chez eux le professionnalisme nécessaire à l’accomplissement de leurs tâches d’enseignement. Les données recueillies auprès des élèves-maîtres des quatre institutions de formation initiales étudiées démontrent qu’une majorité d’entre eux pensent que, s’ils appliquent les étapes de la démarche pédagogique telles qu’enseignées par leurs professeurs et démontrées dans les simulations, leurs élèves apprendront. Toutefois, l’enseignement est un processus complexe qui va au-delà de l’application d’une série d’étapes. En plus, les visites dans les écoles ont révélé que les ERQ n’appliquaient pas les étapes exactement comme elles leur ont été enseignées. Souvent, c’est parce que les conditions dans les salles de classes telles que le nombre d’élèves, le manque de matériel, le niveau de connaissance des élèves ou des contraintes comme le temps d’enseignement alloué pour différents sujets déstabilise les maîtres. Cela fait en sorte qu’ils reviennent à un enseignement plus traditionnel ou à des approches avec lesquelles ils se sentent plus en contrôle. Dans d’autres cas, c’est parce que les maîtres n’ont pas appris à se poser les questions qui les aideraient à adapter leurs approches ou à réfléchir de façon critique sur leurs pratiques d’enseignement. Plusieurs des élèves-maîtres rencontrés tant dans les IFM qu’à la SARPE avaient une vision du bon maître très centrée sur les attentes sociales et administratives telles la ponctualité, la régularité dans la préparation des leçons, la coopération avec les parents et les administrateurs scolaires, la conduite exemplaire, l’habillement, et la bonne prononciation. Ils ont aussi mentionné l’importance des connaissances des sujets à enseigner et du respect de la démarche pédagogique. Les formateurs, tout comme certains enseignants, avaient une perception beaucoup plus centrée sur les besoins de l’enfant. Le fait que si peu d’élèves-maîtres aient parlé de l’apprentissage des enfants ou de la réussite scolaire comme critère pour être un bon enseignant est quelque peu préoccupant. En effet, pour qu’un enseignant fasse les efforts nécessaires pour soutenir ses élèves et encourager leur réussite, il doit d’abord voir la réussite scolaire comme étant au cœur de son travail et le soutien aux élèves éprouvant des difficultés comme faisant partie de ses devoirs d’enseignant. Lors des observations en salle de classe, les chercheurs ont remarqué que les pratiques en termes d’évaluation formative variaient beaucoup. Les maîtres interrogés reconnaissent les vertus de l’évaluation formative. Cette forme d’évaluation est supposément pratiquée par tous les enseignants et leur permet d’identifier les difficultés et d’y remédier. Certains maîtres ont dit vérifier le degré de compréhension des élèves à travers des exercices qu’ils corrigent, d’autres procèdent par des corrections collectives. Toutefois, on a remarqué dans plusieurs classes observées que l’évaluation formative telle que pratiquée ne permettait pas aux maîtres d’identifier les élèves qui ne suivaient pas ou faisaient des erreurs. 3. Apprendre à enseigner la lecture Selon les professeurs rencontrés, la question des langues nationales est un véritable handicap pour les élèvesmaîtres. A l’IFM 2, par exemple, l’enseignement se fait exclusivement en français alors que les élèves-maîtres sont appelés à enseigner la lecture dans les écoles à curriculum où l’enseignement se fait essentiellement en langues nationales. Même dans les écoles classiques, la majorité des enfants ne parlent pas français à l’extérieur de l’école. Les élèves-maîtres ne sont pourtant pas formés pour enseigner la lecture dans un contexte de langue seconde. L’introduction de la démarche pédagogique pour enseigner la lecture se résume en une série d’étapes à suivre et un grand nombre de répondants semblent croire que si les élèves-maîtres connaissent ces étapes alors ils pourront enseigner la lecture. On accepterait difficilement qu’un médecin nous soigne sans connaitre les raisons pour lesquelles il prescrit un traitement ou les effets que les médicaments prescrits auront sur notre organisme. Toutefois, il semble que l’on accepte et encourage la formation d’enseignants qui appliquent une procédure pédagogique sans pour autant en connaitre les tenants et aboutissants. Ceci est pour le moins préoccupant. La littérature internationale sur l’apprentissage de la lecture reconnaît le rôle clé des notions de pré-lecture tels que la conscience phonologique et les concepts tels gauche-droite et devant-derrière. Or, la formation initiale des maîtres prête très peu attention à ces thèmes. Les observations de classe semblent aussi démontrer que ces apprentissages sont négligés au niveau des écoles. Malgré l’importance attribuée à la méthode globale au Mali, on a remarqué que les habiletés de décodage reçoivent beaucoup plus d’attention que la compréhension en lecture. Cela peut être lié à la préférence des maîtres pour la méthode syllabique à laquelle ils ont été exposés lorsqu’ils étaient enfants et qu’ils disent mieux comprendre. Il ressort des entretiens effectués au niveau des IFM et de la SARPE que les professeurs de didactique se considèrent mal préparés pour former les maîtres en lecture. Les nombreuses divergences entre ce qui figure au programme et les pratiques en vigueur dans les écoles accentuent le problème. Par exemple, les formateurs eux-mêmes ont du mal à comprendre la méthode globale. 4. Apprendre à enseigner les mathématiques Comme nous l’avons déjà mentionné, les formateurs de didactique ne sont pas des mathématiciens. Ils ont donc une connaissance de surface des contenus mathématiques. Or, les élèves-maîtres ont besoin de connaissances approfondies afin de pouvoir transmettre aux élèves des bases solides. Ce défi est exacerbé par le peu de temps réservé aux enseignements reliés aux petites classes et le manque de ressources tels que les livres, les guides du maître et les programmes des écoles. Les élèves-maîtres étudient des concepts avancés tels que l’algèbre mais leurs savoirs restent superficiels en ce qui concerne les thèmes clés tels que le concept du nombre. On a remarqué que les élèves-maîtres et les enseignants prêtent une grande importance à la connaissance des étapes de la démarche pédagogique. Toutefois, réciter mécaniquement les étapes d’une démarche est inutile si l’on ne sait pas les utiliser à bon escient. Telle est la situation rencontrée chez plusieurs enseignants. La banalisation de la phase de la concrétisation dans le déroulement de la leçon de calcul en classe d’initiation est préoccupante et pourrait expliquer en partie les échecs constatés. Les maîtres l’escamotent souvent pour aller vite à la conceptualisation. Beaucoup manquent de techniques appropriées pour mieux concrétiser leurs leçons. D’autres maitres disent manquer de temps ou de ressources. Plusieurs maîtres se préoccupent plus de la séquence d’apprentissage que de l’apprentissage des enfants. Ils suivent les étapes mais ne pratiquent pas de stratégies d’évaluation formative ou diagnostique et ainsi ne voient pas que les enfants n’ont pas compris. Cet élément clé ne peut malheureusement pas s’apprendre lors de simulations avec des adultes. Si les enseignants ne détectent pas les erreurs des élèves, ces derniers continuent à les répéter et n’apprennent pas la façon correcte d’exécuter la tâche. La supervision des activités d’apprentissage est donc particulièrement importante. L’analyse des erreurs des élèves est une compétence cruciale pour les maîtres qui enseignent les mathématiques. Pourtant il semble qu’elle ne soit pas enseignée lors de la formation initiale. Les observations et entretiens ont révélé que les techniques utilisées par les enseignants dans les salles de classe sont différentes de celles qu’ils ont apprises lors de leur formation initiale. On nous a également dit que les manuels utilisés étaient différents. La majorité des écoles ne possèdent pas ou ont très peu de manuels et de matériel didactique. Les maîtres ne sont donc pas suffisamment documentés, ce qui augmente les difficultés de l’enseignement des mathématiques. Il est à noter que les classes en langues nationales possèdent parfois des fascicules destinés aux élèves et aux maîtres. Compenser l’insuffisance de matériels didactiques en calcul dans les écoles n’est toutefois pas suffisant. En effet nous avons constaté que le matériel qui existe est parfois exploité maladroitement par les enseignants. Un meilleur encadrement des ERQ pourrait contribuer à améliorer la situation. 5. Réponse aux questions de recherche et recommandations 1. Comment les programmes de formation initiale préparent-ils les élèves-maitres à l’enseignement de la lecture et des mathématiques dans les classes d’initiation ? 1. Comment les élèves-maitres développent-ils leur compréhension de l’enseignement de la lecture et des mathématiques aux élèves du primaire? Que leur formation soit de quatre ans, de deux ans ou de plusieurs mois, la préparation pour enseigner la lecture et les mathématiques n’occupe qu’une très petite partie du temps de formation des futurs enseignants au Mali. Dans le programme de quatre ans à l’IFM, l'apprentissage de la connaissance des disciplines reçoit plus d’attention qu’apprendre à enseigner à l'école fondamentale. Pour tous les programmes, l'acquisition des compétences professionnelles générales prend également la plupart du temps qui pourrait être consacré à la didactique des disciplines. Beaucoup de connaissances essentielles pour un futur enseignant comme l'importance des stratégies et de l'évaluation formative ne sont pas donc prises en compte. L'enseignement des mathématiques et de la lecture sont tous les deux basés sur de bons principes théoriques, mais ces derniers ne semblent pas être bien compris. Ils sont réduits dans la pratique à une démarche spécifique. Ainsi, le gage de l’enseignement réussi est l'application de cette séquence au lieu de l’apprentissage des élèves. Ni les stagiaires, ni les formateurs n’ont un accès suffisant aux matériels éducatifs tels que les guides ou les manuels, en particulier ceux qui sont utilisés à l'école primaire. La formation repose sur la simulation; et puisque ni les stagiaires, ni les formateurs n’ont une expérience récente des classes initiation, ils ne sont pas en mesure de jouer leur rôle avec un degré de réalisme ; le bon fonctionnement de ces leçons simulées peut donc conduire à un faux optimisme. La brièveté relative des cours signifie que l’expérience d’élève des sarpiens et des élèves-maîtres est une importante source de connaissance pour eux. Cela est exacerbé lorsque, pour différentes raisons, certains sarpiens reçoivent une formation plus courte que les trois mois prescrits. 2. Comment les enseignants récemment qualifiés enseignent-ils la lecture et les mathématiques dans leurs premières années d'enseignement? Les différents programmes en vigueur dans les écoles fondamentales (curriculum, classique, pédagogie convergente) font que les ERQ ne sentent pas qu'ils ont eu une formation pertinente. Sur le terrain, même le programme classique, qui est le plus proche de ce qui est enseigné dans les IFM, est opposé à ce qu’on leur a présenté lors de la formation. Le nouveau curriculum est à peine abordé pendant la formation. Les ERQ rencontrés ne comprenaient pas ses bases théoriques ni la logique de l’approche par compétences. En outre, ils ont été formés en français pour enseigner en français alors que le programme fait appel à des langues nationales. Les élèves-maîtres ne sont généralement pas lettrés dans les langues nationales même s’il s’agit de leur propre langue. Certains ERQ sont en service dans une école dont la langue leur est inconnue. La plupart des ERQ font face à des difficultés provoquées par les classes pléthoriques et le manque de ressources. En l'absence d’une formation approfondie, ils trouvent très difficile de savoir comment planifier ou structurer les leçons. Ils ont tendance à suivre leurs collègues plus expérimentés, même si les pratiques de ces derniers sont différentes de ce qu’ils ont appris lors de leur formation. La quantité et la qualité de l’appui que les ERQ reçoivent varient beaucoup. Les ERQ sont en mesure de répéter ce qu'ils ont appris durant la formation sur la séquence concret–semi-concret– abstrait en maths, mais en pratique, ils omettent souvent des étapes ou parties de la séquence en particulier celles qui sont plus difficiles à réaliser ou à organiser. Cela signifie que les élèves manquent souvent d’expériences concrètes. En lecture, les phases de l’approche globale sont connues, mais pas toujours suivies. Dans de nombreux cas ils reviennent à l'approche syllabique de leur propre scolarité. L'accent de la méthode globale sur la compréhension comme objectif de la lecture reçoit également peu d'attention dans leur pratique. Cela est particulièrement important puisque le français est une langue étrangère à tous les enfants et ils y sont peu exposés dans leur vie quotidienne. Tout vocabulaire doit être appris à l'école avant de pouvoir être appliqué à apprendre à lire. Nos données ne nous indiquent pas que les enseignants connaissent ou utilisent des stratégies pour enseigner le vocabulaire ou qu’ils donnent aux enfants des opportunités de pratiquer le langage communicatif en français. Les ERQ ont été peu exposés à la base théorique de l'enseignement de la lecture et des mathématiques aux jeunes enfants. Parce qu’ils ne suivent pas toujours la démarche préconisée, leur pratique ne semble pas inclure les éléments qui, selon les recherches dans le domaine, sont à la base de l'apprentissage des mathématiques et de la lecture pour les jeunes enfants. L’incompréhension des enseignants de l'importance de l'évaluation formative est aussi significative. Dans de nombreux cas ils n'ont pas les stratégies pour reconnaitre ce que les enfants ont appris pendant la leçon ni pour chercher à remédier à la situation quand ils n'ont pas compris. Leur évaluation sommative semble aussi mettre l’accent sur la capacité des élèves à reproduire le modèle donné par l'enseignant plutôt que de l'appliquer à des circonstances différentes. 3. Quelles sont les caractéristiques des programmes de formation continue (PFC) centrés sur les mathématiques et / ou la lecture et qui ont été mis en œuvre au cours des trois dernières années? 4. Comment les maîtres qui ont suivi un programme de formation continue enseignent-ils la lecture et les mathématiques aux élèves du primaire? Les programmes de formation continue ont des objectifs différents et sont potentiellement importants pour compenser la base faible de la formation initiale que reçoivent les enseignants au Mali. Le programme de formation du curriculum (CAP) vise à initier les enseignants au nouveau programme ; mais pour cela il doit agir à trois niveaux, celui de l’utilisation d'une autre langue d'enseignement, celui de l’introduction des nouveaux contenus et celui de l'initiation des enseignants à l’approche par compétences qui exige des façons de planifier et des pratiques pédagogiques différentes. Dans le peu de temps disponible, le programme peut seulement commencer ce processus. L’approche équilibrée d’enseignement de la lecture préconisée par le PHARE correspond aux résultats de la recherche internationale sur l'enseignement de la lecture et est également compatible avec les aspects du nouveau curriculum. La durée de la formation PHARE est toutefois elle aussi très coutre et les enseignants ne semblent pas avoir le temps d'apprécier ce qu'elle pourrait offrir. Cependant, puisque le programme est lié aux émissions de radio qui sont suivies par les enseignants avec leurs classes, il est possible que la répétition de ces cours puisse conduire au développement d’une compréhension plus approfondie. Les Communautés d'Apprentissage répondent aux besoins identifiés par les enseignants et par conséquent n'ont pas toujours un programme cohérent. Leur avantage est qu’ils offrent la possibilité de résoudre les problèmes des enseignants dans leur contexte. On pourrait donc les développer afin qu’ils puissent renforcer et poursuivre ce que le CAP / AE accompli. Ainsi, ils pourraient apporter une plus grande contribution et mieux supporter les maîtres. Ce qui ressort clairement de la recherche c'est que dans aucun cas les enseignants n’ont reçu beaucoup de formation continue et les données de FICEA suggèrent que les PFC n’ont pas encore eu beaucoup d'impact sur la connaissance, la compréhension ou la pratique des enseignants qui les ont suivis. 5. Quelles compétences et aptitudes pédagogiques devrait-on intégrer dans les programmes de formation des enseignants du primaire et quelles sont celles qui devraient être le point focal des activités de leur formation continue? Les données recueillies dans le cadre du projet FICEA suggèrent que la formation initiale au Mali pourrait être beaucoup plus efficace en équilibrant le temps d’enseignement destiné aux didactiques et à la pédagogie et celui destiné à l’enseignement des contenus d’apprentissage; ainsi qu’en arrimant les contenus, méthodes et approches des programmes de formation initiale avec ceux des programmes des écoles fondamentales. En ce moment, les élèves-maîtres n’ont pas l’opportunité de discuter de leurs expériences de stages pratiques avec leurs professeurs ou d’utiliser ces expériences pour éclairer leur apprentissage de la pédagogie. Une intégration de l dernière année d’études dans les IFM et l’année suivante de pratique pourrait permettre de répartir les stages pratiques de façon à ce que les élèves-maîtres puissent utiliser ce qu’ils ont appris dans les écoles à leur retour dans les IFM et ainsi mieux comprendre et intégrer les enseignements pédagogiques dispensés par leurs professeurs de didactiques. L’équipe de recherche a constaté que les aptitudes pédagogiques suivantes méritent beaucoup plus d’attention dans les programmes des IFM et de la SARPE : Évaluation formative et analyse des erreurs Pratique réflexive et capacité d’adaptation Un focus sur l’évaluation et la pratique réflexive pourrait aussi souligner que l’objectif de l’enseignement est l’apprentissage des élèves. Les démarches pédagogiques doivent être apprises comme moyen d’instruction et non comme but. Le Mali a embrassé une politique d'initiation à l’éducation en langues nationales, ce qui est en accord avec les résultats de la recherche internationale. Le peu d’attention que reçoivent les langues nationales lors de la formation initiale risque de subvertir cette politique et le nouveau curriculum. Les visites dans les écoles ont révélé que les points mentionnés ci-haut sont aussi pertinents pour les enseignants récemment qualifiés. Toutefois, les leçons observées et les entretiens réalisés suggèrent que les priorités en termes de formation continue se situent au niveau du renforcement des connaissances et aptitudes suivantes : Planification et gestion de classe Enseignement de la numération de base Enseignement des compétences de pré-lecture et de l’initiation à la lecture. Il est évident que les programmes courts n’ont pas beaucoup d’effet. Il faut trouver un moyen de répéter ou de renforcer les programmes. Les émissions PHARE peuvent avoir un effet cumulatif si un enseignant les suit pendant une seconde année. 6. Quelle est la rentabilité des principaux programmes de formation initiale centrés sur les mathématiques et la lecture? Dans sa forme actuelle, le programme des IFM n’est pas rentable comme préparation des enseignants, car les élèves maitres passent la majorité du temps dans une institution résidentielle en suivant un programme d'études d’enseignement secondaire général. L’efficacité des IFM pourrait être augmentée si le programme consacrait plus de temps à la didactique des disciplines surtout en lecture et en mathématiques. On pourrait le faire sans nuire à la rentabilité parce que les professeurs sont déjà recrutés. Il s’agit de former ces professeurs de français, mathématiques, et psychopédagogues pour mieux enseigner la didactique des disciplines. Les coûts de la SARPE sont beaucoup plus faibles et pour 10) Mettre à la disposition des IFM et de la SARPE une cela le programme est plus rentable que celui des IFM. banque d’erreurs types en mathématiques et inciter les Néanmoins, les conclusions de ce projet de recherche ne élèves-maîtres à les analyser puis à discuter différentes peuvent pas témoigner de l’efficacité d’aucun des deux méthodes qui puissent être utilisées pour aider les programmes de formation initiale. L’enseignement doit être enfants. axé sur des activités qui familiarisent les élèves maitres ou 11) Concevoir des études de cas sur l’évaluation en lecture et « sarpiens » avec les programmes en vigueur dans les en mathématiques basées sur des situations réelles dans écoles fondamentales en leur donnant la possibilité de différents types de classe et les distribuer dans les IFM et comprendre la base conceptuelle qui les soutient. la SARPE avec un court guide expliquant aux professeurs comment les utiliser dans leurs cours. 7. Comment peut-on disséminer efficacement les connaissances et les aptitudes professionnelles 12) Augmenter le temps réservé au thème de l’évaluation nécessaires à l’enseignement de la lecture et des dans le programme des IFM et de la SARPE mathématiques au sein des principaux programmes de formation et auprès des enseignants débutants? 13) Fournir aux IFM et à la SARPE une quantité suffisante de copies des programmes de formation et des manuels utilisés dans les écoles. 1) Réorganiser la 3e et la 4e année de la formation en quatre ans et les deux années du programme de deux ans de 14) Fournir à chaque élève-maître une copie du guide du façon à ce qu’une partie de l’enseignement en pédagogie maître de chaque matière pour le programme classique et en didactique se fasse après les stages d’observation ainsi que pour le curriculum. Cela les aiderait pour leurs et que les élèves-maîtres aient une opportunité de revenir travaux pratiques et leur fournirait des documents d’étude. en classe après les stages d’application dans les écoles afin de consolider leurs apprentissages et réfléchir de sur 15) Remettre à chaque formateur une copie du guide du maître de chaque matière pour le programme classique leurs pratiques. ainsi que pour le curriculum, afin qu’ils puissent inclure 2) Soutenir la formation continue des professeurs de l’étude des programmes dans leurs cours. didactique des matières dans les IFM et la SARPE et recruter des professeurs ayant de l’expérience 16) Donner la possibilité aux enseignants de répéter les formations continues afin de leur permettre de consolider d’enseignement dans les écoles fondamentales. leurs apprentissages et les aider à appliquer les notions 3) Cette formation doit fournir aux professeurs la apprises dans leur pratique de classe. compréhension des approches adoptées par les 17) Initier des moyens par lesquels les Communautés programmes en vigueur dans les écoles fondamentales. d’apprentissage peuvent renforcer les autres programmes 4) Les élèves-maîtres doivent être formés pour enseigner en de formation continue. Le programme pour les séances langues nationales. Cela implique aussi une formation des des CA pendant au moins la moitié de l’année pourrait professeurs d’IFM. être un suivi coordonné de la formation en curriculum (CAP) ou de PHARE. 5) Les élèves-maîtres doivent être formés pour enseigner en français dans un contexte de langue seconde. 18) Développer du matériel de référence pour les élèvesmaîtres et créer des centres de documentation sur 6) Impliquer les formateurs dans la supervision des élèvesl’enseignement-apprentissage avec une gamme très maîtres lors des stages pratiques afin qu’ils puissent variée d’activités relatives à l’apprentissage de la lecture utiliser les informations recueillies pendant les et des mathématiques ainsi que d’autres disciplines. observations de stages dans leur enseignement. 7) Organiser des discussions de groupe réflexives basées 19) Plus de recherche serait nécessaire afin de déterminer ce qui influence la perception que les maîtres lecture et des sur des observations de leçons ou des vidéos de salles de mathématiques ainsi que d’autres disciplines. classe. 8) Encourager les élèves-maîtres à analyser des pratiques de classe de façon critique et à proposer des alternatives et modifications aux activités d’apprentissage suggérées lors des simulations et stages d’observations. 9) Initier les élèves-maîtres à la pratique réflexive dès le début de leurs stages de formation par exemple par l’emploi de journaux de bord et fiches d’auto-évaluation.
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