Le Monde dimanche 04 mai 2014

EUROTUNNEL : APRÈS LE
DÉSASTRE, LA MACHINE À CASH
LA BLANC BLEU BELGE,
VACHE HORS NORME
«Qu’est-ce qu’on a fait au
Bon Dieu?», film phénomène
CAHIER ÉCO – LIRE PAGE 2
ANALYSE – LIRE PAGE 16
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014 - 70e année - N˚21552 - 2 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr ---
ENQUÊTE – LIRE PAGE 17
Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directrice : Natalie Nougayrède
Ukraine: l’escalade de la violence
t Le conflit s’étend à
Odessa, où 37 personnes,
surtout des activistes
prorusses, ont été tuées,
vendredi 2 mai.
t Reportage à Sloviansk,
ville de l’est du pays tenue
par les séparatistes et
encerclée par l’armée
ukrainienne
t Les sanctions
économiques
américaines contre la
Russie commencent à
faire sentir leurs effets
t Comment
désarmorcer la crise ?
Les points de vue de Guy
Sorman et d’Edgar Morin
LIRE P. 2, 3, 15 ET CAHIER ÉCO
Résistance aux
antibiotiques
L’OMS tire le
signal d’alarme
t L’organisation mondiale
affirme qu’aucune région du
monde n’est épargnée
D
es infections banales, soignées
depuis des années, vont-elles redevenir mortelles ? C’est la menace
que laisse planer le premier rapport sur la
résistance aux antibiotiques rédigé par
l’Organisation mondiale de la santé. Dans
ce document, rendu public mercredi
30 avril, l’institution onusienne décrit un
phénomène généralisé: doses trop faibles
dans les pays pauvres, consommation
excessivedans les pays riches, les mauvais
usages de ces antimicrobiens les ont rendus impuissants. Contre certaines bactéries,aucuntraitement n’est désormaisdisponible.Pour l’OMS, le monde s’achemine
vers une « ère post-antibiotique».
LIRE PAGE 4
FRANCE
Pacte de responsabilité :
les zones d’ombre des
50 milliards d’économies
Le plan de rigueur de Manuel Valls, en
obtenant une majorité relative à
l’Assemblée nationale, n’a pas pour
autant éclairci toutes les interrogations
qui l’entourent. Quel allégement du coût
du travail pour les entreprises,
30milliards ou 46milliards? Quel
calendrier pour les économies et quelles
conséquencessur la reprise de la
croissance? Comment seront réparties
précisémentles coupes dans les
dépenses? Le Monde dresse l’inventaire
des questions en suspens, futures sources
de tensions dans la majorité. LIRE PAGE 7
La Maison des syndicats,
au centre d’Odessa,
a été incendiée par des
Ukrainiens, le 2 mai,
provoquant la mort
d’activistes prorusses.
YEVGENY VOLOKIN/REUTERS
UK price £ 1,80
Le permis de conduire, trop lent, trop cher
A L’euro ne va pas
mourir, mais il reste
une monnaie fragile
A trois semaines du scrutin,
Le Monde passe en revue
les questions qui entourent
la monnaie européenne:
sa fragilité, le poids pris par la
Banque centrale à Francfort (BCE),
le « match» entre Jean-Claude
Trichet et Mario Draghi, les deux
présidents successifs de la BCE…
LIRE PAGES 5 ET 6
A Une élection
casse-tête pour
les télévisions
et les radios
Les médias audiovisuels peinent
à attirer le public sur les élections
européennes. Logique,
commente Daniel Cohn-Bendit,
quand «on découvre l’Europe à un
mois des élections».
SUPPLÉMENT « TÉLÉVISIONS »
D
eux chiffres résument
à eux seuls le scandale
du système français du
permis de conduire :
40 % des candidats échouent au
premier examen, et le délai
moyen pour le repasser est de
98 jours, soit plus de trois mois.
A titre de comparaison, ce délai
dans les autres pays européens
est de 30 jours à 40 jours.
Attendre trois mois, voire jusqu’à 135 jours dans la région parisienne, pour pouvoir repasser
sonpermis,cela veutdire repren-
ÉDITORIAL
dre – et donc payer – des leçons
de conduite pendant toute cette
période. C’est ainsi que les candidats en viennent à dépenser
2 000, voire 3 000 euros, pour
décrocher le précieux sésame.
Ce coût est prohibitif. Le
ministre de l’intérieur, Bernard
Cazeneuve, a depuis quelques
jours sur son bureau un rapport
sur des réformes possibles, préparé par une commission d’experts de la sécurité et de l’éducation routières. Ce document arrive à point nommé, car la situations’est considérablementdétériorée ces dernières années. C’est
un obstacle supplémentaire à
surmonter pour les jeunes à la
recherche d’un emploi .
Avoir son permis de conduire,
aujourd’hui, est souvent une
condition essentielle pour trouver un travail, soit que l’employeur l’exige, soit que la situation des transports en commun
l’impose. Or le coût moyen de
l’obtention de ce très cher sésame est tel qu’il est devenu un facteur d’accroissementdes inégalités sociales : dans les familles
aisées ou de classes moyennes,
ce sont les parents qui prennent
en charge ce qui est considéré
comme un point de départ pour
la vie professionnelle. Les jeunes
issus de milieux moins favorisés
doivent se débrouiller euxmêmes.
Comment en est-on arrivé là ?
La suppression, en 2000, du servicemilitaireobligatoire,quipermettait à de nombreux jeunes
Français d’apprendre à conduire
gratuitement, a provoqué l’afflux sur le marché des auto-écoles de candidats qui leur avaient
échappé jusque-là, et qui étaient
présentésaux examensindépendamment de cette filière. Un
autre facteura modifiéles conditions de fonctionnement du permis de conduire: l’allongement
de la durée de l’épreuve de
conduite elle-même, portée de
20 minutes à 25 minutes minimum en applicationd’une direc-
tive européenne.
La logique aurait voulu que
l’on augmentât le nombre d’inspecteurs chargés de faire passer
les examens. Trop coûteuse
pour l’Etat, cette solution n’a été
appliquée qu’a minima. Aujourd’hui, les restrictions budgétaires ne le permettent plus. Il faut
donc trouver d’autres pistes, et
le rapport remis au ministre de
l’intérieur s’y emploie.
L’une de ces propositions
paraît frappée du sceau du bon
sens : celle de rétablir le droit
d’examen, supprimé en France
en 1998, mais en vigueur dans la
plupart des pays européens. A
première vue, cette mesure renchérirait le coût du permis de
conduire de 35 euros à 40 euros.
Mais, en réalité, en permettant
de financer la création de postes
d’inspecteur, elle réduirait le
délai d’attente avant la deuxièmeépreuve,et doncpourraitpermettreauxcandidats d’économiser jusqu’à 500 euros.
Il serait bon aussi de se pencher sur la valorisation de la
conduiteaccompagnée,qui donne d’excellentsrésultats, et sur le
modèle économique des autoécoles, qui en donne de beaucoup moins bons. Il est en tout
cas urgent que M. Cazeneuve
s’empare de ce dossier. p
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2
international
0123
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
Après l’Est, la crise ukrainienne s’étend à Odessa
Près de 40 personnes ont péri dans des affrontements. Moscou dénonce l’«irresponsabilité criminelle» de Kiev
L
’Ukraine a vécu, vendredi
2 mai, une journée de violence et de sang, aux implications potentiellement redoutables. Le pays n’avait pas connu de
tels événements depuis le
20février, lorsque la police, à Kiev,
avait tué par balles des dizaines de
manifestants, aux abords de
Maïdan.Le lendemain,le président
Viktor Ianoukovitch avait pris le
maquis, s’enfuyant en Russie.
Cette fois, c’est de Russie qu’est
attendue une réponse, politique
ou militaire, déterminante pour
l’avenir de l’Ukraine: une nouvelle
phase de la crise est en effet engagée, après la mort de dizaines de
militants prorusses à Odessa, et le
lancement véritable de l’« opération antiterroriste» à Sloviansk, la
ville tenue par les séparatistes, au
nord de Donetsk.
Selon un bilan provisoire du
ministère de l’intérieur, 37 personnes sont mortes et près de 170 ont
été blessées à Odessa, dans les plus
graves violences survenues dans
le sud du pays depuis le début de la
crise. La police a procédé à
130 arrestations. Les événements
se sont déroulés en deux temps.
Le gouverneur
d’Odessa a rejeté
la responsabilité
du drame sur
le commandement
opérationnel
Vers 15 heures, les supporteurs les
plus radicaux de deux équipes de
football,celle dela ville, le Tchernomorets, et celle de Kharkiv, le
Metallist, ont défilé ensemble en
faveur d’une Ukraine unie. Ils ont
croisé plusieurs centaines de sympathisants prorusses, armés pour
certains de pistolets, selon des
témoins. Le centre-ville s’est rapidementtransforméen champd’affrontement, à coups de pavés, de
chaînes et de barres. Il y eut quatre
morts et une trentaine de blessés,
Affrontements entre militants prorusses et partisans de l’intégrité ukrainienne dans les rues d’Odessa,
vendredi 2 mai. EVGUENI VOLOKINE/REUTERS
évacués vers les hôpitaux de la ville. Une partie des prorusses s’est
barricadée dans le centre commercial Afina, autour duquel la police
s’est enfin déployée.
Puis,en fin d’après-midi,le front
s’estdéplacéverslaMaisondessyndicats. Des centaines de supporteurs sont arrivées devant le haut
B I É LO RUSS I E
RUSS I E
P O LO G N E
Kiev
Lviv
Kharkiv
UKRAINE
Sloviansk
Dniepropetrovsk
ROUMANIE
M O L DAV I E
Transnistrie
Donetsk
Odessa
Mer Noire
Lougansk
Marioupol
Crimée
Simferopol
RUSS I E
100 km
bâtiment à colonnades de sept étages. Les tentes des prorusses ont
été incendiées. La fumée a obscurci
les environs. Puis les projectiles et
les cocktails Molotovont commencé à voler de part et d’autre, en provenance du toit et de l’esplanade.
Derrière les fenêtres, des flammes sont apparues. Les occupants
se sont trouvés pris au piège. Certains ont réussi à s’abriter du feu,
avant d’être évacués, choqués ;
d’autres ont grimpé sur la corniche ; d’autres encore ont sauté
dans le vide. Selon le ministère de
l’intérieur, huit personnes
seraient mortes ainsi. Une trentaine d’autres ont péri asphyxiées
aux 2e et 3e étages. Les vidéos tournées par des habitants, une fois
l’incendie maîtrisé, donnent une
idée du supplice. Un appel au don
de sang a été lancé pour les blessés,
tandis que les autorités annonçaient trois jours de deuil.
Ce drame met une nouvelle fois
en exerguel’incompétence– hypothèse basse – des forces de sécurité,
incapables de juguler les violences.
Le 17 avril sur sa page Facebook, le
gouverneur d’Odessa, Vladimir
Nemirovski, annonçait la création
d’un conseil de coordination pour
« assurer l’ordre public et défendre
la région d’Odessa ». L’un des objectifs de ce conseil consistait à protéger « les sites stratégiques ». On
aurait pu s’attendre à ce que la Maison des syndicats, lieu symbolique
et occupé, en soit un. Or la passivité
des forces de l’ordre a été éclatante.
Vendredi soir, toujours sur sa
page Facebook, le gouverneurrejetait la responsabilité du drame sur
le commandement opérationnel:
« Les victimes aujourd’hui à Odessa auraient pu être évitées. Pour
cela,il eût fallu que les forces de l’ordre ne marchandent pas avec leur
patrie, avec leur conscience, et se
conforment au serment prêté
devant le peuple ukrainien. Si la
police avait suivi les exigences de la
direction de la région, et ne s’était
pas occupée de diplomatie, tout
aurait été différent aujourd’hui.
Mme Merkel et M.Obama envisagentde nouvelles sanctions
Washington
Correspondante
Barack Obama et Angela Merkel
ont fini par reconnaître qu’ils ne
sont d’accord ni sur l’Ukraine ni
sur les suites à donner au scandale des écoutes de l’Agence nationale de sécurité (NSA) américaine.
Ainsi pourrait être résumée la brève visite de la chancelière allemande, vendredi 2 mai à Washington,
visite assombrie par l’aggravation
de la situation en Ukraine.
Depuis le début de la crise en
Ukraine, les Américains souhaiteraient que Mme Merkel rassemble
les Européens autour d’une position ferme : la nouvelle étape de
sanctions sectorielles (dites
« step 3 ») qu’ils réclament contre
les intérêts économiques russes.
Les Allemands mettent en avant
que l’Union européenne est un
alliage de vingt-huit pays, dont
plusieurs dépendent entièrement
du gaz russe. Si le président russe,
VladimirPoutine, cherche à diviser l’Europe, ce serait une erreur
de lui faciliter le travail, a plaidé la
chancelière, selon un proche de la
délégation allemande.
Barack Obama a entendu les
arguments de Mme Merkel. « L’idée
que l’on peut fermer le robinet sur
toutes les exportations de pétrole
ou de gaz naturel russe est irréaliste », a reconnu le président américain. A la place, il a préconisé des
sanctions « non pas seulement
dans le secteur énergétique, mais
dans les secteur de l’armement,
financier ou dans le domaine des
lignes de crédit pour le commerce ». Angela Merkel, quant à elle, a
insisté sur la date du 25 mai. L’élection présidentielle ukrainienne
s’avère « cruciale », a-t-elle dit. Si le
scrutin est perturbé, « de nouvelles sanctions seront inévitables».
La conférence de presse commune dans le Rose Garden a montré que le sujet de la NSA reste une
épine profondément enfoncée
dans les relations entre Berlin et
Washington. La confiance n’est
pas revenue. Il est trop tôt pour
revenir au « business as usual », a
signalé Mme Merkel. Il reste des
« difficultés à surmonter », notamment sur le plan de la « proportionnalité» de la surveillance
mise en place. « Nos vues ne sont
pas totalement alignées, mais
nous partageons les mêmes
valeurs», a assuré M.Obama.
Prise de conscience tardive
Après les révélations de l’ancien consultant de la NSA Edward
Snowden, les deux pays avaient
entrepris de négocier un accord
sur l’espionnage, mais celui-ci a
échoué. Les Allemands assurent
que les Américains leur avaient
fait miroiter un accord de nonespionnage sur leur sol. A la veille
de l’arrivée de Mme Merkel, des officiels américains ont fait filtrer
dans la presse qu’il n’en avait
jamais été question. M. Obama est
allé jusqu’à réfuter lui-même les
assertions allemandes. « Il n’est
pas tout à fait juste de dire que le
gouvernement américain a offert
un accord de non-espionnage et
l’a retiré, a-t-il assuré. Nous
n’avons aucun accord global de ce
type avec aucun pays. »
Les officiels américains ont mis
longtemps à prendre la mesure de
l’impact, en Allemagne, des révélations sur l’espionnage du téléphone portablede Mme Merkel. «J’ai été
désolé de voir à quel point les révélations d’Edward Snowden avaient
créé des difficultés dans les relations», a reconnu M.Obama, répondant à une question qui avait en
fait été posée à son invitée.
Neuf mois après la fuite de l’exagent de la NSA, le président américain prend acte qu’il lui est difficile de demander à « l’une de [ses]
plus proches amies sur la scène
mondiale» de l’aider, par exemple sur l’Ukraine. p
Corine Lesnes
A l’ONU, Moscou accuse « des étrangers anglophones »
Lors de la 13e réunion d’urgence
du Conseil de sécurité de l’ONU
sur l’Ukraine, vendredi 2 mai, le
représentant de la Russie, Vitali
Tchourkine, a mis en garde : « Si
cette aventure criminelle n’est
pas arrêtée, des conséquences
catastrophiques pour l’Ukraine
seront inévitables» ; avant d’accuser les Occidentaux d’avoir « élaboré » l’opération militaire ukrainienne et d’y « participer ». « Des
étrangers anglophones ont été
vus parmi les assaillants de Sloviansk», a-t-il affirmé. « L’étendue de l’hypocrisie de la Russie
est stupéfiante », a réagi son
homologue britannique, Mark
Lyall Grant, rappelant que Moscou « arme les régimes les plus
répressifs du monde, dont la
Syrie». Qualifiant les propos de
M. Tchourkine de « mensonges
monumentaux», l’ambassadrice
américaine, Samantha Power, lui
a suggéré de trouver d’autres prétextes pour justifier l’intervention
russe en Ukraine que cette idée
« ridicule et fausse ». De son côté,
l’ambassadeur de France, Gérard
Araud, a accusé Moscou de jouer
les « pompiers pyromanes ».
Mais, comme d’habitude, ils n’ont
pas pensé à leur pays mais à leur
confort personnel. Honteux.»
Ville portuaire à la longue traditioncommerciale,carrefourcosmopolite, douce cité au charme désuet
faute d’investissements, Odessa
constitue un enjeu fondamental
dans le grand jeu géopolitique à
l’œuvre sur les franges de l’Ukraine. Elle représente à la fois l’accès à
la mer Noire et le couloir est-ouest
vers la Transnistrie, le territoire
détaché de facto de la Moldavie où
stationnent des militaires russes.
Odessa a ses soucis, comme toutes les cités du pays, sans avoir été
le moins du monde touchée, ces
dernières années, par des tensions
religieuses,culturellesou linguistiques entre partisans de l’intégrité
ukrainienne et russophones. Cette
ville ne se donne pas au premier
venu. Contrairement par exemple
àDonetsk,oùl’oligarqueRinatAkhmetov est le suzerain officieux,
Odessa n’est pas dominée par un
homme ou un clan. Sa diversité se
décline aussi dans ses équilibres
politiques et économiques. Les forces prorusses n’ont jamais réussi à
mobiliserlesfoulesau-delàdequelques centaines de personnes.
Depuis des semaines, la faiblesse de l’Etat ukrainien, son incapacité à mobiliser efficacement ses forces de sécurité et sa crainte d’une
invasion russe avaient conduit à
une lente dérive de l’est du pays. La
tenue d’un référendum d’autodétermination, fixé le 11 mai à
Donetsk, semblait de moins en
moins irréelle. Ce pourrissement
suscitait une frustration terrible
parmi les partisans de l’intégrité
territoriale. D’autant que le 17 avril,
le président russe, Vladimir Poutine, avait employé le terme de
« Novorussie », semblant revendiquer le sud-est de l’Ukraine au nom
de l’héritage tsariste.
Cette impuissance du centre,
illustrée par des ultimatums sans
effet, faisait craindre une multiplication d’initiatives d’autodéfense,
pour contrer les séparatistes. La
frontièreentremanifestationspacifiques et affrontements s’est
brouillée en Ukraine. Comme l’a
montré la tragédie d’Odessa, l’incompétence policière, les problèmes de commandement et de
loyauté dans ses rangs offrent une
latitude désastreuse aux radicaux
de tous bords. Les partisans de
Maïdan avaient leurs martyrs, la
« centurie céleste ». De l’autre côté
de la barricade, le mimétisme est
dorénavant complet, jusqu’à ce
point ultime, que les médias russes
exploiteront à satiété.
A Moscou, le ministère des affaires étrangères a dénoncé vendredi
« l’irresponsabilité criminelle» de
Kiev, qui tolérerait une campagne
de « terreur physique » contre les
partisans d’une fédéralisation du
pays. Le moment de vérité est
venu.SiVladimirPoutineattendait
un incident majeur pour déclencher une intervention militaire
plus vaste en Ukraine, ce prétexte
est arrivé. Mais osera-t-il? p
Piotr Smolar
0123
international
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
Des hommes encagoulés sillonnent les rues
à bord de Lada ou de minibus, arme au poing
Reportage
Sloviansk (Ukraine)
Envoyé spécial
S
ur le papier, c’est l’un des succès de l’offensive « antiterroriste » lancée par Kiev. Vendredi 2mai à l’aube, six blindés ont
coupéà traverschampset pris possession d’un morceau d’asphalte à
moinsde3 kmde Sloviansk.Les soldats – troupes régulières et forces
spéciales – sont bien équipés,
déterminés. L’objectif est atteint :
le verrou s’est refermé sur la place
forte des séparatistes, désormais
totalement encerclée.
En réalité, cela ressemble surtout à un piège. Au nord, Sloviansk
etsescentainesde combattants.Au
sud, à moins d’un kilomètre en
direction de Donetsk, la position
qu’occupaientlesprorussesesttoujours là. Leur barrage, qui ne faisait
apparemmentpaspartiedesobjectifs du jour, est tout aussi impressionnant:descamions-citernesdisposés en travers de la route, des
sacs de sable, et au moins une vingtaine d’hommes lourdement
armés – fusils d’assaut de gros calibre et lance-grenades.
Danslajournée,lessoldatsukrainiens n’ont eu à affronter qu’une
petite foule de civils venus à pied
ou en bicyclette de Sloviansk.
« C’est notre terre, partez », ont-ils
crié. Les soldats ont parlementé,
puis chargé leurs armes et la foule,
après une vingtaine de minutes,
s’est dispersée.
On ne sait pas comment ces
hommes ont passé la nuit. Des
coupsdefeusporadiquesontretenti toute la soirée dans les environs
de Sloviansk. Des échanges de tirs
plus nourris ont été signalés dans
plusieurs localités au sud de la ville, séparatistes et forces armées
ukrainiennes affirmant tour à tour
être attaqués. Au matin, le ministère de l’intérieur ukrainien faisait
état de violents combats et de deux
nouveaux morts dans ses rangs,
après les deux tués de la journée.
L’assaut de vendredi, le plus
important depuis que des miliciens en armes tiennent la région,
est toutefois resté d’une ampleur
limitée. L’attaque, menée au sol et
avec l’appui d’hélicoptères, s’est
concentrée sur deux points de
contrôleaunorddelaville.Leprésident intérimaire Olexandre Tourtchinov a fait état de « nombreux
morts»dansle campprorusse.Cela
semble exagéré, les rebelles
n’ayant opposé, de leur propre
aveu, qu’une résistance symbolique. Ils ont toutefois abattu deux
hélicoptères ukrainiens. Un pilote
blessé a été montré à la télévision.
On ne sait pas qui repassera le
premier à l’offensive. Dans le doute, Sloviansk se barricade. La ville
de 100 000 habitants est devenue
quasi inaccessible aux journalistes
occidentaux. Sur la route, plusieurs ont été malmenés, on est
sans nouvelles d’autres.
L’information y arrive déformée, amplifiée au centuple. A Sloviansk, on peut entendre que l’eau
de Donetska été empoisonnée.Difficile d’imaginer comment sera
reçue l’annonce des affrontements
meurtriersà Odessa. Plus frappant,
civils comme miliciens refusent de
croire que les troupes envoyées
contre eux appartiennent aux forces régulières de Kiev : pour eux, il
ne peut s’agir que de membres de
Pravyi Sektor, l’organisation ultranationaliste ukrainienne qui avait
été en pointe pendant la révolution de Maïdan. Forte de « 17 000
hommes», elle aurait pour mission
de raser la ville.
Peur et bravade se mélangent.
Dans la matinée de vendredi, pendant que les cloches de l’église du
Saint-Esprit sonnaient à tout rompre pour avertir la population de
l’attaque ukrainienne, les prêtres
orthodoxes sont sortis pour bénir
des dizaines de petits rubans de
couleur imprimés de prières. Ceux
qui les portent autour du front
sont prêts à mourir, dit-on.
Vendredi matin,
les prêtres orthodoxes
sont sortis pour bénir
des dizaines de petits
rubans de couleur
imprimés de prières
Dans le même temps, le centreville s’est hérissé de nouveaux barrages. Les magasins ont fermé une
bonne partie de la journée, alors
que lors de la dernière attaque, une
semaineplustôt,la« viecivile»suivait son cours paisible à Sloviansk.
Des immeubles sont transformés
en fortins. On ne sait pas dans
lequel sont toujours retenus les
septobservateursétrangersdel’OSCE capturés il y a une semaine.
Des hommes encagoulés sillonnent les rues à bord de Lada ou de
minibus, arme au poing. Les défenseurs de Sloviansk forment un
mélange disparate et difficile à
quantifier. On peut croiser, à la sortie nord, des hommes bien armés
mais qui semblent totalement
désorganisés, incapables de savoir
ce qui se passe quelques centaines
de mètres plus loin. On aborde aussi « Frits », venu de Crimée comme
plusieurs autres combattants rencontrés les jours précédents. Ceuxlà – mi-aventuriers, mi-nationalistes exaltés – sont les mieux équipés, mais ils ont pour l’instant toujours paru refuser le combat.
Prèsdelapostecentraletransformée en bivouac, il y aussi le groupe
d’Alexandra – des jeunes de la
région, ouvriers, chômeurs, qui
rejettent la « junte fasciste » de
Kiev. Ce vendredi, Alexandra n’a
pas combattu. Quand les blindés et
les hélicoptères ukrainiens sont
sortis de la forêt et se sont dirigés
vers le barrage dont la jeune fille de
28ans et son unité avaient la garde,
elle a battu en retraite, laissant aux
autres le soin de faire le coup de
feu.Lafauteàl’armedérisoirequ’elle porte à la ceinture : un pistolet à
fusée éclairante. Elle attend une
autre occasion de monter au combat. « On n’a plus le choix, dit-elle,
c’est eux ou nous.» p
Benoît Vitkine
Le Soudandu Sud, Etat en dangerde mort
A Juba, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, aurait arraché une rencontre entre belligérants
Analyse
Johannesburg
Correspondant régional
I
l a fallu quatre mois pour
qu’un massacre au Soudan du
Sud suscite, enfin, une forme
d’émotion à l’extérieur du pays. A
Bentiu, les 15 et 16 avril, plusieurs
centaines de personnes ont été
tuées lors de la prise de la ville par
les rebelles pro-Riek Machar, l’exvice-président entré en rébellion
après avoir échappé aux hommes
du président Salva Kiir, qui
venaient le tuer, le 15 décembre2013, alors quel’armée etle parti au pouvoir implosaient. Désormais, une guerre civile est en cours
au Soudan du Sud. A la veille de sa
visite surprise à Juba, le 2 mai, lors
de laquelle il a obtenu une possibilité de rencontre entre les belligérants, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a pointé les risques de « génocide » dans le pays.
La plupart des massacres se
déroulent sans témoins extérieurs. Sauf à Bentiu, où il y avait
Khartoum
des employés de Médecins sans
frontièresà l’hôpitaldela villelorsSOUDAN
que les rebelles y sont entrés. Ils
ont assisté à des scènes d’exécution. Le chef de mission de l’ONG
Bentiu
au Soudan du Sud, Raphaël Gorgeu, a qualifié ces actes « d’affront RÉP.
SOUDAN DU SUD
fait à l’humanité».
CENTRAFRICAINE
Bor
Depuis le 15 décembre, les victiJuba
mes du conflit au Soudan du Sud
KENYA
meurent dans l’oubli ou l’indifféRDC
OUGANDA
rence. Les rebelles nient toute
implication dans cette « horreur »,
comme l’a qualifié la Maison Blan- mais aussi les rivalités politiques
che. Le camp adverse avait démen- et la manipulation des violences
ti tout aussi farouchement son pour vider les zones d’exploitaimplication dans l’attaque du tion pétrolière. Ainsi, dans les
camp des Nations unies de Bor années1990, despopulationschaspoury tuer descivils réfugiésà l’in- sées de leurs terres par des massacres ont parfois été enfermées
térieur.
L’ONU, après les Etats-Unis, dans des poches, condamnées à la
menace les belligérants de sanc- famine pour que des chefs de
tions. Mais cela impressionne-t-il guerre accaparent l’aide humaniles responsables des deux camps ? taire, nourrissent leurs combatIl est urgent de connaître la répon- tants ou la vendent pour s’enrise à cette question, pour être en chir.
Aucun de ces problèmes n’a été
mesure de briser le cycle des massacres au Soudan du Sud. D’autant traité avec sérieux lors du procesque les responsabilités de ce crash sus de paix, de la période de transinational sont à chercher aussi tion et depuis l’indépendance.
Trop compliqué pour les diplomaau-delà des frontières.
Un pays neuf est un laboratoire tes ou les « groupies » occidentales
où les erreurs se paient au prix pro-SPLA/M aux Etats-Unis, préféfort, celui de la vie de ses habitants. rant la version simpliste d’une hisLe Soudan du Sud avait été un toire complexe, où les Sudistes
seraient tous d’innocentes victimes et les Nordistes les brutes.
La nature de l’aide des partenaires occidentaux, Etats-Unis en
tête, qui ont soutenu la partition
du pays, a d’ailleurs surtout été
humanitaire, remplissant toutes
lesconditionsd’unéchec programmé : 98 % des recettes nationales
sud-soudanaises proviennent du
pétrole, alors que 90 % des servirêve, presque une utopie, pour des ces de l’Etat sont assurés par des
générations de Sudistes pendant étrangers (ONU, ONG…), tandis
un demi-siècle. Ce qui le menace à que la classe dirigeante vidait les
présent, ce sont avant tout ceux caisses.
De plus, la scission, en 2011, de
qui le dirigent, issus de l’ex-rébellion sudiste, l’Armée/Mouvement l’ex-plus grand pays d’Afrique, le
de libération des peuples du Sou- Soudan, a donné naissance à de
dan (SPLM/A), ou de l’un des grou- mauvais voisins. Dès sa création,
pes armés qui, au temps de la gran- le nouveau pouvoir de Juba s’est
de guerre civile (1983-2005), ont armé dans la perspective d’une
combattu pour le pouvoir nordis- confrontation avec Khartoum.
Nul n’a voulu voir que le risque
te de Khartoum.
La raison de cette « traîtrise » principal était au Sud. Même si les
tient à la densité des enjeux services secrets de Khartoum ont,
locaux au Sud. Notamment les comme le soupçonnent de nomquestions de terre et de bétail, breux observateurs,manipulécerÉTHIOPIE
Slovianskse barricade
en attendantl’assaut
dela «juntefasciste»
3
La veille de sa visite
surprise à Juba,
John Kerry a pointé
les risques
de «génocide»
dans le pays
Un rebelle pro-Riek Machar dans les rues de Bentiu, le 20 avril,
après le massacre de centaines de civils. EMRE RENDE/REUTERS
tains acteurs, c’est bien une guerre
sud-sud qui a commencé en
décembre, et son déclenchement
incombe aux dirigeants locaux.
Les tensions croissantes à l’approche des premières élections du
pays, en 2015, sur fond de dérive
autocratique du président Salva
Kiir, avaient pourtant suscité de
fortes inquiétudes. Mais depuis
quatre mois, plus personne ne
semble avoir d’emprise sérieuse
sur le Soudan du Sud. Les EtatsUnis ont découvert que leurs
anciens protégés étaient allergiquesà touteintervention.LesEuropéens sont apparus pour ce qu’ils
sont : des poids plumes. Les
Chinois, acteurs centraux de l’exploitation pétrolière au Nord comme au Sud, restent en retrait.
Le Mouvement de libération
des peuples du Soudan (MLPS) est
incapable de reprendre le contrôle
du navire. Comme l’explique une
bonne source à Juba : « L’armée [la
SPLA] s’est d’abord imposée comme le vrai centre du pouvoir puisque le parti [le MLPS] était déchiré
entre factions. Puis lorsque l’armée
a implosé à son tour, le 15 décembre, il n’est rien resté que la lutte à
mort pour l’emporter. C’est le règne
du tout ou rien : tout le pouvoir,
tout le pétrole, pour les vingt prochaines années. »
Ce constat n’a pas, à ce jour,
déclenché d’alertes à la hauteur
des atrocités commises. Or, ce
conflit menace aussi de déstabiliser toute une région, à la charnière
entre l’océan Indien, et les Grands
Lacs, l’une des plus prometteuse
économiquement d’Afrique.
L’Ouganda intervient aux côtés
des loyalistes de Juba, car le président Salva Kiir, depuis le début de
la crise « n’a plus d’armée », selon
des sources concordantes. Il fait la
guerre avec un patchwork de forces : troupes ougandaises, dernier
carré de militaires fidèles de sa
région, miliciens recrutés à la hâte,
et pour couronner le tout, rebelles
du JEM (Mouvement pour la justice et l’égalité), originaires du Darfour.
En face, Riek Machar n’est pas
mieux loti. Son camp « rassemble
plus les anti-Salva Kiir que les proMachar », résume un diplomate.
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Élect LES DÉRIVES DU
Certainsgroupesde la White Army
(milices traditionnelles Nuer)
n’obéissent pratiquement à personne d’autre qu’à leurs chefs
locaux et à leurs prophètes.
Les membres de l’IGAD, l’organismerégionalchargédes négociations entre délégations des deux
camps à Addis-Abeba, en Ethiopie,
sont englués dans leurs rivalités.
L’intervention ougandaise irrite
l’Ethiopie, qui redoute la propagation des rébellions à travers la
Ce conflit menace
de déstabiliser
toute une région,
à la charnière
entre l’océan Indien
et les Grands Lacs
région. L’Egypte des militaires
post-Morsi a signé un accord militaire avec Juba, pour nuire à Khartoum, où le pouvoir du général
Bachirest prochedesFrères musulmans, et se place sur l’échiquier du
désordre dans le cadre des disputes liées au partage des eaux du
Nil.
Les risques de dégradation de la
situation sont aussi économiques.
Le Kenya, qui exportait massivement vers le Soudan du Sud, voit
s’envoler les grands projets d’infrastructures (oléoducs, chemin
de fer…) qui devaient pousser au
décollage de l’Afrique orientale.
Il y a peut-être un gagnant dans
ce désastre : le pouvoir soudanais.
Il donne des garanties à Salva Kiir
pour profiter des royalties du
pétrole sudiste encore évacué par
le Nord, touten donnant,probablement, un coup de main à Riek
Machar. Le Soudan, qui a perdu
75 % de sa production pétrolière
lors de l’indépendance du Sud,
tientsarevanche.Le pouvoirsudiste, ex-favori des Occidentaux, est
abandonné à son suicide. Pendant
ce temps, les forces armées soudanaises lancent des opérations
d’une incroyable brutalité au Darfour et au Kordofan (179 villages
brûlés au cours des dernières
semaines), en toute tranquillité. p
Jean-Philippe Rémy
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0123
international & planète
L’arrestation de Gerry
Adams fait ressurgir le lourd
passé de l’Irlande du Nord
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
La résistance aux antibiotiques devient
une menace à l’échelle mondiale
Selon l’OMS, des infections courantes et des blessures mineures pourraient à nouveau tuer
L’absence de processus de réconciliation dans
les accords de 1998 obère l’avenir de la province
Londres
Correspondance
L
a police d’Irlande du Nord a
étendu,vendredi2 mai,la garde à vue de Gerry Adams
pourquarante-huitheuressupplémentaires. Le leader du Sinn Fein,
le parti républicain, a donc passé
une troisième nuit en cellule, suspectéd’avoircommanditéle meurtre, en 1972, de Jean McConville,
une femme que l’IRA croyait – à
tort – être une informatrice des
autorités britanniques. M. Adams
dément toute responsabilité, et il
n’a pas été mis en examen.
Son cas vient cependant illustrer un problème resté irrésolu en
Irlande du Nord: comment s’occuperdescrimesdupassé ? Silescombattantsde laprovincebritannique
ont su faire la paix, ils n’ont pas
engagé de processus comparable à
la commission Vérité et Réconciliation instaurée en Afrique du Sud à
lachute de l’apartheid.Au moment
des accords du Vendredi saint, en
1998, qui ont fait taire les armes,
seul le sort des paramilitaires républicains et unionistesemprisonnés
aétéréglé.Leurpeineaétéréduiteà
deux ans au maximum, assurant à
environ500prisonniersunelibération en juin2000 au plus tard.
En revanche, rien n’était prévu
pour deux autres cas de figure. Le
premier concerne les crimes qui
n’ont pas été jugés, et pour lesquels il n’y avait pas de suspect. Le
second est celui des paramilitaires
qui étaient recherchés par la police, mais étaient en fuite.
En 2006, le gouvernement de
Tony Blair a tenté de régler la situation de ces derniers. Il a proposé
une loi qui aurait permis de les
juger, mais sans les obliger à comparaître et en leur évitant toute
peine de prison. Mais l’idée a été
abandonnée face à l’opposition
des différents partis politiques.
Officiellement, tout était alors
bloqué. En secret, pourtant, le gouvernement britannique a accordé
l’équivalent d’une amnistie à près
de 190 ex-membres de l’IRA. Il leur
a envoyé une lettre qui, sans tirer
un trait sur le passé, leur assurait
que le procureur général n’avait
pas l’intention de les poursuivre.
L’affairea provoqué un scandale
quand elle a été révéléeil y a un peu
plus de deux mois. Le procès de
John Downey, accusé d’avoir posé
unebombequi a tuéquatremilitaires dans Londres, à Hyde Park en
1982, devait s’ouvrir. Mais il a été
annulé au dernier moment, quand
l’hommeaexhibélalettredesautorités britanniques. L’existence de
cette amnistie de facto a été qualifiée d’« erreur dramatique » par le
premier ministre David Cameron.
3 500 morts de 1969 à 1998
Seize ans après les accords de
paix, l’Irlande du Nord se retrouve
donc confrontée à un lourd passé,
qui a fait 3 500 morts entre 1969 et
1998, et qu’elle n’arrive pas à gérer.
Pourtant,espérer que le temps suffira à effacer les cicatrices serait
naïf. La province ne compte que
1,8milliond’habitants,lesprotagonistes se connaissent bien, souvent depuis des générations, et ils
ne peuvent pas s’éviter. L’assassinat de Jean McConville, auquel
Gerry Adams serait lié, l’illustre. Le
kidnapping de cette femme fut
mené par des voisins, que ses
enfants ont reconnus au moment
des faits.Aujourd’huiencore,ceuxci les croisent parfois dans la rue.
Impossible, pour eux, d’imaginer
une amnistie.
Dans ces conditions, Richard
Haas, un diplomate américain, a
été chargé de trouver une solution
pour s’occuper du passé. En 2013, il
a réuni les partis politiques pour
leur proposer une sorte de tribunal de la mémoire qui enquêterait
sur les cas non résolus, mais dont
les informations ne pourraient
pas être utilisées par la justice. Fin
décembre, les négociations ont
échoué une nouvelle fois. p
Eric Albert
Etats-Unis L’ONU appelle Washington
à un moratoire sur la peine de mort
GENÈVE. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme
a dénoncé, vendredi 2 mai, la cruauté de l’exécution d’un
condamné à mort cette semaine dans l’Oklahoma et demandé
aux Etats-Unis un moratoire immédiat sur la peine de mort. Clayton Lockett avait agonisé pendant une quarantaine de minutes,
après l’expérimentation d’une nouvelle injection létale. – (AFP.)
Afghanistan 2 000 disparus dans une coulée de boue
MAZAR-E-CHARIF. L’ONU a annoncé que 350 personnes ont péri,
vendredi 2 mai, dans des glissements de terrain provoqués par
des pluies torrentielles dans le nord-est de l’Afghanistan. Alors
que les autorités du Badakhchan s’inquiétaient du sort de
300 familles portées disparues, les recherches se poursuivaient
pour secourir des victimes piégées dans les décombres. – (AFP.)
L
a résistance aux antibiotiques est devenue une réalité
à laquelle aucune région du
monde n’échappe. Demain, des
infections banales et des blessures
légères,soignées depuisdes décennies, pourraient redevenir mortelles. Dans son premier rapport sur
cette problématique publié mercredi 30 avril, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dresse un
constat très alarmant à partir des
données provenant de 114 pays.
L’organisation estime que le monde s’achemine vers une « une ère
post-antibiotique».
Le phénomène de résistance
auxagentsantimicrobiensse développe lorsqu’un micro-organisme
– qu’il s’agisse d’une bactérie, d’un
virus, d’un champignon ou d’un
parasite – n’est plus mis hors de
combat par un médicament
auquel il était jusque-là sensible.
L’usage inapproprié des antimicrobiens est l’une des principales
causes de résistance.Dans les pays
pauvres, les doses administrées
sont trop faibles et, dans les pays
riches, leur consommation est au
contraire excessive. S’il est inéluctable, ce phénomène n’avait pas
auparavantles mêmesconséquences. L’apparition et le développement de souches résistantes à un
antibiotique donné étaient contrebalancésparl’existenced’unealternative avec des options variées.
Or, depuis la fin des années
1980, la mise au point de nouveaux antibiotiques s’est raréfiée,
créant des situations d’impasse
quand les antibiotiques de dernier
recours sont à leur tour concernés
par les résistances.
Le rapport cite ainsi la résistance au traitement de dernier
recourscontre lesinfectionspotentiellement mortelles causée par
une bactérie intestinale courante,
Klebsiellapneumoniae.Larésistance s’est « propagée à toutes les
régions du monde ». Entre leur
apparition dans les années 1980 et
aujourd’hui,les fluoroquinolones,
les plus largement utilisés contre
lesinfectionsurinaires,sontdésormais inefficaces pour plus de la
moitié des patients.
Touchant plus de 106 millions
de personnes par an, les infections
par le gonocoque (bactérie responsable de la blennorragie) ne sont
pas mieux loties: l’échec du traitementdedernierrecours–lescéphalosporines de troisième génération – a été confirmé en Afrique du
Sud, en Australie, en Autriche, au
Canada,enFrance,auJapon,enNorvège,au Royaume-Uni,en Slovénie
et en Suède.
Les personnes atteintes d’une
infectionparunesouchedestaphylocoquedorérésistantà laméthicilline ont un risque de décès 64 %
plus élevé que celles atteintes
d’une forme non-résistante de l’infection.Latuberculose,avecl’apparition de souches multirésistantes
et même de souches ultrarésistantes,l’infectionparle VIHou le paludisme sont eux aussi concernés.
L’institution onusienne souligne « des lacunes significatives
dans la surveillance et un manque
de références communes». «La surveillance de la résistance aux antibactériens n’est ni coordonnée ni
harmonisée», regrette l’OMS.
Ce document est « un premier
pas dans la bonne direction », estime le Dr Annette Heinzelmann,
directrice médicale de Médecins
sans frontières (MSF). « Il apporte
de nouveaux éléments et permet de
lancer un message d’alerte fort. Le
En Europe, les
médecins continuent
de prescrire en excès
les antimicrobiens
constatqu’ildresseestencoreincomplet: la situation dans de nombreux
pays d’Afrique subsaharienne n’y
est pas documentée, faute de données disponibles et, pour l’instant,
seule la résistance aux antibiotiques de sept bactéries est abordée.»
L’organisationhumanitairerapporte la présence de « résistances
parfois multiples aux antibiotiques». C’estainsique75 % desinfections constatées chez les patients
en provenance d’Irak et pris en
charge à Amman (Jordanie) pour
une chirurgie reconstructive sont
dues à des bactéries résistantes.
Surun autreterrain,laCentrafrique, les équipes de MSF ont soigné
cinq blessés présentant des plaies
infectées par des « bactéries contre
lesquellesles antibiotiquescouramment utilisés étaient inefficaces».
Pour la députée européenne
Michèle Rivasi, les médecins en
France et en Europe continuent
malgré les recommandations gouvernementales de prescrire en
excèsdes antibiotiques,« encouragés par les laboratoires qui les produisent». L’élue Europe-EcologieLes Verts dénonce également l’administration d’antibiotiques « en
prévention à tous les animaux,
même ceux qui ne sont pas malades» dans les élevages intensifs.
Avec ce rapport, l’OMS lance un
plan d’action mondial sur la résistance aux antimicrobiens reposant sur la mise en place de système de surveillance chez les
humains et chez les animaux, le
développement de la prévention
des infections et la mise au point
de nouveaux antibiotiques.
Pour MSF, il est aussi urgent de
limiter la prescription à « des praticiensformésetinformés»,d’intensifierlalutte contrelacontrefaçonde
médicaments, l’application des
règles d’hygiène et de stérilisation
dans la pratique médicale.
Poursa part,MichèleRivasimilite pour des thérapies alternatives
aux antibiotiques, « qui peinent à
trouver leur place en Europe, comme la phagothérapie, pour laquelle
on utilise des virus existant dans la
nature qui détruisent, par exemple,
les staphylocoques dorés». p
Paul Benkimoun
AuCaire,le harcèlementsexuel mène en prison
L
Ce dimanche à 12h10
GNÉNÉMA MAMADOU COULIBALY
Ministre ivoirien de la Justice
répond aux questions de Philippe Dessaint (TV5MONDE),
Sophie Malibeaux (RFI), Cyril Bensimon (Le Monde).
Diffusion sur les 8 chaînes de TV5MONDE, les antennes de RFI et sur Internationales.fr
0123
’histoire pourrait sembler
anecdotique. Elle a pourtant
été relayée par plusieurs
journaux égyptiens. Mercredi
30avril, un tribunal de première
instance a condamné, au Caire,
un jeune homme d’une vingtaine
d’années à un an de prison, peine
assortie d’une amende de
10000 livres égyptiennes
(1 030 euros).
Son délit? Avoir critiqué la
tenue vestimentaire, qu’il jugeait
trop osée, d’une Egyptienne dans
une station de métro de la capitale. La femme a déposé une plainte
au poste de police le plus proche.
L’affaire a été portée devant la justice, qui a reconnu l’agresseur coupable de harcèlement sexuel.
Cette condamnation est une
première depuis la révision,
début avril, de la loi sur le harcèlement sexuel en Egypte. « Avant,
seuls trois articles du code pénal
pouvaient être invoqués en cas
d’agression. Il n’existait pas de loi
spécifique», précise Soraya
Bahgat, cofondatrice de Tahrir
Bodyguard, mouvement de lutte
contre les agressions sexuelles
dans les lieux publics.
Désormais, la loi est claire : toute approche basée sur des paroles
ou des actes à connotation sexuelle ou pornographique, dans un
lieu public comme privé, sera
reconnue comme harcèlement
sexuel.
Schizophrénie
En Egypte, selon une étude
menée en avril 2013 par les
Nations unies, 99,3 % des femmes
interrogées ont déclaré avoir déjà
été victimes de harcèlement
sexuel, de l’anodine remarque
sexiste au viol. « Ces amendements vont aider à endiguer l’augmentation du phénomène et
encourageront les femmes à saisir
la justice contre leurs agresseurs»,
espérait Mostafa Mahmoud,
l’avocat de la victime, devant la
presse.
Le harcèlement sexuel est longtemps demeuré un sujet tabou,
inexistant dans le débat public,
avant que des associations de la
société civile ne dénoncent le
fléau au milieu des années 2000.
Dix ans plus tard, après des séries
de campagne de sensibilisation
et la médiatisation des agressions des manifestantes de la place Tahrir, le phénomène est toujours aussi prégnant et peu de
femmes osent porter plainte.
« Dans l’affaire du métro, les
gens applaudissent le courage de
la victime, qui s’est retournée
contre son agresseur. C’est choquant. Ce devrait être un acquis,
regrette Soraya Bahgat. L’opinion
publique est complètement schi-
zophrène. A la fois, elle condamne
les agresseurs et, en même temps,
elle blâme les femmes pour leur
attitude dans la sphère publique. »
Dernier scandale en date rapporté par la campagne « Shoft
Taharosh» (« témoins de harcèlement») : celui d’une étudiante
agressée verbalement et physiquement le 16mars par un groupe
d’étudiants à l’université duCaire.
Après plusieurs minutes, ce sont
les agents de sécurité du campus
qui ont permis à la jeune femme
d’échapper à ses agresseurs.
Le soir même, le doyen de l’université déclarait à la télévision
que l’étudiante portait des « vêtements inappropriés». Trois jours
plus tard, après l’indignation de
plusieurs associations, le doyen a
présenté ses excuses et a annoncé
l’ouverture d’une enquête. p
Marion Guénard
(Le Caire, correspondance)
5
0123
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
L’euro a failli mourir, vive la Banque centrale européenne!
Face à des Etats hésitants ou rétifs, l’institut de Francfort a su installer son pouvoir et sa crédibilité à partir du début de la crise de la zone, en 2008
F
rancfort, jeudi 17 avril.
En cette fin d’aprèsmidi, les bureaux se
vident: les salariés allemands filent en weekend prolongé de Pâques.
Dans le centre-ville, quelques touristesprofitent dusoleil printanier.
« Regardez ! », s’exclament en
anglais trois Britanniques, la trentaine détendue, apercevant la tour
de la Banque centrale européenne
(BCE). Ils s’approchent pour prendre une photo. « C’est là que travaillele présidentdel’Europe,Mario
Draghi », annonce l’un d’eux, sûr
de son fait.
L’anecdote peut prêter à sourire,
mais elle en dit long sur le poids
politique qu’a pris la BCE pendant
lacrise.Ellequi,autrefois,secontentait de surveiller sagement l’inflation,veilleaujourd’huià lastabilité
du système financier européen
dans son ensemble.
A Lisbonne, elle négocie, avec le
Fonds monétaire international
(FMI) et la Commission européenne,lasortiedupland’aideduPortugal, prévue le 17 mai. A Francfort,
ellebâtitlesuperviseurbancaire,ce
supergendarme qui fera bientôt
régner l’ordre parmi les grandes
banques. L’euro fort menace notre
compétitivité? C’est elle, encore,
que Manuel Valls interpelle mardi
29avril, dans l’espoir qu’elle agisse.
« La BCE est sortie de la crise avec
des pouvoirs et une crédibilité renforcés », constate Bruno Colmant,
économiste à l’Université catholique de Louvain. « On a parfois l’impression qu’elle a plus d’influence
que nous », confie un eurodéputé,
agacé du surnom que la presse
anglo-saxonne prête à Mario Draghi : « L’homme le plus puissant
d’Europe».
En 2007, avec
la première vague
de la crise américaine
des subprimes, la BCE
prouve qu’elle est
capable d’agir avec
pragmatisme. Et vite
Et pourtant. En 2006, personne
n’aurait parié que le sort de la zone
euroreposeraitsurcettejeuneinstitution, née en 1999 avec la monnaie unique. « A l’époque, c’était
une annexe plan-plan de la Bundesbank, la banque centrale allemande», se souvient un banquier.
Tout change à partir de l’été
2007, lorsque la première onde de
choc de la crise des subprimes
atteint l’Europe. Soudain, les liquidités en dollars dont ont besoin les
banques pour fonctionner s’assèchent,menaçantl’ensembledusystème financiereuropéen. Le 9 août,
Jean-ClaudeTrichet,présidentde la
BCEàl’époque,interromptd’urgence ses vacances à Saint-Malo pour
appeler les six membres de son
directoire. « Il n’y avait pas une
minute à perdre, nous risquions le
pire », raconte le Français. En deux
heures, la décision est prise : pour
la première fois, la BCE offre une
60 %
Mais la zone euro est toujours la
cible des spéculateurs. Au printemps 2012, les taux d’intérêts italiens, portugais et grecs frisent des
sommets: 6 %, 15 %, 30 %… Intenable. M. Draghi décide d’agir.
Le 26 juillet 2012, à Londres, il
prononce cette phrase qui restera
dans les mémoires : « La BCE est
prête à faire tout ce qu’il faut pour
préserver l’euro et, croyez-moi, cela
sera suffisant. » Quelques semaines plus tard, il dégaine la menace
de l’OMT, l’opération monétaire
sur titres, l’arme ultime qui permet à la BCE d’acheter sans limites
la dette des Etats attaqués par les
marchés. La spéculation stoppe
net. Sans même avoir eu besoin
d’activer l’OMT.
« Cela fait beaucoup
de pouvoirs entre
les mains d’une
institution non élue »
Philippe Lamberts
eurodéputé Vert de Belgique
MICHAELA REHIE
quantité illimitée de liquidités aux
banques de la zone euro. Une bombe :laBCEprouveàceuxquiendoutaient qu’elle est capable d’agir
avec pragmatisme. Et vite. « Rien à
voiravecl’EurogroupeetlaCommission, où l’on débat pendant des
semainesavantdesedécider»,souffle un fin connaisseur des institutions européennes.
Réactivité et pragmatisme : il
n’en faudra pas moins pour affronter les conséquencesde la faillite de
la banque américaine Lehman Brothers, à l’été 2008. Là encore, la BCE
vole au secours des banques européennes et leur épargne un scénario catastrophe. On l’applaudit.
Mais les choses se corsent. Au fil
des mois, la crise financière américainesetransformeencrisedesdettes souveraines européennes.
Fin 2009, la Grèce est attaquée
par les spéculateurs, qui commencent à parier sur sa sortie de la zone
euro. Puis sur celle des autres
«maillonsfaibles» :Portugal,Irlande,Espagne…«LaBCEse révèlealors
la seule institution disposant d’armes susceptibles d’éteindre l’incendie»,raconteNatachaValla,duCentred’étudesprospectivesetd’informations internationales (CEPII).
Encore faut-il qu’elle puisse les
utiliser ! Car, contrairement à la
Réserve fédérale américaine, la
BCE n’a pas en face d’elle un seul
chef d’Etat, mais dix-sept, incapables de s’entendre sur les mesures
à prendre. « Ils ne comprenaient
pas la gravité de la crise, se souvient un ancien de la BCE. Pour les
convaincre, M. Trichet allait les voir
avec des graphiques et annonçait
des catastrophes. » Les relations
sont particulièrement tendues
avec l’Allemagne, dont l’opinion
publique se révolte à l’idée de
C’est la proportion de Français qui se disent « intéressés» par les
élections européennes du 25 mai, selon un sondage BVA pour
i-Télé et Le Parisien-Aujourd’hui en France, réalisé auprès d’un
échantillon de 1 102 personnes de 18 ans et plus et publié samedi
3 mai. Cet intérêt est nettement moins fort que pour les municipales de mars, pour lesquelles 76 % des personnes interrogées se
disaient intéressées. Mais il est supérieur de six points à celui
enregistré pour les européennes de 2009.
A l’époque, l’abstention avait atteint le niveau record de 59 %.
Dans l’enquête, 39 % des personnes interrogées se disent « pas
intéressées» par le scrutin. Par ailleurs une large majorité des sondés, 73 %, souhaite que les électeurs votent sur les enjeux européens lors du scrutin. Quelque 21% pensent que le scrutin servira à sanctionner le président de la République, et 6 % à le soutenir. – (AFP.)
devoir payer pour les mauvais élèves du Sud. Et où la Bundesbank,
gardienne de l’orthodoxie monétaire, s’indigne de la politique
« irresponsable» du Français.
Les tensions éclatent une première fois en mai 2010. Un prêt de
110 milliards d’euros est accordé à
la Grèce, au bord de la faillite. Mais
l’Allemagnerefusetoujoursleprincipe d’une solidarité commune
pour stopper la contagion. JeanClaude Trichet sort de ses gonds. Le
7 mai au soir, il interpelle les chefs
d’Etat lors d’un Conseil européen:
«Certainsd’entrevousn’ontpasrespecté le pacte de stabilité pendant
desannéesetmaintenantvousvoulez laisser tomber la Grèce ? » Un
accord est finalement scellé le
10 mai, à l’aube : un fonds européen de stabilisation financière est
créé, doté de 750milliards d’euros.
Une petite victoire pour la BCE,
quicommetalors unpremiersacrilège. Elle rompt avec la doxa de la
Bundesbank pour acheter quelques titres d’Etat sur les marchés,
afin de faire retomber leurs taux.
Cette fois, le divorce est consommé. Dès le 11 mai, le patron de la
« Buba», Axel Weber, ulcéré, critique publiquement la décision de
Jean-ClaudeTrichet: une première.
Il démissionnera le 11 février 2011.
« Un moment douloureux, mais la
BCE a gagné en maturité en se libérant de cette tutelle », commente
un conseiller de Bruxelles.
Au fil des « sommets de la dernière chance», l’institutionva chaque fois un peu plus loin. Au sein
dela«troïka»(FMI,BCEetCommission européenne), elle négocie les
mesures d’austérité que doivent
appliquer la Grèce, l’Irlande et le
Portugal. « Elle joue dès lors un rôle
politique qui n’a rien à voir avec sa
mission initiale », remarque Marcel
Fratzscher, président de l’institut
économique allemand DIW. « Cela
fait beaucoup de pouvoirs entre les
mains d’une institution non élue »,
s’exaspèrePhilippeLamberts,eurodéputé vert de Belgique.
Ennovembre2011,MarioDraghi
prend la tête de la BCE et passe à la
vitesse supérieure. En fin stratège,
il lance une opération séduction
auprès de Berlin. Vante l’orthodoxiedela«Buba».Accordeuneinterview au tabloïd allemand Bild, qui
le coiffe d’un casque à pointe prussien en couverture… «Pour s’imposer, il s’est montré plus allemand
que les Allemands », confie un
ancien de la BCE. Avec succès : il
convainclachancelièreAngelaMerkel d’assouplir ses positions.
En parallèle, le « Dottore Draghi » s’attaque à une autre tâche :
convaincre les chefs d’Etat de renforcer les institutions de la zone
euro. En mai 2012, il souffle ainsi
que son action sera inefficace sans
la construction de l’union bancaire. Quelques semaines après, les
dirigeants européens scellent sa
création. « Sans ce discret lobbying
de la BCE, nous n’en serions pas là »,
remarqueCharlesWyplosz,del’Institut des hautes études de Genève.
Aujourd’hui, Mario Draghi s’inquiète de l’inflation trop basse
dans la zone euro, conséquence,
entreautres,de l’eurofort,quiflirte
avec1,40dollar.Débutavril,àWashington, il a déclaré la BCE « prête à
prendre des mesures non conventionnelles» pour stopper la hausse
de la monnaie unique, comme
l’achat de créances d’entreprises.
« Il espère refaire le coup de
juillet 2012, lorsque ses seuls mots
avaientchangéladonnesurlesmarchés », analyse Patrick Artus, de
Natixis. Avant de conclure,
inquiet: « Cette fois, ça pourrait ne
pas suffire.» p
Marie Charrel
6
0123
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
Jean-ClaudeTrichet
etMarioDraghi:deuxstyles
àlaBanquecentrale
Le premier a dirigé la BCE de 2003 à 2011, le
second lui a succédé en pleine crise de la dette
Jean-Claude Trichet et Mario Draghi, à Bruxelles, en 2014. F. LENOIR/REUTERS
J
M
Son style
Haut fonctionnaire, il est plus
politique qu’économiste. Il souffre d’une réputation d’indécrottable tenant de la rigueur monétaire,
phobique de l’inflation.
Son style
Fin stratège, il sait gagner à sa
cause les sceptiques en pratiquant
le « donnant-donnant». On raconte qu’il ne porte pas de manteau
pour souligner la coupe parfaite
de ses costumes.
Sa phrase
«Reprenez vos esprits !», avait-il
lancé en octobre2008 aux investisseurs.UnmoisaprèslachutedeLehman Brothers, un vent de panique
continuait de souffler sur les marchésmalgréunebaissecoordonnée
des taux des banques centrales.
Sa phrase
« La BCE est prête à faire tout ce
qu’il faut pour préserver l’euro et,
croyez-moi, ça sera suffisant. » Prononcés le 26 juillet 2012, à Londres,
ces quelques mots ont stoppé net
les spéculateurs qui pariaient sur
l’explosion de la zone euro.
Son surnom
Le Financial Times l’appelait «le
préfet des banquierscentraux». A la
BanquedeFrance(1993-2003),onle
surnommait « l’ayatollah de l’euro
fort».
Son surnom
« Il Dottore Draghi », « Super
Mario », quand ce n’est pas « l’homme le plus puissant d’Europe »…
ean-Claude Trichet fut nommé
à la présidence de la Banque
centrale européenne (BCE) en
2003, quatre ans après la création
de celle-ci. En prenant les premières mesures contre la crise, il a renforcé la crédibilité de l’institution.
Son arme fatale
LeLTRO, pourlongterm refinancing operation, lancé en septembre 2009 pour prêter aux banques
assoiffées des montants illimités
d’argent au taux de 1 % sur un an.
Son hobby
La poésie, passion qu’il tient de
sonpère, enseignantet normalien.
Son défaut
Un accent français à couper au
couteau, qui faisait parfois sourire
pendant les sommets en anglais.
Son erreur
Enjuillet2008,deuxmoisavant
la chute de Lehman Brothers, il
remontele taux directeur de la BCE
de 4% à 4,35%. Idem en 2011, de 1 %
à 1,5% en juillet. p
M. C. et C. G.
ario Draghi a pris la tête
de la Banque centrale
européenne (BCE) en
novembre2011. Il a mis fin à la crise des dettes souveraines et a accéléré la mutation de l’institution.
Son arme fatale
L’OMT, ou opération monétaire
sur titres, qui permet en théorie à
la BCE d’acheter des dettes publiques de façon illimitée. Sa seule
création a suffi à rassurer les marchés alors que, dans les faits, elle
serait incroyablement complexe à
mettre en œuvre.
Son hobby
Le golf. Il est aussi supporteurde
l’ASRoma, le clubde foot de sa ville.
Son défaut
De 2002 à 2005, il a été vice-président de la branche européenne
de la banque Goldman Sachs.
Son erreur
Il a laissé l’inflation,dans la zone
euro, glisser sous la cible des 2 %
(0,7 % en avril). Mais il a encore
deux ans pour corriger le tir. p
M. C. et C. G.
www.monde-diplomatique.fr
MAI 2014
CONTROVERSE
L’universalisme,
une arme pour la gauche
Par Vivek Chibber
Chaque mois, avec Le Monde diplomatique,
on s’arrête, on réf léchit.
Chez votre marchand de journaux, 28
pages. 5,40 €
Malgré les récentes réformes,
l’euro demeure une monnaie bancale
Des incertitudes politiques, juridiques et financières pèsent encore sur l’avenir de la zone
L
’Américain Paul Krugman,
prix Nobel d’économie en
2008, a prédit sa mort imminente plus de onze fois entre
avril 2010 et juillet 2012, rappelle,
moqueur, l’historien et économiste Niall Ferguson sur le site du Huffington Post. M. Krugman avait-il
tort ou raison trop tôt ?
Après quatre ans de crise et de
sommets politiques théâtralisés,
l’euro a résisté au pire. Les spéculateurs n’ont pas eu sa peau. Les
investisseurs qui, hier, attaquaient les dettes souveraines des
pays « faibles» de sa zone comme
l’Italieou l’Espagneaprès avoir terrassé la Grèce, l’Irlande et le Portugal, semblent désormais apaisés.
Rassurés par les « réparations »
opérées ces dernières années.
Quiconque voudrait batailler
contre l’euro perdrait, a prévenu
Mario Draghi, le président de la
Banque centrale européenne
(BCE). Les grandes aberrations de
l’union monétaire européenne
construite sans véritable union
budgétaireet politique ont été corrigées ou sont en passe de l’être.
En cas de catastrophe, la BCE a
les moyens d’être un prêteur en
dernier ressort des Etats. Grâce à
un outil au nom barbare, OMT
(opération monétaire sur titres),
elle pourrait acheter sur le marché
la dette des pays que les investisseurs dédaigneraient. Assez pour
éviterqueles tauxd’intérêtne s’envolent à des niveaux insupportables. Le mécanisme européen de
stabilité (MES), sorte de Fonds
monétaire international (FMI)
européen, viendrait, lui, au
secours des pays en déroute.
Enfin, l’union bancaire, en assurant la surveillance des établissements financiers potentiellement
dangereux au sein de la zone euro,
doit éviter l’émergence d’une
catastrophe, d’un Lehman Brothers européen.
Pourtant,deséconomistescontinuent de douter, des politiques
d’imaginer et certains citoyens
d’espérer la mort de la monnaie
européenne. « Il est absolument
clair que la situation psychologique
a changé. Le risque d’explosion ou
de faillite d’un Etat de la zone euro
est sorti des esprits, mais tous les
problèmes majeurs ne sont pas
réglés », commente Patrick Artus,
chef économiste chez Natixis.
La quantité énorme de dettes
accumulées par certains pays
effraie.EnGrèce, en Italie,au Portugal, en France et en Belgique, l’endettement frise ou dépasse 100 %
duproduitintérieurbrut(PIB),souligne M. Artus. Si les taux d’intérêt
grimpent, les Etats pourraient être
pris au piège sans que la BCE puisse dégainer son arme.
« L’OMT n’est encore qu’une
parole prononcée par M. Draghi,
L’outil n’a jamais été testé. On peut
s’interroger sur la pratique », atteste Steve Ohana, professeur assistant en finance à ESCP Europe et
auteur de Désobéir pour sauver
l’Europe (éd. Max Milo, 2013).
« Une zone monétaire
parfaite, ça n’existe
pas. Ça ne tient que s’il
y a volonté politique »
Jean-Marc Daniel
économiste et historien
Pour déclencher l’OMT, l’Etat
doitd’abordfairela demanded’une
aide du MES. Or cette requête s’accompagnedecontreparties:efforts
de désendettement, surveillance…
La mémoiredes plans d’austérité et
de la brutalité de la « troïka», l’attelage formé par la BCE, la CommissionetleFMIpendantlacrise,pourrait faire hésiter les Etats.
Plusinquiétantencore, le dispositifpourrait êtrepurementet simplement remis en cause pour des
raisons juridiques. La Cour constitutionnelle allemande – la Cour de
Karlsruhe– s’interrogesur la légitimité de ce dispositif. Hantée par le
souvenir de l’hyperinflation des
années 1920, l’Allemagne, rétive à
l’idée de permettre à une banque
centrale financerun Etat, a laissé la
Cour européenne de justice en
décider. D’éventuels rebondissements ne sont donc pas à exclure.
A toutes ces interrogations
s’ajoute l’idée que l’union monétaire européenne n’est pas une zone
monétaire « optimale ». Un argument de puristes justifié par le fait
qu’il n’existe pas de transferts budgétaires entre Etats pour compenser les déséquilibres, comme il en
existe aux Etats-Unis entre la FlorideetWashingtonD.C.parexemple.
En dépit de ces petits arrangements, la zone euro reste donc une
machinebancale.«Unezonemonétaire parfaite, ça n’existe pas !,
balaieJean-MarcDaniel,économiste et historien. Vous pouvez faire
toutes les équations économiques
que vous voulez, une union monétairetient s’il y a volontépolitique.»
Levéritabledangerquiplanesur
l’euro réside donc peut-être là.
Qu’unpartipopulisteeteurosceptique prenne le pouvoir dans tel ou
tel Etat et décide de se débarrasser
de l’euro, et c’en est fini de l’union
monétaire telle qu’on la connaît. p
Claire Gatinois
De 1865 à 1991, histoires d’unions monétaires éphémères
L’Union latine,
embryon d’union
monétaire
En 1865, Felix Esquirou de
Parieu, vice-président du Conseil
d’Etat, ébauche l’embryon d’une
union monétaire moderne qui rassemblerait la France du Second
Empire, l’Italie, la Suisse, la Belgique et enfin la Grèce en 1867. « En
parallèle à cette initiative, il existe
un projet politique européen avec
une ambition de libre-échange et
la recherche de la prospérité», indique Sandrine Voizot, analyste et
auteure de Pourquoi les unions
monétaires disparaissent, paru
chez Moneyweek en 2010.
Chaque Etat signataire était
tenu de battre une monnaie dotée
du même calibrage en or et en
argent. Ces pièces circulent parallèlement à la monnaie nationale
et sont interchangeables dans les
pays membres, explique-t-elle.
Mais l’Union connaîtra ses premiers heurts lors de l’échec de
l’élargissement au Royaume-Uni
en 1867. Elle subira un coup brutal
après la défaite française dans la
guerre de 1870 contre la Prusse et
la chute de Napoléon III, avant de
se désagréger totalement après la
première guerre mondiale et les
turbulences sur le marché des
matières premières en 1927.
La brève union
monétaire
scandinave
Sur le même modèle que
l’Union latine, la Suède et le Danemark décident, en 1873, d’une
union monétaire. Le couple
accueille la Norvège en 1875. Le
principe est encore celui d’une
monnaie frappée distinctement
dans chaque Etat mais qui possède le même poids en or.
En 1894, un accord d’échange
de titres entre les banques centrales de Suède et de Norvège puis,
en 1901, avec la banque centrale
du Danemark, permet de faire un
parallèle entre cette union monétaire et celle de la zone euro, écrivent les économistes d’UBS dans
une note sur l’histoire de désagrégation d’unions monétaires, A
Brief History of break up, parue en
octobre2011.
Bureau de change à Moscou, en janvier 1991. LIU HEUNG SHING/AP
Pour l’union monétaire scandinave, l’expérience sera brève.
En 1905, l’indépendance de la
Norvège, jusque-là dirigée par le
roi de Suède, met à mal cette
union. La première guerre mondiale l’achèvera.
L’union monétaire ne
survit pas à l’Empire
austro-hongrois
Après la première guerre mondiale, en vertu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la
double monarchie austro-hongroise éclate. Ses territoires se
retrouvent éparpillés dans sept
Etats, dont l’Italie, la Pologne, la
Roumanie ou encore le Royaume
des Serbes, Croates et des Slovènes, future Yougoslavie.
La couronne qui circulait
depuis 1878, continue d’être utilisée, bien que d’autres monnaies
coexistent avec elle. Sur le territoire du Royaume de Yougoslavie
cohabitent la couronne, le dinar,
le perper (monnaie du Monténégro) et le lev bulgare. Après la
guerre, la banque d’Autriche-Hongrie continue d’avoir des représentations en Italie, en Tchécoslovaquie, en Italie et dans le Royaume
des Serbes, Croates et des Slovè-
nes. Tous ces Etats acceptent partiellement ou en totalité la couronne. Mais ce semblant d’union
monétaire s’effiloche rapidement. Le sentiment national, la
présence de deux devises et les
variations du cours de la couronne provoquent « une force centrifuge irrésistible», écrivent les
experts d’UBS. En 1919, chaque territoire crée sa propre monnaie et
finit par abandonner la couronne.
L’URSS et l’unité
monétaire autour
du rouble
Pour nombre d’économistes, la
désintégration de l’Union des
Républiques socialistes soviétiques (URSS) en 1991 et le retour
aux monnaies nationales sont la
preuve de la mortalité – et de la
réversibilité – d’une union monétaire. Mais cette expérience
démontre aussi que l’explosion
d’une zone monétaire s’accompagne d’une période d’anarchie lorsque rien n’est anticipé.
En 1991, dès la dislocation de
l’Union soviétique, la banque centrale d’URSS, la Gosbank, est remplacée par quinze banques centrales. La banque de la Russie
conserve seule le privilège de
l’émission du rouble. Jusqu’en
juillet1993, le rouble russe coexistera avec le rouble soviétique
dans une joyeuse pagaille : les
autres banques centrales ne s’accordent pas entre elles sur la politique monétaire à mener et certaines distribuent allégrement
du crédit, mettant le rouble sous
pression. Le désordre s’installe.
« L’environnement immédiat
post-URSS ressemble à une
anarchie monétaire », écrivent
ainsi les experts d’UBS.
Pour remettre un peu d’ordre,
les Russes limitent en 1992 la fourniture de roubles aux différents
Etats. Les transactions entre Etats
sont également limitées. Conséquence, les liquidités commencent à manquer et des devises
parallèles circulent. Petit à petit,
les Etats se mettent à battre leur
propre monnaie. C’est le cas de
l’Estonie, qui émet des couronnes
en 1992 parallèlement au rouble.
Lassée d’importer l’inflation de
ses partenaires, qui persistent à
émettre des crédits en roubles
pour combler leurs déficits, la Russie interdit, en juillet1993, la circulation sur son territoire des roubles soviétiques émis avant 1993.
Cette décision signera le point
final de la zone rouble. p
C. G.
france
0123
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
7
Les zones d’ombre du plan de rigueur de Valls
Le «pacte de responsabilité» devrait coûter bien plus que les 30milliards d’euros annoncés par le gouvernement
E
n obtenant, mardi 29 avril à
l’Assemblée nationale, une
majorité relative de 265voix
contre 232 sur son programme de
stabilité pour 2014-2017, le gouvernement a franchi une première
haie. La course d’obstacles ne fait
que commencer. Il a certes reçu
approbation pour une stratégie de
finances publiques qui concilie
– sur le papier – le redressement
des comptes publics par des économies de dépenses (50 milliards
d’euros sur trois ans) et un pacte de
responsabilité et de solidarité pour
relancerl’activitééconomique(officiellement chiffré à 30 milliards
d’euros). Il demeure cependant de
nombreuses zones d’ombre.
Un pacte à 30ou à
46milliardsd’euros?
L’enjeu du pacte de responsabilité et de solidarité, selon les termes officiels, est de créer « un choc
de confiance ». Avec ce pacte, « le
coût du travail pour les entreprises,
déjà réduit par le crédit d’impôt
compétitivité emploi (CICE), sera à
nouveau allégé pour porter la baisse totale à 30 milliards d’euros »,
est-il écrit dans la présentation du
programme de stabilité.
Mais le chiffrage des différentes
mesures en faveur des entreprises
présentées par le gouvernement
aboutit à un total très nettement
supérieur à la seule réduction du
coût du travail. Aux 20 milliards
d’euros du CICE, s’ajoutent ainsi la
suppression de charges et la baisse
des cotisations patronales (coût :
9 milliards d’euros), la baisse des
cotisations d’allocations familiales des indépendants (1 milliard),
la suppression de la contribution
sociale de solidarité des sociétés
(6 milliards), la suppression de la
contribution exceptionnelle et la
baisse progressive du taux d’impôt sur les sociétés (5 milliards).
Soit au total 41 milliards d’euros
pour les entreprises.
S’ygreffe lapartie «pactede solidarité » en faveur des ménages
modestes décidée après les élections municipales. Elle consiste en
un allégementdes cotisationssalariales sur les bas salaires et des
mesures fiscales pour le bas du
barème de l’impôt sur le revenu.
Total : 5 milliards d’euros de recettes en moins.
Un effort de 41 milliards pour
les entreprises et de 5 milliards
pour les ménages représente un
total de 46 milliards d’euros, et
non 30 milliards. Ce qui réduit
d’autant la marge de manœuvre
pour réduire l’endettement public
etrendillusoirele respectdesengagements budgétaires de la France
envers Bruxelles.
Quel déploiement
dans le temps?
Le calendrier de mise en œuvre
des réformes fait cruellement
défaut. Pour les économies de
dépenses, en particulier, le calendrier ne figure pas dans le document du programme de stabilité.
Christian Eckert, le secrétaire
d’Etat chargé du budget, interrogé
sur ce sujet, a toutefois indiqué
que près de la moitié des 50 milliards d’économies serait concentrée sur 2015, avec un effort de
réduction de 21 milliards d’euros,
après 15 milliards prévus en 2014,
puis 16 milliards d’euros en 2016
et 13 milliards en 2017.
C’est un des points d’achoppement avec les députés socialistes
qui désapprouvent le programme
de stabilité présenté par Manuel
Valls. Après cinq années de croissance nulle et un léger redémarrage escompté en 2014, 2015 va être
une année cruciale pour sortir de
la stagnation et retrouver la croissance. Or c’est sur cette année que
va porter l’effort le plus massif,
d’où le risque de peser négativement sur la croissance économique, comme l’a souligné l’avis du
Le secrétaire d’Etat au budget, Christian Eckert, et le ministre des finances, Michel Sapin (à l’arrière-plan), à Bercy, le 23 avril. JEAN-CLAUDE COUTAUSSE/FRENCH-POLITICS POUR « LE MONDE »
Haut Conseil des finances publiques rendu public le 22 avril.
Où tailler
dans les dépenses?
Leplan deréductiondeladépense publique annoncé le 16 avril par
Manuel Valls et consigné dans le
programme de stabilité en décompose les grandes masses : 18 milliards d’euros sur l’Etat et ses agences; 11milliards sur les collectivités
territoriales;10milliardssurl’assurance-maladie; 11 milliards sur les
prestations sociales. Mais le détail
des économies, à l’intérieur de ces
grandes masses, reste flou. Les coupes budgétaires poste par poste
seront documentées au fil des projets de loi de finances et de financementsde la Sécurité sociale à venir.
En ce qui concerne la maîtrise
des dépenses de fonctionnement
des ministères, ce sont donc les lettres de cadrage envoyées aux
ministres début mai qui fourniront les premiers éléments des
efforts d’économies demandés.
D’autres points demandent à être
éclaircis. Quelles « interventions
de l’Etat seront recentrées », comme le demande le premier ministre, Manuel Valls ? Dans quels
domaines ? Quelles conséquences ? De même, quels opérateurs et
agences de l’Etat seront concernés
par des suppressions, des regroupements ou la baisse de leurs dotations ? L’incertitude est de mise.
Pour les collectivités territoriales, le prochain projet de loi sur
leur organisation, qui sera présenté avant l’été, devrait supprimer la
clausedecompétencegénérale,clarifier le rôle de chacune et inclure
des mécanismes d’incitation aux
« comportements vertueux». Toutefois,les importantesréformes de
structure – diminution du nombre
de régions, suppression des
conseils départementaux et révision de la carte administrative,
dont le gouvernement attend de
substantielles économies – ne
prendronteffet qu’àmoyenterme.
C’est donc, dans un premier
temps, sur la baisse et la réforme
de la dotation globale de fonctionnement (DGF) des collectivités territoriales que reposera l’essentiel
des économies. Ce qui fait craindre
que les collectivités les plus fragiles ne plongent dans le rouge. Cela
pourrait également entraîner une
chute des investissements des collectivités, qui représentent 70 %
de l’investissement public, et
avoir des conséquences négatives
pour l’économie et pour l’emploi
local, notamment le BTP.
Quelles économies
sur la Sécurité sociale?
Enfin, sur les 21 milliards d’eurosd’économiesréclamésà laSécurité sociale, les seules qui soient
précisément documentées sont
celles sur les prestations sociales,
qui vont subir un coup de rabot
général. Les retraites, les allocations familiales, les allocations
logement seront gelées jusqu’en
octobre 2015. Seuls les minima
sociaux et les retraites inférieures
à 1 200 euros seront revalorisés, a
consenti le premier ministre en
réponseau mouvementde contestation dans la majorité. Ce gel
devrait dégager 1,7 milliard d’euros. Le gouvernement estime par
ailleurs que 3 milliards d’euros
d’économies ont déjà été décidés
dans le cadre des réformes des
retraites et des allocations familiales menées en 2013.
Le reste de l’enveloppe est encore à préciser. Sur l’assurance-maladie, la ministre des affaires sociales, Marisol Touraine, a présenté,
le 24 avril, les grandes lignes de son
plan d’économies. Elle compte
obtenir 3 milliards d’euros d’économies sur les prix des médicaments et autant sur l’hôpital en
développant, notamment, la
chirurgie ambulatoire. Le reste
proviendrait de la maîtrise des
« dépenses inutiles » et de la lutte
contre la fraude. Ces économies
apparaîtront dans les prochains
budgets de la Sécurité sociale.
Sur les 5 milliards d’euros manquant pour arriver au compte, le
gouvernement évoque des
accords des partenaires sociaux
afin d’économiser sur les retraites
complémentaires et l’assurancechômage, pour plus de 4 milliards
d’eurosd’ici à 2017. Mais aucun des
accords signés par les syndicats et
le patronat ces derniers mois ne
prévoitde telleséconomies.Le gouvernement promet aussi 1,2 milliard d’euros d’économies sur la
gestion des caisses de Sécurité
sociale, sans préciser si cela entraî-
nera des restructurations d’organismes. Enfin, 800 millions d’euros de coupes dans les prestations
familiales devraient être prochainementannoncés– maisles modalités restent inconnues.
Beaucoup, donc, reste à faire et
la discussion des projets de loi de
finances et de financement de la
Sécurité sociale, cet automne, risque de donner lieu à de nouvelles
fortes tensions dans la majorité.
Car cette stratégie de réduction de
la dépense publique, pour donner
des résultats rapides, passe
d’abord par des coups de rabot
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avant que les réformes structurelles ne produisent leur effet. Tout
en espérant que le ralentissement
de la dépense n’entraîne pas un
ralentissementde la croissance.Ce
n’est pas gagné. p
Jean-Baptiste Chastand
et Patrick Roger
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france
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
A Lille, le low cost
séduit les galériens
du permis
de conduire
Las des tarifs et de délais de plus en plus longs,
plusieurs candidats viennent d’Ile-de-France
Reportage
Lille
Envoyée spéciale
L
a chemise est aussi impeccable que le créneau. Le jeune
homme qui s’extrait du véhicule d’auto-école semble ne rien
laisser au hasard. Surtout pas ses
dépenses. Frais émoulu d’une écoledecommerce,parépourla«fonction achat », Georges Conseil,
24 ans, vit dans le 19e arrondissement de Paris et apprend à conduire à Lambersart, dans la banlieue
de Lille. Hébergement chez un
copain, pour deux semaines de
conduite intensive. « Ici, ils font un
forfait 20 heures de conduite à
760 euros, avec passage illimité de
l’examen de conduite. » A Paris, le
prix moyen avoisine le double. « Le
différentiel est incroyable ! Ils
rognent sans doute sur leurs marges pour avoir plus de clients, comme Free. Ils vont avoir du succès. »
Pronostic d’expert déjà avéré, à
l’heure où le ministère de l’intérieur envisage une réforme du permis de conduire, dont l’obtention
est particulièrement lente – donc
coûteuse – en France. Ouverte
depuis quatre mois, Permispascher.fr, l’auto-école low cost de
Lambersart, recrute à tour de bras
les apprentis conducteurs attirés
par les imparables slogans de la
vitrine (« Passez votre permis au
juste prix », « Heure de conduite :
28 euros »), le bouche-à-oreille ou
le résultat d’une recherche Google
avec les mots-clés « permis de
conduire» et «pas cher».
Après Lille et Lambersart, le fondateurdeces auto-écoleséconomiques, Guillaume Wryk, s’implantera en juin à Saint-Quentin (Aisne),
puis en région parisienne dès septembre. D’ici là, dans le Nord, ce
quadragénaire déterminé achète
une voiture etembauche un moniteur chaque mois. Dans ses locaux
modernes décorés façon discount,
avec tarifs tapissés aux murs pour
seul divertissement de l’œil, se
pressent des jeunes venus de toute
la région, et même d’Ile-de-France.
« Ils dorment chez des proches
ou à l’Ibis du coin, a constaté le
patron. Je me souviens d’un gars de
Gennevilliers [Hauts-de-Seine]
dont l’examen avait été décalé de
deux jours. Je crois qu’il n’avait plus
d’argent pour manger ou dormir. Il
passait toute la journée à attendre
sur notre canapé, avec des paquets
de gâteaux secs. » Sur les forums de
discussion en ligne circule l’idée
que, le moment venu de passer le
permis, les vacances chez la
mamie vendéenne ou orléanaise
retrouvent un certain charme :
cours moins onéreux, temps d’attente moins longs, résultats plus
probants en province qu’à Paris,
Un coût comparable aux autres pays européens
Examens gratuits La France est
le seul pays européen où les examens du code et de la pratique
sont gratuits. Le coût de la formation est comparable aux autres
pays (1 500 euros en France et
en Allemagne, 1 260 au RoyaumeUni, 1 800 aux Pays-Bas, de
2 000 à 3 000 en Norvège).
Délai record Avec 98 jours en
2013 (jusqu’à 135 jours en Ile-de-
France), contre un mois et demi
en moyenne chez nos voisins, la
France propose le délai d’attente
le plus long.
794 443 personnes ont eu leur
permis du premier coup en 2013
(60 % des candidats). La France
compte 1 267 inspecteurs et
12 000 auto-écoles. En moyenne,
31 heures de conduite y sont prises par les candidats.
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A l’entrée de l’auto-école Permispascher.fr de Lambersart, dans la banlieue de Lille. ANTOINE REPESSE/LIGHTMOTIV POUR « LE MONDE »
comme le confirmait récemment
une enquête de l’association
Consommation,logement etcadre
de vie.
« Ils se gavent avec les jeunes »,
« on est prisonniers », « rackettés»,
« des vaches à lait »… Les mots des
jeunes croisés dans cette auto-école aux tarifs plus raisonnables
qu’ailleurs sont amers, les anecdotes se recoupent: frais supplémentaires pour tout, même pour s’entraîner au code sur la Toile, même
pour passer un examen de conduite censément gratuit, heures de
conduite subrepticement raccourcies,courscollectifsimposés,attentes interminables avant le test du
code, puis celui de la conduite, frôlant même l’année entière après
un premier échec…
Fatoumata Ndiaye, qui a raté
une fois l’examen, a déjà dépassé
la barre des 3 000 euros. Y songer
la déprime. « Dans l’Essonne, j’ai
payé 900 euros le forfait de 20 heures, mais les 4 premières heures, on
m’a laissée seule en simulateur, et
jen’aijamaiseudebilan,assurecette jeune consultante dans les télécoms. Ensuite, j’ai eu du mal à avoir
une place pour l’examen de code.
Puis pour obtenir des heures de
conduite, qui étaient donc trop
espacées. Quand le forfait a été
épuisé, on m’a demandé 50 euros
de l’heure, et on m’a imposéle cours
collectif, à trois par véhicule. Mais
changer d’auto-école, c’est compliqué. Comme on a déjà le code, on ne
les intéresse pas, ils ne peuvent plus
nous vendre leur forfait. »
A l’entrée de la salle d’entraînement au code, Valentin Billochon,
29 ans, chanteur à dreadlocks et en
intérim – il fait de la manutention
pour survivre –, explique combien
il a dû « jongler» pour économiser
de quoi passer le permis. Sou par
sou, il a réuni 1 300 euros. « Les
patrons exigent le permis juste
pour être sûrs qu’on sera à l’heure,
et pas coincés dans les transports
en commun. Des copains qui bossent mais croulent sous les factures,
j’en connais deux, trois, qui conduisent sans permis… » Rostan Tagne
Wambo, venu des Hauts-de-Seine,
s’est retrouvé bien seul après la
faillite de l’auto-école où il avait
passé son code. Personne ne voulait de lui à moins de 1 000 euros
pour la reprise du dossier et de dix
heures de conduite supplémentaires, sans pour autant garantir un
passage rapide d’examen.
« ll faut libéraliser », s’agace cet
employé de compagnie d’assurances, qui a donc fini par prendre une
semaine de congé et le train pour
Lille. « Les agences se partagent un
marché juteux, elles n’ont pas intérêt à s’améliorer. Ici ils pensent
autrement, ils organisent un gros
turnover de clientèle, donc les heures de conduite sont pleines, les
moniteurs dévoués, on travaille
ensemble dans le même but.»
Le « volume». Tel serait en effet,
selon son patron, le secret de Permispascher.fr. En 2012, Guillaume
Wryk avait d’abord lancé à Lille une
société de location de voitures à
double commande. Pour 15 à
18 euros de l’heure, les jeunes pouvaient s’entraîner à manier le
volant, un conducteur chevronné à
leurs côtés. Mais sous la « pression
Passer le permis
en province est moins
cher et long qu’à Paris.
Les vacances chez
la mamie en Vendée y
regagnent du charme
du lobby des auto-écoles», croit-il,
lalégislations’estdurcie àl’automne 2013. L’accompagnateur doit
désormaissuivre uneformationde
quatre heures en auto-école. Trop
cher: les clients fuient.
Pour reconvertir ses voitures à
double commande, Guillaume
Wryk embauche alors une monitrice d’auto-école, sollicite un agrément préfectoral et lance une autoécole dont l’objectif est de demeurer dans le même ordre de prix.
L’heure de conduite à 28 euros vaut
produit d’appel: «Elle fait le buzz»,
reconnaît-il. Pour en bénéficier, il
fautsedéciderquinzejoursàl’avance, renoncer à toute possibilité
d’échange ou d’annulation, payer
d’avance et conduire en journée.
« Sinon, on passe à 36 euros de
l’heure, précise-t-il. C’est encore 4
ou 5 euros de moins que chez tous
mes confrères de la métropole lilloise,quiestpourtantlavilleoùlesheures de conduite sont les moins chères de France. Je tire encore plus les
prix vers le bas.» Ce fils de commerçants, qui ne connaissait rien au
milieu avant de s’y lancer, ne s’y est
évidemment pas fait beaucoup
d’amis. «Rien n’avait bougé depuis
trente ou quarante ans. Les autoécoles dégagent de grosses marges,
forcément. Parce que nous, même
sur nos heures à 28 euros, on gagne
presque 10 euros!»
La répression des fraudes est
venue, sans guère trouver à redire.
Les moniteurs ne sont pas payés au
rabais. Les voitures sont récentes.
L’agencesebatpourdécrocherrapidement des créneaux d’examen,
où ses candidats ne réussissent pas
moins que les autres. En
février2011, lorsqu’il a voulu déposer le nom de domaine Permispascher.fr, inspiré du site Partirpascher.com qu’il utilisait pour ses
vacances,GuillaumeWrykaconstaté qu’il n’était pas préempté. Voilà
qui en dit long, a-t-il pensé. p
Pascale Krémer
Les pistes pour raccourcir les délais d’attente
COMMENT RÉDUIRE l’attente des
candidats qui échouent à l’épreuve pratique du permis de conduire? En 2013, les 530000 recalés du
premier tour (40 % des candidats)
ont dû en moyenne patienter
98jours avant de pouvoir se représenter (12 jours de plus qu’en 2012).
Outre les conséquences pour les
demandeurs d’emploi, cela oblige
à reprendre de coûteuses heures
de conduite pour garder la main.
Pour fluidifier un système qui
s’est engorgé au cours des années
2000, après la disparition du service militaire et l’allongement de la
durée de l’épreuve, Manuel Valls,
alors ministre de l’intérieur, avait,
en septembre, missionné un groupe d’experts. Dans ses conclusions
remises le 22 avril à Bernard Cazeneuve, ce groupe ébauche des pistes pour raccourcir les délais d’attente et repenser le permis dans sa
globalité, en proposant notamment la fin du forfait de 20heures
de formation obligatoires ou la
mise en place de rendez-vous pédagogiques durant la période probatoire après l’obtention du permis.
Sur fond de désaccords entre
inspecteurs et auto-écoles, la Place
Beauvau devrait annoncer bientôt
les mesures retenues. « Il ne s’agit
pas de distribuer des places à la pelle, en nombre presque infini, com-
me le souhaitent les auto-écoles,
explique Pascale Maset, secrétaire
générale du Snica-FO, syndicat
majoritaire des inspecteurs du permis. Plus on distribue de places,
plus le taux de réussite baisse car
les auto-écoles sélectionnent moins
les candidats qu’elles présentent.»
Des inspecteurs supplémentaires ? Le ministère a annoncé fin
2013 des mesures d’urgence, dont
le rappel d’inspecteurs retraités
pour les épreuves théoriques du
code, ou le recrutement de 25 inspecteurs supplémentaires. Malgré cela, les 1 267 examinateurs en
activité restent en nombre insuffisant. Les experts évaluent entre
80 et 400 les postes supplémen-
Une proposition de loi sur
la formation aux secours
Le Sénat a adopté le 30 avril une
proposition de loi prévoyant que
les candidats au permis seront
formés au secourisme pour
savoir réagir en cas d’accident.
Ce texte doit recevoir l’aval de
l’Assemblée, mais le secrétaire
d’Etat à la réforme territoriale,
André Vallini, s’est engagé à prendre un décret d’application avant
l’été. Cette formation pourrait
augmenter le coût du permis.
taires nécessaires « en fonction du
périmètre d’action qui leur serait
confié». « Il ne faut pas rêver, vu le
contexte budgétaire, il n’y aura
pas d’embauches», prévient
Richard Zimmer, du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), qui représente 4 000
des 12 000 auto-écoles françaises.
Réduire le temps de l’examen ?
Le CNPA suggère – sans que cette
proposition ait été retenue dans le
rapport – que la durée de l’examen (35 minutes) soit réduite de
3 minutes. « Cela libérerait
150 000 places d’examen sans
abaisser le niveau de l’épreuve ni
augmenter le temps de travail des
inspecteurs, assure M. Zimmer. Ce
serait bénéfique pour tous. » Pour
le Snica-FO, ce raccourcissement
«n’est malheureusement pas possible » car une directive européenne
impose 25 minutes de conduite
effective. « Les 10 minutes restantes sont incompressibles pour faire
le reste, c’est-à-dire deux manœuvres, les vérifications administratives, etc.», souligne Mme Maset.
Un examen payant ? Pour financer des postes d’inspecteurs supplémentaires, des représentants
d’auto-écoles plaident pour un
rétablissement du droit d’examen,
supprimé en 1998, suggérant un
montant de 35 à 40euros. La France est le seul pays en Europe où les
examens du permis sont gratuits.
Olivier Gayraud, de la CLCV, estime qu’une telle taxation viendrait
«s’ajouter aux frais déjà demandés
par les écoles. Le permis va devenir
un produit de luxe, réservé aux personnes qui ont de l’argent.»
Changer les missions des inspecteurs ? Faut-il déléguer la sur-
veillance des épreuves théoriques
du code à des agents assermentés ? Le rapport des experts ne
tranche pas mais fait valoir que
cela libérerait l’équivalent de
80 postes d’inspecteurs. Ces derniers y sont opposés, faisant
valoir que « chaque mission qui
part vers le privé sera un coût supplémentaire pour l’usager ».
Faire baisser le taux d’échec ? Le
rapport prône de « faire baisser le
stress, facteur d’échec pour un
tiers des candidats, tout en valorisant l’ensemble du parcours». Les
experts souhaitent aussi valoriser
la conduite accompagnée, qui
pourrait débuter dès l’âge de
15 ans, contre 16 aujourd’hui. Le
code de la route pourrait être
enseigné dès l’âge de 14 ans. p
François Béguin
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france
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
Dix candidats pour l’élection
du grand rabbin de France
Contrelescontrôlesaufaciès,
«arrêtezd’êtrenoir!»
Le successeur de Gilles Bernheim, contraint à la démission en 2013, sera désigné le 22juin
E
ncore sous le choc de la
démission forcée du grand
rabbin de France, Gilles Bernheim, convaincu de plagiat et de
mensonge, il y a un an, les représentants de la communauté juive
voteront pour lui trouver un successeur, le 22 juin. Les candidats
avaient jusqu’au 30 avril pour se
manifester. Pas moins de dix rabbins ont fait acte de candidature
pour ce poste à la fois politique et
religieux. Un record!
Parmi les candidats qui seront
départagés par le vote d’un collège
de quelque 300 membres, on
compte aussi bien des figures
incarnant une nouvelle génération, tel Laurent Berros, le rabbin
de Sarcelles (Val-d’Oise), 47 ans,
que des rabbins déjà connus et
impliqués dans la vie institutionnelle juive depuis des années comme Haïm Korsia, aumônier général des armées, ou Bruno Fiszon,
grand rabbin de Metz, spécialiste
reconnu de l’abattage rituel.
A 46 ans, le rabbin Olivier Kaufmann, nommé il y a un an directeur du séminaireisraélitede France, cumule ces deux aspects.
Même s’il s’est fait discret au poste
de grand rabbin de France par intérim, qu’il a assuré aux côtés de
Michel Gugenheim, le grand rabbin de Paris. On compte par
ailleurs des rabbins, candidats au
grand rabbinat de Paris en 2012,
comme Raphaël Banon ou Alain
Senior, et d’autres, moins connus,
que plusieurs observateurs considèrent comme des « candidatures
de témoignage ».
Pour certains, la multiplication
de ces candidatures suggère une
« élection ouverte » et « une forme
de dynamisme dans la communauté ». « En se présentant, les plus
jeunes veulent montrer qu’ils n’ont
pas assez eu la parole du fait d’une
certaine concentration des pouvoirs », estime un jeune candidat.
Mais cette profusion n’est pas du
goût de tous. « Si trop de personnalités rabbiniques s’estiment taillés
pour ce poste, on peut se demander
si cela ne dévalorise pas la fonction », confie un autre candidat
sous couvert d’anonymat. « Cela
montre aussi qu’aucune figure ne
s’imposedansle mondejuif aujourd’hui», déplore un troisième.
Tous les candidats sont issus de
l’écolerabbiniquefrançaise,tenante d’un judaïsme orthodoxe. Leur
ligne religieuse est donc homogène, même si traditionnellement,
l’élu est jugé « trop orthodoxe »
par les uns et « pas assez religieux » par les autres. Des nuances
peuventapparaîtresur leur approche des sujets de société ou leur
Le grand rabbin
de France devra
redynamiser
une vie juive en perte
de vitesse dans
certaines régions
ouverture envers les autres courants du judaïsme – libéral, ultraorthodoxe,loubavitch–, que nombre de juifs de France rallient
depuis plusieurs années au détriment des instances purement
consistoriales.
Attendu sur sa stature intellectuelle et sa capacité à incarner
« une voix juive » sur les questions
de société, le futur grand rabbin de
France devra aussi relever plusieurs défis à l’intérieur de la com-
munauté. « Il lui faudra réconcilier
les fidèles avec la parole rabbinique, mise à mal par l’épisode Bernheim», estimeun rabbinde province. « Il devra apaiser et offrir à la
communautéjuiveune visionpositive de leur vie en France », poursuit un autre. Un climat anxiogène, alimenté par des actes et des
paroles antisémites, règne en effet
surnombrede communautésà travers la France. Il est accentué par
l’importance (discutée) que donnent certains responsables communautaires au départ de quelque 3 000 juifs français en Israël
chaque année.
Quoi qu’il en soit, le grand rabbin de France devra redynamiser
une vie juive en perte de vitesse
dans certaines régions. Si les communautés d’Ile-de-France conservent une certaine vitalité, la désaffection pour la pratique religieuse
et une baisse des dons n’épargnent pas le judaïsme français,
constitué d’environ 500 000 personnes. L’absence de commerces
cacher ou d’écoles juives de proximitéconstituentsouventunobstacle au développement de la vie juive. « L’un des enjeux des prochaines années est d’amener dans le
giron des communautés ceux qui
s’en sont éloignés ou n’y sont
jamais venus », estiment nombre
de responsables religieux. Un
autre sera de toucher les plus jeunes, en développant les formations à l’étudede la Torah.Le grand
rabbinde Francedevra aussis’attaquer au dossier sensible, maintes
fois évoqué, du marché multiforme de la cacherout (les règles alimentaires), qui finance en partie
la vie consistoriale.
Suite aux révélations qui ont
provoqué la chute de M. Bernheim, le curriculum vitae des candidatssera cette fois scruté à la loupe. « La campagne sera courte, ce
qui devrait limiter les polémiques
et les boules puantes, qui émaillent
régulièrement ce type d’élection »,
soulignent de bons connaisseurs
du milieu. Les campagnes publicitaires payantes, qui avaient fleuri
dans la pressejuive lors dela précédente élection, ont été proscrites
par le consistoire. « La sobriété
devra être la marque de fabrique
du futur grand rabbin, juge-t-on
dans les instances consistoriales. Il
nous faut quelqu’un de sûr, de solide et de populaire. » Capable de
tenir durant un mandat de sept
ans, renouvelable une fois. p
Stéphanie Le Bars
UnbailleurHLM condamnépour«fichageethnique»
Le tribunal correctionnel de Nanterre a infligé 20000 euros d’amende à Logirep
L
’un des plus gros bailleurs
sociaux d’Ile-de-France a été
condamné, vendredi 2 mai,
pour avoir procédé au fichage ethnique de ses locataires. Le tribunal
correctionnel de Nanterre a infligé
20000 euros d’amende à Logirep.
En revanche, la société anonyme
de HLM a été partiellement
relaxée des faits de discrimination
raciale qui lui étaient reprochés.
A l’origine de cette affaire, il y a
une plainte déposée en 2005 par
SOS-Racisme et par Frédéric Tieboyou. A l’époque, cet homme
d’origine ivoirienne vivait avec sa
mère à Paris dans un appartement
qu’il jugeait insalubre. Souhaitant
changer de logement, il avait rem-
pli une demande qui avait été
adressée à Logirep. La commission
d’attribution du bailleur l’avait
rejetée en invoquant comme
motif la « mixité sociale ». Au téléphone, une salariée de Logirep
avait expliqué à M. Tieboyou que
son dossier avait été refusé parce
qu’« il était d’origine africaine et
qu’il y avait déjà assez de Noirs
dans la tour » où un appartement
aurait pu lui être loué.
Analyse discriminatoire
L’enquête avait montré que la
SA d’HLM conservait des données
sur ses locataires faisant apparaître, pour certains d’entre eux,
leurs origines raciales ou ethni-
ques. Le tribunal, estimant qu’une
telle pratique était contraire à la
loi, a condamné Logirep.
S’agissant de la demande HLM
de M. Tieboyou, il est apparu qu’elle avait été écartée notamment
parce que celui-ci avait menti sur
l’état de son logement parisien et
parceque sa mèrecausait des troubles de voisinage. Pour autant, les
juges ont considéré que le dossier
de M. Tieboyou avait fait l’objet
d’une analyse discriminatoire,
comme l’indiquent les propos
tenus au téléphone par la salariée
de Logirep et par l’utilisation de la
notion floue de « mixité sociale ».
Mais le tribunal a conclu que le
bailleurne pouvait pas être crédité
9
de la décision de rejet prononcée
par la commission d’attribution.
D’où la décision de relaxe partielle
pour « défaut d’imputabilité».
« C’est absurde, réagit Samuel
Thomas, président de la Fédération nationale des maisons des
potes. Nous allons faire appel sur
cet aspect de la décision qui revient
àexonérerLogirepdesa responsabilité. Une commission d’attribution
n’est pas distincte de son bailleur.»
De son côté, la SA de HLMassure
n’avoirsaisi que des donnéesqu’elle était en droit de recueillir et se
réserve la possibilité de faire appel
de sa condamnation pour fichage
ethnique. p
Bertrand Bissuel
I
ls ont voulu « faire la blague»
à François Hollande et lui
envoyer un avertissement sur
ses promesses non tenues. Une
quarantaine d’associations,
emmenées par le collectif Stop le
contrôle au faciès, ont lancé, le
29 avril, une campagne offensive
contre les discriminations.
Mimant une campagne officielle
affirmant que « le gouvernement
apporte des solutions», les visuels
ont beaucoup tourné sur Twitter
et Facebook.
On y voit un jeune homme,
mains sur la tête, subir un contrôle d’identité sous le slogan « Vous
en avez marre d’être contrôlé abusivement? » « Arrêtez d’être jeune! »,
répond le panneau suivant, montrant le même homme en costume avec une moustache et une
perruque grise. D’autres visuels
sur les contrôles policiers abusifs
(« Arrêtez d’être noir !»), les violences policières (« Arrêtez d’être arabe»), l’interdiction du voile pour
les femmes lors des sorties scolaires (« Arrêtez d’être visiblement
musulmane») ou encore sur le
sexisme (« Arrêtez d’être une femme») sont apparus dans la foulée.
Dimanche 4mai, pour la Journée mondiale du rire, la coalition
organise une fête pour faire prendre conscience de la violence de
ces discriminations. Un atelier de
maquillage et déguisement invitera à « arrêter d’être» ce qu’on est:
femme, handicapé, musulman,
noir, rom, sans-papiers…
L’initiative joue sur l’humour
mais ses responsables sont remontés. La nomination de Manuel
Valls à Matignon a été « la goutte
d’eau», lancent-ils unanimement: « On avait compris que le
changement n’était pas pour maintenant mais c’est devenu grotesque quand il [le président] a nommé Manuel Valls! », s’indigne Siha-
me Assbague, porte-parole du collectif Stop le contrôle au faciès,
estimant que le premier ministre
est celui qui a enterré plusieurs
engagements du candidat socialistesur l’égalité des droits. « En refusant ces gestes pour l’égalité, on
nous demande encore de nous
nier, d’arrêter d’être ce que nous
sommes», résume Franco Lollia,
de la Brigade antinégrophobie.
Exigences
Estimant que le président socialiste a gagné grâce aux habitants
des banlieues, à ceux des DOM
comme aux fils et filles d’immigrés, les responsables associatifs
entendent lui rappeler leurs exigences avant la prochaine échéance nationale.
« Hollande a fait ses meilleurs
scores dans les DOM et le 93.
Quand on regarde les municipales,
sur les dix villes où le taux d’abstention est le plus fort, neuf sont en Seine-Saint-Denis. Il est temps que la
gauche comprenne qu’elle ne peut
gagner qu’avec les minorités»,
insiste Louis-Georges Tin, du
Conseil représentatif des associations noires. « Il y a un vrai malaise. Alors avec ce pied de nez, on
veut leur dire: “Faut pas pousser
mémé dans les orties”, parce qu’on
va bientôt arrêter de rire», prévient M.Lollia.
Le succès de l’initiative, dans
un monde associatif d’habitude
morcelé, montre que le sujet est
ultrasensible. De nombreuses
organisations, comme Jeudi noir,
Droit au logement, des collectifs
féministes ou de banlieue se sont
associés à la campagne. La coalition a rendez-vous avec le nouveau ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve. Amadou Ka, des
Indivisibles, l’assure: « On va
continuer à pousser. » p
Sylvia Zappi
« C’est avec une profonde
tristesse que je quitte mes
collègues parlementaires»
Jean-Louis Borloo, ex-président de l’UDI, en proie à de graves
problèmes de santé, dans la lettre, datée du 24 avril, adressée
au président de l’Assemblée. Il y annonce sa démission
du mandat de député du Nord, qu’il exerçait depuis 1993.
ALIMENTATION
La pêchede moulesd’Arcachon
temporairementinterdite
La pêche et la consommation de moules en provenance du bassin d’Arcachon (Gironde) sont temporairement interdites en raison de la présence de toxines susceptibles de générer des troubles gastriques, a indiqué vendredi 2 mai la préfecture de la
Gironde. Des analyses effectuées par l’Ifremer ont révélé une
contamination des moules du secteur du banc d’Arguin par des
toxines produites par une micro-algue, la dinophysis, relève la
préfecture. Cette mesure d’interdiction, « prise en concertation
avec les représentants des organisations professionnelles des
pêches», selon la préfecture, sera levée dès que les analyses établiront un retour à la normale. – (AFP.)
Drogues Près d’une tonne de cannabis
saisie à Saint-Martin
Près d’une tonne d’herbe de cannabis a été interceptée mercredi
30avril sur l’île antillaise de Saint-Martin, a annoncé vendredi la
direction des douanes. Les douaniers ont découvert, dans un
conteneur maritime en provenance des Etats-Unis, 973 kilogrammes d’herbe de cannabis pour une valeur estimée à près de 8 millions d’euros. La drogue pourrait avoir été introduite dans le chargement selon la technique du « rip-off», qui consiste à dissimuler
des marchandises de fraude dans un flux commercial à l’insu de
l’expéditeur et du destinataire. – (AFP.)
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Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
A Roanne, le rideau tombe sur Abdelwaheb Sefsaf
Ledirecteurdu théâtrea été renvoyéparle nouveaumaireUMP,Yves Nicolin,qui estime sonrecrutement«illégal»
Théâtre
L
e 14 avril en soirée, le directeur du Théâtre de Roanne,
AbdelwahebSefsaf, a vu deux
policiers municipaux sonner à sa
porte. C’était la quatrième fois
qu’ils passaient, ne l’ayant pas
trouvé jusque-là. Ils ne venaient
pas pour l’arrêter mais pour lui
porter une lettre de la part du nouveau maire, Yves Nicolin (UMP).
Une lettre de renvoi.
Drôle de méthode et branle-bas
de combat dans la petite sous-préfecture de la Loire, où, rue Molière,
le théâtre – 1,4 million de budget,
19 000 spectateurspar an – est une
institution. Les esprits chagrins
auront tort d’y subodorer un délit
de faciès (l’homme est un étranger
– il vient de Saint-Etienne!) ; ils se
tromperont aussi s’ils y voient la
tentative de mise au pas d’une
structure déficitaire puisque, tous
en conviennent, le bilan d’Abdel
Sefsaf, en place depuis novembre 2012, est positif : fréquentation, abonnements et subvention
en hausse, doublement du nombre de scolaires ; pas plus ne pou-
Branle-bas de combat
dans la petite
sous-préfecture
de la Loire,
où le théâtre est
une institution
vait-il s’agir, en envoyant la maréchaussée municipale, de crever un
abcèssubversif : « Honnêtement,je
n’ai pas fait la révolution… Je n’ai
même rien fait de merveilleux, j’ai
juste remis les choses au niveau où
elles devaient être », s’étonne le
comédien. Alors quoi ?
Comme dans d’autres communes, la vague bleue des municipales a fait rompre quelques digues.
Le champ artistique est devenu
pourcertains un champde bataille
politique. Yves Nicolin, le député
qui a repris aux socialistes la mairie qu’il avait perdue en 2008,
balaie la question : « Un nonsujet. » « Je ne vais pas passer mon
temps à discuter d’une histoire sur
laquelle je suis clair, dit-il. Il y aura
un jury pour recruter le successeur
de M. Sefsaf en septembre. Il pourra
candidater comme n’importe quel
autre candidat. La programmation n’est pas remise en cause mais
son recrutement a été jugé illégal. »
La faute au sous-préfet Jérôme
Decours, explique-t-il – précisant :
« nommé par la gauche » –, qui a
constaté l’illégalité de la nomination du directeur du théâtre. Une
histoire de signature de contrat
ultérieure à la prise de fonctions,
sur laquelle les deux parties se battent aujourd’hui.
Une simple question adminis-
Abdelwaheb Sefsaf, au Théâtre de Roanne, le 2 mai. BRUNO AMSELLEM/SIGNATURES POUR « LE MONDE ».
trative? Quid alors de la campagne
électorale du candidat UMP qui
prenait le théâtre pour cible ? Et de
son entretien avec Abdel Sefsaf le
10 avril, où il lui explique que son
statut d’artiste est incompatible
avec celui de directeur du théâtre,
avant de changer trois jours plus
tard de stratégie devant l’absurdité du propos ? La situation est en
effet répandue et acceptée partout
en France, à commencer par le propre directeur du Festival d’Avignon… Quid enfin de cette mise en
scène insensée où des policiers
débarquent à quatre reprises pour
notifier la chose à l’intéressé ?
« C’est plus simple qu’une lettre
recommandée », justifie benoîtement l’édile.
Défenseur des orphelins (il en a
adopté trois, a fondé l’association
SOS Orphelinats du monde, et
publié un livre d’entretiens), engagé volontaire, statut qu’il porte
comme un étendard, l’avocat reste
droit dans ses bottes : « J’ai été le
premier maire de France à interdire un spectacle de Dieudonné.»
Le camp d’en face dénonce, lui,
une « droite décomplexée» et une
décision électorale clientéliste.
Nommé il y a un peu plus d’un an,
après appel à candidatures et jury
regroupant, comme le veut la loi,
des représentants de la ville, de la
région et de l’Etat, Abdel Sefsaf ne
s’estpas fait quedes amis.Le comédien, qui a tourné un peu partout
en France, notamment avec JacquesNichet (quifit partie de labande initiale de la Cartoucherie en
1972), et a obtenu en 2004 le prix
Charles-Cros avec Dezoriental, le
groupe de musique qu’il a fondé,
est arrivé à Roanne avec un cahier
des charges précis.
Jusqu’ici en effet, une vingtaine
d’associations avaient la liberté de
programmer chacune, sans supervision, des spectacles. « Or un
audit avait montré que la gestion
précédente ne remplissait pas les
missions d’une scène régionale :
pas assezde créations,de coproductions, pas assez de résidences d’artistes et d’actions culturelles dans
la vie sociale, rappelle Abdel Sefsaf.
Et au final, une programmation
pas ou peu assumée par la directri-
ce. Il y avait un énorme travail de
réformes à faire. C’est vrai que pour
cela le calendrier, à un an des élections, était mal choisi.»
Anne-Marie Barret avait été
nommée par la mairie – socialiste – dans la continuité du précédent directeur dont elle était la collaboratrice. Cette nomination
Circonstance
aggravante,
le directeur joue dans
la pièce: «Comment
peut-on être juge et
partie, il y a là conflit
d’intérêts», clamera
Yves Nicolin
n’avait pas été faite dans les règles,
puisque sans appel à candidats ni
jury. « C’était une hémorragie, le
théâtre perdait son public », affirme un soutien local d’Abdel Sefsaf.
« Quand elle a été virée, on n’a pas
fait la moitié du foin que l’on fait
aujourd’hui»,s’insurgeun associatif. Placardisée à la mairie, cette
fonctionnaire ronge depuis son
freindansune missionsur l’événementiel et ne cracherait pas sur le
fait de retrouver son poste, quand
sonmari, lui, préside l’unedes quatre associations « malmenées» qui
ont déterré la hache de guerre
contre Abdel Sefsaf. Clochemerle:
du pain bénit pour Yves Nicolin.
Il a donc lancé sa croisade
contre Sefsaf cet hiver, lorsque
Le Pays roannais, un hebdomadaire local, reprend les propos de trois
personnes s’indignant de la programmation au théâtre d’une pièce de l’auteur palestinien Mahmoud Darwich, Quand m’embrasseras-tu ?, mise en scène par
Claude Brozzoni. Abdel Sefsaf a
pourtant eu la prudence de faire
entendre dans la même soirée des
mélodies yiddish avec le groupe
Les Yeux noirs, peu importe. Circonstance aggravante, le directeur
joue dans la pièce : « Comment
peut-on être juge et partie, il y a là
conflit d’intérêts », clamera Yves
Nicolin.
« C’est un très bon spectacle, qui
a été joué à Paris, à Marseille, partout », s’indigne Anne Meillon,
déléguée pour la région du Syndeac,lesyndicatnationaldes entreprises artistiques et culturelles, et
directrice adjointe du Théâtre de la
Croix-Rousse à Lyon (qui l’a programmé). Depuis mi-avril, un
comité de soutien s’est formé
autour d’Abdel Sefsaf. Une pétition a rassemblé plus de mille
signatures; le Syndeac et le Groupe des 20, qui réunit toutes les
grandes scènes de Rhône-Alpes, se
sontmobilisés;Jean-JackQueyranne, le président socialiste de la
région, a dit qu’il supprimerait le
label scène régionale et sa subvention si le directeur était remercié…
« Au fond, toute l’affaire ouvre
un débat plus grand sur le rôle des
théâtres municipaux, trop souvent
considérés comme des joujoux,
observe Abdel Sefsaf. Depuis quelques jours, la mairie est silencieuse.
Je crois qu’ils sont en train de prendre conscience de la portée réelle de
cet acte-là. » Pas sûr. p
Laurent Carpentier
La «vague bleue» des municipales suscite des inquiétudes dans le milieu culturel
APRÈS L’ÉVICTION du directeur
du théâtre de Roanne, décidée par
le nouveau maire UMP, Yves Nicolin, les professionnels de la
culture ont l’œil rivé sur la carte
de France. D’autres points rouges
y clignotent, avec plus ou moins
d’intensité, comme le souligne
Madeleine Louarn, directrice du
Syndeac, le Syndicat national des
entreprises artistiques et culturelles, qui regroupe la plupart des
patrons des établissements de
spectacle vivant. « On ne peut pas
dresser une liste complète, car certains dossiers trouveront peut-être
une issue favorable, au terme d’un
“gentlemen’s agreement”. Il faut
laisser le temps aux nouveaux
élus de prendre leurs marques, certes, mais la situation est préoccupante comme jamais», résume la
metteuse en scène de la compagnie de L’Entresort, installée à
Morlaix (Finistère).
La « vague bleue » des élections
municipales de mars, qui a entraîné la victoire de nombreux élus
UMP, va-t-elle se traduire par des
réductions de subventions dans
la culture, voire par une réorientation de la programmation de certaines scènes ? D’ores et déjà, quelques maires ont fait usage de
méthodes inédites.
C’est le cas à Saint-Etienne.
L’Opéra Théâtre de la ville est
dans le collimateur du nouveau
maire, Gaël Perdriau (UMP). Il
dénonce la gestion de l’équipe sortante socialiste, faisant état d’« un
trou d’un million d’euros» dans le
budget de fonctionnement de l’
Opéra Théâtre. Celui-ci a traversé
des turbulences depuis 2008,
avec des changements de direction, et des travaux avaient été
programmés pour une mise aux
normes de sécurité du bâtiment.
Mercredi 30 avril, neuf cadres
chargés de la culture à Saint-Etienne ont été suspendus dans le
cadre d’une enquête administrative ayant pour objet de « graves
dysfonctionnements» financiers,
et en matière de sécurité, à l’Opéra Théâtre de la ville. « Neuf personnes sont suspendues à titre
conservatoire de leurs fonctions
pour qu’elles puissent préparer
dans la sérénité leurs observations
dans l’enquête administrative qui
vient d’être ouverte », a déclaré à
l’AFP Michel Béal, l’adjoint au maire chargé des ressources humaines.
« L’Opéra pour les nuls »
Le directeur général adjoint
des services de la ville chargé de la
culture, le directeur des affaires
culturelles et le directeur de l’Opéra Théâtre sont notamment visés
par cette mesure. Sollicité par
Le Monde, le maire de Saint-Etien-
ne n’a pas répondu à notre
demande d’entretien. Un bon
connaisseur du dossier raconte :
« Sur sa page Facebook, Gaël Perdriau a affiché la photo d’un
ouvrage intitulé L’Opéra pour les
nuls, avec ce commentaire: “Je
sais à qui je vais l’offrir.” Quelques
heures plus tard, il annonçait la
mise à pied de neuf cadres de la ville ! On n’a jamais vu ça… »
Dans d’autres villes, il s’agit de
remettre en cause les arbitrages
de la gauche sortante, ou du
moins d’interroger leur pertinence. Ainsi, à Toulouse, le nouveau
maire UMP, Jean-Luc Moudenc
étudie le dossier de La Machine,
compagnie de François Delarozière, mondialement connue avec
ses créatures géantes qui déambulent dans les métropoles. Jean-Luc
Moudenc s’était opposé aux investissements pour accueillir
La Machine dans le quartier Mon-
taudran Aérospace. Pour l’heure,
François Delarozière et son équipe sont toujours «dans l’expectative ».
En banlieue parisienne, l’avenir du Forum du Blanc-Mesnil
(Seine-Saint-Denis) est entre les
mains de l’UMP Thierry Meignen.
«Je redéfinirai la politique culturelle pour que les Blanc-Mesnilois se
réapproprient le Forum et [la salle
du] Deux-Pièces cuisine », a déclaré le nouvel élu dans la presse
locale, au lendemain de son élection. En clair, la programmation
du Forum est jugée trop exigeante. Cette scène conventionnée,
financée à 75 % par la ville, a
accueilli en résidence des artistes,
dont certains sont devenus des
auteurs emblématiques, tel
Emmanuel Demarcy-Mota, actuel
patron du Théâtre de la Ville et du
Festival d’automne à Paris. Pour
l’heure, les discussions entre le
patron du Forum, Xavier Croci, et
Thierry Meignen seraient
constructives. A suivre…
Il y a aussi des « happy ends »
provisoires, comme à Béthune
(Pas-de-Calais). Le nouveau maire,
Olivier Gacquerre (Union de la
droite), a renoncé à diminuer la
subvention de la ville attribuée
au festival des arts de la rue Z’arts
Up, face à la mobilisation de nombreux artistes. Tout en dénonçant
une « cabale ».
Joint par téléphone, Olivier
Gacquerre explique que son objectif n’était pas de déstabiliser le festival mais de trouver de nouveaux contributeurs. « L’agglomération, mais aussi des partenaires
privés, comme les commerçants et
les hôteliers, pourraient contribuer au soutien du festival, générateur de tourisme », dit-il. Il aurait
donc été mal compris. p
Clarisse Fabre
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culture
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Une comédie affole
le box-office espagnol
«Ocho apellidos vascos», d’Emilio Martinez
Lazaro, a réuni 7,7millions de spectateurs
Cinéma
Madrid
Correspondance
B
alayés The Amazing Spiderman 2 ou Noé. Après sept
semaines d’exploitation en
salles, le film Ocho apellidos vascos
(Huit nomsbasques), d’EmilioMartinez Lazaro, est toujours en tête
du box-office en Espagne. Avec
46 millions d’euros de recettes et
7,7 millions de spectateurs, cette
comédie populaire est devenue le
plus grand succès du cinéma espagnoldepuisqu’il existedes statistiques, c’est-à-dire depuis 1996. Il a
même dépassé les scores de blockbusters américains comme Titanic. Seul Avatar, de James Cameron, parvient à lui résister.
Le film, pourtant, est une comédie sans prétention qui n’a pas fait
l’unanimité de la critique à sa sortie. Il raconte l’histoire d’un jeune
Andalou, Rafa, interprété par le
comique Dani Rovira, qui tombe
éperdument amoureux d’Amaia,
Un élu nationaliste
basque a invoqué
cette comédie pour
demander au chef
du gouvernement
de faire des «gestes»
envers le Pays basque
(ClaraLago),une Basqueau caractère bien trempé en voyage à Séville.
Malgré la froideur glaciale d’Amaia, Rafa décide de se rendre au
Pays basque pour la conquérir.
S’en suit une série de gags fondés
sur les clichés régionaux, à la
manière d’un Bienvenue chez les
Ch’tis teinté de comédie romantique.
Comment un señorito andalou,
cheveux gominés, discours mielleux et mains baladeuses, parviendra-t-il à conquérir une abertzale
(patriote) basque à la peau dure et
la frange « coupée à la hache » ? En
chemin, il se fera passer pour un
Basque, membre d’un commando
de l’ETA, et cherchera à conquérir
le père de la demoiselle en montrant son pedigree, d’où le titre du
film qui fait référence au nombre
d’aïeux nécessaire pour se définir
comme un vrai Basque…
Durant la première moitié du
film,les gags se succèdentà un bon
rythme. Les dialogues, inspirés,
font référence à la culture populaire et télévisuelle espagnole, ce qui
le rend difficilement exportable.
La satire de la Kale Borroka (émeutes de rue) brise un tabou du cinéma espagnol : se moquer des séparatistes basques de l’ETA. L’annonce du dépôt des armes par le groupe armé, il y a plus de deux ans, n’y
est sans doute pas étranger. Le film
s’essouffle dans la seconde moitié,
perd en impertinence pour tomber dans la guimauve.
« C’est une farce, résume le réalisateur Emilio Martinez Lazaro, qui
avait déjà remporté un grand succès,en 2002, avecla comédie musicale Del otro lado de la cama (non
sorti en France). Le type d’humour
est très simple, l’évolution des personnages intéressante et il parle
avec esprit de tabous. Il permet une
sorte de catharsis.»
Véritable phénomène social, le
film s’est même immiscé dans les
débatsau Sénat, où un élu nationaliste basque, Jokin Bildarratz, a
invoqué,le 23 avril,cette « magnifique comédie » pour demander au
chef du gouvernement de faire,
comme Rafa lorsqu’il essaie d’apprendre l’euskera, des « gestes »
envers le Pays basque.
« Son succès est compréhensible,
affirme de son côté le critique de
cinéma Jordi Costa, malgré une
opinion mitigée sur le film. Il arrive au moment opportun. L’ETA ne
tue plus, l’opinion publique est
immergée dans les polémiques sur
les processus d’autodétermination
en Catalogne ou au Pays basque, et
le sujet des préjugés culturels est à
la mode.»
Les scénaristes, les Basques Borja Cobeaga et Diego San José, se
sont déjà distingués sur le terrain
de l’humour régional. Ils ont écrit
les sketches de « Vaya semanita »,
un programme humoristique diffusé sur la télévisionpublique basque ETB, dont l’objet était de pratiquer l’autodérision et de caricaturer les Basques, y compris de l’ETA,
sans entrer sur le terrain de la critique idéologique pour se contenter
d’une satire des mœurs, comme
dans le film.
« On imaginait que cela aurait
un certain succès parce qu’il y avait
une grosse machine promotionnelle derrière, mais pas à ce point,
explique M. Cobeaga, qui dit s’être
Rafa (Dani Rovira), un jeune Andalou, est amoureux d’Amaia (Clara Lago), une Basque au caractère bien trempé. LAZONAFILMS, KOWALSKI FILMS, TELECINCO CINEMA
davantage inspiré du film américain Mon beau-père et moi, avec
Ben Stiller et Robert de Niro, quede
Bienvenue chez les Ch’tis, de Dany
Boon. « J’espère seulement que l’industrie ne va pas se mettre à ne faire que des comédies régionalistes»,
ajoute-t-il. Actuellement à San
Sebastian, M. Cobeaga commence
le tournage de son prochain film
comme réalisateur, une comédie
lowcost «minimalisteetpersonnelle », financée par la région, comme
il s’en fait de plus en plus depuis le
début de la crise – ce qui n’est pas
sans provoquer d’ailleurs la polémiquesur unrisquede démantèlement de l’industrie.
Le succès d’Ocho apellidos vascos, film au budget moyen, contredit cette thèse, et chacun tente de
décrypter, dans l’espoir de le reproduire.AlahaussedelaTVAculturelle, passée de 8 % à 21 % en 2012, se
sont ajoutés, ces deux dernières
années, une diminution importantedessubventionspubliquesetsurtout l’assèchement des canaux traditionnels de financement des
films, avec la fermeture des crédits
par des banques mal en point
depuis l’éclatement de la bulle
immobilière.
Résultat : le nombre de longsmétrages ne cesse de diminuer (de
151 en 2011 à 126 en 2012, les chiffres
de 2013 n’étant pas encore disponibles) et moins de 25 % d’entre eux
connaissentunevéritableexploitation en salle. Des salles ferment. Le
budget moyen des films est passé
de 3 millions d’euros avant la crise
à 1,6 million en 2013, selon la confé-
Chaillot en long, en large et en travers
Daniel Dobbels nous invite à une exploration du fabuleux théâtre
Danse
C
onnaître le Théâtre de
Chaillot, à Paris, comme sa
poche, relève d’un travail de
titan ou de… fourmi. Mi-l’un,
mi-l’autre, le chorégraphe et écrivain Daniel Dobbels, en résidence
dans ce lieu historique inauguré
en 1937,l’a arpenté, observé,humé,
hanté, pour en nourrir son spectacleEntrelesécransdutemps, àl’affiche les 6 et 7 mai. « Ma mission
était de réenchanter ce théâtre
immense, murmure-t-il rêveur. Ce
que j’ai tenté de faire. Le résultat
rend compte de cette expérience
souterraine menée dans Chaillot. »
Mais par où commencer ? Avec
ses 25 000 mètres carrés, ses six
étages, ses escaliers et ses ascenseurs (la scène est située au 4e soussol), Chaillot est un labyrinthe
monstrueux, un antre magique,
recelant des trésors picturaux
signés EdouardVuillardouMaurice Denis. Pas étonnant que la figure d’Orphée, chère à Daniel Dobbels, y apparaisse au gré des masques néoclassiques accrochés en
différents endroits. Elle a servi de
guide secret au chorégraphe, qui a
conçu une série de douze performances dans des espaces rarement fréquentés. L’immense escalator, « le plus long et le plus ancien
d’Europe » selon Dobbels, a été le
décor d’un pas de deux. La fresque
La Pastorale de Pierre Bonnard,
sidérante échappée printanière,
« tellement troublante qu’on pourrait rester devant et oublier d’entrer dans le théâtre », a veillé
sur un solo. Une balade dans ces
lieux énigmatiques et saisissants
introduirale spectacleoù sont aussi projetés des films en noir et
blanc spécialement réalisés par le
cinéaste et plasticien Alain Fleischer.
Fantômes
Au gré de cette imprégnation,
enrichie d’une recherche documentaire minutieuse, Daniel Dobbels a croisé quelques fantômes
qui ne le quittent plus. Jean Vilar
(1912-1971) et Maria Casarès
(1922-1996)viennenten têteducortège. Leurs voix, dans des extraits
de Richard II et de MacBeth de Shakespeare,celle de Casarèsdansl’Or-
phée de Jean Cocteau, accompagnent les neuf danseurs de Entre
lesécrans du temps. « La dansehérite de cette mémoire du lieu et de
toutes les histoires, glisse le chorégraphe. Il s’agit de tenter de traduire, à travers elle, ces voix et ces silences, d’en relancer les présences et les
absences.»
L’année de l’ouverture du Théâtre de Chaillot a aussi suscité chez
Daniel Dobbels une réflexion de
fond sur l’état de guerre et la danse. « En 1937, l’Exposition universelle dresse face à face, juste en bas du
Théâtre de Chaillot, le Pavillon allemand et le Pavillon soviétique, rappelle-t-il. Une vision d’un corps
armé. Corps de cristal d’un côté,
corpsde marbredel’autre, totalitaire dans les deux cas. » Et de mettre
en balance celui, écorché, peint par
Picasso dans Guernica, qui ornait
la même année le Pavillon espagnol. Entre ces images, dont les
multiples couches irriguent ces
« mémoires dansées rêvées » du
Théâtre de Chaillot, Daniel Dobbels revendique aussi la danse
comme un art pacifique. p
Rosita Boisseau
dération des producteurs de
l’audiovisuel espagnol, Fapae.
Dans le même temps, les recettes
ont chuté de près de 25 % (500millions d’euros en 2013, dont 70 millions par des films espagnols).
« Grâce à ce film et d’autres très
attendus,lapart demarchédu cinéma espagnol va augmenter, de 13 à
à 27 ou 28 % cette année, assure
Ramon Colom, président de la
Fapae. Grâce à la Fête du cinéma et
au Jour du spectateur [un tarif
réduit appliqué les mercredis],
nousavonsredécouvertquele spectateur aime le cinéma. Ce succès
peut convaincre les banques, les
grands patrimoines et les télés d’investir davantage dans le 7e art. » Le
cinéma a connu une augmentation de 30 % du nombre de spectateurs sur le début de l’année et de
12 % en recettes.
Pour Telecinco, propriété du
groupe italien Mediaset, qui a
coproduit le film, il faut cependant
rester prudent. « Ce succès risque
de donner une image fausse de la
santé du cinéma espagnol qui se
trouve dans une situation assez critique, souligne le producteur et
directeur de Telecinco cinema,
Ghislain Barrois. Mais il va donner
confiance au secteur et apporter
une bouffée d’oxygène aux salles
qui vont très mal.»
Pour Mediaset, l’affaire est en
tout cas rentable. « Le film a coûté
plus de 10 fois moins cher que Lo
Imposible, de Juan Antonio Bayona [qui avait coûté 30 millions
d’euros]. Avec son budget, on ne
pourrait même pas faire un téléfilm en France », se félicite M. Barrois, un Français, installé depuis
vingt ans à Madrid.
Pour la promotion, la chaîne a
sorti l’artillerie lourde. « Nous ne
sommes pas limités comme en
France et on peut faire des campagnes colossales sur 6 de nos 8 chaînes à la fois », ajoute le directeur.
Une suite est en route, qui devrait
voir les personnages du film partir
enCatalogne,oùle sentimentindépendantiste est au plus fort… p
Sandrine Morel
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culture & styles
Gastronomie Sur l’île de Beauté, il est possible de goûter dans leur simplicité jambonsprisuttu,
GALERIES
Ramuntcho Matta
Galerie Anne Barrault
Difficile d’être artiste quand on
est le fils de Roberto Matta,
l’une des figures du surréalisme. Ramuntcho Matta, né en
1960, y réussit néanmoins sans
rien prendre à son père, si ce
n’est peut-être parfois un certain usage des couleurs en nuages et brumes, que traverse le
trait de son dessin. Cette ligne
fait apparaître monstres burlesques et humains désarticulés. La
plupart d’entre eux paraissent
inquiets, obsédés par des questions sans réponses, dont celle
du temps. Comment le définir ?
« No Shit » (2014).
GALERIE ANNE BARRAULT
Qu’en faire ? Comment le perdre
et le retrouver ? Sur ce dernier
point, Ramuntcho Matta, qui est
autant cinéaste que peintre et
musicien, a trouvé une belle
réponse, les courtes vidéos qu’il
nomme Perles du temps. S’y succèdent des fragments de rencontres et de conversations, un
hommage à Chris Marker, des
fondus enchaînés d’images qui
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
brocciu, miel du maquis, vins blancs de Patrimonio… Petit tour gourmand
glissent vers l’abstraction. Sans
pathos, avec légèreté, subrepticement presque, elles évoquent
les amitiés et découvertes dont
sont faites la vie et l’œuvre de
l’artiste. p Philippe Dagen
L’usage du temps. Galerie Anne Barrault, 51, rue des Archives, Paris 3e. Tél. :
09-51-70-02-43. Du mardi au samedi de
11 heures à 19 heures. Jusqu’au 17 mai.
François Morellet
Galerie Kamel Mennour
Un conseil : attendez qu’un rayon
de soleil s’impose dans le ciel parisien avant de partir découvrir les
abstraites facéties de François
Morellet. Ce sont les jeux de la
lumière naturelle qui révèlent au
mieux cette valse de monochromes blancs: des toiles immaculées, qui s’affolent en trio en composant toutes sortes de motifs et
rappellent combien le délicieux
octogénaire reste inventif. Superposées, bousculées, parfois juste
agrémentées de lignes noires,
elles répondent joliment aux carrés de lumière découpés par les
lucarnes de la galerie rue SaintAndré-des-Arts. Si les nuages persistent, réfugiez-vous plutôt dans
l’autre espace de Kamel Mennour,
rue du Pont-de-Lodi. Irradié, lui
aussi, mais à coups de tubes fluorescents. Une passerelle érigée
par le plasticien Tadashi Kawamata invite à flotter au cœur d’une
nuée de néons. Comme une mise
en espace de la série de tableaux
de Piet Mondrian intitulée Pier
and Ocean (1915), à qui Morellet
rend ici un hommage éclatant. p
E. L.
C’est n’importe quoi ? Galerie Kamel
Mennour, 47, rue Saint-André-des-Arts
et 6, rue du Pont-de-Lodi, Paris 6e. Tél. :
01-56-24-03-63. Du mardi au samedi
de 11 heures à 19 heures.
Jusqu’au 17 mai. Kamelmennour.com
La Corse aux mille saveurs
Bastia (Corse)
L
e grand péché de la cuisine,
c’estlaluxure,la sentimentalité, les fleurs (de rhétorique
s’entend) », prophétisait Joseph
Delteildans son indispensableCuisine paléolithique (1964). Ainsi
donc, pour se purifier le palais et
revenir aux sources de la cuisine
brute (comme il existe un art
brut), rien de tel, une fois l’an,
qu’une petite cure de jouvence en
Corse. Goûtés dans leur simplicité
native,ses meilleursproduitsfascinent toujours par leur puissance,
leurs parfums, leur caractère et,
surtout, leur pouvoir de nous
relier instantanément à une nature qui répond aussi bien au besoin
de notre imaginaire qu’à celui de
nos entrailles.
Fin avril, la crème des artisans
du terroir corse était réunie à Bastia, dans les jardins du Palais des
gouverneurs.Au milieudes citronniers, nous y avons découvert une
poignée de personnages mus par
la passion, mais conscients de
n’être que la crête d’une vague
dont la base, hélas, demeure polluée par les contrefaçons et les pièges à touristes… Ainsi que le résume Nicolas Mariotti Bindi (nouveau prodige de la viticulture corse, dont les vins blancs de Patrimonio égalent déjà, par leur soyeux et
leur profondeur, les meilleurs hermitages de la vallée du Rhône) :
« La Corse possède un potentiel
exceptionnel. Notre nature est saine et protégée,épargnéepar les pesticides. Terroirs, climat, savoir-fai-
Un denti au restaurant La Gaffe, à Saint-Florent (Haute-Corse). PASCAL DOLÉMIEUX POUR « LE MONDE ».
re, talents… Nous avons tout pour
faireles meilleursproduits du monde. Seule manque la volonté ! ».
Dans ses vignes encore jeunes,
plantées au pied du monte Sant’Angelo, dont la masse calcaire
plonge dans la mer, Nicolas rêve
de produire, dans les dix ans qui
viennent, des vins rouges intenses
et frais, 100 % nielluccio, aux parfums de fruits noirs et de tomates
séchées, qui n’auront rien à envier
aux plus prestigieux sangiovese
de Toscane !
S’il est un mets corse qui se
marie bien avec les vins de Patrimonio, c’est le jambon. Sur l’île, on
vend plus de « jambons corses »
qu’on n’en fabrique réellement, la
plupart des porcs utilisés provenant du continent (de Bretagne et
d’Europe de l’Est). L’AOC, seule
capable de défendre l’authenticité
de ce produit, n’a été créée que très
tardivement, en janvier 2014 !
Une victoire pour Antoine Poggioli et Sébastien Mariani, militants de la première heure, dont le
jambon 100 % corse (Prisuttu) est
une merveille fabriquée à Ucciani,
Fin avril, la crème
des artisans du terroir
corse était réunie
à Bastia, dans
les jardins du Palais
des gouverneurs
en Corse du Sud, à partir de porcs
de race nustrale reconnaissables à
leur petite taille, leurs pattes fines,
leur groin allongé et leurs oreilles
tombantsur le museau…Croissance lente, orge, maïs, glands et châtaignespour toute nourriture, dixhuit mois d’élevage en liberté sur
un espace immense, pas d’engraissement… L’abattage a lieu en
décembreet le salage se fait à froid,
sans additifs. Les jambons sont
alors enduits de saindoux et de
farine de riz pour éviter qu’ils ne
sèchent trop. Après dix-huit mois
d’affinage, ils sont d’un beau rouge caramel, moelleux, fins et fondants. L’honneur de la Corse.
Philosophe et poète, Daniel
Sabiani élève quant à lui ses chèvres corses à longs poils dans le
maquis sur la commune de Galeria, au sud de Calvi (Haute-Corse).
Incroyablement parfumés, après
avoir été affinés quatre mois, ses
fromagesà pâtemolle sont undélice qu’il faut déguster simplement,
avec de la confiture de figue. « Mes
chèvres passent leurs journées à
brouter les herbes du maquis. Elles
vivent dans leur environnement
naturel. Le soir, elles rentrent toutes seules à la bergerie. Je leur fiche
une paix royale, c’est pour ça que
leur lait est si bon ! », s’exclame-t-il
en riant. Daniel Sabiani n’emploie
de surcroît aucun ferment lactique de laboratoire, seule la présure provoque le caillage. « Avec des
ferments naturels, les fromages se
conservent beaucoup plus longtemps, jusqu’à un an et demi, et
offrent un goût fleuri inimitable. »
Son fabuleux brocciu, fabriqué de
janvier à juillet à partir du petit lait
chauffé doucement de 50 à 80
degrés,est aussi un trésor qui a inspiré la première AOC corse en
1986. A déguster frais avec un trait
d’huiled’olive du domainede Marquiliani (aux arômes d’amandes
fraîches), une cuillère de miel du
maquis de Pierre Carli (à Patrimonio) et, surtout, quelques filaments du merveilleux safran corse d’Anne Nocera, que l’on aura
fait infuser au préalable dans un
peu de lait ou un jus de citron…
Historienne de formation, cette
femme s’est prise de passion pour
la route des épices avant de se lancer dans la culture du safran en
2009,au hameaude Sarrola-Carcopino, non loin d’Ajaccio. « Le climat et le terroir corses sont favorables au crocus qui n’a pas besoin de
beaucoup d’eau l’été et fleurit au
mois d’octobre », observe-t-elle.
C’est avant le lever du soleil qu’Anne Nocera récolte ses belles fleurs
de couleur mauve, à la main,
genou à terre, avant d’en extraire
les stigmates. 600 grammes par
an seulement pour un petit hectare ! Anne n’est pas seulement fière
de son produit, elle l’est aussi de sa
qualité d’agricultrice : « En cultivant ma terre, je perpétue un
savoir-faire,je défricheet je faisbarrage à l’urbanisation qui est le danger numéro un ici. » Séché à la perfection (ni étuvé ni brûlé), son
safran est d’un beau rouge sang,
très parfumé, enivrant. Pierre
Geronimi, glacier à Sagone, s’en
est emparé pour créer une glace
digne de Shéhérazade.
Au dessert, le calisson de MarieOdile Cherchi est un petit bijou sur
lequel Eric Briffard, le chef du George-V, à Paris, a jeté son dévolu, en le
proposant en fin de repas à ses
clients. Basée à Borgo, près de Bastia, Marie-Odile évoque ces dentellières d’autrefois qui travaillaient
chez elles, entre l’horloge et la cheminée…Sescalissonstendres,moelleux et peu sucrés, elle les fabrique
seule, avec des amandes corses
(plusparfumées,grassesetcompactes que celles d’Espagne ou de Pro-
vence)et des agrumes de son jardin
qu’elle confit elle-même dans des
bassines en cuivre. Marié à celui de
l’amande, le goût naturel du fruit
est d’une délicatesse inouïe et reste
en bouche longtemps.
Pour déjeuner ou dîner, il faut
se rendreau petitport de Saint-Florent situé tout près de Patrimonio.
A deux pas du bateau de pêche qui
le fournit chaque jour, le restaurant La Gaffe offre une carte des
vins sensationnelle, conçue pour
épouserlesmeilleurspoissonssauvages du golfe de Saint-Florent.
Denti, saint-pierre, pageot, mérou,
chapon, daurade, rouget, langouste, oursin et araignée de mer arrivent ici encore frétillants et
brillants. Mais il faut surtout goûter le corb, un poisson rare et délicieux, à la chair tendre, ferme et
juteuse à la fois, qui, simplement
grillé avec des graines de coriandre et d’anis, se marie à la perfection avec les grands vins blancs de
Patrimonio (24,50 euros le menu).
Si vous allez en Corse cet été,
frappez donc aux bonnes portes :
on vous ouvrira ! p
Emmanuel Tresmontant
Adresses
Nicolas Mariotti Bindi
Lieu-dit Pastoreccie/Porcellese
20232 Poggio-d’Oletta
Tél. : 06-12-05-24-59
U-Porcu Neru
Antoine Poggioli
et Sébastien Mariani
20133 Ucciani
Tél. : 04-95-52-86-78
Daniel Sabiani
Bergerie de Fugliaccia
20245 Galeria
Tél. : 04-95-62-01-37
Domaine de Marquiliani
(huile d’olive)
20270 Aghione
Tél. : 04-95-56-64-02
Pierre Carli
Apiculteur à Patrimonio
Tél. : 06-17-03-44-28
Anne Nocera
Route du Pantano
20167 Sarrola-Carcopino
Tél. : 06-03-31-39-40
Marie-Odile Cherchi
Tél. : 04-95-30-74-08
Restaurant La Gaffe
Port de plaisance
20217 Saint-Florent
Tél. : 04-95-37-00-12
0123
en vente
actuellement
K En kiosque
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Hors-série
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AU CARNET DU «MONDE»
Décès
Hors-série
Edith,
son épouse,
Marie-Lorraine, Leslie et Laura,
ses filles,
Pablo,
son petit-fils,
Janine Enoch,
sa sœur,
Danièle, Christian, Judith
et Alexis Maillard,
ses nièce, neveu, petite-nièce
et petit-neveu
Ainsi que toute la famille,
Hors-série
ont la tristesse d’annoncer le décès de
Jan-Claude ASTRUC,
ingénieur SUPAERO,
ancien directeur de la SOFMA,
chevalier de la Légion d’honneur,
survenu le 21 avril 2014,
à l’âge de quatre-vingt-dix ans.
18, avenue Robert-Schuman,
92100 Boulogne.
7 matières pour
réussir votre bac
Collections
---------------------------------------------------------
Le docteur Raouf Ben Brahem,
son époux,
Le docteur Cedrik Ben Brahem,
son fils,
Théo et Maxime,
ses petits-fils,
ont la douleur de faire part du décès de
Mme Josette BEN BRAHEM,
dite ALIA,
journaliste, écrivain,
ancienne présidente du jury
du Prix Albert Londres,
survenu à Perpignan, le 1er mai 2014.
L’inhumation aura lieu le mercredi
7 mai, à 11 heures, au cimetière du
Montparnasse, boulevard Edgar Quinet,
Paris 14e.
Cet avis tient lieu de faire-part.
169, rue de Rennes,
75006 Paris.
Dès mercredi 30 avril,
le volume n° 3 LA MULE DU COACH
de D. Sylvain, illustré par J-P Peyraud
0123
Depuis le mercredi 30 avril 2014,
notre vie est bouleversée,
Jean CZARNY,
est décédé.
Il nous a impressionnés par sa force
de vie et sa sérénité qui nous ont portés
jusqu’au bout.
Dès mercredi 30 avril,
le volume n° 15 LA CHUTE
DE L’EMPIRE ROMAIN
Nos services
-------------------------------------------------------------Lecteurs
K Abonnements
Tél. : 32-89 (0,34 � TTC/min)
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Professionnels
K Service des ventes
Tél. : 0-805-05-01-47
13
carnet
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
Mireille Czarny,
sa femme,
Marion Czarny Smith et Patrick Smith,
Romain Czarny et Stéphanie Gruser,
Julia Czarny et Laurent Cerisola,
ses enfants,
Charlotte, Tristan, Mathilde, Elisa, Neil,
Noémie,
ses petits-enfants,
Rosette Bénière,
sa sœur,
Paul et Betty Felenbok,
sont profondément tristes, mais heureux
d’avoir eu la chance de vivre à ses côtés,
homme gentil et aimant.
Nous pensons à ses parents,
Jankiel et Mala,
et à son frère,
Henri,
morts en déportation en 1942.
Ses obsèques auront lieu le mardi
6 mai, à 10 h 30, au cimetière de Malakoff,
33, boulevard de Stalingrad (Hauts-deSeine).
Pas de fleurs.
Mireille Czarny,
18, rue Henri Marrou,
92290 Châtenay-Malabry.
Lionel et Martine, Bernard et Isabelle,
Sophie et François, Sabine, Hortense,
Caroline et André,
ses enfants, beaux-enfants
et neveux,
Ses petits-enfants,
Ses arrière-petits-enfants
Et ses petits-neveux,
Dominique Truchy,
son frère,
ont le chagrin de faire part du décès de
Mme Jacqueline
CARTIER-BRESSON,
née TRUCHY,
survenu le 24 avril 2014,
à Montreuil (Seine-Saint-Denis),
à l’âge de quatre-vingt-onze ans.
Un ultime hommage lui a été rendu
à Pianottoli-Caldarello (Corse), le 2 mai
2014.
Une messe sera célébrée en l’église
Saint-Merri, à Paris 4e, le mercredi 14 mai,
à 18 heures.
Lionel Paillard,
60, boulevard de Clichy,
75018 Paris.
Bernard Cartier-Bresson,
106, chemin de la Désirée,
78520 Saint-Martin-La-Garenne.
M. et Mme Laurent Danon-Boileau,
son fils et sa belle-fille,
M. et Mme Michel André,
sa fille et son gendre,
David et Audrey, Quentin et Juliette,
Clémence et Timothée, Eloi,
ses petits-enfants,
Thalia et Leyla, Charlotte et Eloïse,
ses arrière-petites-filles,
ont la profonde tristesse de faire part
du décès de leur père, grand-père et arrièregrand-père, le
docteur
Henri DANON-BOILEAU,
Forces françaises libres,
ancien de la 2e DB
(régiment de marche du Tchad),
officier de la Légion d’honneur
à titre militaire,
médaille militaire,
croix de guerre 1939-1945 avec palme,
médaille de la Résistance,
survenu à son domicile parisien,
le 1er mai 2014,
dans sa quatre-vingt-seizième année.
L’inhumation aura lieu le lundi 5 mai,
à 16 heures, au cimetière d’Aulnay-laRivière.
34, quai de Béthune,
75004 Paris.
Le conseil d’administration,
La direction générale
Et l’ensemble du corps médical
et pédagogique
de la Fondation santé des étudiants
de France,
ont la tristesse de faire part du décès du
docteur
Henri DANON-BOILEAU,
survenu le jeudi 1er mai 2014,
à l’âge de quatre-vingt-quinze ans.
Pionnier de la prise en charge
institutionnelle des jeunes étudiants et
adolescents souffrant de pathologies
psychiatriques, associant soins et études,
il a créé à Sceaux, en 1956, la clinique
Dupré, premier établissement psychiatrique
de la Fondation Santé des Etudiants
de France
Il n’a pas cessé, depuis, de nourrir avec
passion la réflexion psychanalytique sur
la santé des adolescents.
La Fondation santé des étudiants de
France présente à ses enfants et à sa famille
ses plus sincères condoléances.
Blandine Charrel,
directeur,
Le docteur Georges Papanicolaou,
coordinateur médical,
La communauté médicale,
L’ensemble des personnels
de la clinique Dupré,
ont la très grande tristesse de faire part
du décès du
docteur
Henri DANON-BOILEAU,
survenu le jeudi 1er mai 2014,
à l’âge de quatre-vingt-quinze ans.
Ancien chef de clinique de la Faculté de
Paris, psychanalyste titulaire et membre
honoraire de la Société pychanalytique de
Paris, le docteur Henri Danon-Boileau
a été le premier médecin-chef
d’établissement de la clinique Dupré en
1956 qui a accompagné la reconversion
vers la psychiatrie et y a introduit
l’intelligence psychanalytique dans la prise
en charge hospitalière des adolescents
et la pratique de la psychothérapie
psychanalytique.
Il avait inauguré en 2012 le centre de
psychanalyse pour adolescents et jeunes
adultes qui porte son nom, au sein de
Dupré.
Il nous a marqués par sa profonde
humanité.
Nous présentons à ses enfants et à sa
famille nos plus sincères condoléances.
Etrembières. Machilly. Brens.
Guy Valère Marie DEMENGE,
dit « Melchior »,
né le 6 janvier 1929,
alpiniste, guide de haute montagne,
grand voyageur, antiquaire, décorateur,
architecte, archéologue et anthropologue,
est parti pour son dernier bivouac,
le 6 avril 2014.
Ceux qui l’ont aimé sont les bienvenus
à Saint-Martin-Vésubie, les 13 et 14
septembre, pour son ultime ascension
(pour informations, contacter ses enfants
ou le bureau des guides de Saint-MartinVésubie).
La direction générale
Et les collaborateurs
d’IFP Energies nouvelles (IFPEN),
ont la tristesse de faire part du décès de
Louis DENY,
ancien administrateur d’IFPEN
et membre du conseil d’administration
de la Fondation Tuck
et présentent à ses proches leurs sincères
condoléances.
Vincent et Elsa Ferrandini,
ses enfants,
Nathan Ferrandini,
son petit-fils,
ont la tristesse de faire part du décès de
Mme Anne FERRANDINI,
née LEBRET,
survenu le 1er mai 2014.
Un hommage lui sera rendu le mercredi
7 mai, à 13 h 30, au funérarium du
cimetière du Père-Lachaise, 7, boulevard
de Ménilmontant, Paris 11e.
9, rue Sonia et Robert Delaunay,
75011 Paris.
Frédérique et Pascal Jacob,
ses parents,
Sonia Jacob,
sa sœur,
Clément Jacob,
son frère,
Nine Jacob,
sa nièce,
Mme Henri Jacob,
Mme Jean-Jacques Galey,
ses grand-mères,
Ses oncles et tantes,
Ses cousins et cousines,
Les familles Jacob, Galey et alliées
Les équipes professionnelles
qui l’ont accompagné et soigné,
Ses amis,
ont la grande tristesse d’annoncer la mort
de
Romain JACOB,
le mercredi 30 avril 2014,
dans sa vingt-neuvième année.
« Mon verre s’est brisé
comme un éclat de rire. »
Une messe sera célébrée en l’église
Saint-Séverin, à Paris 5e, le mardi 6 mai,
à 10 h 30.
Une cérémonie aura lieu le même jour,
avant l’inhumation, à 16 heures, en l’église
de Saint-Piat (Eure-et-Loir).
Ni fleurs ni couronnes.
Nous vous proposons en l’honneur
de Romain de faire un don à
La Fondation Internationale de la
Recherche Appliquée aux Handicaps
(FIRAH), 14, rue de la Tombe-Issoire,
75014 Paris
ou
à l’association Passe R aile,
45, rue du Bois-de-la-Garenne,
77700 Magny-le-Hongre.
57, rue Saint-Jacques,
75005 Paris.
9, avenue de la Gare,
28130 Saint-Piat.
Colette Meimon,
Marc et Georgia Meimon,
Jean et Monette Meimon,
ses enfants,
Julien, Serge, Aurélie et Adriana
ses petits-enfants,
Joseph, Alma et Rose,
ses arrière-petits-enfants,
Ses cousins et cousines,
ses neveux et nièces
Et toute sa famille,
ont la tristesse de faire part du décès de
Mme Elsa MEIMON,
survenu le mercredi 30 avril 2014,
dans sa centième année.
Les obsèques auront lieu le lundi 5 mai,
à 14 heures, au Cimetière Monumental
de Rouen.
Elle reposera aux côtés de son époux,
Roger MEIMON,
décédé le 25 Avril 1982.
La levée de corps aura lieu
à 10 heures, à la Maison funéraire,
7, boulevard de Ménilmontant,
à Paris 11e.
Valérie Cazade,
Laurent Bouffandeau,
ses enfants de cœur,
Cathy Leve,
Ses petits-enfants,
sont orphelins avec la disparition de
Roger MARIANI,
« Gé »,
le vendredi 18 avril 2014, à Abidjan,
à quatre-vingt-neuf ans.
Il a été inhumé à Luri, Ile de Beauté,
auprès des siens.
Riposa in pace.
Grenoble. Saint-Pierre de Chartreuse.
Clichy.
Nicole Millier,
Jean-Pierre Millier et Monique Valbot,
Valérie Millier et Laurent Mérindol,
Jean-Pol Millier,
Jean-François, Elsa, Lola Rothschild
Et toutes leurs familles,
Les familles Tria et Dumouchel,
ont la douleur de faire part du décès
accidentel de
Laurent MILLIER,
à l’âge de cinquante-trois ans.
La cérémonie aura lieu le lundi 5 mai
2014, à 9 heures, au centre funéraire de
La Tronche (Isère).
Ni fleurs ni plaques.
Dons possibles aux « Papillons de
Charcot » , soutien autour de la maladie
de Charcot (8, rue Louise-Drevet, 38000
Grenoble.)
Mme Béatrice Dansette,
Mme Laurence Mouton,
Mme Alix de Lorgeril (†),
ses filles,
Ses petits-enfants,
Ses arrière-petits-enfants,
Comtesse Yves de Faletans,
sa sœur
Et toute la famille,
ont la très grande douleur de faire part
du décès de
Dany et Jean Delahousse,
Chantal et Jean-Marie Appé,
ses filles et ses gendres,
Mathieu, Alexis, Delphine
et Raphaëlle,
ses petits-enfants,
et leurs conjoints,
Ses huit arrière-petits-enfants,
Ses amis,
en particulier Odette Ratier,
Les familles Legrand et Vallette,
ont la grande tristesse d’annoncer la
disparition de
Isabelle-Yvonne VALLETTE,
née LEGRAND,
survenue le mercredi le 23 avril 2014,
dans sa quatre-vingt-dixième année.
La cérémonie d’adieu aura lieu le mardi
6 mai, à 14 heures, au crématorium
du Cimetière Monumental de Rouen.
Ses cendres seront déposées au
cimetière de Radepont (Eure), son village
natal.
Anniversaires de décès
Il y a trente-six ans,
Henri CURIEL,
militant anti-impérialiste
et « médiateur de la paix »
dans le conflit israélo-palestinien
était abattu à Paris.
Les auteurs et le commanditaires
de cet assassinat restent encore impunis.
Sa famille et ses amis exigent toujours
que justice soit faite.
Maurice SALAT BAROUX
nous a quittés il y a cinq ans,
il est toujours présent dans nos cœurs.
Ceux qui l’ont aimé auront une pensée
pour lui le 5 mai 2014.
M. Roger MOUTON,
survenu à Paris, le 29 avril 2014,
dans sa quatre-vingt-dix-huitième année.
La cérémonie sera célébrée le mercredi
7 mai, à 15 heures, en l’église SaintFrançois-Xavier, Paris 7 e , suivie de
l’inhumation dans l’intimité familiale.
Ni fleurs ni couronnes.
14, rue Gorges-Ville,
75116 Paris.
44, rue de la Voûte,
75012 Paris.
Marie-Thérèse,
son épouse,
Ses enfants,
ont la tristesse d’annoncer le décès de
Philippe MUNCK,
survenu le jeudi 1er mai 2014,
l’âge de quatre-vingt-neuf ans.
Il a fait don de son corps à la médecine.
Nicole Battefort Perrin,
son épouse,
Anne et François Perrin,
ses enfants,
Lucie et Paul Alexandre,
ses petits-enfants,
Monique Grenot,
ont la tristesse de faire part du décès de
Bernard PERRIN,
professeur à l’Ecole nationale supérieure
des beaux-arts de Paris,
officier
dans l’ordre des Arts et des Lettres,
survenu à Troyes, le 29 avril 2014,
dans sa soixante-dix-huitième année.
La cérémonie religieuse a eu lieu
dans l’intimité familiale, en Sologne.
Une messe à son intention sera dite
le mardi 13 mai, à 12 h 15, en l’église
Saint-Germain-des-Prés, Paris 6e.
Souvenirs
Nous ne les oublions pas,
Emmanuel ROBLES,
Oran, 4 mai 1914 Boulogne, 22 février 1995,
Paulette ROBLES,
née Puyade,
Oum el Bouaghi, 10 novembre 1917 Boulogne, 7 mai 1974,
Paul ROBLES,
Alger, 25 août 1942 Alger, 15 avril 1958.
[email protected]
Le 5 mai 2005, décès accidentel de
Jean-Marie STRUB.
Georges.
Colloque
Colloque
sur les « Modèles de la Rationalité
et la Crise Economique »,
en salle Dussane,
de l’Ecole normale supérieure
45, rue d’Ulm, Paris 5e,
le 8 mai 2014, de 9 h 30 à 18 heures
et le 9 mai, de 9 heures à 12 heures.
Avec la participation
de Reinhard Selten,
prix Nobel d’Economie 1994.
Les exposés porteront sur la question
de savoir si la crise économique est
le fruit d’une somme d’irrationalités
individuelles ou si le système économique
lui-même, indépendamment
du comportement des individus,
est porteur de crises.
Organisé par Sacha Bourgeois-Gironde
(Université Paris 2, LEMMA,
et Institut Jean Nicod).
Conférence
Paris .
Jacques Vignaud,
son époux,
Jean-Jacques, Anne, Christine,
Isabelle, Nathalie et Vincent,
ses enfants,
Adrien, Louise, Clémence, Victor,
Antoine et Raphaël,
ses petits-enfants,
ont la douleur de faire part du décès de
Mme Ghislaine VIGNAUD,
née VAILLANT,
survenu le 29 avril 2014,
à l’âge de quatre-vingt-un ans.
La cérémonie aura lieu le lundi 5 mai,
à 10 h 30, en l’église Saint-Thomasd’Aquin, Paris 7e.
Conférence-débat
Juifs et chrétiens
dans la chapelle Sixtine,
autour du livre de Giovanni Careri
le mercredi 7 mai 2014,
de 19 heures à 21 heures,
en présence de l’auteur.
Interventions de
Emanuele Coccia, Céline Béraud,
Danièle Hervieu-Léger
et Isabelle Saint-Martin.
EHESS, 105, boulevard Raspail, Paris 6e
Entrée libre, accueil à partir de 18 h 30.
14
0123
météo & jeux
< -10°
-5 à 0°
-10 à -5°
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
0 à 5°
5 à 10°
10 à 15°
20 km/h
2 16
Brest
2 17
Rennes
0
3 16 99
Strasbourg
4 17
Orléans
4 18
4 17
Nantes
4 16
Lyon
6 18
8 18
A
Montpellier
A
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11 21
Aujourd’hui
Nord-Ouest
Ile-de-France
Sud-Ouest
Sud-Est
Lever 10h31
Coucher 01h06
4 19
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7 21
4 20
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3
Le Caire
bienensoleillé
assezensoleillé
bienensoleillé
faiblepluie
assezensoleillé
bienensoleillé
bienensoleillé
pluiesorageuses
aversesmodérées
bienensoleillé
enpartieensoleillé
nuageux
averseséparses
averseséparses
aversesmodérées
beautemps
bienensoleillé
assezensoleillé
assezensoleillé
bienensoleillé
beautemps
faiblepluie
bienensoleillé
enpartieensoleillé
beautemps
averseséparses
3
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5
5
2
11
9
6
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9
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7
16
14
9
4
2
6
4
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2
1
7
12
21
19
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Riga
Rome
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averseséparses
enpartieensoleillé
soleil,oragepossible
averseséparses
averseséparses
averseséparses
beautemps
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bienensoleillé
fortepluie
3
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1
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Alger
beautemps
Amman
bienensoleillé
Bangkok
pluiesorageuses
Beyrouth
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Brasilia
assezensoleillé
Buenos Aires bienensoleillé
Dakar
bienensoleillé
Djakarta
soleil,oragepossible
Dubai
beautemps
Hongkong pluiesorageuses
Jérusalem bienensoleillé
Kinshasa
soleil,oragepossible
Le Caire
assezensoleillé
Mexico
assezensoleillé
Montréal
pluiemodérée
Nairobi
averseséparses
9
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29
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10
26
Dans le monde
“Connaître les religions
pour comprendre le monde”
Jérusalem
New Delhi
New York
Pékin
Pretoria
Rabat
Rio de Janeiro
Séoul
Singapour
Sydney
Téhéran
Tokyo
Tunis
Washington
Wellington
assezensoleillé
29 41
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9 16
bienensoleillé
10 18
beautemps
10 23
beautemps
16 28
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7 18
soleil,oragepossible 27 33
averseséparses
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beautemps
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bienensoleillé
11 20
bienensoleillé
15 20
assezensoleillé
9 20
assezensoleillé
16 18
Cayenne
Fort-de-Fr.
Nouméa
Papeete
Pte-à-Pitre
St-Denis
soleil,oragepossible 25
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bienensoleillé
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soleil,oragepossible26
bienensoleillé
26
bienensoleillé
25
Outremer
28
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29
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Motscroisés n˚14-105
2
Thalweg
Amsterdam
Athènes
Barcelone
Belgrade
Berlin
Berne
Bruxelles
Bucarest
Budapest
Copenhague
Dublin
Edimbourg
Helsinki
Istanbul
Kiev
La Valette
Lisbonne
Ljubljana
Londres
Luxembourg
Madrid
Moscou
Nicosie
Oslo
Prague
Reykjavik
Les jeux
1
Front froid
Occlusion
Beyrouth
Tripoli
Tripoli
Dépression
Mercredi Jeudi
11
19
Nord-Est
9 19
Lundi
Un temps calme et bien ensoleillé régnera
pratiquement partout, avec tout au plus
quelques petits bancs de cirrus. Le voile
nuageux sera un peu plus dense sur le
Finistère. Les cumulus prendront encore de
l'ampleur dans l'après-midi du sud des Alpes à
la Corse, donnant une averse ou un orage
localement. Le vent de nord-est, le mistral et la
tramontane faibliront. Froid à l'aube avec des
gelées blanches dans les campagnes. Hausse du
thermomètre en journée.
Jours suivants
Mardi
Ajaccio
60 km/h
D
Rabat
Front chaud
En Europe
11 21
Lever 06h24
Coucher 21h10
Saint Sylvain
Coeff. de marée 66/60
Anticyclone
Athènes
Tunis
Tunis
Scandinavie Temps froid et humide
Perpignan
Températures à l’aube 1 22 l’après-midi
Alger
Nice
Marseille
10 23
6 18
DIstanbul
Ankara
Séville
4 16
Toulouse
Rome
Barcelone
Barcelone
Budapest
Odessa
Zagreb 1005
Belgrade
Bucarest
Sofia
Lisbonne
Lisbonne
1020
Grenoble
6 19
Biarritz
Berne
15
10
1015
1010
Kiev
1020 Munich Vienne
Madrid
Bordeaux
30 km/h
AParis
Chamonix
0
101
2 15
Moscou
Bruxelles
Milan
Clermont-Ferrand
5 16
40 km/h
Londres
4 17
5 18
St-Pétersbourg
Copenhague
Minsk
Amsterdam Berlin
Varsovie
Prague
Dublin
5 171000
Dijon
Poitiers
Limoges
D
Besançon
5 18
D
Riga
Edimbourg
Metz
7 17
Helsinki
Oslo
Stockholm
D
Châlonsen-champagne
2 16
4 18
1015
www.meteonews.fr
985
2 16
PARIS
Caen
Courriels
> 35°
Hommage Gandhi et Jean XXIII
Amiens
Rouen
30 à 35°
Reykjavik
2 15
6 14
25 à 30°
A
04.05.2014 12h TU
1005
Lille
20 km/h
20 à 25°
En Europe
Dimanche 4 mai
Gelées blanches dans les campagnes
Cherbourg
15 à 20°
6
7
9
Solution du n˚14-104
10 1 1 12
Episode 17 : la demi-finale ; « La Suite ».
Série. Mort à crédit. Défilé électrique
(saison 6, ép. 4 et 7/21, 110 min) U.
FRANCE 2
21.00 Football.
Coupe de France (finale) : Rennes - Guingamp.
23.15 On n’est pas couché.
Invités : Benoist Apparu ; Teddy Riner ;
Stéphane de Groodt ; Guy Roux ; François Gibault ;
Jeanne Cherhal (178 min) .
V
VI
FRANCE 3
20.45 Meurtres à Rocamadour.
Téléfilm. Lionel Bailliu. Avec Clémentine Célarié,
Grégori Derangère, Steve Kalfa (Fr., 2013) U.
22.15 Météo, Soir 3.
22.45 Inspecteur Lewis.
Série. Un rock immortel (S3, ép. 4/4).
0.20 Appassionata (130 min).
VII
VIII
IX
Euro Millions
X
I. Embarrassant. II. No. Puisatier.
III. Gui. Evaluera. IV. Oindre. Op.
VI. V. Ulna. Triolet. VI. Eléis.
Erreur. VII. Me. Mare. Esse.
VIII. Ere. Ui. Suées. IX. Naturalisé.
X. Tiers. Oreste.
Samedi 3 mai
0.15 Les Experts : Miami.
IV
Horizontalement
La composition du gouvernement de Manuel Valls ne fait plus de l’Europe une priorité: le ministère des affaires européennes disparaît en tant
que tel de l’organigramme gouvernemental, alors que l’outre-mer bénéficie d’un ministère « plein » ! Quel symbole à l’approche des élections
européennes! Faut-il y voir un geste à l’égard de la gauche du PS, le
reflet d’une vision plus eurosceptique au sein de l’exécutif ou la simple
conséquence du resserrement de l’équipe entraînant le déclassement
des affaires européennes au niveau d’un secrétariat d’Etat ? Ne nous
étonnons pas que la voix de la France dans les instances européennes
soit de plus en plus inaudible et de moins en moins crédible…
Louis-François Siat, Overijse (Belgique)
TF 1
III
Solution du n° 14 - 104
Europe L’Europe oubliée
20.55 The Voice, la plus belle voix.
II
I. Facilite la contrefaçon et le
plagiat. II. Evite de jeter le vieux
matériel et les pots cassés. III. A
chaud ou à froid, ils font des
longueurs. Permet le passage.
IV. Bien accrochée. Eliminent
brutalement. V. Espace de culture.
Bien situé. A la tête des armées.
VI. Belle et fragile, elle a de la
défense. Comme une odieuse
discrimination. VII. Elle est
réservée aux seuls adhérents.
Il est ouvert à tout le monde.
VIII. Porte le chapeau. Qu’il
faudra déchiffrer. IX. Ouvert
en grande pompe. Point.
X. Devraient améliorer
le rendement.
Mon courrier « La Catholaïcité » (Le Monde du 30 mars 2013) avait provoqué quelques réactions et m’avait valu plusieurs lettres… Le premier
ministre, Manuel Valls, s’est rendu à Rome pour la canonisation de
deux papes : bel exemple de catholaïcité ou manœuvre de récupération
de l’électorat catholique? Dans l’un ou l’autre cas, c’est une attitude choquante. La France a un ministre des affaires étrangères et un ministre
chargé des cultes : cela n’aurait-il pas suffi?
Daniel Galiacy, Villerest (Loire)
Les soirées télé
I
Horizontalement
Société Catholaïcité ou récupération ?
[email protected] http ://mediateur.blog.lemonde.fr
Sudoku n˚14-105
8
Le vieil agnostique que je crois être s’explique mal la satisfaction qui l’a
subjugué à l’annonce de la canonisation de Jean XXIII (Le Monde du
28 avril). On ne se rend plus très bien compte aujourd’hui combien ce
pape illumina le firmament de la société durant son trop bref pontificat. Il conquit les esprits par sa candeur d’âme, son visage bienveillant,
ses bras toujours accueillants, son action infatigable en faveur de la
paix et sa façon de dispenser de la chaleur aux cœurs les plus tièdes. Il
parlait d’amour et non de la crainte de Dieu. Dommage qu’il n’ait pu
achever le concile Vatican II.
Par cette décision, le pape François a fait retrouver à Rome une grâce,
une vocation . Nous nous éloignons du règne morose de son prédécesseur Benoît XVI, qui voulait hisser la mémoire de Pie XII au panthéon
du catholicisme, le hiératique et hautain Pie XII dont le silence au cours
de la deuxième guerre mondiale et sur la Shoah nous assourdit encore !
Dès 1948, du vivant de Pie XII, François Mauriac, prenant l’exemple de
l’indomptable Gandhi, de sa non-violence et de son souffle ténu qui
tenait en respect les empires, s’insurgeait: « Que quelqu’un sur une des
collines de la Ville éternelle n’ait pas refusé de manger et de boire (sauf le
pain eucharistique, sauf le vin du calice) jusqu’à ce que les belligérants
aient mis bas les armes… Pourquoi aucune folie de cet ordre n’a-t-elle
jamais été tentée sur l’une des collines de la Ville éternelle?… Pourquoi
jamais ce geste, cet acte inimaginable qui aurait fait tomber à genoux
les frères ennemis?… »
Qu’il soit permis de s’interroger sur ce qu’aurait été l’attitude de
Jean XXIII dans une telle situation. Néanmoins, l’humble paysan pauvre de Bergame, devenu Jean XXIII, vient d’être canonisé.
Guy Bordenave, Paris
Verticalement
1. Disposition avant le départ.
2. Part dans tous les sens.
3. Donnes ton avis et ton accord.
Luth en forme de huit. 4. Toujours
mieux que jamais. Ebranle. 5. Il
faudra l’ouvrir pour les passer.
Armé chez Obama. 6. Espace
fermé mais très ouvert. A prendre
avant de porter un jugement.
7. Mis de côté. Eveil spirituel.
8. Détruisent les espèces et la
nature. 9. Dans la pliure. Travaille
sur la pièce. 10. Langue celtique.
Sa ville fait des bulles. 11. Stade de
notre enfance. Patron du
calendrier. 12. Extrêmement
limités.
Philippe Dupuis
Verticalement
1. Engouement. 2. Mouillerai.
3. Inné. Eté. 4. Ap. Daim. Ur.
5. Ruer. Saurs. 6. Rivet. Ria.
7. Asa. Rée. Lô. 8. Saloir. Sir.
9. Stuporeuse. 10. Aïe. Lésées.
11. Nerveuse. 12. Traîtresse.
CANAL +
20.55 Broken City p
Résultats du tirage du vendredi 2 mai.
4, 30, 31, 38, 42, 2 e et 11 e
Rapports : 5 numéros et e e : 89 166 455 ¤ ;
5 numéros et e : 376 512,30 ¤ ; 5 numéros : 313 760,30 ¤ ;
4 numéros et e e : 6 403 ,20 ¤ ; 4 numéros et e : 291,40 ¤ ;
4 numéros : 135,80 ¤ ;
3 numéros et e e : 83,50 ¤ ; 3 numéros et e : 17,70 ¤ ;
3 numéros : 13,60 ¤ ;
2 numéros et e e : 25,40 ¤ ; 2 numéros et e : 9,10 ¤ ;
2 numéros : 4,20 ¤ ; 1 numéro et e e : 13 ¤.
0123 est édité par la Société éditrice du « Monde » SA
Durée de la société : 99 ans à compter du 15 décembre 2000. Capital social : 94.610.348,70¤. Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS).
Rédaction 80, boulevard Auguste-Blanqui, 75707Paris Cedex 13 Tél.: 01-57-28-20-00
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Tél : 01-57-28-39-00
Fax : 01-57-28-39-26
Toulouse
(Occitane Imprimerie)
Montpellier (« Midi Libre »)
Film Allen Hughes. Avec Mark Wahlberg, Russell
Crowe, Catherine Zeta-Jones (EU, 2013, audio.) U.
22.40 Intérieur sport.
Loïc Collomb-Patton (ski freeride). Magazine.
23.05 Noroeste Favela Futebol Club.
Documentaire. Stéphane Darmani (2013, 50 min)
FRANCE 5
20.35 Echappées belles.
Dimanche 4 mai
TF 1
20.55 La Nouvelle Guerre
des boutons p
Film Christophe Barratier. Avec Jean Texier,
Clément Godefroy (France, 2011, audiovision).
22.55 Esprits criminels.
Série. Avis de recherche U. Premier rendez-vous.
Dernier rendez-vous (S3, 6, 8 et 9/20) V.
1.20 New York, section criminelle.
Série. Le Déchéance (S5, 2/22, 55 min) V.
FRANCE 2
20.48 Un heureux événement
Film Rémi Bezançon. Avec Louise Bourgoin,
Pio Marmaï (coproduction, 2011, audio.) U.
22.40 Faites entrer l’accusé.
Peter et Aurore, les amants diaboliques U.
0.07 Histoires courtes (45 min).
FRANCE 3
20.45 Inspecteur Barnaby.
Série. Les Meurtres de Copenhague (S16, 5/5) ;
Meurtres sur mesure (S13, 1/7, audiovision).
23.40 Météo, Soir 3.
0.10 Deux lettres anonymes pp
Film Mario Camerini. Avec Clara Calamai,
Andrea Checchi (Italie, 1945, N, v.o., 115 min).
CANAL +
21.00 Football.
Ligue 1 (36e journée) : Marseille - Lyon.
22.55 Canal Football Club.
23.15 L’Equipe du dimanche (50 min).
FRANCE 5
De Belle-Ile à Ouessant, les îles du Ponant.
20.40 Cirque Gruss : une tradition
suspendues. Documentaire (2005).
23.00 L’Œil et la Main.
Roms, à la croisée des chemins. Magazine.
23.30 Pleins feux sous l’océan.
Documentaire. Steve Nicholls (50 min).
21.30 Beauval, dans les coulisses
22.10 Au pays des rizières
ARTE
20.50 L’Aventure humaine.
Le Coelacanthe. Plongée vers nos origines.
Requins des profondeurs. Documentaire.
23.05 Pop culture - Sex & Music.
[1/4] De la pilule au sida. Documentaire (2014).
0.00 Tracks. Magazine (50 min).
M6
20.50 Hawaï 5-0.
Série. Na Hala a ka makua (saison 4, 14/22) U ;
Kame’e. Mea Makamae (saison 2, 3 et 4/23) U ;
Ke Kinohi. He Kane Hewa’Ole (S1, 13-14/24) U.
1.00 Supernatural.
Série (saison 5, 10 et 11/22, 90 min) V.
en danger ? Documentaire. Alex Gary (2014).
du premier zoo de France. Documentaire.
22.25 Exil nazi :
la promesse de l’Orient. Documentaire.
23.20 La Grande Librairie (60 min).
ARTE
20.45 Nelly et monsieur Arnaud p
Film Claude Sautet. Avec Emmanuelle Béart,
Michel Serrault, Charles Berling (coprod., 1995).
22.25 Retour au Caucase.
Gérard Depardieu dans les pas d’Alexandre Dumas.
23.20 Au cœur de la nuit.
Gregory Porter et Cassandra Wilson (50 min).
M6
20.50 Zone interdite. Le château de
Versailles comme vous ne l’avez jamais vu !
23.00 Enquête exclusive.
Fitness, performances sexuelles : nouvelles
drogues, nouveaux dangers !... (90 min) U.
décryptages
0123
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
15
Commentdésamorcer le conflit russo-ukrainien?
La tension est montée d’un cran en Ukraine. Quelles réponses apporter
à une situation de plus en plus explosive, alors que l’éclatement
d’un conflit généralisé ne profiterait à aucun des acteurs de la région?
Pour les uns, les succès de Vladimir Poutine sont un trompe-l’œil
que dissiperaient vite les sanctions économiques. Pour les autres,
la seule alternative à la partition est une solution fédérale.
L’efficacité des sanctions économiques
V
Guy Sorman
Essayiste
ladimir Poutine se trompe de modèles et
d’époque. A Pierre le Grand et Staline, il a
emprunté le goût des grands espaces et il
répète le drame russe : tout ce qui est
acquis en géographie est perdu en vitalité
économique, civique, scientifique. Les
ancêtres de M. Poutine déplacèrent les bornes de leur
empire, mais à quoi bon ? Le peuple russe, contrairement aux Américains, n’a jamais colonisé les nouveaux territoires. La Russie s’est vidée à mesure qu’elle
s’étendait; au temps de Poutine, elle se vide encore, de
surcroît elle vieillit et l’espérance de vie ne cesse de
s’abréger.Le peuple russeest en voie de disparitionbiologique: Poutine ou le souverain des « âmes mortes ».
Staline, jamais invoqué, mais son spectre reste présent, incarnait, malgré lui, une idéologie universelle:
l’URSS recrutait partout dans le monde des « compagnons de route » pour qui le soviétisme parut une alternativeau capitalismedémocratique.Al’inverse,le poutinisme n’existe pas : nul ne rêve de vivre comme les
Russes, pas même les Russes qui miment dès que cela
leur est permis la société occidentale. Le poutinisme
n’est pas une vision du monde, ce n’est même pas une
vision pour la Russie, ni politique, ni économique, ni
spirituelle.
Certains, en Russie, mais plus encore à l’Ouest chez
des russophiles nostalgiques, voudraient voir en
M. Poutine un héritier des slavophiles : ceux-ci, au
XIXe siècle, imaginaient une société plus spirituelle,
moins matérialiste que l’Occident européen et américain.Mais l’oligarchie poutinienne,son régime policier
ne sauraient passer pour une utopie à la Dostoïevski.
Poutine joueur d’échecs, une autre tradition russe ?
Etrange joueur qui serait tout en muscles et avec dans
sa manche, au mieux, un coup d’avance et pas deux.
On m’objectera que le président russe a déjà gagné
plusieursparties,enGéorgie,enCriméeet enSyrie.Certes, dans ces troiscas, il a exploitéla constanteincapacité des démocraties à réagir et surtout à réagir vite. Mais
quel est le bénéfice de ces victoires ? Qui vit mieux en
Russie? Qui souhaite immigrer en Russie? Qui souhaite vivrecommeunRusse? Personne,pas mêmelesRusses. Voyons plutôt ce que Poutine a perdu et ce qui lui
reste à perdre. En absorbant des territoires, il épuise ses
ressources économiques qui sont limitées: en dehors
deMoscou,lesRussesviventdansuneextrêmepauvreté qui peut expliquer leur alcoolisme croissant et la
brièveté de leur existence. Ces annexions ont incorpo-
ré en Russie un plus grand nombre de minorités non
russes: ainsi la Crimée est-elle en bonne voie de devenir une nouvelle Tchétchénie où des Tatars musulmans deviendront des djihadistes possibles. Enfin, en
instaurant l’instabilité, l’imprévisibilité et la négation
du droit comme principes de l’Etat poutinien, le président détruit le fondement de son pouvoir : le gaz et le
pétrole. Les investissements russes et étrangers n’iront
plusdutoutse risquerdans lamodernisationà longterme de l’industrie en Russie. Ceux qui n’ont pas encore
fui fuiront et ceux qui soutenaient le budget trouveront des placements plus sûrs.
Les Européens et les Américains, en apparence, réagissent mollement, mais le temps joue en leur faveur:
l’exploitation, désormais accélérée, des ressources
énergétiques anciennes et nouvelles, le gaz par fracturation en particulier, et la commercialisation du gaz
américain vont faire chuter les cours du gaz russe
au-dessous du seuil de survie de Gazprom, le véritable
trésor russe.
Ce sont les Russes qui mettront un terme
au poutinisme, de même que les Soviétiques
se sont débarrassés de l’URSS
Se retourner vers l’Asie, créer une zone économique
russo-asiatique, comme l’envisage M. Poutine, n’est
pas une alternative au marché occidental: les richesses
sont à l’ouest de la Russie, pas à l’est. Le sénateur américain John McCain a comparé Vladimir Poutine à un
gérant de station-service en voie de perdre sa clientèle:
l’image est excessive, mais elle est juste. Les premiers à
s’en apercevoir ne seront pas les Occidentaux, mais les
Russes eux-mêmes, quand l’inflation dévorera leurs
salaires et leurs retraites, ce sont eux qui mettront un
terme au poutinisme, de même que les Soviétiques se
sont débarrassés de l’URSS.
Est-ce à dire qu’en Occident nous avons tout avantage à rester passifs ? Réagir à l’excès exciterait M. Poutine et conduirait à des violences fatales aux Russes, aux
Ukrainiens, aux Baltes, voire aux Polonais. Ne pas réagir du tout encouragerait la violence. Il reste la troisième voie, celle des sanctions économiques, celle que les
démocraties empruntent le plus souvent, chaotiques,
indécises,mais àtermegagnantes.Une suggestionsupplémentaire tout de même : il faudrait parler directement aux Russes, au peuple russe, plus qu’à Vladimir
Poutine. Le président n’écoutera pas, il ne cédera pas.
Mais le peuple russe devrait savoir – on ne le lui dit
pas – que les démocraties en Occident soutiendront
vraiment ceux qui en Russie considèrent que les Russes aussi ont droit, à terme, à un régime civilisé. p
Climat: tout ou rien par Serguei
Seule une Ukraine fédérale
garantira la paix
Edgar Morin
Sociologue et philosophe
L
a magnifique manifestation
populaire de Maïdan à Kiev, analogue en ferveur et en puissance
à celle de la place Tahir au Caire, a
suscité, comme cette dernière,
un jeu d’interactions et rétroactions qui ont détourné puis inversé le sens
des événements pour conduire à l’actuelle situationà la fois régressiveet dangereuse.
A la différence de l’Egypte, où la ligne
de clivage se fit entre Frères musulmans
et une armée ralliant à elle une partie des
esprits laïcisés, le clivage se fit entre russophones (russophiles) et ukrainophones
(russophobes) et selon une ligne de partage grossièrement est-ouest. Bien entendu,
il y a à l’ouest des nationalistes démocrates et des nationalistes antidémocrates
(désignés comme fascistes par la Russie)
et à l’est des non-partisans d’un rattachement à la Russie actuelle. Le plus grave est
que le conflit intranational soit devenu
un conflit international. Certes, avant le
Maïdan, la Russie utilisait tous ses
moyens de pression économico-politiques pour empêcher l’Ukraine de passer
dans le giron de l’Union européenne. De
son côté, ladite Unionoffrait ses perspectives économico-politiques alléchantes à
l’Ukraine.
La transformationrévolutionnaireprovoquée par la fuite du président Viktor
Ianoukovitch, le ralliement du Parlement
et du nouveau président à l’Union européenne ont provoqué une intervention
militaire plus ou moins mal camouflée en
Crimée où la population russophone – en
fait russe – a voté le rattachement à Moscou, à l’exception des Tatars de Crimée.
A cette intervention, l’Ouest, incapable
militairement et moralement de la moindre intervention, a réagi dans un premier
temps par des rodomontades, assurant
qu’il fera reculer la Russie par l’aggravation des sanctions économiques. Dans le
même temps,sa presse présentait le président Poutine non seulement comme un
autocrate héritier du tsarisme et du stalinisme, ce qu’il est en grande partie, mais
commeun fou furieux,ce qui estfurieusementfou. Or les événements de Syrie, où il
a habilement désamorcé les possibilités
d’intervention américaine, ont montré
qu’il était au contraire rusé et habile, et
son grignotageactuel de l’Ukraine, par des
milices locales bien armées, montre qu’il
avance prudemment mais fermement
pas à pas pour un objectif encore flou à
nos yeux et peut-être à ses yeux, en fonction de la résistance (aujourd’hui faiblissime) de l’Etat ukrainien et du comportement(aujourd’huidéphasé)des Etats occidentaux. Paradoxalement, l’Etat le plus
puissant, les Etats-Unis, est désormais en
repli et craint d’être acculé à intervenir.
Les fermes propos d’Obama cachent mal
une molle apathie.
Comme on doit le savoir, après l’expérience de la guerre d’Algérie, celles du
conflit israélo-palestinien et, depuis
deux ans, de la guerre de Syrie, vient un
moment où l’aggravation d’un conflit
favorise le pire dans chacun des camps et
dans l’ensemble du processus. Lorsque la
confrontation est déjà internationalisée,
le pire va se développer, non seulement
dans les composantes nationales du
conflit,maisaussi dans cetteinternationalisation.
Ici il est à craindre que l’impuissance
militairetotale del’Ouest, jointeà l’incertitude sur l’efficacité des sanctions économiques, entraîne la Russie poutinienne,
bénéficiant d’une forte popularité intérieure dans cette action, dans une aventure annexionniste. Le seul remède serait
d’accepter,idéedéjàproposéepar le ministre des affaires étrangères russe Sergueï
Lavrov, une Ukraine fédérale avant qu’il
ne soit trop tard et que cette Ukraine, au
lieu d’être partagée entre Ouest et Est,
devienne un pont entre Union européenne et Russie.
Il est vrai que cette dernière,depuis l’affaire géorgienne de 2008, est animée par
un expansionnisme visant à retrouver les
frontièresde l’empiretsariste puissoviéti-
que. Mais il semble non moins vrai qu’elle
ne puisse se hasarder à reprendre la Pologne, ni les pays baltes (encore qu’elle puisse contraindre ceux-ci à donner un statut
à leurs minorités russophones). Il ne s’agit
donc pas du même expansionnisme que
celui de l’Allemagne hitlérienne, qui
visait à créer ses colonies en Europe et en
Union soviétique. Les analogies avec
Munich ne sont que partiellement pertinentes. Rappelons qu’à Munich il s’agissait de satisfaire le droit du peuple germanique des Sudètes, ce qui était légitime,
mais en démantelant totalement le bouclier tchèque, ce qui fut catastrophique.
L’Allemagne voulait conquérir. La Russie
veut récupérer.
Alors que la France et l’Europe sont
tout sourire face à la dictature communiste chinoise, oublient Tibet, Mongolie et
régions musulmanes, il est incohérent
qu’elles soient si sourcilleuses avec une
autocratie posttotalitaire à résidus démocratiques et puissent la menacer tout en
étant incapables de la contraindre.
Puisque Vladimir Poutine est jusqu’à
présent non un fou furieux, mais un habile et rusé stratège, il comprendrait aisément le profit qu’il tirerait du compromis
ukrainien: une reprise de la coopération
internationale avec l’Europe et les EtatsUnis. Celle-ci est vitale tant pour lui que
pour nous tous. Si le conflit s’aggrave, le
président Poutine risque de perdre sa prudence, et nous risquons de perdre par
imprudence. C’est pourquoi la prudence
des deux côtés doit suggérer une Ukraine
une et fédérale, trait d’union entre l’Est et
l’Ouest.
Il est à craindre que
l’impuissance militaire
totale de l’Ouest,
jointe à l’incertitude sur
l’efficacité des sanctions
économiques, entraîne
la Russie poutinienne
dans une aventure
annexionniste
Une telleententepourrait alors sepoursuivre dans le Moyen-Orient, il y a
d’autant plus urgence que les ravages
continuent en Syrie, que la question
israélo-palestinienne redevient aiguë,
que l’hostilité chiites-sunnites s’est ranimée. Une telle entente pourrait encourager les résultats positifs obtenus en Iran et
permettre le retour de l’Iran dans le
concert des nations, ce qui favoriserait les
compromis politiques en Syrie et plus largement dans le Moyen-Orient.
Tout cela doit désormais passer par le
règlement équitable de la question ukrainienne. Malheureusement, l’impuissance de l’Ouest n’est pas seulement, en ce
qui concernel’Europe,de caractèremilitaire,elle n’est pas seulementde volonté. Elle
est de pensée politique, elle est de pensée
tout court. Il serait souhaitable que Hollande, Fabius et Manuel Valls prennent
conscience de l’impitoyable montée des
périls et proposent le seul plan de paix
cohérent, celui de l’Ukraine fédérale, trait
d’union entre Ouest et Est. Nous ne sommes plus au temps où il faut chercher le
mieux, nous sommes au temps où il faut
éviter le pire. p
¶
Né en 1921, directeur de recherche
émérite au CNRS, Edgar Morin a
publié de nombreuses réflexions
sur la question européenne,
telles que Penser l’Europe (1987,
Folio, 1990) et Culture et barbarie
européennes (Bayard, 2005).
Il a récemment publié Mes Berlin,
1945-2013 (Le Cherche Midi Editeur,
2013), Notre Europe (avec Mauro
Ceruti, Fayard, 126 p., 12 euros)
et Au péril des idées (dialogue
avec Tariq Ramadan, Presses
du Châtelet, 282p., 17,95 euros).
16
0123
analyses
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des racistes
ANALYSE
par Franck Nouchi
Service Culture
est tous un peu racistes…» Car voilà bien l’idée
centrale du film : quelles que soient notre religion et nos origines, nous serions tous, catholiques, juifs, musulmans, Chinois, Ivoiriens… un
petit peu racistes. Surtout les hommes (les femmes, elles, semblent moins perméables aux préjugés, plus naturellement enclines à la tolérance
et à l’altérité).
Un petit sentiment de gêne
Comme nous sommes au cinéma, tout finit
évidemmentbien.Unepartiede pêcheet un bon
repas permettront à M. Verneuil et au père du
mariéivoiriende nouerunebelle amitié.Preuve,
s’il en fallait, qu’en France tout se règle par un
gueuleton, du bon vin et une bouteille de calva.
L’un et l’autre, le notaire de province et le bourgeois ivoirien, sont racistes et pleins de préjugés? Et alors, semble faire accroire le film ? Ne le
sommes-nous pas tous un peu ? Il n’y a là rien
d’irrémédiable, pour peu que tout le monde
accepte de faire un petit effort, à commencer,
c’est la moindre des choses, par les non-Français
de souche.
Curieux film, laissant présager le pire dans sa
première moitié, que l’on finit parfois par trouver drôle, y compris à son corps défendant. Derrière le message de tolérance qu’il entend délivrer – vive la différence, vive les mariages mixtes – se profile pourtant quelque chose de plus
ambigu, une manière, certes comique mais tout
de même, de vouloir banaliser sinon le racisme,
du moins les propos racistes. Inutile de chercher
ici la moindre allusion à la situation politique et
sociale qui prévaut actuellement en France.
Qu’est-cequ’onafaitaubonDieu ?faitlapartbelle à des « métèques » qui sont tous issus de
milieux sociaux favorisés. De là à penser qu’il
n’y a de bonne immigration que choisie, il n’y a
qu’un pas que M. Verneuil semble être à deux
doigts de vouloir nous faire partager.
Pas franchement antipathique mais distillant un petit sentiment de gêne – il est des évidences qui n’en sont pas, mais alors pas du
tout –, ce film réunit des acteurs et des actrices
comiques de différentes générations: Christian
Clavier représente celle du Splendid ; Chantal
Lauby celle des Nuls de Canal+; Ary Abittan celle
de « Ce soir avec Arthur », l’émission de TF1.
Quant à Frédérique Bel, elle fut la « blonde» de
« La Minute » du même nom, là encore sur
Canal+. Tous, y compris Clavier, impayable en
notaire gaulliste, réac et bedonnant, jouent
juste. Impossible bien évidemment de ne pas
penser aux Aventures de Rabbi Jacob. Sauf que
n’est pas Gérard Oury qui veut. Sans parler de
Louis de Funès…
On se prend aussi parfois à imaginer ce qu’un
dialoguiste comme Michel Audiard ferait d’une
histoire pareille. Faut pas prendre les enfants du
bon Dieu pour d’affreux racistes ? Juste un
chouia, pas davantage. Pas grave. Voire… p
LE FILM FAIT
LA PART
BELLE
À DES
« MÉTÈQUES »
ISSUS
DE MILIEUX
SOCIAUX
FAVORISÉS
[email protected]
PLANÈTE | CHRONIQUE
p a r St ép ha ne Fo uca r t
Question d’éthique
Q
Trente ans après sa disparition, la French touch douce-amère de François Truffaut continue
d’être célébrée dans le monde entier. Le cinéaste des 400 coups, de Jules et Jim et du Dernier métro a
toujours privilégié l’intime et décrit, avec pudeur, l’amour comme une liturgie secrète. A la façon d’une
chanson d’Alain Souchon.
Tournant le dos aux modes et aux consensus, l’inventeur de la Nouvelle Vague fut d’abord
un critique audacieux, pourfendeur d’un cinéma hexagonal endormi, puis un metteur en scène
exigeant, qui mit ses pas dans ceux d’Hitchcock, de Renoir et Rossellini. « Le cinéma est un art de la
femme, c’est-à-dire de l’actrice. Le travail du metteur en scène consiste à faire faire de jolies choses à de
jolies femmes », disait-il. Le réalisateur de L’homme qui aimait les femmes ne dérogea jamais à cette
règle, ni dans son œuvre, ni dans sa vie.
Quelques jours avant l’ouverture du Festival de Cannes, Le Monde a décidé de rendre
hommage à François Truffaut, pour qui le cinéma était plus important que la vie…
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uiconque se penche un peu
sérieusement sur le dossier
des perturbateurs endocriniens (PE) ne peut en ressortir que
très préoccupé. Les données du
problème sont simples. Plusieurs
centaines de substances de synthèse, présentes dans un grand
nombre de produits d’usage courant et dans la chaîne alimentaire,
interfèrent avec le système hormonal humain et peuvent, de ce
fait, produire des effets délétères
à des niveaux d’exposition chronique très faibles, non pris en compte par les agences de sécurité sanitaire – à l’exception de quelquesunes.
Le seul fait rassurant de cette
affaire est que, parfois, les responsables politiques prennent la
mesure du problème, et qu’ils peuvent le faire sans distinction de
couleur politique. Ségolène Royal,
la nouvelle ministre de l’écologie,
du développement durable et de
l’énergie, vient ainsi de sortir des
limbes la Stratégie nationale sur
les perturbateurs endocriniens
(SNPE) qui, attendue depuis
deux ans, a été adoptée le 29 avril.
Mais il ne s’agit pas d’un « précautionnisme de gauche » ni
d’une sorte d’aversion franco-française pour le risque. Les deux
Etats européens aujourd’hui les
plus engagés dans la lutte contre
les PE, la Suède et le Danemark,
sont dirigés par une coalition de
centre droit pour le premier et par
des sociaux-démocrates pour le
second. En 2009, déjà, l’actuel
secrétaire d’Etat américain, John
Kerry, proposait (sans succès) une
loi dont l’objectif était de prévenir
l’exposition aux PE des enfants à
naître et des nourrissons. Plus
récemment, dans la course à la
mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet avait fait de cette question un thème de campagne.
Egalement peu suspecte de
crypto-communisme, la sénatrice
et ancienne secrétaire d’Etat à
l’écologie Chantal Jouanno déclarait en mars2013 au Journal de
l’environnement: « L’explosion
des cas de diabète, la multiplication phénoménale des cas d’obésité que les mauvaises habitudes alimentaires ne peuvent seules expliquer, les cancers qui se multiplient
chez les enfants… à chaque fois, on
voit que les PE sont impliqués.»
Si la question des PE échappe
aux catégories politiques, c’est
sans doute que chacun l’envisage
au crible de son éthique personnelle plus qu’à la lumière de ses
affiliations. Mme Jouanno ajoutait
qu’au Parlement certains, peu au
fait du dossier, « classent ceux qui
évoquent la question des PE dans
le camp des déclinistes, en brandis-
Les effets majeurs
des perturbateurs
endocriniens
se jouent dans
la période périnatale
sant des arguments du type “vous
voyez bien que la durée de vie augmente”…» Hélas ! Non seulement
l’espérance de vie en bonne santé
stagne, voire diminue, mais les
effets majeurs des PE se jouent
dans la période périnatale, et
conditionnent la santé à venir des
enfants exposés – santé à venir
dont la mesure actuelle de l’espérance de vie ne nous dit rien.
La question éthique posée par
les PE tient donc à la quantité de
risques que nous sommes prêts à
prendre en connaissance de cause, non forcément pour nousmêmes, mais pour d’autres qui
n’ont aujourd’hui pas la parole. p
[email protected]
0123
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L’investiture
de Barack
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Jeudi 22 janvier
Uniquement
2009
Fondateur
Premières mesures
Le nouveau président
américain a demandé
la suspension
: Hubert Beuve-Méry
En plus du «
en France
- Directeur
Monde »
métropolitaine
: Eric Fottorino
Obama
des audiences
à Guantanam
o
Barack et
Michelle Obama,
à pied sur
Pennsylvania
WASHINGTON
Avenue, mardi
20 janvier,
CORRESPONDANTE
se dirigent
montré. Une
vers la Maison
evant la foule
nouvelle génération
Blanche. DOUG
tallée à la tête
s’est insqui ait jamais la plus considérable
MILLS/POOL/REUTERS
a Les carnets
transformationde l’Amérique. Une ère
d’une chanteuse.
national de été réunie sur le Mall
de Angélique
a
Washington,
Des rives du commencé.
Kidjo, née au
Obama a prononcé,
a Le grand
Barack lantique,
Pacifique à
jour. Les cérémonies
celles de l’At- aux Etats-Unis pendant Bénin, a chanté
discours d’investituremardi 20 janvier,
toute l’Amérique
la liesse ; les
la campagne
un sur le
;
ambitions
s’est arrêtée de Barack Obama en 2008,
a Feuille
force d’invoquer presque modeste.
moment qu’elle
de route. «
pendant
et de nouveau la première décision d’un rassembleur ; n’est
A vivre :
était en train
Abraham
La grandeur
Martin Luther
l’accession
de la nouvelle
jamais un
administration:
de du 18 les festivités de l’investiture,
Lincoln,
au poste
au
dant en chef
Avec espoir et dû. Elle doit se mériter.
avait lui même King ou John Kennedy,
pendant cent la suspension
des armées, de comman- raconte 20 janvier. Pour Le Monde,
(…)
vertu,
il
placé la barre
responsable
vingt
: les cérémonies,
elle
de plus les courants bravons une fois
discours ne
très haut. Le l’arme nucléaire, d’un
de Guantanamo. jours des audiences
passera probablement
jeune sénateur de – elle a croisé l’actrice les rencontres
glacials et endurons
cain-américain
Pages 6-7
les tempêtes à
postérité, mais
afri- le chanteur
page 2
et l’éditorial
Lauren
de 47 ans.
venir. » Traduction
il fera date pour pas à la
Harry Belafonte… Bacall,
du discours
ce qu’il a
inaugural du e intégrale
miste Alan Greenspan.
Lire la suite
et l’écono- a It’s the economy...
des Etats-Unis.
44 président
page 6 la
Il faudra à la
velle équipe
taraude : qu’est-ce Une question
nou- a Bourbier Page 18
beaucoup d’imagination
Corine Lesnes
pour sortir de
que cet événement
va changer pour
irakien. Barack
a promis de
l’Afrique ? Page
Obama
et économiquela tourmente financière
retirer toutes
3
qui secoue la
de combat américaines
les troupes
Breakingviews
planète.
page 13
d’Irak d’ici
à mai 2010.
Trop rapide,
estiment
hauts gradés
de l’armée. Enquête les
D
Education
L’avenir de
Xavier Darcos
« Mission
UK price £ 1,40
P
lus de trois millions d’entrées en
deux semaines; 32 % de part de marché : Qu’est-ce qu’on a fait au bon
Dieu?, le film de Philippe de Chauveron, fait actuellement exploser tous
les compteurs du box-office français. Accueil critique? Inexistant, aucune projection de presse n’ayant précédé sa sortie. Bouche-à-oreille? Exceptionnel, à tel point que les
deux plus gros succès du cinéma français, Intouchables (19,44 millions d’entrées) et même Bienvenue chez les Ch’tis (20,48 millions) ne paraissent pas hors d’atteinte.
Visible sur Internet, l’efficace bande-annonce
laisse présager le pire : 1,58 min de clichés
raciaux ou racistes, on ne sait trop, en tous genres.QuelestdonccefilmquifaitsallecombleaussibienàParisqu’enrégions?Unersatzcinématographique des thèmes chers au Front national?
L’affaire est plus compliquée.
ClaudeVerneuil,catholique,gaullisteetnotaire de son état, et madame vivent dans une splendide maison de maître à Chinon, en Indre-et-Loire. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des
mondes possibles si trois de leurs quatre char-
mantes filles n’avaient eu la malencontreuse
idée d’épouser l’une un Arabe musulman,
l’autre un juif séfarade, la troisième un Asiatique, vraisemblablement d’origine chinoise.
CommeleditcetexcellentM.Verneuil,lesdéjeuners de famille sont devenus de véritables «réunions de la Licra».
Pauvres Verneuil ! Eux qui espéraient tant
arriver à bien marier leurs filles… Il leur faudra
tout supporter, y compris la circoncision de leur
petit-filsetlesouhaitdeleurgendre–DavidBenichou, original n’est-ce pas? – de voir le prépuce
du cher petit enterré dans leur parc.
Heureusement, les trois gendres ne sont pas
demauvaistypes.L’unestbanquier,l’autrehomme d’affaires, le troisième avocat. Et quand, un
soir, ils se mettent à chanter La Marseillaise, la
main sur le cœur, face à leur beau-père, ce dernier ne peut que rendre les armes: on peut donc
être à la fois français et patriote, sans être tout à
fait blanc et catholique.
Hélas pour M. Verneuil, son calvaire n’est pas
terminé. Voilà que sa quatrième fille, une charmante blonde, vient lui annoncer, ainsi qu’à sa
femme, qu’elle va épouser Charles, un catholique… ivoirien. Catastrophe! Il ne manquait plus
qu’un Noir dans la famille Verneuil! D’où le titre
du film, vous l’aurez compris.
Passonssurl’avalanchedeclichésentousgenres – à en juger par les rires qui fusent dans la salle, certains font mouche. Et retenons simplement cette remarque de David Benichou : « On
terminée » :
le ministre
de
ne cache pas l’éducation
considérera qu’il se
bientôt en
disponibilité
pour
tâches. L’historien d’autres
de l’éducation
Claude
Lelièvre explique
Ruines, pleurs
et deuil :
dans Gaza dévasté
e
REPORTAGE
GAZA
Bonus
Les banquiers
ont cédé
Nicolas Sarkozy
des dirigeants a obtenu
ENVOYÉ SPÉCIAL
D
page 19
27 000 profs
partiront chaque
année
à la retraite,
d’ici à 2012.
ans les rues
de Jabaliya,
françaises qu’ilsdes banques
les
enfants ont
trouvé
renoncent
veau divertissement.un nouà la « part variable
lectionnent
de leur rémunération
les éclats d’obusIls colmissiles. Ils
et de
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déterrent du
En contrepartie,
sable des
morceaux d’une
les banques
qui s’enflamment fibre compacte
pourront
immédiatement
bénéficier d’une
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l’air et qu’ils
aide
difficilement
tentent
de l’Etat de
d’éteindre avec
10,5
pieds. « C’est
d’euros. Montantmilliards
du phosphore. leurs
dez comme ça
Regarbrûle. »
équivalent à
Surlesmursdecette
celle accordée
fin 2008. Page
rue,destracesnoirâtressont
boutique.
14
bes ont projeté visibles.Lesbom- victime, Le père de la septième
âgée de 16 ans,
chimique qui partout ce produit re
ne décolèa
pas. « Dites
fabrique de incendié une petite des
bien aux dirigeants
Au bord de
papier. « C’est
nations occidentales
la
mièrefoisque
que ces sept
je voiscela après la pre- innocents sont
il y a quelquesfaillite
huit ans d’occupation
morts pour
trenterien.
l’Américain semaines,
israélienne », Qu’ici, il n’y a jamais
s’exclame Mohammed
eu de tirs de
Chrysler
roquettes. Que
Abed
négocie l’entrée
bo. Dans son
c’est
costume trois Rab- nel. Que les Israéliensun acte crimidu
cette figure
constructeur
nous en don- La parution
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deuil. Six membres
porte le
puisqu’ils sur- de deux
dans son capital,
textes inédits
de sa famille veillent tout depuis le ciel
ont été fauchés
», enrage de Roland
Rehbi Hussein
de 35 %. L’Italie à hauteur devant
par
Barthes,
Heid. Entre
un magasin, une bombe mains,
mort
ses
de cette bonne se réjouit Ils étaient
il
le 10 janvier.
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venus s’approvisionner
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pour l’économienouvelle
tous les noms de le cercle de ses
pendant
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des
nationale. décrétéesles trois heures de trêve morts et des blessés, ainsi
Chrysler, de
par Israël pour
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que leur Le demi-frère de
son côté, aura tre aux Gazaouis
permet- reprises,
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accès à une
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en a autorisé
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Le cratère de de souffler.
der qu’ils sont pour se persua- la publication,
plus innovante.
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jours là. Des
bien morts.
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éclats
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faite entre les
enseignants
et Xavier Darcos.
Page 10
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Autriche 2,00
et Débats page 5
17
François Wahl.
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0123
enquête
Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
17
Une blanc bleu belge
dans un élevage de
Libramont (Belgique).
EMMA PAOLI
LaBBB,vacheXXL
Emma Paoli
et Matteo Maillard
Libramont (Belgique)
Envoyés spéciaux
A
rméd’unscalpel,levétérinaire ouvre une large fente
dans le flanc de la vache. Le
sang se déverse. Le liquide
amniotique éclabousse sa
blouse lorsqu’il perce le placenta. Deux sabots jaillissent de l’ouverture fumante. S’aidant de son pied, l’éleveur
tire le veau de toutes ses forces hors de la
bête, titube quelques pas, puis le lâche sur
une épaisse couche de paille. C’est que le
nouveau-népèsedéjà lourd. Bientôt,il fera
près d’une tonne et se négociera dans les
3 500 euros, contre 1 000 euros pour une
vache classique. Classique comme cette
holstein qui vient de le mettre au monde
et qui ne lui ressemble guère. Il est très
musclé, elle est grande et maigre. Ce n’est
pas sa mère biologique. Laquelle, bien plus
corpulente, paît quelques enclos plus loin.
Si sa mère biologique ne l’a pas porté,
c’est qu’elle est précieuse. « Il ne faut pas
l’abîmer», estime Michaël Gallet, éleveur
d’uncheptelde 150têtesà Libramont,dans
les Ardennes belges. Elle appartient aux
blanc bleu belges (BBB), une race « travaillée» depuis des décennies afin de révéler le gène de l’hypertrophie musculaire.
Connu sous l’appellation de « culard », ce
gène réduit le pourcentage de graisse dans
le corps, attendrit la viande et permet de
récupérer bien davantage de beaux morceaux à l’abattage.
L’avantage économique de ce gène, les
éleveurs belges en tirent profit depuis les
années 1960. A cette époque, seules quelques BBB possédaient le culard. Aujourd’hui, sur les 400 000 blanc bleu belges
que compte le plat pays, toutes l’ont.
« Nous avons façonné cette race en accouplantsystématiquementles bêteshypertrophiées musculairement, s’enthousiasme
Philippe Collin, vétérinaire à Libramont.
EnFrance,quandune bête donnaitnaissance à un veau culard, elle était abattue. Ici, à
l’inverse, on a exploité ce qui était considéré ailleurs comme une tare.» Encore maintenant, les éleveurs belges s’activent à
accroître le potentiel musculaire des bêtes
en accouplant les plus robustes, « afin de
donner naissance à des veaux qui produisent plus de steaks », explique Pierre Mallieu, le secrétaire général du Herd-Book,
association des éleveurs de bovins de race
blanc bleu belge. Un eugénisme contrôlé à
travers diverses pratiques de reproduction artificielle.
Dans sa ferme ardennaise, Michaël Gallet emploie l’une de ces techniques. Afin
d’augmenter la qualité et le nombre de ses
« viandeuses», comme il les appelle, il les
soumet à la superovulation. Cette pratique consiste à stimuler leurs ovaires. Les
vaches produisent alors quarante ovules
en moyenne par an, contre douze naturellement. L’objectif? « Prendre le patrimoine
génétique d’une très bonne bête et le décupler en lui faisant faire dix veaux d’un
coup», sourit-il. Ces ovules sont transplantés dans l’utérus de « vaches vulgaires, des
mères porteuses », qui mettront bas par
césarienne.Née dansle courant desannées
1950 aux Etats-Unis, cette technique, marginale en Belgique – 1 % des naissances –,
reste réservée aux « éleveurs de pointe, les
plus mordus», estime Michaël Gallet.
Autre technique de reproduction des
« viandeuses », l’insémination artificielle.
Plus répandue – environ 50 % des naissances –, elle consiste à « féconder les plus bellesvachesaveclasemencedetaureauxd’élite », explique Benoît Cassart, fondateur du
centre de distribution de sperme Fabroca,
«C’est un comble
de savoir que si on laisse
faire la nature,
cette espèce disparaîtra
car elle est incapable
de donner la vie sans
l’assistance de l’homme»
Michel Vandenbosch
président de Gaia,
association de défense des animaux
en Belgique. Ces taureaux à la musculature disproportionnée ne vivent pas dans
l’étable, mais dans des centres d’inséminationoù ilsproduisentjusqu’à25000 doses
de sperme par an, conservées à moins 180
degrés dans l’azote. « Le plus important
dans mes bêtes, c’est leur appareil génital.
C’est de là que je sors la rentabilité de mon
La blanc bleu belge,
véritable steak
sur pattes, pèse
plus d’une tonne
et fournit 85 %
du marché
de la viande de bœuf
en Belgique.
Cette «viandeuse »
part à la conquête
du reste du monde,
y compris
de la France
exploitation », souligne Michaël Gallet
avant de fourrer sa main gantée de plastique dans l’utérus d’une de ses vaches porteuses, afin de vérifier la dilatation du col.
Aujourd’hui, 85 % du marché belge de la
viande de bœuf sont fournis par cette race.
Même si certains consommateurs la trouvent fade, la BBB fait des émules à l’étranger. En décembre2013,la Chine a commandé plus de mille doses de sperme pour les
transplanterdanslesutérusde vacheslocales. En 2013, cent embryons ont été
envoyés en Namibie pour augmenter les
muscles des nguni, une race très maigre.
Et enFrance? « Ily a uneforteconcurrence des autres races typiques du pays comme la charolaise et la limousine, affirme
Laurent Savary, responsable de l’association Blanc Bleude France. La BBB est encore
jeune,mais depuis plusieursannées, elle est
en progression et prend de plus en plus de
parts de marché. » Il y aurait déjà plus de
25 000 blanc bleu françaises, néanmoins
moins musclées que leurs sœurs belges.
« Nos BBB ont de l’hypertrophie musculaire, mais c’est moins flagrant. Nous évitons
de les faire paraître comme des bêtes bodybuildées », poursuit Laurent Savary. « De
nombreuses blanc bleu de Belgique sont
également exportées pour finir leur vie à
Rungis, près de Paris, dans les boucheries
artisanales et les supermarchés », ajoute
Pierre Mallieu. « La BBB est un miracle économique.»
Un miracle néanmoins controversé.
D’abord parce que la blanc bleu belge a
mauvaise réputation. « Monstre de Frankenstein », « sumo gonflé aux stéroïdes »,
« vache OGM ». Autant de termes qui fleurissent sur le Web. Et pour cause, les rares
photos de BBB qui circulent sur la Toile
« proviennent d’éleveurs extrémistes qui
participent à des concours de bœuf gras,
s’agacePierre Mallieu. Ils exagèrentdans la
sélection,enaugmentantletauxdeconsanguinité des bêtes afin d’atteindre des musculatures totalement disproportionnées».
Selon lui, ces bêtes à concours n’ont pas
vocation à se retrouver dans l’assiette des
consommateurs. « Les formule 1, ça ne
représente pas le marché de l’automobile»,
s’exclame de son côté Michaël Gallet, qui
reconnaît néanmoins être un amateur de
« belles formes », une main sur l’énorme
croupe de Licorne, sa favorite.
Autre critique récurrente, la fragilité de
la bête. De fait, une carrure imposante ne
signifie pas une bête exempte de soucis de
santé. « La blanc bleu belge souffre de plusieurs maux. Ses os sont affaiblis par le
poids des muscles et la vache peine à se
mouvoir», s’insurge MichelVandenbosch,
président de Gaia, une association belge
de défense des animaux. André Grevisse,
ancien éleveur de blanc bleu belge reconverti dans le bio, précise la critique :
« Quand vous augmentez le coefficient
musculaire d’une vache, vous diminuez
tous ses autres éléments de rusticité, comme sa capacité respiratoire et sa production de lait.» De même, la cage thoracique,
l’estomac et le bassin sont écrasés au profit de la viande, qui représente 80 % de la
carcasse d’une BBB, contre 55 % pour une
charolaise.
Cette diminution de la largeur du bassin empêche la BBB de mettre bas naturellement. « Le veau est trop gros pour passer
par le col de l’utérus », explique Philippe
Collin, le vétérinaire. Alors souvent ce
sont des vaches d’autres races, moins
nobles, comme les laitières, les holstein,
qui sont les mères porteuses des bébés des
BBB. Elles subissent jusqu’à dix césariennesavant departir à l’abattoir.Pour le vêlage des futures « viandeuses », il faut en
effet recourir dans plus de 95 % des cas à la
césarienne, contre 15 % chez les autres
races bovines. Une pratique « contre natu-
re» pour les représentantsde l’élevagebiologique. Cette démarche leur est d’ailleurs
interdite, sauf dans quelques cas extrêmes.
Le recours à une césarienne nécessite
uneanesthésielocaleet laprised’antibiotiques « qui peuvent se retrouver sous forme
de résidus dans les aliments», estime l’éleveur bio André Grevisse. Un argument
contesté par son concurrent de la filière
BBB Michaël Gallet. « Cela ne représente
aucun danger pour le consommateur puisque les médicaments se désagrègent naturellement. D’ailleurs, la viande BBB étant
moins grasse, il y a peu de risque d’absorber
des produits toxiques. Ceux-ci sont stockés
dans la graisse de l’animal.»
P
luslargement,la filièrebioetlesassociations de défense du monde animal voient dans ce recours presque
obligatoireàla césariennela preuvedel’artificialité de la BBB. « C’est une vache créée
de toutes pièces, dénonce Michel Vandenbosch. C’est un comble de savoir que si on
laisse faire la nature, cette espèce disparaîtra car elle est incapable de donner la vie
sans l’assistance de l’homme.» Un avis qui
révulse le vétérinaire Philippe Collin. « De
toute façon, dans un élevage de bovins, le
naturel, il n’y en a plus nulle part. A part
peut-être en Argentine, dans la Pampa, où
les bêtes sont livrées à elles-mêmes. »
Devant les enclos de son étable, Michael
Gallet, tel un semeur, jette de larges gerbes
de « biscuits», ce mélange de céréales que
ses bêtes attrapent à grands coups de langue. Selon lui, c’est la demande croissante
des consommateurs qui est en grande partie responsable de ce bouleversement de
l’industrie de la viande. « Il y a vingt ans les
fermes n’étaient pas des entreprises. Désormais, si tu veux une structure viable, rentable et des banques qui te soutiennent, tu
dois leur parler résultats comptables et être
en mesure de leur garantir la rentabilité du
troupeau», souffle-t-il.
Agenouillé près du nouveau-né, il lui
entrouvrela bouchepour y glisser un biberon rempli du premier lait de la vache porteuse qui l’a mis au monde. « C’est peutêtre triste à dire, mais c’est comme ça. Cette
race ne peut plus vivre sans notre soin. Elle
estdevenuedelaviandesur pattes.»Derrière lui, le vétérinaire recoud méticuleusement le ventre de la vache, duquel s’épanche encore un filet de sang qui vient former une flaque à ses pieds. p
18
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Dimanche 4 - Lundi 5 mai 2014
PENDANT CE TEMPS | CHRONIQUE
pa r S e r g e M i c h e l
Les Moocs donnent des ailes aux Africains
P
« AU CONGO,
LES COURS
DATENT
DE L’ÉPOQUE
DES COLONS
BELGES »
Jessé Lubingu
inscrit au Mooc
« Ville Africaine »
endant ce temps, à Douala, Arel Kevin a
trouvé un local. A la maison en étages et à
antenne orange, au lieu-dit Entrée Eglise,
près du snack-bar GES Force V. Il a d’abord sollicité son école, l’Institut supérieur de technologies avancée, où il fait un BTS d’informatique
industrielle. «Mais vu les tracasseries procédurales, j’ai plutôt approché un ancien camarade de
classe compatissant, dont les parents disposent
d’une salle de réception en bordure de route.»
Là, tous les samedis de 12 à 16heures, Arel
Kevin Kamagaing, 24 ans, fils d’un chauffeur de
transports interurbains à la retraite et d’une
mère au foyer, réunit son groupe d’étude, «aussitôt surpris par l’adhésion massive de compatriotes». Avec Boris, William, Donal, Annie, Yannick et les autres, il se penche, «une lueur de
bonheur extraordinaire dans les yeux», sur le
Mooc intitulé « Comprendre les
microcontrôleurs» des professeurs Jean-Daniel
Nicoud et Pierre-Yves Rochat de l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), établissement leader de Moocs en français.
Mooc signifie Massive Open Online Courses,
que les grandes écoles et universités francophones traduisent désormais par Flots, formations
en ligne ouvertes à tous. Le cours en question
Latuniqueindiennemaculée
desangquiindigneleCanada
L
a pièce est macabre à souhait, comme les aimait le collectionneur canadien
William Jamieson. La tunique
d’un enfant indien des Plaines,
largement tachée de sang séché,
donne une idée du destin de celui
qui la portait… Datant du début
du XIXe siècle, elle faisait partie
d’une collection d’art et d’armes
tribales mise aux enchères sur
Internet par la maison de ventes
torontoise Waddington du
29 avril au 1er mai.
Lundi 28 avril, la tunique a disparu du décor, après avoir soulevé une vague de protestations
dans les réseaux sociaux au
motif que la présence d’un tel
vêtement était trop violente.
« Nous ne voulons déplaire à personne. C’est la raison pour laquelle la pièce a été retirée », relève
Duncan McLean, président de
Waddington.
La collection Jamieson comporte plusieurs pièces d’art indigène
et… décoratif (dont une réplique
de chaise électrique). M. Mc Lean
présente son ami Jamieson comme « un personnage excentrique,
un anthropologue rock-star, un
obsédé du macabre, un Indiana
Jones » qui a couru le monde à la
recherche de pièces rares. Il a
notamment possédé une collection d’instruments de torture, de
photographies anciennes d’exécutions, de têtes humaines réduites…
Le retrait de la tunique étonne
Iegor de Saint-Hippolyte, commissaire-priseur et fondateur de
l’Hôtel des Encans, le « Drouot»
de Montréal. Lui-même a déjà
vendu la redingote d’un Indien
métis, lequel s’était fait pendre.
« La décision appartient au commissaire-priseur. Moi, je ne me
laisse pas influencer par les polémiques. Nous avons tous parfois
des pièces qui en suscitent. S’il y a
une raison morale, je ne prends
pas le mandat de vente mais une
fois la décision prise, la polémique
ne me gêne pas, au contraire! Elle
donne plus d’intérêt à la pièce »,
dit M. de Saint-Hippolyte.
L’autre débat que suscite,
notamment au Canada, la vente
de telles collections concerne des
objets indigènes que des groupes
autochtones réclament de plus
en plus souvent pour qu’elles
soient rendues aux communautés dont elles proviennent.
Des retours trop rares
Rares sont encore les retours,
comme ce totem indien de la
Côte ouest revenu en 2006 d’un
musée de Stockholm. Parmi les
pièces de M. Jamieson mises en
vente par Waddington figuraient
des pièces indigènes des îles Fidji
et du Zaïre, des mocassins sioux
et un masque rituel iroquois du
XIXe siècle.
Le Grand Conseil Haudenosaunee, représentant neuf nations
iroquoises en Ontario, plaide clairement pour l’interdiction de la
vente de tels masques rituels. « Ce
type d’objets est encore très important pour les autochtones», souligne aussi Hayden King, spécialiste des premières nations à l’université Ryerson de Toronto et luimême autochtone. « Ils devraient
leur revenir», ajoute-t-il, notant
que les gouvernements et les
musées y sont parfois sensibles,
ce qui n’est pas le cas du secteur
privé.
Pour la tunique du jeune
Indien, il pense que l’idéal serait
de donner cette « pièce historique » au National Museum of
American Indian de Washington,
qui pourrait retracer son origine
et la remettre à sa communauté. p
Anne Pélouas
(Montréal, correspondance)
«
Une star de Thiès à Niamey
Sur son campus, l’EPFL offre 1500 cours à
9300 étudiants. En ligne, une trentaine de
Moocs pour plus de 400000 inscrits, mais seulement 13073 Africains en 2013. Patrick Aebischer, son président, en veut 100 000. Pour cela,
il vient de prendre six mois de congé sabbatique afin d’arpenter le continent et sceller des
accords avec des universités africaines. « Les
Français ont pris du retard, regrette-il. On ne
cherche pas à leur ravir l’Afrique francophone.
Au contraire. Ce serait formidable de monter
ensemble une plate-forme avec 500 cours, pour
offrir des curriculums complets.» L’ébauche de
ce rêve est le portail Ocean-flots.org, qui propose 23 cours, la moitié de l’EPFL et le reste par
l’Ecole polytechnique de Paris, l’ENS de la rue
d’Ulm, l’ENS Lyon, l’université catholique de
Louvain et HEC Montréal.
À Lausanne, les quelques passionnés d’Afrique qui, pendant des années, ont autofinancé
leurs voyages, sont désormais portés par la stratégie africaine de l’EPFL. C’est le cas de PierreYves Rochat, 56 ans. Son Mooc a tellement d’inscrits en Afrique, où il passe trois mois par an,
qu’il est une star de Thiès à Niamey, de Pointe-
Noire à Kinshasa, reconnu à sa chemise à fleurs
avant même son entrée dans l’auditoire.
L’un de ses étudiants de Cotonou, Roméo Fassinou, a développé des afficheurs matriciels en
forme de croix, pour les pharmacies. Son entreprise compte déjà dix employés et exporte
dans les pays voisins. Un autre étudiant de
M.Rochat, Cédric Lako, de Douala, a passé six
mois à l’EPFL et donne des coups de main au
groupe d’étude d’Arel Kevin. Il a développé une
application qui permet de modifier les textes
de la dernière génération de ces enseignes lumineuses à partir d’un smartphone.
Les Moocs donnent des ailes aux étudiants.
Jessé Lubingu, de Lubumbashi: « Grâce aux
Moocs, je comble mes lacunes à grande vitesse.
L’étape suivante est un projet de construction à
600000dollars.» Arel Kevin définit ainsi ce
que les membres de son groupe étaient avant
de suivre le Mooc sur les microcontrôleurs:
«De simples étudiants dépourvus d’ambitions
concrètes, des fanatiques de premier ordre et des
théoriciens endurcis.» Ils ont désormais décidé
de lancer une petite société pour développer,
«si le Ciel le veut bien », des commandes de portes à distance avec un module GSM, une alarme
avec déclaration du degré d’infraction au propriétaire par téléphone mobile, des afficheurs
matriciels, des feux de carrefour.
«Grâce au Mooc, dit-il, on peut tout automatiser! » Et si le ciel ne le veut pas, il estime qu’ils
trouveront un emploi aux Brasseries du Cameroun, à la CCC (société de savonnerie) ou chez
Akwa, société chinoise de fabrication d’afficheurs matriciels, basée à Douala. p
[email protected]
UN PUISSANT CRI
D’AMOUR
«
Laëtitia Favro, Le Journal du Dimanche
«Plus que le procès d’un père,
une sorte de précis de survie.
Un manuel sur l’art de choisir
ce dont on hérite.»
Raphaëlle Leyris, Le Monde des Livres
«Un bon livre, juste et fort, de ceux
qu’on ne pouvait pas ne pas écrire.»
Michel Schneider, Le Point
«Implacable.»
Jérôme Garcin, Le nouvel Observateur
«Pudique et incisif.»
Claude Combet, Livres Hebdo
«Pascal Bruckner est très fort
pour décrire des sentiments
humains très complexes
sans être dans le pathos.»
Aymeric Caron,
On n’est pas couché, France 2
«Un récit d’apprentissage tout
en sincérité et en retenue.»
Nathalie Crom, Télérama
«Très fin, très subtil, le contraire
d’un règlement de comptes.»
Société éditrice du « Monde » SA
Président du directoire, directeur de la publication Louis Dreyfus
Directrice du « Monde», membre du directoire, directrice des rédactions Natalie Nougayrède
Directeur délégué des rédactions Vincent Giret
Directeur adjoint des rédactions Michel Guerrin
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Secrétaire générale de la rédaction Christine Laget
Conseil de surveillance Pierre Bergé, président. Gilles van Kote, vice-président
pTirage du Monde daté samedi 3 mai 2014 : 331 694 exemplaires.
leur est diffusé en classe, mais il est rapide (sept
semaines) et exigeant (des tests entre chaque
étape). Les étudiants de Douala qui ne comprennent pas tout se sont donc organisés pour travailler ensemble les points difficiles.
Aux Etats-Unis, le succès foudroyant des
Moocs fait apparaître leurs premières limites.
On se demande ce qu’il adviendra du modèle
économique d’universités ultra-chères. On se
demande si les cours en ligne ne sont pas en
train de déshumaniser l’enseignement.
Soucis de riches! A Lubumbashi, au Congo,
personne ne songe au risque de déshumaniser
l’enseignement. «Les Moocs ont du succès parce
que les auditoires sont bondés, mal aérés et les
sièges sont cassés.» Jessé Lubingu sait de quoi il
parle. Il est diplômé en dessin architectural de
l’Université indépendante d’Angola et en
construction industrielle de l’Ecole supérieure
des ingénieurs de Lubumbashi. Il a aussi une
accréditation en écologie et environnement et
une maîtrise en sciences du bâtiment. «Franchement, dit-il, les universités africaines ont de
la peine avec les mises à jour. Au Congo, les
cours datent de l’époque des colons belges.»
Si bien que ces jours, ou plutôt ces nuits afin
de bénéficier d’une meilleure bande passante
et de pouvoir gagner sa vie durant la journée,
Jessé Lubingu se connecte chez lui, au 29 de la
cité Mobutu, sur l’avenue Bakwansupi, au
Mooc de l’EPFL intitulé «Ville africaine» du professeur Jérôme Chenal. Il est question de planification urbaine, de transports en commun, de
gestion des déchets. Et l’on se dit qu’il était
temps de mettre ce cours à disposition des Africains, à qui cela pourrait être utile, plutôt que
de le confiner aux amphithéâtres européens.
Olivia de Lamberterie,
Le Masque et la plume, France Inter
DANS TOUTES LES LISTES
DE MEILLEURES VENTES
Grasset
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