1er - CONCOURS OUTREMER

UNIVERSITÉS
& GRANDES
ÉCOLES
SUPPLÉMENT
Jeudi 15 janvier 2015 ­ 71e année ­ No 21771 ­ 2,20 € ­ France métropolitaine ­ www.lemonde.fr ―
Fondateur : Hubert Beuve­Méry
L’UNION NATIONALE, JUSQU’À QUAND ?
▶ A l’Assemblée,
un moment exceptionnel
d’union nationale en
hommage aux victimes
▶ Manuel Valls : « La France
est en guerre contre
le terrorisme, le djihadisme
et l’islamisme radical »
▶ Le premier ministre
annonce un renforcement
des moyens de lutte
contre le terrorisme
▶ Depuis les attentats,
▶ Comprendre la crise :
les procédures judiciaires
se multiplient. Dieudonné
a été placé en garde à vue
les tribunes de Sylvie
Brunel et Alain Renaut
→
LI R E PAG E S 2 À 10
A l’Assemblée nationale, mardi 13 janvier, les députés
ont observé une minute de silence. ALAIN GUILHOT/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
REPORTAGE
RUÉE AUX KIOSQUES
POUR LE NOUVEAU
« CHARLIE HEBDO »
par alexandre piquard
C’
est une scène qui n’existe normalement
pas devant un kiosque en 2015 : plus de
vingt personnes qui font la queue dès
6 h 30 à la gare du Nord, à Paris. Ils sont cinquante à
8 heures place de la République. Soixante­dix au
même moment rue du Château­d’Eau. Une scène
vue partout : des gens qui d’habitude n’achètent pas
de journaux attendant parfois devant des petits kios­
ques qui ouvrent d’ordinaire plus tard… Ils sont de­
bout dans le froid, et parfois garés en double file…
Certains ont déjà essayé cinq kiosques avant d’arri­
ver là. Place de la République, le stand ouvre enfin
sous les flashs des photographes. De mémoire de
kiosquier parisien, on n’a jamais vu cela. A part peut­
être après le 11­Septembre.
Au Relay de la gare de l’Est, à 6 h 40, il n’y a déjà plus
d’exemplaires du premier numéro de Charlie Hebdo
publié depuis que son équipe a été décimée dans l’at­
taque meurtrière du mercredi 7 janvier. Pourtant, le
kiosque en avait reçu 125, à 6 heures, explique la res­
ponsable, avec un sourire désolé. « Certains ont pris
cinq, dix journaux… », explique­t­elle, avant de pro­
mettre aux déçus qu’il y en aura d’autres.
→
LIR E L A S U IT E PAGE 8 DU C A HIE R É CO
LE REGARD DE PLANTU
Djihad
au Nigeria :
massacres
en silence
ÉDITORIAL
L
es extrémistes de Boko Ha­
ram, au Nigeria, ont perpé­
tré un massacre d’une
ampleur effroyable – plusieurs
centaines de morts, peut­être
jusqu’à 2 000, les chiffres sont
impossibles à vérifier. Mgr Igna­
tius Kaigama, archevêque catho­
lique du Nigeria, a observé :
« Comparez ce qui s’est passé en
France et ce qui se passe ici : il y a
une grande différence. » Boko Ha­
ram poursuit son œuvre de mort
sans que la communauté inter­
nationale se mobilise.
→ LIR E
PAGE 2 3
Algérie 180 DA, Allemagne 2,50 €, Andorre 2,40 €, Autriche 2,80 €, Belgique 2,20 €, Cameroun 1 900 F CFA, Canada 4,50 $, Côte d'Ivoire 1 900 F CFA, Danemark 30 KRD, Espagne 2,50 €, Finlande 4 €, Gabon 1 900 F CFA, Grande-Bretagne 1,90 £, Grèce 2,50 €, Guadeloupe-Martinique 2,40 €, Guyane 2,80 €, Hongrie 950 HUF,
Irlande 2,50 €, Italie 2,50 €, Liban 6 500 LBP, Luxembourg 2,20 €, Malte 2,50 €, Maroc 13 DH, Pays-Bas 2,50 €, Portugal cont. 2,50 €, La Réunion 2,40 €, Sénégal 1 900 F CFA, Slovénie 2,50 €, Saint-Martin 2,80 €, Suisse 3,50 CHF, TOM Avion 450 XPF, Tunisie 2,50 DT, Turquie 9 TL, Afrique CFA autres 1 900 F CFA
2 | les attentats en france
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Manuel Valls,
lors de son
hommage aux
victimes des
attentats, à
l’Assemblée
nationale le
13 janvier. ALAIN
GUILHOT/DIVERGENCE
POUR « LE MONDE »
Pour Valls, le jour de guerre est arrivé
Le premier ministre a été ovationné par tous les députés, mardi, lors de l’hommage aux victimes des attentats
C
inq standing ovations
en moins de quarante­
cinq minutes, des dépu­
tés conquis sur tous les
bancs de l’Assemblée nationale,
certains même avec les larmes
aux yeux… Le discours prononcé
par Manuel Valls, mardi 13 janvier,
lors de l’hommage rendu par la représentation nationale aux dixsept victimes des attentats de la
semaine dernière à Paris, restera
dans les annales parlementaires.
Il a été à la hauteur de la réaction
des quelque quatre millions de
Français qui ont marché, dimanche, pour Charlie Hebdo et pour la
liberté. Demandée dans la rue par
les citoyens, cette union nationale que beaucoup pensaient
éphémère a réussi, mardi, à gagner les cœurs et les consciences
de leurs représentants.
Porté par La Marseillaise, qui
avait auparavant envahi l’Hémicycle en conclusion de la minute
de silence solennelle – « Ça m’a
pris aux tripes et je pense que ça a
joué dans mon discours », confiera-t-il plus tard –, le premier mi-
VERBATIM
Oui, la France est en guerre
contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical. La
France n’est pas en guerre contre
une religion. La France n’est pas
en guerre contre l’islam et les
musulmans. La France protégera,
et le président de la République
l’a également rappelé ce matin, la
France protégera, comme elle l’a
toujours fait, tous ses concitoyens, ceux qui croient comme
ceux qui ne croient pas. Avec détermination, avec sang-froid, la
République va apporter la plus
forte des réponses au terrorisme,
la fermeté implacable dans le respect de ce que nous sommes, un
Etat de droit. »
“
Manuel Valls, à l’Assemblée
nationale, mardi 13 janvier.
nistre a su trouver les mots pour
entretenir le « feu ardent » du
11 janvier, comme François Hollande, quelques heures plus tôt,
l’avait fait lui aussi à la préfecture
de police lors de la cérémonie
d’hommage aux trois policiers
tués dans les attentats.
« Un moment historique »
Fait rarissime, les paroles du chef
du gouvernement ont été unanimement saluées par l’ensemble
des députés, tous partis confondus. « En dix ans à l’Assemblée, je
n’ai jamais entendu un discours
aussi fort que celui de Manuel
Valls », a déclaré, dithyrambique,
Yves Jégo, le vice-président de
l’UDI. « Un beau discours républicain », a également reconnu
l’UMP Eric Ciotti. Le raz-de-marée
a été tel qu’il a réussi à éteindre les
continuelles divisions qui, depuis
deux ans et demi, agitent le
groupe socialiste.
Cette fois, tous les élus PS se sont
rangés derrière M. Valls. « Un discours sublime, à méditer », a commenté Arnaud Leroy, proche d’Arnaud Montebourg. « Un moment
historique », a ajouté Mathieu Hanotin, à l’aile gauche du PS. « Manuel a incarné la République, il a su
toucher tous les députés », selon
Olivier Faure, proche de l’ancien
premier ministre Jean-Marc Ayrault. Même l’ancien ministre de
la ville et lieutenant de Martine
Aubry François Lamy a trouvé le
chef du gouvernement « excellent », ajoutant que « c’est le
meilleur discours qu’il pouvait prononcer dans ces moments-là ». Du
jamais-vu depuis la nomination
de Manuel Valls à Matignon, le
31 mars 2014.
Fidèle à lui-même, le premier
ministre a livré un discours de
« vérité », repoussant tout « angélisme » et invitant chacun à « regarder les faits en face » après la semaine qui a ensanglanté la
France. Il a rappelé que, malgré le
coup d’arrêt porté aux crimes des
frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, « des risques sérieux et très
élevés demeurent », et que « la
France est en guerre contre le ter-
rorisme, le djihadisme et l’islamisme radical ».
Alors que l’UMP, par la voix de
son président de groupe, Christian Jacob, l’exhortait à faire adopter une législation d’exception,
quitte à « restreindre pour un moment les libertés publiques et la liberté individuelle de quelquesuns », M. Valls a refusé d’emprunter un tel chemin. « A une situation
exceptionnelle doivent répondre
des mesures exceptionnelles. Mais
je le dis avec la même force : jamais
des mesures d’exception qui dérogeraient au principe du droit et des
valeurs », a-t-il déclaré. Un distinguo républicain qui a rassuré l’ensemble de la gauche, opposée à
tout « Patriot Act » à la française.
Sur le front sécuritaire, le premier ministre a néanmoins annoncé un renforcement des mesures pour lutter contre le terrorisme et la propagation de l’islamisme radical dans le pays.
Quartiers spécifiques dans les prisons pour les détenus djihadistes,
augmentation des moyens des
services de renseignement, créa-
« On est à un
tournant. Mais ce
n’est pas Valls qui
l’impose, ce sont
les événements »
MATHIEU HANOTIN
député PS
de Seine-Saint-Denis
tion d’un fichier des personnes
condamnées pour terrorisme,
transfert des données des passagers aériens à risque, surveillance
d’Internet et des réseaux sociaux,
signalement des jeunes délinquants en voie de radicalisation
possible… M. Valls a décidé de
frapper fort. Jusqu’à sa désignation d’une « menace intérieure » et
sa condamnation d’un « nouvel
antisémitisme né dans nos quartiers, sur fond d’Internet, de paraboles, de misère, des détestations
de l’Etat d’Israël ».
Et s’il veut « protéger » les Français de religion musulmane et re-
fuse qu’ils « aient honte », il leur a
aussi demandé de mener en leur
sein un « débat » pour écarter et
condamner « le conservatisme et
l’obscurantisme ». Autant de formules qui, il y a peu, auraient provoqué de vives réactions à gauche
mais qui, mardi, ont toutes été applaudies sans aucune hésitation.
Aggiornamento
Manuel Valls, longtemps considéré au PS comme trop « droitier », serait-il parvenu en moins
d’une heure à imposer à ses camarades socialistes une mue idéologique que beaucoup refusaient
depuis des années ? Plusieurs
semblent le croire. « On est à un
tournant. Mais ce n’est pas Valls
qui l’impose, ce sont les événements de la semaine dernière et la
réaction des Français », explique
M. Hanotin.
Le PS avait déjà fait son aggiornamento sur les questions de sécurité à l’époque du gouvernement Jospin et plus encore après
le 21 avril 2002, poussé alors par
ses élus locaux et ses maires de
banlieue, dont un certain Manuel
Valls à Evry. Mais serait-il en passe
de monter encore d’un cran sur
ces sujets ? « Depuis une semaine,
plus rien ne sera jamais comme
avant, estime un cadre socialiste.
Les frères Kouachi et Coulibaly
étaient français. Ce sont bien des
terroristes venus de l’intérieur du
pays et, le 11 janvier, il faut avoir le
courage de dire que, si toute la
France a manifesté, il manquait
beaucoup de jeunes des banlieues.
Il faut ouvrir les yeux sur ces sujets
et les affronter. »
Pour cela, le premier ministre
entend aussi s’appuyer sur la défense « absolue » de la laïcité :
« puisqu’on nous attaque à cause
d’[elle], revendiquons-la », a-t-il
lancé. Il compte enfin sur la « mobilisation totale » de l’éducation
nationale, car « la République n’est
pas possible sans l’école ». « Il y
aura un avant et un après », a lancé
en conclusion M. Valls, qui semble
n’avoir plus désormais qu’une
seule obsession : « rester fidèle à
l’esprit du 11 janvier 2015 ». p
bastien bonnefous
Ecologistes et Front de gauche, « vallsistes » d’un jour
des députés écologistes et du Front de
gauche debout dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale pour applaudir Manuel
Valls : il y a quelques semaines encore, un
tel événement aurait relevé de la fiction.
C’est pourtant ce qu’il s’est passé, mardi
13 janvier, durant le discours du premier ministre, un peu moins d’une semaine après
les attaques sanglantes à Paris et Montrouge. Le chef du gouvernement, qui a notamment annoncé un renforcement des
moyens pour le renseignement et eu des
paroles rassurantes à l’endroit des juifs et
des musulmans, a su trouver les mots pour
réunir ceux qui, hier, se trouvaient en première ligne parmi ses contempteurs.
« Manuel Valls a été comme le président de
la République, comme le gouvernement, à la
hauteur. Ce que nous avons vécu la semaine
dernière est horrible. La dignité, la sobriété, la
grande maîtrise dans la parole du gouvernement, du premier ministre et du président est
à saluer », a estimé Cécile Duflot, mercredi,
sur France Info. La députée de Paris, très cri-
tique contre Manuel Valls depuis son arrivée à Matignon, a notamment approuvé ses
propos sur le rôle des prisons dans l’endoctrinement des djihadistes.
« Il va y avoir des débats sur la liberté et la
sécurité. Le premier ministre a su trouver les
mots pour ne pas faire trop de pas en
avant », juge le porte-parole du Parti communiste, Olivier Dartigolles, qui se félicite
de « la belle image d’unité nationale » donnée par les députés. Seul Jean-Luc Mélenchon s’est heurté contre l’expression de
« guerre contre le terrorisme » utilisée par
M. Valls : « On ne fait pas la guerre contre le
terrorisme, on fait la police. »
« Unité n’est pas union »
Pour beaucoup à gauche, il est trop tôt pour
porter le fer contre le gouvernement et réinvestir, notamment, les sujets économiques,
qui constituent les clivages majeurs. Interrogée sur les récentes positions de la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, en faveur
de la reconstruction de réacteurs nucléaires,
Cécile Duflot a jugé « difficile » d’émettre un
commentaire dans ce contexte d’unité nationale. « On est encore dans un temps de
rassemblement, de gravité », dit-elle.
« Après un événement pareil, on ne peut
pas faire comme si nous ne devions pas
changer notre manière d’agir », reconnaît la
secrétaire nationale d’EELV, Emmanuelle
Cosse. Mais elle prévient : « Il ne faut pas
penser que les divergences vont s’effacer du
fait d’un tel drame. » « Il ne faut pas craindre
les divisions : l’unité nationale, ce n’est pas
l’union sacrée », abonde Olivier Dartigolles.
La volonté de former une alternative à la
gauche du PS n’est pas abandonnée. Des représentants, entre autres, d’EELV et du
Front de gauche doivent se retrouver jeudi
pour discuter du lancement de « Chantiers
d’espoir », une plateforme visant à élaborer
des propositions communes. Cécile Duflot,
Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, patron du PCF, figurent parmi les signataires
du texte fondateur de cette initiative. p
olivier faye
france | 3
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Entre l’union et la critique, la droite cherche sa voix
Tout en saluant le discours du premier ministre, certains à l’UMP réclament plus de fermeté
L
e 13 novembre 2012, mi­
nistre de l’intérieur, Ma­
nuel Valls avait provoqué
la fureur des députés de
l’UMP en lançant, dans l’Assemblée : « Le retour du terrorisme, c’est
vous ! » La droite avait quitté l’hémicycle et la Place Beauvau avait
dû publier un communiqué
d’apaisement. Submergée par la
vague d’émotion liée aux attentats du 7 au 9 janvier, cette époque
de divisions et de tensions est révolue. Le 13 janvier 2014, premier
ministre d’un pays « en guerre contre l’islamisme radical », Manuel
Valls s’est fait ovationner par les
représentants de la droite. Quatre
fois, ils se sont levés dans un
même élan pour applaudir ses
mots sur les forces de l’ordre, sur
Bernard Cazeneuve ou encore sur
l’antisémitisme.
« Un très bon discours, un ton
adapté sur la forme, une capacité à
dire les choses, à ne pas les esquiver », pour Hervé Mariton, député
de la Drôme. « Une vraie hauteur de
vue, sans esbroufe », selon Thierry
Solère, député des Hauts-de-Seine.
« Les mots qu’il a employés, notamment sur l’antisémitisme et sur les
musulmans, étaient justes et bien
amenés », assure Franck Riester,
député de Seine-et-Marne. Six
VERBATIM
Nous avons la manie, à
chaque fois qu’un événement grave se produit, de nous
précipiter pour faire de nouvelles lois. Commençons par appliquer celles qui existent et donnons-nous les moyens de le
faire. (…) Il faut défendre nos libertés sans prendre de mesures
liberticides. Le Patriot Act n’est
pas une référence. »
“
Alain Juppé, le maire UMP de
Bordeaux, interrogé mercredi 14
janvier sur BFM-TV, s’est prononcé pour une application de la
loi antiterroriste adoptée en novembre 2014 alors que d’autres
à l’UMP veulent déjà étudier un
nouveau texte en faisant référence à la loi américaine votée
après les attentats du 11 septembre 2001. Il s’est félicité de
l’attitude du monde politique ces
derniers jours, jugeant que
« pour une fois, les responsables politiques, que l’on vilipende généralement, ont montré qu’ils étaient responsables ».
Mardi, le patron
des députés UMP
a réclamé
la création
de centres
de détention
spéciaux pour
les djihadistes
jours après le début des attentats,
l’unité nationale perdure au sein
de l’Assemblée, lieu habituel de
toutes les batailles politiques.
Mais derrière cette belle unanimité, l’UMP reste très attentive à
la concrétisation des mots de
l’exécutif. « Nous avons entendu
les Français. Il est normal que nous
rendions un hommage à la chaîne
de commandement. Mais un discours fort appelle des actes forts.
L’union, ce n’est pas la confusion »,
prévient Guillaume Larrivé, député de l’Yonne et auteur à
l’automne 2014 d’un rapport sur
la radicalisation islamiste en prison. Présent à la réunion de
groupe UMP, mardi matin, Nicolas Sarkozy a demandé à ses troupes de respecter le moment
d’unité nationale mais aussi de réclamer toute la vérité en insistant
pour qu’une commission d’enquête parlementaire soit installée. La majorité souhaite, elle, une
simple mission d’information.
A la manœuvre, le nouveau président de l’UMP compte bien
coordonner le travail de la droite.
Mercredi matin, il reçoit ses anciens ministres de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux et Claude Guéant, ainsi
qu’Eric Ciotti, président d’une
commission d’enquête sur les filières djihadistes, Georges Fenech, secrétaire national de l’UMP
chargé de la justice, et Guillaume
Larrivé. Ils doivent se concerter
sur le fond du dossier.
Les prisons, sujet central
L’opposition a déjà listé un nombre de points où elle se montrera
particulièrement scrupuleuse lors
des futurs débats. Par exemple sur
le volume de l’effort fourni pour
renforcer les forces de sécurité,
c’est-à-dire les services de renseignement, la police et la gendarmerie mais aussi les militaires. Les députés de droite militent pour une
augmentation des moyens mais
ils seront attentifs à la méthode.
« Valls annonce le déploiement de
Le président des députés UMP, Christian Jacob, à l’Assemblée, mardi 13 janvier. ALAIN GUILHOT/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
10 000 militaires sur le territoire
mais il faudra forcément les retirer
de quelque part. Nous voulons savoir comment cela va se passer. Et
les efforts financiers devront être
compensés par des baisses d’autres
dépenses », analyse M. Larrivé. En
prévision de ces dépenses, Christian Jacob, le président du groupe
UMP à l’Assemblée, a déjà demandé à la tribune un nouveau
collectif budgétaire.
Le sujet des prisons est également un point central des futures
discussions. Mardi, M. Jacob a réclamé la création de centres spéciaux pour les djihadistes en reprenant une idée que M. Ciotti
avait lancée lors du débat de la
dernière loi antiterroriste adoptée le 13 novembre 2014. M. Valls
plaide, lui, pour des quartiers spéciaux au sein des établissements.
La garde des sceaux, Christiane
Taubira, cible régulière des attaques de la droite, sera au centre de
toutes les attentions.
De nombreuses voix à l’UMP, Nicolas Sarkozy en tête, ont égale-
« Plus de sécurité
sans renier
sur les libertés,
ce n’est tout
simplement
pas possible »
ISABELLE LE CALLENNEC
porte-parole de l’UMP
ment plaidé pour une augmentation du pouvoir d’investigation
des services de renseignement
qui devraient pouvoir agir plus librement. « Aujourd’hui, les services de renseignements ne peuvent
mettre une balise sous une voiture
suspecte hors procédure judiciaire », a regretté l’ancien chef de
l’Etat, lundi, sur RTL. Le sujet des
écoutes, très encadrées, sera également surveillé par l’opposition.
Lundi, le ministre de l’intérieur,
Bernard Cazeneuve, a reçu
MM. Ciotti et Larrivé. Un souci de
dialogue bienvenu, car la droite estime ne pas avoir été assez écoutée
lors des débats de la dernière loi
antiterroriste, lors lesquels elle
avait proposé une surveillance accrue d’Internet ou la mise en place
du PNR (« passenger name register »), un système de surveillance
des passagers de l’aviation civile
bloqué au Parlement européen,
notamment par les écologistes.
Autant de thèmes relancés par le
premier ministre lors de son discours. « Dans quelques semaines,
une fois l’émotion passée, est-ce
que Valls sera suivi par la gauche de
la majorité sur des sujets ? », se demande un député de l’opposition.
« Sens de la mesure »
« Critique mais constructive », selon les mots d’un député, l’UMP
ne se passera pas non plus d’un
débat interne. Depuis la semaine
dernière, les principaux dirigeants livrent leur propre analyse.
Certains plaident pour une loi
d’exception, quitte à « restreindre
les libertés publiques et la liberté
individuelle de quelques-uns », selon M. Jacob. Valérie Pécresse évoque un Patriot Act, Claude Guéant
veut la déchéance de nationalité
pour les djihadistes binationaux.
En même temps, d’autres souhaitent simplement une augmentation des moyens dans le cadre de
la loi existante, comme Edouard
Philippe, député de Seine-Maritime et proche d’Alain Juppé :
« Autant je comprends que le citoyen soit ému, mais le législateur
ne doit pas l’être. Le sens de la mesure n’est pas incompatible avec la
force et la détermination. »
En attendant de se mettre d’accord, les députés de droite préfèrent renvoyer la gauche à ses propres contradictions. « Quand j’entends le président du groupe PS
dire qu’il faudra plus de sécurité
sans renier sur les libertés, ce n’est
tout simplement pas possible »,
conclut Isabelle Le Callennec, porte-parole de l’UMP et députée d’Ille-et-Vilaine. Un parfait résumé
de l’esprit des débats à venir. p
matthieu goar
Une heure et demie d’union nationale à l’Assemblée
Pour la première fois depuis 1918, l’ensemble des députés, pour certains émus aux larmes, a entonné « La Marseillaise » dans l’Hémicycle
U
ne voix d’homme brise
le silence. Seule, juste.
Parmi les députés tous
debout pour une minute de silence en hommage aux dix-sept
victimes des attentats de Paris,
elle s’élève des bancs de la droite :
« Allons enfants de la patrie… »
Puis c’est tout l’hémicycle qui embraye comme un seul homme. Le
chœur est harmonieux, quoique
très masculin, le moment saisissant. La Marseillaise. On a beau
l’avoir entendue des dizaines de
fois depuis la tuerie de Charlie
Hebdo, elle résonne différemment au cœur du Palais-Bourbon,
ce mardi 13 janvier. Jamais, dit-on,
l’hymne national français n’avait
été chanté dans l’hémicycle par
la totalité des élus depuis le
11 novembre 1918.
« Bouleversant moment », « frissons et émotion », « magnifique
Marseillaise », écrivent presque
en temps réel sur Twitter de nombreux députés, pour beaucoup
émus aux larmes. L’un de ces
moments où l’on « prend conscience qu’on représente le peuple », confie Franck Riester, député UMP de Seine-et-Marne.
« J’ai repensé à tous ceux que
j’avais croisés dans ma circonscription ces derniers jours, leur visage, leurs mots, leurs poignées de
main. ». Du haut de son perchoir,
le président socialiste de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone,
en a eu le souffle coupé : « C’était
énorme », dit-il. « Une séance historique, comme jamais je n’en revivrai », assure Bernard Roman,
élu PS du Nord.
Et ce n’était pas qu’une question
d’hymne. Au lieu des traditionnelles et belliqueuses questions au
gouvernement – les premières de
l’année –, les députés ont tenu
pour leur rentrée parlementaire
une séance d’une heure et demie
dans une atmosphère de solennité
et d’union nationale presque parfaite. Avant d’inviter à observer un
moment de recueillement, le président de l’Assemblée a pris la parole dans un silence total, presque
glaçant, commençant par énumérer les noms des dix-sept victimes
dans l’ordre alphabétique.
« L’engrenage de l’intolérance »
« L’unité nationale est le bouclier
qui protège notre société de la division. L’Etat républicain sera le glaive
levé contre ceux qui défient ce que
nous sommes et ce que nous entendons perpétuer : cet art de France
du vivre-ensemble », a ensuite prévenu M. Bartolone, plaidant pour
un « un patriotisme ouvert,
éclairé, confiant ». « Pourvu que
nous sachions vivre ensemble,
faire société commune, faire primer l’intérêt général sur les intérêts
individuels et le droit sur la force. »
Seul le président du groupe
UMP et élu de Seine-et-Marne,
Christian Jacob, a détonné en réclamant une commission d’enquête parlementaire pour « dire la
vérité » et une loi « exceptionnelle » pour notamment « restreindre les libertés publiques et individuelles de quelques-uns pour
un moment ». « Un discours ultraréac », a commenté sans surprise
le député socialiste de Paris Pascal
Cherki. Plus inhabituel, cet élu de
l’aile gauche, comme beaucoup
de ses collègues, a en revanche
trouvé le centriste Philippe Vigier
(UDI, Eure-et-Loire) « remarquable ». Des huit discours, c’est
même celui qu’il a préféré.
A la tribune, c’est au « repli sur
soi » et à « l’engrenage de l’intolérance » que s’en est pris le président du groupe UDI. A la « haine »
qui « peut grandir dans nos quartiers, nos villages, nos écoles, nos
prisons, lorsque la République
abandonne et que la laïcité cède
devant les communautarismes
(…). C’est pourquoi notre école doit
être au cœur du vivre-ensemble républicain. La réponse ne peut être
que “plus de République” pour que
vive le sursaut fraternel du 11 janvier 2015, et plus d’Europe pour
combattre ensemble le défi terroriste qui menace les peuples », at-il soutenu avant de conclure,
sous les applaudissements de
tous les bancs, en « saluant » l’attitude du président de la République, du premier ministre et de
l’ensemble du gouvernement
face aux attentats.
Dans les couloirs puis, le soir
même, lors des vœux du président de l’Assemblée nationale
aux parlementaires, ils étaient
nombreux à gauche à le féliciter
et à se féliciter les uns les autres
pour cette journée si confraternelle et transpartisane. Une rare
union nationale portée ce jour-là
jusque dans les votes puisque,
juste après la séance d’hommages, 488 des 577 députés ont voté
pour la prolongation des frappes
aériennes contre l’organisation
Etat islamique en Irak. p
hélène bekmezian
488
députés
A l’Assemblée nationale, 488
députés se sont prononcés,
mardi 13 janvier, pour la
poursuite des frappes françaises en Irak contre l’organisation Etat islamique. Un
député UMP a voté contre et
treize se sont abstenus (les
élus du Front de gauche et
certains de leurs alliés
d’outre-mer, ainsi qu’un
UMP). Au Sénat, 327 sénateurs sur 346 se sont prononcés pour, tandis que les
dix-neuf membres du
groupe communiste, républicain et citoyen se sont
abstenus. L’intervention
française en Irak a débuté le
19 septembre 2014.
4 | france
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Pourquoi un Patriot Act à la française est impossible
Une bonne partie de la sécurité de la France ne dépend plus de Paris mais de Bruxelles
Q
uelques heures, à
peine, après la tuerie
perpétrée, mercredi
7 janvier, dans les locaux de Charlie Hebdo,
le mot « Patriot act » apparaissait
déjà dans les échanges informels
entre certains conseillers présidentiels et ministériels sur les
conséquences politiques d’une
telle violence pour le pays. Cette
loi, votée aux Etats-Unis, dans la
foulée des attentats du 11 septembre 2001, donnait, notamment,
tout pouvoir au monde du renseignement face au judiciaire. Le
deuxième pilier du « Patriot act »
consistait à réviser en profondeur
le contrôle des frontières de manière à empêcher la menace de
rentrer sur le sol américain.
Quatre jours après le dénouement d’une crise qui a fait vingt
morts (dont les trois terroristes),
Manuel Valls a livré, mardi 13 janvier, devant les députés, une première réponse visant à mieux protéger le pays du terrorisme. Son intervention a montré que la France
n’était pas en mesure de dupliquer
une forme de « Patriot act » à
l’américaine car une bonne partie
de sa sécurité ne dépend plus de
Paris mais de Bruxelles et de ses
partenaires occidentaux.
M. Valls a ainsi prié, avec insistance, les parlementaires européens d’adopter le système sur les
échanges de données des passagers européens dit « PNR » (Passenger name record). « J’appelle solennellement le Parlement européen à prendre enfin toute la mesure de ces enjeux, et à voter,
comme nous le lui demandons depuis deux ans, avec l’ensemble des
gouvernements, ce dispositif qui est
indispensable », a-t-il lancé avant
d’en souligner l’urgence, « nous ne
pouvons plus perdre de temps ».
« Droits fondamentaux »
Fin novembre, le Parlement européen a gelé l’accord conclu avec le
Canada dans l’attente d’un avis de
la justice européenne, montrant
ainsi sa défiance envers cet instrument réclamé pour lutter contre les djihadistes. Il a été accepté,
sous conditions, en 2012, avec les
Etats-Unis. Les données « PNR »
comportent des informations sur
les passagers aériens, noms, dates
et itinéraire du voyage, adresses,
numéros de téléphone, moyens
de paiement, numéro de carte de
crédit et de siège ainsi que des éléments sur les bagages.
La commission des libertés civiles, de la justice et des affaires in-
LES CHIFFRES
30
voix contre le « PNR »
En avril 2013, au sein de la commission des libertés civiles du
Parlement européen, la proposition de création d’un fichier
commun des données des passagers aériens (PNR, pour « passenger name record »), présentée en 2011 par la Commission
européenne, a reçu 30 voix contre et 25 pour.
500 000
inscrits sur la « no fly list »
Un demi-million de personnes
du monde entier sont inscrites
par les autorités américaines sur
la liste d’interdiction de séjour
sur le sol américain, appelée la
« no fly list ».
une lutte plus efficace contre le terrorisme aurait dû mentionner la
question centrale du renseignement. Le silence du premier ministre illustre la situation de porte-àfaux dans lequel se trouvent les
Etats-membres. Si le président du
conseil italien Matteo Renzi a souhaité, vendredi 9 janvier, la « création d’une agence européenne du
renseignement », ses partenaires
ne veulent pas en entendre parler.
Ils ont fait inscrire, en 2007, dans le
Traité de Lisbonne, que cette matière relevait de la stricte souveraineté nationale.
térieures du Parlement européen
a expliqué, le 21 février 2014, les
raisons de cette méfiance dans
son rapport d’enquête sur « l’incidence des programmes de surveillance de la NSA et des Etats
membres sur les droits fondamentaux des citoyens européens ». Selon elle, « les mesures de sécurité,
notamment dans le cadre de la
lutte contre le terrorisme, doivent
s’inscrire dans l’Etat de droit et respecter les obligations en matière
de droits de l’homme, y compris
celles qui ont trait à la vie privée et
à la protection des données ».
Les traités relatifs aux transferts
de données personnelles ou financières européennes vers les
Etats-Unis sont jugés « dépassés »
par la commission. « Le cadre juridique des Etats-Unis en matière de
protection des données, dit-elle, ne
garantit pas à un niveau adéquat
les citoyens de l’Union européenne ». Pour cette commission,
souvent en pointe sur le terrain
des libertés, les quinze dernières
années d’antiterrorisme ont vu
surgir des « programmes de surveillance [qui] constituent une
nouvelle étape vers la mise en
place d’un Etat ultra-préventif
s’éloignant du modèle du droit pénal en vigueur dans les sociétés démocratiques ». Pour les rapporteurs de l’enquête, « un mélange
d’activités de répression et de renseignement avec des garanties juridiques floues et affaiblies allant
bien souvent à l’encontre des freins
et contrepoids démocratiques se
substitue à la loi ».
De dépit, M. Valls a annoncé que
la France lancerait son propre système « PNR » en septembre avant
d’appeler aussi l’Europe « à une
plus forte contribution aux opéra-
« Schengen
est une affaire
européenne,
ce n’est pas un
problème, c’est
la solution »
GILLES DE KERCHOVE
coordinateur européen
de la lutte antiterroriste
tions militaires menées par la
France contre le djihadisme au Sahel ». Interrogé par Le Monde,
Gilles de Kerchove, coordinateur
européen de la lutte contre le terrorisme, a soutenu la demande de
M. Valls sur le « PNR » mais rappelé que « l’Europe fait déjà beaucoup pour le Sahel avec des centai-
nes de millions d’euros pour le développement » qui ont un impact
sur la sécurité des pays en les stabilisant. Bruxelles dépense aussi,
dit-il, « des dizaines de millions
d’euros pour soutenir les polices et
les armées régionales ».
Enfin, si le Premier ministre ne
l’a pas évoqué directement, le contrôle des entrées et sorties dans
l’espace Schengen, au sein duquel
26 Etats européens ont déclaré la
totale liberté de circulation, soustend le débat. Paris reproche aux
frontières extérieures d’être poreuses. « Schengen est une affaire
européenne, ce n’est pas un problème, c’est la solution, répond M.
de Kerchove. C’est le cadre dans lequel on doit bâtir cette sécurité
européenne en harmonisant tout
d’abord les indicateurs de risque. »
Pour être complète, la liste de
M. Valls des moyens nécessaires à
« Renforcer l’existant »
Interrogé par Le Monde, Jean-Paul
Laborde, directeur du Comité contre le terrorisme au Conseil de sécurité des Nations unies, constate
également que « les Etats ont chacun leurs méthodes et privilégient
la coopération bilatérale » en matière de renseignement. Ce qui
compte, ajoute-t-il, « c’est qu’ils
mettent cette menace au premier
rang de leur travail national de
renseignement. Ne serait-il donc
pas plus judicieux, si cela est nécessaire, de renforcer les structures
existantes plutôt que d’en créer de
nouvelles et d’ajuster leurs méthodes de travail aux menaces actuelles. (…) Personne n’a le monopole
de la lutte contre le terrorisme,
mais tout le monde doit faire face
à ses responsabilités ». p
jacques follorou
et franck johannès
« L’islam doit s’imprégner de la réalité de la société »
Le socialiste Julien Dray regrette qu’une partie de la population des quartiers ne soit pas descendue dans la rue dimanche
ENTRETIEN
J
ulien Dray, vice-président PS
du conseil régional d’Ile-deFrance et proche de François
Hollande, appelle la gauche à
mener une « bataille idéologique » pour promouvoir les valeurs républicaines.
Vous avez fondé SOS-Racisme
et organisé beaucoup de manifestations. Qu’est ce qui était
différent dimanche ?
Ce qui est fort, c’est que ceux qui
doutaient de la France républicaine capable de se mobiliser, ceux
qui, commercialement ou intellectuellement, menaient le débat politique sur le déclin, ont eu une réponse qui dépassait les espérances. Le monde a été surpris de la façon dont la France s’est ressaisie.
Avez-vous trouvé le cortège représentatif de la société ?
C’est difficile d’avoir une vision
globale. D’abord une remarque :
on a tellement décrié les jeunes,
soi-disant peu intéressés par la
chose publique. Et là d’un coup, on
a retrouvé la jeunesse que j’aime,
mobilisée, concernée, fraternelle.
L’avenir du pays se joue là. En revanche, on n’a pas vu dans la manifestation l’ampleur de la diversité de la société.
J’ai le sentiment qu’il y a des gens
qui, au dernier moment, n’ont pas
franchi le pas en allant jusqu’au
bout de leur dénonciation et en
descendant dans la rue. Ceux qui
dans les dernières heures ont fait
campagne sur le thème « Nous ne
sommes pas Charlie » ont pesé sur
cette hésitation. Il faut qu’on combatte pied à pied les arguments qui
ont creusé cette hésitation.
Quels sont-ils selon vous ?
Il y a deux personnes qui ont dit
ça en premier : Jean-Marie Le Pen
et Tariq Ramadan. Le premier
n’avait de toute façon pas sa place
dans cette manifestation. Le second a donné le sentiment à un
certain nombre de familles, dans
les cités notamment, qu’elles ne
devaient pas se mélanger, qu’elles
ne devaient pas être là. On a vu
cette argumentation sur Internet
puis dans certaines classes : « Ils
nous ont provoqués » ; « Ils ont caricaturé notre Prophète » ; ou,
plus grave encore : « Puisqu’ils
font les caricatures, on a le droit de
faire nos quenelles. » Là, il y a une
bataille idéologique qui doit se
mener. Sans ultimatum mais
sans complaisance.
La gauche a-t-elle les armes
pour mener ce débat ?
Nous avons un joyau qui s’appelle la laïcité. La laïcité, c’est la séparation de la sphère publique et
de la sphère privée, et la volonté
que la religion reste dans la seconde. Mais la République discute
avec les cultes et ne peut pas les
ignorer. Quand une religion
comme l’islam apparaît comme
une composante majeure de la République, elle doit s’imprégner de
la réalité de la société française. Il y
a un dialogue respectueux mais
nécessaire pour moderniser et
faire évoluer cette religion. Si l’islam reste dans une théologie du
prosélytisme dans un monde qui
ne peut pas le supporter, il y aura
conflit. Ce n’est pas faire injure à
l’islam ou la désigner à la vindicte
populaire que de lui demander de
mener ces débats nécessaires.
On a aussi beaucoup entendu
« la crainte de l’amalgame »…
Il y a besoin de lever l’ambiguïté
qui se crée autour de cette formule. Evidemment, il ne faut pas
d’amalgame, ni d’injonction à
l’égard des uns plus que des
autres. Nous sommes tous les
égaux les uns des autres. Mais il
ne faut pas non plus que la notion
d’amalgame soit un prétexte
pour rester à part et ne pas se mé-
langer. Attention à l’argumentaire spontanément victimaire.
Le dialogue n’a pas été suffisant
avec cette partie de la société ?
On pourra avoir tous les systèmes de répression mais si on veut
éradiquer cette violence djihadiste, on a besoin d’une société totalement mobilisée. Une part importante de la bataille se joue dans
un certain nombre de cités. Il faut
éviter les mots qui blessent et qui
empêchent la discussion, servant
d’alibis pour ne pas répondre aux
questions posées. Mais il faut dire
la vérité. Il y a par exemple un antisémitisme nouveau qui existe. Et
ceux qui ont expliqué qu’ils ne venaient pas dimanche à cause de la
présence de Benyamin Nétanyahou en tête de la manifestation,
ont oublié qu’il y avait au même
moment Mahmoud Abbas. Ils
étaient plus palestiniens que les
Palestiniens eux-mêmes. En ce
sens, quelle belle leçon ont donné
nos amis kurdes en descendant
dans la rue, malgré la présence du
premier ministre turc.
Quelles réponses la gauche
peut-elle apporter dans les
quartiers ?
On est confronté à une crise sociale qui a généré une ghettoïsation et des discriminations qui
sont autant de blessures qui ne se
cicatriseront pas d’un coup de baguette magique. Il faut bien cibler
les personnages-clés. Il y a les mères, qui restent des personnages
centraux et à qui nous n’avons pas
assez parlé ces dernières années, il
y a les professeurs et les travailleurs associatifs. On a abandonné le tissu associatif en lui appliquant une logique comptable.
Travailleurs sociaux et enseignants, sont les héros de notre
temps. Ils n’ont pas besoin de
mots. Ils ont besoin de moyens. p
propos recueillis par
nicolas chapuis
france | 5
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
La liberté d’expression et ses limites
Beaucoup de Français se demandent pourquoi Dieudonné est « censuré » et pas « Charlie ». Décryptage
P
ourquoi Dieudonné est-il
censuré alors que Charlie
Hebdo se moque de la religion sur ses “unes” ? »
La question peut paraître naïve.
Elle n’en est pas moins posée à
maintes reprises, par nos lecteurs, sur les réseaux sociaux ou
sur le Web. Elle ramène à une notion beaucoup invoquée, sans
être toujours comprise, celle de
« liberté d’expression ».
Principe absolu en France,
« tout citoyen peut parler, écrire,
imprimer librement », énonce la
Déclaration universelle des
droits de l’homme de 1789. Elle
ajoute cependant « sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans
les cas déterminés par la loi ». Si
on ne peut interdire de s’exprimer, on peut dénoncer devant la
justice certains propos après
qu’ils ont été tenus, qu’ils émanent de Charlie Hebdo, de Dieudonné ou d’Eric Zemmour, et
qu’ils aient été émis dans une
salle de spectacle, en « une » d’un
journal ou sur Internet.
La loi de 1881 sur la liberté de la
presse sert de socle à cette question, en précisant les cas où la liberté d’expression est encadrée.
L’injure ou la diffamation sont interdites et passibles de poursuites.
De même, appeler au meurtre, à
la violence, au vol, à la destruction ; porter atteinte aux « intérêts fondamentaux de la nation » ;
faire l’apologie de crimes de
guerre, inciter au terrorisme, ou
« à la haine ou la violence » envers
des personnes en raison d’une appartenance ethnique, sexuelle ou
d’une origine, est un délit.
L’auteur d’un propos homophobe peut être théoriquement
condamné de la même manière
pour des propos écrits dans un
quotidien ou sur sa page Facebook. L’éditeur du livre ou le responsable du service Web utilisé
La question
devient plus
compliquée dès
lors qu’on évoque
l’humour. C’est
alors aux juges
qu’il revient
de trancher
est également considéré comme
responsable. En pratique, les
grandes plates-formes du Web,
comme YouTube, Facebook,
Tumblr ou Twitter, disposent
d’un régime spécifique, introduit
par la loi sur la confiance dans
l’éducation numérique : ils ne
sont condamnés que s’ils ne suppriment pas un contenu qui leur a
été signalé comme étant contraire à la loi dans un délai raisonnable. « Liberté d’expression » ne
veut donc pas dire liberté absolue
de dire ce que l’on veut.
Mais la question devient plus
compliquée dès lors qu’on évoque l’humour. C’est au nom de
l’humour que Dieudonné justifie
ses propos antisémites ; c’est
aussi au nom de l’humour que
Charlie Hebdo publiait en 2006
les caricatures évoquant le prophète Mahomet. Dans les deux
cas, des juges ont dû trancher, et
décider s’il s’agissait bien avant
tout de faire rire.
« Droit à l’insolence »
La loi reconnaît en effet un droit
à la parodie et à la satire. Ainsi,
en 1992, le tribunal de grande instance de Paris estimait que la liberté d’expression « autorise un
auteur à forcer les traits et à altérer la personnalité de celui qu’elle
représente », et qu’il existe un
« droit à l’irrespect et à l’inso-
Présentation du nouveau numéro de « Charlie Hebdo » par Gérard Biard, Luz et Patrick Pelloux, mardi 13 janvier,
au siège de « Libération », à Paris. IVAN GUILBERT/COSMOS
lence ». Mais cette appréciation
peut varier. On se souvient, par
exemple, du fameux « Casse-toi,
pauvre con » inscrit sur une pancarte à destination de Nicolas
Sarkozy, alors président de la République, lors de son passage au
Salon de l’agriculture en 2008.
Arrêté, l’auteur de la pancarte
avait été condamné par les tribunaux français, insensibles à ce
qu’il décrivait comme un trait
d’humour. Après des années de
procédure cependant, la justice
européenne a marqué son désaccord, estimant, en 2013, que la
sanction avait « un effet dissuasif
sur des interventions satiriques
qui peuvent contribuer au débat
sur des questions d’intérêt général ».
Dans le cas des caricatures de
Mahomet, la justice avait assuré
en 2007 que « le genre littéraire
de la caricature, bien que délibérément provocant, participe (…) à la
« Il faut que chacun respecte l’opinion des autres »
etudiants ingénieurs à l’Institut polytechnique des sciences avancées d’Ivry-surSeine (Val-de-Marne), Julie Blandin, Rockya
Cissé, Arthur Bossebeuf et Guillaume
Aumont ont tous participé à une minute de
silence en hommage aux victimes de Charlie Hebdo. Les jeunes qui la contestent ?
« On peut les comprendre : il y a la liberté
d’expression, et chacun peut dire ce qu’il veut,
croient-ils savoir. Si on n’est pas d’accord, on
peut aussi le dire. » « Il ne faut pas faire l’apologie de ces crimes et il faut que chacun respecte l’opinion des autres », résument-ils.
Quelques jours après l’attentat contre le
journal satirique qui a fait 12 morts, le sujet
reste sensible et beaucoup de ceux qui
l’abordent préfèrent rester anonymes. Dès
lors qu’on évoque le cas du polémiste
Dieudonné et la contestation de la minute
de silence.
A la sortie du lycée Buffon, à Paris, un
élève de 1re appelle à une distinction nette :
« Les caricatures, c’est les journalistes, c’est
pour ça qu’on les a butés : les dessinateurs
qui sont morts, ils se moquaient. Dieudonné, lui, il fait l’apologie du terrorisme, il
le glorifie, c’est pas normal. »
« Réguler la liberté d’expression »
Mais les débats au lycée lassent d’autres élèves qui, en réaction, lancent à propos de
Dieudonné et Charlie Hebdo : « C’est la
même chose, c’est pareil. » « On en a marre. Je
suis Charlie, la manif, tout ça, ça ne va rien
changer », protestent des lycéennes. « Les
caricatures de Charlie étaient poussées, certes, mais il n’y avait jamais d’incitation à la
haine. Ce n’est pas comme Dieudonné, qui revendique encore une fois sa maladie raciste
en soutenant par ses propos les auteurs de la
tuerie du supermarché casher », affirme au
contraire une élève de 2nde du lycée GabrielFauré, dans le 13e arrondissement de Paris.
Même si elle reconnaît que les dessins de
Charlie Hebdo ont pu blesser : « Moi, je ne
suis pas musulmane, alors je peux dire : “Je
suis Charlie.” Mais les musulmans de mon lycée, qui se sont sentis offensés, même s’ils
sont choqués par les attentats, ils préfèrent
dire : “Je suis Ahmed”. D’ailleurs, je les comprends. »
Coiffée d’un voile noir, une étudiante de
première année en biologie à l’université
Paris-Diderot explique aussi qu’elle a manifesté dimanche contre « la terreur et les tueries » mais sans pancarte « Je suis Charlie » :
« Il faudrait réguler la liberté d’expression,
qui n’est pas absolue. Toucher à quelque
chose de sacré, c’est blessant », dit-elle. p
romain chapel et adrien de tricornot
liberté d’expression et de communication des pensées et des opinions », et qu’en « dépit du caractère choquant, voire blessant, de
cette caricature pour la sensibilité
des musulmans, le contexte et les
circonstances de sa publication
dans le journal Charlie Hebdo apparaissent exclusifs de toute volonté délibérée d’offenser directement et gratuitement l’ensemble
des musulmans ». L’humour paraissant être le but premier, le tribunal estimait qu’il n’y avait pas
de racisme ou d’islamophobie.
La même chose est arrivée
à Dieudonné au début de ses provocations. Un sketch télévisé
dans lequel il incarnait un rabbin
juif orthodoxe lui avait valu un
procès en 2005… et une relaxe.
Là encore, le tribunal avait estimé qu’il s’agissait d’humour et
qu’il n’y avait donc pas lieu de
condamner.
« Charlie », 48 procès depuis 1992
Pour Charlie comme pour Dieudonné, ces verdicts ont pu varier.
L’hebdomadaire a été condamné
à neuf reprises depuis 1992, sur
quarante-huit procès, essentiellement pour « injure », mais pas
seulement. Des associations de
harkis avaient obtenu sa condamnation en 1998, la justice estimant qu’un dessin visait « précisément les harkis et la commu-
nauté qu’ils forment ». Les fameuses caricatures de Mahomet
ont donné lieu à des procès très
médiatisés, tous gagnés par
Charlie Hebdo. Dieudonné, lui,
a été jugé dans de multiples procès pour « provocation à la haine
raciale » ou « contestation de crimes contre l’humanité ». Il en a
perdu l’essentiel, mais pas toujours. En 2012, un film du polémiste avait été autorisé par la justice malgré une plainte de la
Ligue contre le racisme et l’antisémitisme.
En plaidant pour l’interdiction
de ses spectacles, le gouvernement Ayrault avait cependant
franchi une barrière symbolique,
en interdisant a priori une expression publique. Néanmoins,
le Conseil d’Etat, saisi après l’annulation d’une décision d’interdiction à Nantes, lui avait finalement donné raison, considérant
que « la mise en place de forces de
police ne [pouvait] suffire à prévenir des atteintes à l’ordre public de
la nature de celles, en cause en l’espèce, qui consistent à provoquer à
la haine et la discrimination raciales ». « On se trompe en pensant
qu’on va régler la question à partir
d’interdictions strictement juridiques », estimait alors la Ligue des
droits de l’homme. p
samuel laurent
et damien leloup
Dieudonné en garde à vue pour apologie du terrorisme
Le polémiste avait écrit sur sa page Facebook, dimanche 11 janvier : « Sachez que ce soir je me sens Charlie Coulibaly »
L
e polémiste Dieudonné
M’Bala M’Bala a été placé en
garde à vue, mercredi
14 janvier, après qu’une enquête a
été ouverte par le parquet de Paris, le 12 janvier, pour « apologie
du terrorisme ». Dimanche 11 janvier, sur sa page Facebook, Dieudonné avait écrit, après la journée
de rassemblement contre les attentats : « Sachez que, ce soir, en ce
qui me concerne, je me sens Charlie Coulibaly. » L’enquête avait été
confiée à la brigade de répression
de la délinquance aux personnes.
Cette enquête pour apologie du
terrorisme est la deuxième du
genre à frapper le polémiste dont
les thèses ouvertement antisémites ont connu un succès croissant
ces dernières années. En septembre 2014, le parquet de Paris avait
déjà été saisi après la diffusion
d’une vidéo où Dieudonné ironisait sur la décapitation du journaliste américain James Foley par
l’organisation Etat islamique.
Dans une autre vidéo, diffusée
en 2010, il avait aussi appelé à la libération de Youssouf Fofana, condamné pour le meurtre d’Ilan Halimi, ce jeune juif séquestré et torturé avant d’être tué en 2006.
Mais, dans cette affaire, Dieudonné avait été relaxé.
Cette fois-ci, le message de Dieudonné a été supprimé de sa page
dès le début de la polémique.
Mais, avant sa suppression, on
pouvait, en plus du détourne-
ment du slogan de soutien au
journal Charlie Hebdo, y lire des
moqueries sur la manifestation
historique de dimanche. Dieudonné la qualifiait « d’instant magique égal au big-bang » et « au
couronnement de Vercingétorix ».
« Ennemi public numéro 1 »
Après l’annonce de l’ouverture
d’une enquête préliminaire, le polémiste a diffusé, lundi, une réponse sur Internet. Dans ce message, il explique avoir écrit ce
texte pour appeler à « la paix »
car, selon lui, la manifestation
était une démarche pour pouvoir
continuer « à rire de tout ». Or, depuis un an, il s’estime « traité
comme l’ennemi public numéro 1
alors [qu’il] ne cherche qu’à faire
rire, et à faire rire de la mort, puisque la mort, elle, se rit bien de nous,
comme Charlie le sait, hélas ».
« Il ne faut pas confondre la liberté d’opinion et l’antisémitisme,
le racisme et le négationnisme », a
réagi le premier ministre, Manuel
Valls. De son côté, Marc Ladreit de
Lacharrière, l’actionnaire de plusieurs salles de spectacle Zénith en
France, a donné pour instruction,
lundi, à ses équipes de « ne pas
programmer le spectacle de Dieudonné », intitulé La Bête humaine.
Dieudonné est dans le viseur du
gouvernement et de la justice depuis plusieurs années. Fin 2013,
plusieurs de ses spectacles avaient
déjà été interdits. Parmi d’autres
déboires judiciaires, il a été mis en
examen, en juillet 2014, par le juge
financier Renaud Van Ruymbeke
pour fraude fiscale, blanchiment
de fraude fiscale et abus de biens
sociaux. Bien qu’il s’en défende, le
polémiste est soupçonné d’avoir
minoré ses revenus à l’égard du
fisc et ses biens pour échapper à
l’impôt de solidarité sur la fortune.
Agé de 48 ans, Dieudonné a
longtemps milité à gauche et
pour la cause noire, avant de progressivement se rapprocher de
cercles de pensées d’extrême
droite, notamment de l’idéologue
Alain Soral. Dieudonné a plusieurs fois été condamné pour incitation à la haine raciale. p
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JEUDI 15 JANVIER 2015
Une répression accrue de l’apologie des attentats
Christiane Taubira appelle les procureurs à la « fermeté ». Une cinquantaine de procédures sont engagées
C
hristiane Taubira a en­
voyé, lundi 12 janvier,
une circulaire très
ferme aux parquets
après les attentats contre Charlie
Hebdo et le magasin casher de la
porte de Vincennes à Paris, pour
poursuivre « avec rigueur et fermeté » les actes et les propos racistes ou antisémites. « A l’heure où
les fondements même de la démocratie sont visés », indique la ministre de la justice, et « où la nation doit montrer son unité, les
propos ou agissements répréhensibles, haineux ou méprisants, proférés ou commis en raison de l’appartenance à une religion doivent
être combattus et poursuivis avec
la plus grande vigueur ». Une cinquantaine de procédures ont déjà
été engagées en quelques jours
pour apologie de crimes racistes,
et les premières condamnations
sont particulièrement lourdes.
« Il importe que les parquets fassent preuve d’une grande réactivité dans la conduite de l’action
publique », insiste la garde des
sceaux, avec « une attention toute
particulière » portée aux détenus.
Elle exige « une réponse pénale
systématique, adaptée et individualisée », recommande aux procureurs d’inciter les services d’enquête à ne rien laisser passer, et de
poursuivre les auteurs d’infractions « sous la qualification pénale la plus haute, en retenant systématiquement la circonstance
36
actes antimusulmans
Depuis l’attentat contre
Charlie Hebdo, le 7 janvier, le
ministère de la justice a recensé 36 actes antimusulmans en France. La majorité
de ces actes ont visé des
lieux de culte. 15 sont des
tags ou des inscriptions, 10
des dégradations. 11 procédures ont été ouvertes pour
des tracts islamophobes. Si
ce chiffre de la chancellerie
est inférieur à celui de 54 actes comptabilisés au 12 janvier par le Conseil français
du culte musulman (CFCM),
c’est parce qu’il ne recense
que les procédures judiciaires ouvertes et pas seulement les signalements.
aggravante [le caractère raciste ou
antisémite] lorsqu’elle est établie ».
La « provocation publique à la
haine, la violence ou la discrimination raciale » ; la « diffamation
publique à raison de l’appartenance, réelle ou supposée à une
ethnie, une nation une race ou
une religion » ; la « contestation
de crime contre l’humanité » sont
réprimées d’une peine d’un an de
prison et 45 000 euros d’amende,
« l’injure publique » de moitié
moins. Mais « l’absence de publicité de ces propos ne les rend pas
moins répréhensibles », rappelle
la circulaire, et même tenus en
privé, ils sont sanctionnés d’une
contravention de 750 à
1 500 euros, ou 3 000 euros en cas
de récidive.
Deux types de sanctions sont
prévus pour les infractions à caractère terroriste et pas seulement racistes. Elles ont d’ailleurs
été alourdies par la loi du 13 novembre 2014 : « l’apologie », qui
consiste à présenter ou commenter, nécessairement publiquement, un attentat sous un jour favorable ; et « la provocation »,
une « incitation directe commettre des faits matériellement déterminés », même si elle n’est pas
publique, sont punies d’une
peine maximum de cinq ans et
de 75 000 euros d’amende. Ces
mêmes infractions ont été portées l’année dernière à sept ans
d’emprisonnement
et
100 000 euros lorsqu’elles sont
commises sur Internet.
Quatre ans fermes
Une cinquantaine de procédures,
au total, sont ainsi en cours pour
« apologie du terrorisme » depuis
l’attentat à Charlie Hebdo le 7 janvier. Au 13 janvier, pour une vingtaine d’entre elles, une enquête
avait été ouverte, huit personnes
avaient reçu des convocations devant un officier de police judiciaire, huit autres devaient passer
en comparution immédiate et
trois étaient encore en garde à
vue. Seules cinq condamnations
ont pour l’instant été prononcées.
Les peines sont toutefois très
lourdes. La plus sévère a été prononcée après un incident à Haulchain (Nord). Le 11 janvier, après
un accident de la circulation, un
homme de 34 ans s’en est pris aux
policiers en défendant les attentats : il a écopé de quatre ans fermes. L’apologie du terrorisme
n’était qu’une circonstance aggra-
Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, et la garde des sceaux, Christiane Taubira, à l’Elysée, le 8 janvier. VINCENT ISORE/IP3 POUR « LE MONDE »
On trouve dans
les procédures
trois mineurs,
deux femmes,
des illuminés,
des hommes
alcoolisés,
des chrétiens,
des musulmans...
vante, il avait refusé de se soumettre à l’alcootest, était en récidive
et l’accident avait causé des blessures involontaires.
Deux autres lourdes peines ont
été prononcées à Orléans et à Toulon le 12 janvier : un an de prison
ferme et huit à neuf mois avec
sursis. A Orléans, un musulman
de 33 ans avait donné un coup de
tête le 10 janvier à un jeune scout
avant de hurler « Si tu restes là, je
vais chercher ma kalach » et « sale
chrétien ». A Toulon, un évangélique avait annoncé le 8 janvier sur
Facebook vouloir commettre un
attentat à Montparnasse, en plein
cœur de Paris.
« Nique Charlie Hebdo »
Deux rappels à la loi ont été prononcés à Saint-Etienne le 11 janvier, et la veille à Courbevoie
(Hauts-de-Seine), contre des
hommes qui hurlaient dans la
rue, sans viser personne en particulier. L’un avait lancé, « je suis
fier d’être musulman, je n’aime pas
Charlie, ils ont eu raison de faire
ça », l’autre « nique la France, nique Charlie Hebdo ».
On trouve pêle-mêle dans la cinquantaine de procédures recensées par la chancellerie trois mi-
neurs, deux femmes, des illuminés, des hommes alcoolisés, des
chrétiens, des musulmans… Les
menaces et les insultes visent
particulièrement les forces de l’ordre. Ainsi, à Bobigny, le 8 janvier,
des policiers disent avoir entendu
lors d’un contrôle d’identité :
« T’es pas Charlie hebdo, toi aussi
tu vas dire “Pitié chef, non chef.” »
Une allusion aux derniers mots
du brigadier Ahmed Merabet, tué
à terre d’une balle dans la tête par
les frères Kouachi à la sortie de
Charlie Hebdo, le 7 janvier.
L’homme a été placé en détention
provisoire et devait passer en
comparution immédiate.
Quelques incidents ont visé des
responsables politiques. Le maire
de Wittenheim, 15 000 habitants
en Alsace, avait accroché sur sa voiture une pancarte « Je suis Charlie ». Deux personnes sur un scooter ont jeté une pierre dans sa vitre
arrière avant de s’enfuir en criant
« Allah Akbar ! » L’enquête a été
confiée à la police judiciaire. A Paris, c’est Juliette Méadel, porte-parole du Parti socialiste, qui a reçu
des menaces dans sa boîte mail.
A Saint-Rémy-de-Provence, dans
les Bouches-du-Rhône, des tracts
avec des appels explicites à la violence ont été distribués dans les
boîtes aux lettres. Le site du Mémorial de Caen a lui été piraté par
un groupe connu de hackers tunisiens, « Fallaga Team », qui a
réussi à y poster le bandeau « Je ne
suis pas Charlie ». L’acte le plus sérieux a été repéré à Bastia, en Haute-Corse, où un homme fiché par
les services pour sa radicalisation
a, le 10 janvier, posté sur Facebook
une photo de lui, en tenue religieuse musulmane, avec une kalachnikov dans les mains. p
franck johannès
et elise vincent
11 janvier : les ressorts intimes d’une mobilisation nationale
Les Français se sont sentis touchés personnellement par les attentats. Leur réaction collective n’étonne pas les psychiatres
ANALYSE
P
ourquoi une telle ferveur
et une telle foule dans les
rues, dimanche 11 janvier ?
Les manifestants l’ont dit : ils ont
marché contre la peur, pour la liberté, pour la France même, en
tout cas au nom d’un certain idéal
français. De grands mots, des valeurs cardinales, mais abstraites,
dont on aurait douté jusqu’à la semaine dernière qu’ils puissent
mobiliser de tels cortèges.
La violence des actions et la
puissance des symboles attaqués
ont sidéré le pays. L’une des raisons de cette mobilisation hors
norme est que les Français n’ont
pas seulement vécu les attentats
comme un drame national, mais
aussi comme une série de traumatismes intimes. Il était frappant d’entendre, dans la foule,
beaucoup d’entre eux se dire touchés personnellement, autant
que s’ils avaient perdu des amis
ou de la famille dans les attentats.
Quatre jours après la tuerie de
Charlie Hebdo, les Français étaient
toujours extrêmement émus dimanche. « Depuis mercredi [7 janvier], ma consultation est remplie
de gens en larmes, confirme Serge
Hefez, psychiatre à la Pitié-Salpêtrière à Paris. Quelque chose de sacré est atteint, nos croyances laïques. Nous nous y référons rarement dans la vie habituelle et nous
avons peu l’habitude de les éprouver. » De nombreuses personnes
manifestaient dimanche pour la
première fois.
« Procuration héroïque »
Les manifestants ont largement
rendu hommage aux trois policiers tués dans l’exercice de leurs
fonctions et aux quatre juifs assassinés dans l’épicerie casher de la
porte de Vincennes. L’attentat
contre Charlie Hebdo occupe une
place à part. « Comme dans toute
attaque de ce genre, il y a une identification projective, car des civils
sont tués, observe Hélène Romano, docteur en psychopathologie à l’hôpital Henri-Mondor à Cré-
teil. Mais ceux-là étaient censés être
protégés. Et ils représentent symboliquement quelque chose, la liberté
d’expression. Cela touche à l’identité de chacun. »
« Il y a l’idée que ça peut arriver à
n’importe qui, mais aussi une
forme de procuration héroïque,
confirme Patrick Ben Soussan,
psychiatre à l’Institut Paoli-Calmettes de Marseille. On se rend
compte que [les journalistes de
Charlie Hebdo] ont fait quelque
chose pour nous alors que nous
étions tièdes et que nous ne les
avons pas forcément reconnus. » La
réaction est d’autant plus forte que
« Dans
les situations
difficiles, on fait
corps à plusieurs,
c’est important »
CLAUDE HALMOS
psychiatre
les valeurs visées se sont trouvées
incarnées dans des figures familières, connues des Français bien audelà des lecteurs de Charlie Hebdo.
Pour les plus âgés, Wolinski et
Cabu étaient comme des compagnons de jeunesse avec lesquels ils
ont fait route depuis les années
1960. Avec eux, c’est aussi le souvenir parfois fantasmé d’une époque
qui a été atteint, celle des « trente
glorieuses », ainsi que la nostalgie
du mot d’ordre d’une bonne partie
de la jeunesse après 1968 : vivre libre et rire de tout.
La génération suivante, celle des
quadragénaires, a découvert et
aimé Cabu enfant, en dehors de
tout cadre idéologique, dans le
« Club Dorothée » de « Récré A2 »,
une émission pour enfants très
populaire diffusée de 1977 à 1987.
Pour certains qui évoquent spontanément son souvenir, c’est le
seul lien avec un journal qu’ils
n’ont jamais ouvert. Charb collaborait également aux publications pour enfants et jeunes Mon
quotidien et Le Monde des ados.
« Le dessin, c’est un lien à l’enfance,
relève M. Ben Soussan. Ces meurtres ont touché l’enfant en nous. »
La réaction collective des Français n’étonne pas les spécialistes
de l’humain. « Dans les situations
difficiles, on fait corps à plusieurs,
c’est très important », résume la
psychiatre Claude Halmos. « On
est dans la communion », relève
également M. Hefez. Pour Mme Romano, il s’agit d’un réflexe instinctif, archaïque. « Quand il vit
un drame, qu’il soit privé ou national, l’être humain a besoin de se
rassurer, explique-t-elle. Le fait de
se regrouper permet de retrouver
une identité collective. C’est inscrit
dans l’inconscient et c’est structurant psychiquement. »
« Répondre par les mots »
Un autre réflexe est de s’adresser
à la génération suivante. Les familles étaient nombreuses le
11 janvier, malgré la crainte d’un
nouvel attentat, ou d’un simple
mouvement de foule. Les parents
sont venus « pour transmettre des
valeurs ». Un souhait encouragé
par les spécialistes de l’enfance,
qui s’élèvent contre la tentation
de protéger les enfants en les laissant dans l’ignorance. « Ils sont
capables d’imaginer des romans
terrifiants à partir de bribes d’information, explique Mme Halmos.
La parole des parents, qui doit être
simple et adaptée à chaque âge,
donne un cadre. »
« C’est une occasion de faire de
l’instruction civique, poursuit
Mme Halmos. De dire ce qu’est l’humanité, ce qu’est la civilisation, et
qu’aux mots on doit répondre par
des mots, et non par le meurtre. »
« Quand on dit à un enfant que
cela n’est pas bien, qu’il ne faut pas
tuer, il entend quelque chose de
très fort », affirme M. Ben Soussan. Les parents qui ont manifesté
dimanche en famille ont clairement passé ce message. Immédiatement, une question vient à l’esprit : ceux qui n’étaient pas présents en ont-ils malgré tout parlé,
et si oui, qu’ont-ils dit ? p
gaëlle dupont
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RENDEZ VOUS SUR
I
LE MONDE DES ÉTUDIANTS
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de f
8 | france
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
A Jérusalem,
face à « la plus
révoltante
des morts »
Une cérémonie s’est tenue sur le
mont des Oliviers en mémoire des
quatre victimes juives du 9 janvier
RÉCIT
jérusalem - correspondant
O
n s’enlace, on se con­
sole, on se retrouve, on
se compte. Quelques
drapeaux israéliens
flottent, mais pas de bleu­blanc­
rouge. Environ deux mille person­
nes ont assisté à la cérémonie, organisée mardi 13 janvier au cimetière Givat-Shaul, sur les hauteurs
de Jérusalem. Elle fut émouvante,
puis politique. En présence de familles étourdies de chagrin, arrivées de France dans la nuit, hommage fut rendu, par des discours,
des psaumes et des flambeaux allumés, aux quatre victimes juives
tuées dans le supermarché casher
de la porte de Vincennes, à Paris.
Puis leurs corps ont été portés en
terre, dans l’intimité.
Yoav Hattab, 21 ans, Yohan Cohen, 23 ans, Philippe Braham,
45 ans, et Francois-Michel Saada,
64 ans, font partie des 17 personnes tombées dans les attentats de
la semaine passée. Ils n’étaient pas
israéliens, mais ils étaient juifs. A
ce titre, l’Etat d’Israël a voulu porter une partie du deuil, comme s’il
rendait hommage à des membres
éloignés de la famille. Les calculs
politiques n’étaient pas non plus
absents, avant les législatives anticipées du 17 mars. Les attentats à
Paris font la « une » de la presse israélienne depuis plusieurs jours. A
la tribune comme dans l’assistance, de nombreux députés et
ministres israéliens avaient fait le
déplacement mardi, devant un
mur de caméras.
« Ses enfants chéris »
La cérémonie a débuté par un
court hommage des proches des
victimes. « Philippe, protège-moi,
protège Shirel et Naor et Ella et
Elad », a lâché dans un souffle,
chancelante, bouleversante, Valérie, l’épouse de Philippe Braham,
« un homme parfait, un homme qui
pensait aux autres avant de penser
à lui-même, un père exemplaire ».
Puis vint le tour des discours politiques. C’est le président israélien,
Reuven Rivlin, qui sut trouver les
mots justes, évoquant chacune des
victimes avec empathie, par son
« Chaque coup
porté à un juif est
un coup porté au
peuple français.
La peur et l’effroi
[sont] légitimes »
SÉGOLÈNE ROYAL
ministre de l’écologie, venue
représenter la France
prénom. Philippe, qui faisait ses
courses pour shabbat. FrançoisMichel, qui avait acheté un appartement en Israël mais ne « pourra
jamais fixer de mezouzah [objet rituel] sur le seuil de la porte ». Yoav,
venu pour la première fois à Jérusalem il y a deux semaines, où il
s’était fait photographier devant le
Mur des lamentations. Yohan,
« déjà un héros » à 21 ans, qui « s’est
battu avec le meurtrier, pour sauver
la vie d’un enfant de 3 ans ».
Le président israélien a ensuite
dénoncé la « pure haine des juifs »
qui cherche à frapper « partout où
la vie juive existe, à Paris et à Jérusalem, à Toulouse et à Tel-Aviv, à
Bruxelles et à Bombay. Dans les
rues et les synagogues. Dans les
écoles et les marchés, les gares et les
musées ». Rentré de Paris, le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a lui aussi évoqué,
comme à son habitude, le front
commun que doit afficher la civilisation occidentale face à l’islam
radical. « Je pense que la plupart
[des dirigeants] comprennent, ou
au moins commencent à comprendre, que le terrorisme de l’islam radical représente une menace claire
et actuelle pour la paix dans le
monde dans lequel nous vivons. »
S’adressant aux juifs de France, le
chef du gouvernement a répété
l’invitation traditionnelle des dirigeants israéliens, qu’Ariel Sharon
formulait déjà en 2004, au moment de la recrudescence des actes
antisémites : « Ils savent au fond
d’eux qu’ils ont un seul pays, l’Etat
d’Israël, leur patrie historique qui
les accueillera les bras ouverts
comme ses enfants chéris. » Représentant les autorités françaises, Sé-
Au cimetière du quartier Givat-Shaul, sur les hauteurs de Jérusalem, le 13 janvier. TANYA HABJOUQA POUR « LE MONDE »
A Paris, le 13 janvier, hommage aux policiers tués lors de l’attentat contre « Charlie Hebdo » et à Montrouge. M. AWAAD/IP3 POUR « LE MONDE »
golène Royal, la ministre de l’écologie, du développement durable
et de l’énergie, a décoré les victimes de la Légion d’honneur à titre
posthume. « Ils ont tous les quatre
été tués parce que juifs, a souligné
Ségolène Royal. C’est la plus révoltante des morts. » Selon la ministre, « chaque coup porté à un juif est
un coup porté au peuple français »,
a-t-elle ajouté, en reconnaissant
« la peur et l’effroi légitimes » que
de telles attaques peuvent susciter.
Dans le public, de nombreux
juifs français, qui ont choisi de
« monter » en Israël, selon l’expression consacrée, ont écouté ces
propos avec scepticisme. Le fata-
Après les obsèques d’Ahmed Merabet, le retour de la peur
les obsèques d’ahmed merabet, le policier abattu par l’un des frères Kouachi le
7 janvier à Paris, à quelques encablures des
locaux de Charlie Hebdo, se terminent. Abdel, l’un des frères Merabet, soutient sa
mère, épuisée par le froid qui a envahi les
allées du cimetière musulman de Bobigny,
ce mardi 13 janvier, et l’accompagne au car
qui doit ramener toute la famille à LivryGargan, commune de Seine-Saint-Denis où
vivait Ahmed.
Il lâche un mot : « Solidaires. » Un mot qui
caractérise pour lui ce moment particulier
qui voit des dizaines de policiers, en civil ou
en uniforme de cérémonie, hauts gradés
comme simples agents de la voie publique,
attendre en file indienne pour embrasser la
mère de leur collègue. Le moment est rendu
particulier par l’ampleur des applaudissements qui ont salué leur arrivée, autant que
par le fait qu’ici, dans le carré musulman du
cimetière, tout le monde dit « Allahou akbar ! » sans craindre la stigmatisation.
« Solidaire », le capitaine Stéphane Motel,
du commissariat du 11e arrondissement de
Paris, où travaillait Ahmed, l’est. Mais selon
lui, il faut changer d’échelle, « prendre les
mesures qui s’imposent ». Pour ce gradé qui
a vu mourir son collègue dans la rue, « il faut
décréter l’état d’urgence. Sans l’armée on n’arrivera à rien, estime-t-il. Il y a un millier de
dormants comme les Kouachi »… Il attend de
l’Etat une mobilisation générale de l’armée.
« Si on ne décrète pas l’urgence aujourd’hui,
alors, je ne sais pas quand. Il est temps
d’agir », ajoute-t-il ému. Autour du capitaine, les policiers acquiescent.
Crainte de la stigmatisation
A quelques mètres, Latifa Ibn Ziaten, mère
du militaire Imad, abattu en mars 2012 par
Mohamed Merah, ne tient pas le même
discours. « Il faut faire un travail, tous ensemble, c’est de notre responsabilité ; on ne
peut pas mettre l’armée dans les villes, des
policiers derrière les jeunes », plaide celle
qui a créé l’association Imad, « pour la jeunesse et la paix ». Le moment de communion et de grâce fini, le verre de thé à la
menthe partagé, les inquiétudes refont
lisme s’est installé, comme si la
menace ne cessait de grossir en
Europe. Tous parlent des précédents funestes : Ilan Halimi, enterré dans ce même cimetière
en 2006, et les trois enfants et l’enseignant victimes de Mohamed
Merah, à Toulouse en 2012. Près de
7 000 juifs de France ont fait leur
VERBATIM
surface. Ben Nabs, ami d’Ahmed, reste prudent. « Toutes les communautés sont venues, cela peut continuer si les stigmatisations ne reprennent pas », avance ce grand
gaillard. Mais les dessins de Charlie ne passent toujours pas. « Nous sommes religieux,
on ne fait pas de caricature et on ne permet
pas les moqueries dans notre religion. »
Ce sentiment est assez partagé. Coiffée
d’un foulard noir, Anissa B. (qui a souhaité
garder l’anonymat), infirmière de 37 ans à
Montfermeil (Seine-Saint-Denis), pense
aussi qu’il ne faut pas se moquer. Mais ce
qu’elle redoute le plus, et qui revient en
force, c’est la stigmatisation. « Je porte le
voile mais mon grand-père était un poilu de
la première guerre mondiale. Je peux comprendre que l’affichage de ma croyance
gêne, mais ça m’est difficile quand je dois enlever ce qui m’est cher à l’entrée de l’hôpital,
raconte la jeune femme. Quand j’entends
parler de pétition pour que les mosquées
soient surveillées en permanence, cela me
fait très peur. » p
rémi barroux
“
La France peut être attaquée, elle peut être agressée, elle peut être meurtrie
comme elle l’est. Aujourd’hui,
notre grande et belle France ne
cède jamais, ne rompt jamais, ne
plie jamais. Elle fait face. Elle est
debout. Force est donc restée à
la loi grâce aux forces de l’ordre
et à ceux qui [les] ont dirigées,
policiers et gendarmes qui sont
montés à l’assaut pour neutraliser les assassins. »
François Hollande, président de
la République, mardi 13 janvier
à la Préfecture de police de Paris, lors de l’hommage national
aux trois officiers de police – Ahmed Merabet, Franck Brinsolaro
et Clarissa Jean-Philippe –
morts en service lors des attentas parisiens de la semaine dernière.
aliya vers Israël en 2014. La barre
des 10 000 retours sera-t-elle atteinte en 2015 ? Le ministre du logement et de la construction, Uri
Ariel, du parti extrémiste Foyer
juif, a déjà donné des instructions
pour étendre les colonies en Cisjordanie afin d’absorber le flux
des Français, rapportait mercredi
le journal Yedioth Aharonoth.
Eric Attal, informaticien de
48 ans, est le cousin de FrançoisMichel Saada, l’une des quatre victimes du supermarché casher. Il
est debout dans les premiers
rangs, traînant sa valise à roulettes. Il habite le quartier de la porte
de Vincennes.
« Vendredi, je suis rentré à la maison escorté par des hommes en armes. Mon fils a 10 ans. Il m’a demandé : “Papa, pourquoi on veut
nous tuer ?” D’habitude, je suis très
attentif, très réactif pour lui répondre. Là, je ne savais pas quoi dire.
Pour moi, l’aliya n’est pas envisageable, j’ai été élevé dans la République. C’est une solution ultime. Deux
militaires se trouvent nuit et jour
dans l’école juive que fréquente
mon fils. Mais on ne peut mettre
des barrières partout. Regardez Israël. On a construit un mur de séparation avec les Palestiniens. Ça a arrêté les attentats. Puis ils ont envoyé
des roquettes, alors on a créé le système Dôme de fer. Et ils ont creusé
des tunnels… » p
piotr smolar
débats | 9
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
La France doit faire le choix
d’un multiculturalisme
tempéré
Le prétendu modèle
« républicain » n’a pas
empêché les attentats.
Au lieu de se replier
sur l’assimilation et le rejet
de l’autre, la France doit
enfin prendre en compte la
diversité culturelle avant que
l’affirmation de la différence
ne dégénère en violence
par alain renaut
A
peine clos, s’il l’est, le temps
de l’émotion et de l’indignation, devrait commencer celui de la réflexion. Il faut considérer
avec pondération, sans préjugés ni
emballements, ce qu’a d’exceptionnel
aujourd’hui la situation française en
matière de traitement de la pluralité
culturelle. Le lien entre cet appel à
ouvrir enfin ce dossier et les événements de ces derniers jours est transparent.
D’une part, notre supposé modèle
« républicain » du vivre-ensemble,
dont certains célébraient naguère la
supériorité, au vu des attentats terroristes subis, sur celui du multiculturalisme britannique ou néerlandais, n’a
pas empêché, en 2015 comme en 2013,
la violence terroriste de nous frapper
de plein fouet.
D’autre part, rien n’interdit de se demander si la façon dont nous vivons
ensemble dans ce pays n’est pas trop
déficitaire pour que certains n’en retirent pas l’une des motivations de leur
engagement à le faire exploser, dans
tous les sens du terme.
Dit, en effet, de façon brève et simplificatrice : contrairement à ce que
beaucoup de nos compatriotes
croient, la question n’est pas
aujourd’hui de déterminer si la France
a été trop loin en matière de multiculturalisme, mais bien plutôt de constater lucidement qu’il n’existe rien,
dans ce pays, qui s’apparente à une
quelconque prise en charge politique
des exigences d’un multiculturalisme
tempéré. Nul droit individuel ni liberté individuelle d’accéder à sa culture ne sont reconnus au citoyen français, sur le mode où l’avaient été
d’autres
droits
fondamentaux
comme les libertés d’opinion, de
croyance ou encore d’expression. La
France demeure aujourd’hui un pays
qui a, par exemple, pris la responsabilité de situer, à travers l’unicité linguistique, un marqueur d’identité culturelle sur un pied d’égalité avec les
principes majeurs de la République
que sont le gouvernement du peuple
par le peuple, ainsi que la devise « Liberté, Egalité, Fraternité ».
Ainsi n’existe-t-il en France, de jure,
aucune forme de multiculturalisme,
alors même que, de facto, le caractère
multiculturel de la population est
l’une des données collectives de notre
vie. Ce décalage entre le fait et le droit
ne peut qu’apparaître profondément
conflictogène. Soit, au-delà même du
terrorisme qui ne trouve dans cette situation que l’un de ses terreaux, la
conflictualité prendra la forme d’une
montée en puissance immaîtrisable
des revendications de justice issues de
populations de plus en plus exigeantes en termes de reconnaissance par
des droits à la diversité. Soit le conflit
naîtra à partir de l’accès au pouvoir
NUL DROIT INDIVIDUEL
NI LIBERTÉ
INDIVIDUELLE
D’ACCÉDER
À SA CULTURE NE
SONT RECONNUS AU
CITOYEN FRANÇAIS
Dessine-moi un... | par anna karlson
d’une idéologie qui se saisira de la désorientation d’une partie des Français
devant la présence, parmi eux, de plus
en plus de citoyens porteurs d’autres
référents culturels (et religieux) que
les leurs.
Qu’au début de l’hiver 2014 un idéologue ait pu se croire en situation, lors
d’un entretien avec un journal étranger, de ne pas exclure une surprise que
nous réserverait l’Histoire en procédant à la déportation de cinq millions
de musulmans édifie sur les digues
qui se sont rompues en ouvrant les
vannes aux pires postures que la
sphère publique puisse accueillir. La
contrainte qu’exerce sur la droite son
aile extrême-droitière est, dans le système d’élections qui est le nôtre, un
piège qui n’échappe aux yeux de personne : qu’un futur candidat à la présidence de la République en vienne à
défendre ouvertement le mot d’ordre
de « l’assimilation » (inscrit au cœur
de la pire politique de colonisation défendue et pratiquée au temps de Jules
Ferry), et non plus même celui de
« l’intégration » est à mes yeux proprement stupéfiant. Si la droite est
(re)devenue culturellement assimilationniste, on ne peut que s’étonner
d’autant plus de l’effarant silence de la
gauche à cette occasion et de l’incapacité où elle se trouve de formuler sur
le pluralisme culturel le moindre propos cohérent et distinctif.
MIRAGE PROVOCATEUR
Concernant la remédiation, cela devrait être la tâche, dès demain, d’une
intelligentsia responsable d’offrir aux
décideurs politiques l’arrière-plan
dont leurs choix auront besoin. Considérer en premier lieu qu’il est bien sûr
exclu, pour notre société et ceux qui
sont dignes de la gouverner, de s’abandonner au mirage purement provocateur d’une expulsion massive, mais
aussi à celui d’un programme d’assimilation. Un tel programme serait
voué soit à se heurter aux résistances
du réel et à demeurer pure utopie, soit
à ouvrir sur un processus de contrainte homogénéisante dont l’on
n’oserait même pas imaginer de quel
type de régime politique il s’accompagnerait.
Espérer en second lieu que la pluralité culturelle inscrite désormais au
cœur de notre existence collective suscitera, à la fois en termes de thématisation intellectuelle et en termes de création politique de droits nouveaux, des
réponses à la hauteur des questions
qu’elle soulève. Un tout autre programme est ici concevable, et politiquement praticable dès lors qu’un
camp s’en saisirait. A la faveur de droits
individuels nouveaux, ménager pour
tous les citoyens, quelles que soient
leur culture ou leur religion, des possibilités réelles de choisir, de connaître
et de voir respecter la diversité des modes humains d’être au monde et de
leurs modes d’expression : si une partie de la droite politique se regroupe
autour de la thématique assimilationniste, une partie de la gauche ne pourrait-elle, quels que soient les mots utilisés, le faire autour du principe d’un
multiculturalisme tempéré par le
souci de l’interculturalisme ?
Dans l’état actuel d’une situation culturellement leucémisée, répondre à
cette proposition, qui ne demande
qu’à s’expliciter par des mesures précises, par un énième credo républicain
d’abstraction des différences serait irresponsable. Cette réponse, tellement
prévisible, nous conduirait à ne pas
entendre l’un des tout derniers signaux que nous auront expressément
transmis ceux qui nous disent ne pouvoir continuer à refuser la violence,
comme ils le font, si ce devait être encore et pour toujours au prix du consentement exigé à une autre violence
qui est celle l’effacement ou de l’abstraction de leurs différences. p
¶
Alain Renaut est professeur
de philosophie politique à l’université
Paris-Sorbonne et directeur
du Centre international de philosophie
politique appliquée
Des bombes humaines mondialisées
A l’ère de la violence
globalisée, la France
ne peut pas être
épargnée
par sylvie brunel
A
près les attentats du 7 au
9 janvier, beaucoup appellent
en Europe à la croisade contre
l’islamisme radical. Cette vision de la
situation me paraît à la fois dangereuse et erronée. Dangereuse, car, récupérée par des mouvements occidentaux identitaires et nationalistes,
qui désignent comme ennemie une
religion réduite à ses extrémismes,
elle court le risque d’exacerber la
haine anti-occidentale d’une partie du
monde musulman pauvre, déjà
ébranlé par les guerres du prétendu
empire du bien contre le mal
qu’auraient incarné l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Somalie.
Résumer le danger à l’islamisme radical est tout aussi erroné, car le terrorisme est aujourd’hui bien loin de se limiter à lui. Qu’il s’agisse des fusillades
dans les lycées américains ou des
tueurs misogynes de Winnenden en
Allemagne en 2009, la violence figure
au cœur de nos sociétés. Pour une
bonne partie des populations africaines, l’attentat brutal et imprévisible au
cœur de la foule constitue une menace quotidienne : Boko Haram au
nord-est du Nigeria, l’Armée de résistance du Seigneur en Centrafrique, les
Chabab somaliens. En Amérique latine, les cartels de la drogue font régner leur loi dans les bidonvilles. Et la
mondialisation criminelle des passeurs règne sur la Méditerranée, le Sahara, l’Amérique centrale, alimentant
un flux de migrants exposés à tous les
dangers.
La mondialisation, par les mobilités
humaines qu’elle a entraînées, s’est
traduite par une urbanisation accélérée. La perte des sociabilités traditionnelles qui caractérisaient les communautés rurales centrées sur la famille,
le respect et la tradition s’accompagne
d’un sentiment de déracinement que
la ville exacerbe par son anonymat, sa
promiscuité, sa violence quotidienne
à bas bruit.
Le sentiment de déclassement dû à
l’entassement dans des territoires dé-
gradés s’est accompagné par la mise en
contact brutale d’univers autrefois
cloisonnés, ceux de la richesse et ceux
de la pauvreté. Le creusement des inégalités amplifie la marginalisation de
ceux qui prennent conscience que,
pour eux, l’avenir est bouché. Internet
exacerbe ainsi les rancœurs et les frustrations, surtout chez les jeunes, qu’un
chômage massif prive de perspectives.
ELDORADO ET « SIN CITY »
Quand la confiance envers l’avenir
n’existe plus, toutes les dérives sont
possibles. Pour les laissés-pourcompte, l’Occident incarne à la fois un
eldorado convoité et la Sin City haïe par
tout ce qu’elle porte en elle d’arrogance. Les expéditions militaro-humanitaires font remonter à la surface la
douleur et l’humiliation des guerres
coloniales d’hier.
En 1880, Emile Zola écrivait que les
grands désordres jettent aux grandes
dévotions. Tout discours de nature à
susciter un réflexe d’appartenance à
une communauté que soude la haine
de l’Autre trouve des résonances dans
des esprits troublés en quête de la croisade personnelle qui leur permettrait
d’exister enfin à leurs propres yeux et
d’être reconnus par les autres.
A Boston comme à Paris, les attentats
ont été commis par deux frères issus
d’une famille dysfonctionnelle et en situation d’échec personnel. La dislocation des familles au nom d’un individualisme hédoniste multiplie des
foyers monoparentaux : les pères désertent, les mères sous-payées travaillent à l’extérieur, le modèle d’intégration par le travail et le mérite ne
fonctionne plus, laissant les adolescents livrés à eux-mêmes, dans un
monde où les seuls repères sont ceux
fournis par les médias et les réseaux
sociaux. Le discours ambiant, qui valorise l’accomplissement personnel et
vous rend responsable de vos échecs,
cause des dégâts considérables chez
ceux pour lesquels une telle voie n’est
pas possible, parce qu’ils n’ont ni les
connexions sociales, ni les moyens
matériels, ni le capital intellectuel pour
s’insérer dans cette glorification de la
réussite.
Dès lors, seul le « mode de vie kalachnikov » devient accessible. Et si dans
les banlieues dégradées du monde prolifèrent les armes, l’économie de la drogue et les prêches, c’est parce qu’on a
fait miroiter à trop de jeunes les mirages de la réussite sociale sans leur en
LES PRISONS
SONT DEVENUES
DES CENTRES
D’APPRENTISSAGE
DE LA CRIMINALITÉ
donner la possibilité. Les prisons, où
les gardiens manquent de moyens et
vivent dans la terreur, sont devenues
des centres d’apprentissage de la criminalité.
Les services de renseignement craignent l’explosion d’un terrorisme dit
de basse intensité qui impliquerait des
« loups solitaires ». Il existe des filières
spécialisées dans la fabrication de telles bombes humaines, ceux qui les dirigent élaborent un discours habile de
haine de l’Occident, glorifiant le martyre des faibles à des fins de puissance
personnelle.
On peut répondre à cette menace en
renforçant la société de surveillance
généralisée, dominée par la traçabilité
absolue de l’électronique et de l’empreinte génétique, la transparence
obligatoire, la traque des déviants potentiels dès le plus jeune âge. Mais cette
violence institutionnelle suscitera en
réaction la radicalisation des laisséspour-compte, le combat religieux ne figurant qu’une des voies possibles.
Mais on peut aussi se demander
comment nous en sommes arrivés là.
Un double défi se pose à nos sociétés,
celui de l’intégration et des valeurs.
Renforcer le lien social dans les quartiers, recréer de la sociabilité en multipliant les agents de proximité, lancer
de grands chantiers où les laissés-pourcompte puissent trouver leur place, enseigner la tolérance, refuser les amalgames et les stigmatisations de ceux
qui sont différents, qu’il s’agisse de
leurs mœurs et leurs croyances, recréer le grand creuset de la fraternité
humaine, dans le respect de l’autre,
voilà la grande mission qui s’ouvre
après le traumatisme collectif. p
¶
Sylvie Brunel est géographe et écrivaine, professeure à Paris-Sorbonne. Elle
est l’auteure de « L’Afrique est-elle si bien
partie ? » (Sciences humaines, 2014)
10 | international
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
« Charlie », une « blessure arabo-française »
Trois journalistes libanais, de bords politiques différents, débattent des leçons à tirer de la tuerie du 7 janvier
beyrouth - correspondant
I
ls sont libanais. Ils sont fran­
çais. Et ils sont journalistes.
Un pied dans l’Hexagone, où
ils ont vécu de longues années, un autre à Beyrouth, où ils
résident actuellement, ces trois
observateurs, attachés à la liberté
d’expression à laquelle le Liban a
payé un très lourd tribut, réagissent à l’attaque contre Charlie
Hebdo. Moins étreints par l’émotion et moins accaparés par l’actualité que leurs homologues
français, ils débattent des leçons à
tirer de ce que tous considèrent,
en dépit de divergences politiques
profondes, comme une affaire
« arabo-française ». « Nous avons
tous été assassinés à Charlie
Hebdo, dit Pierre Abi Saab, numéro deux de la rédaction d’AlAkhbar, un quotidien de gauche,
pro-Hezbollah. Mais n’en restons
pas là. Il faut curer la blessure pour
enlever le mal. C’est une blessure
commune, arabo-française. »
Au lendemain de la tuerie, AlAkhbar a confié sa « une » au peintre syrien Youssef Abdelki. Cet opposant au régime Assad, emprisonné à de multiples reprises, a figuré un caricaturiste français
transpercé d’une lance qui, sur sa
trajectoire, atteint aussi un jeune
Arabe. « C’est dramatique que le
Blanc soit touché, mais n’oubliez
pas que l’intégrisme islamique
nous touche aussi », dit Abi Saab.
Son éditorial, titré « Cherchez
l’assassin », exposait la position
d’Al-Akhbar, un titre qui, par antiimpérialisme, a pris le parti du régime Assad contre la rébellion syrienne, devenue à ses yeux une
marionnette de l’Occident et des
monarchies du Golfe. « La France
récolte le fruit d’une diplomatie désastreuse, ce monstre, elle l’a fabriqué, accuse le journaliste. On ne
peut pas dire “Je suis Charlie” et
être l’allié de l’Arabie saoudite, la
matrice du wahabbisme dont se
revendiquent les djihadistes. On ne
peut pas prétendre corriger les injustices dans la région et, mis à
part quelques gestes folkloriques,
mener une diplomatie pro-israélienne. La première injustice au
Proche-Orient, c’est l’occupation
de la Palestine. » Sur l’affaire syrienne, la France doit « ouvrir les
yeux », estime Abi Saab : « On ne
crée pas une démocratie en confiant des armes aux islamistes.
« On ne peut pas
dire “Je suis
Charlie” et être
l’allié de l’Arabie
saoudite »
PIERRE ALI SAAB
numéro deux du quotidien
libanais de gauche « Al-Akhbar »
Manifestation, le 11 janvier à Beyrouth, de militants et d’intellectuels solidaires des victimes de la tuerie du 7 janvier à Paris, HUSSEIN MALLA/AP
Hollande regrette encore de
n’avoir pas bombardé Damas en
septembre 2013, alors qu’il n’est
pas capable de défendre les locaux
d’un journal. C’est pathétique. »
Dans son texte, tout en pourfendant les choix du Quai d’Orsay,
l’éditorialiste avait manifesté sa solidarité à l’égard des victimes, ce
qui lui a valu un tombereau d’injures sur Internet. « Beaucoup nous
disent : “C’est bien fait pour leur
gueule.” Ils manifestent un “racisme de guerre”, comme disait
Maxime Rodinson [célèbre orientaliste français]. Une réaction à l’injustice qui débouche sur des extrêmes pires que l’injustice initiale. Il
ne faut pas l’excuser, mais il faut la
regarder en face. »
A l’autre bout du spectre médiatique libanais, il y a An-Nahar. Le
quotidien de centre droit, à la
pointe de la « révolution du cèdre », en 2005, qui avait abouti au
départ des troupes d’occupation
syriennes, est le porte-voix du
mouvement du 14-Mars, regroupant les partis hostiles à Damas. Le
carnage à Charlie Hebdo a semé la
consternation dans une rédaction
toujours endeuillée par l’assassinat en 2005 de ses deux membres
les plus illustres : Gebrane Tuéni,
le directeur du journal, et Samir
Kassir, l’éditorialiste vedette, qui
furent à la pointe des manifestations anti-syriennes de 2005.
Pour le meilleur et pour le pire
« An-Nahar a une longue histoire
avec les terroristes », soupire le
chroniqueur Ali Hamadé, dont le
frère, Marwan, célèbre politicien, a
réchappé en 2004 à un attentat,
probablement téléguidé, comme
les suivants, depuis Damas.
« Dans notre région, le premier terroriste, c’est Bachar Al-Assad,
poursuit Ali Hamadé. C’est lui qui
a relâché les djihadistes devenus
ensuite cadres de l’Etat islamique
(EI) et du Front Al-Nosra [la branche syrienne d’Al-Qaida]. Le refus
de Barack Obama de le faire tomber a ouvert la Syrie à tous les dé-
mons. Si la France et les Etats-Unis
étaient intervenus, les forces démocratiques auraient pu l’emporter. »
Le lendemain de l’hécatombe,
An-Nahar publiait un dessin de
son caricaturiste, Armand Homsi,
représentant un crayon planté
dans le canon d’une kalachnikov.
A l’instar du quotidien Al-Moustakbal, qui a titré « Je suis Charlie »
en « une », la presse du 14-Mars se
solidarise avec Paris, dans l’espoir
que le « 11-Septembre français »
ne change rien à la diplomatie de
François Hollande. « La source
hexagonale de ce drame, ce n’est
pas l’action de la France au ProcheOrient, mais l’exclusion sociale des
Français de souche arabe, soutient
Ali Hamadé. Si la thèse de l’amalgame l’emporte, avec 6 millions de
Un nouveau « Charlie » qui « attise la haine »
Le numéro de Charlie Hebdo daté du 14 janvier a été accueilli avec
réprobation par plusieurs autorités du monde musulman. Selon
un communiqué de la mosquée Al-Azhar, la plus haute autorité de
l’islam sunnite basée au Caire, la « une » de l’hebdomadaire représentant Mahomet la larme à l’œil risque d’« attiser la haine ».
L’Union internationale des savants musulmans, dirigée par le prédicateur Youssef Al-Qaradaoui, et basée au Qatar, a estimé qu’ « il
n’est ni raisonnable, ni logique, ni sage de publier les dessins et les
films offensant le Prophète ou attaquant l’islam ». Par ailleurs, la
porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères a condamné la publication d’une « caricature insultante du Prophète ».
« “Charlie Hebdo”
ne représente pas
la liberté
d’expression »
NAHLA CHAHAL
sociologue engagée à gauche
et éditorialiste au quotidien
panarabe « Al-Hayat »
musulmans, la France est partie
pour une guerre civile. »
Ce pessimisme noir, Nahla Chahal le partage. Cette sociologue engagée à gauche, éditorialiste au
quotidien panarabe Al-Hayat, a
vécu vingt ans à Paris avant de regagner Beyrouth. De ses conversations avec ses amis restés en
France, elle garde le souvenir
d’une « bombe à retardement ». « Je
me souviendrai toujours de ce couple, intello, arabe, comme moi, pas
du tout du genre Dieudonné, qui
parlait de délit de faciès, de racisme
et avait renoncé à voter parce que,
selon eux, “Il faut que ça éclate”. »
Dimanche 11 janvier, Nahla Chahal est restée à l’écart du petit rassemblement organisé dans le
centre de Beyrouth, en hommage
à Charlie Hebdo. « La rhétorique
d’union nationale, ça ne fait rien
avancer. Charlie Hebdo ne représente pas la liberté d’expression.
Personnellement, je me moque de
leurs dessins, mais les croyants,
non. Même pour les plus jeunes, il y
a des choses qui restent intouchables. Ce n’est pas dur à comprendre, c’était le cas en France il n’y a
pas si longtemps. »
Comme Pierre Abi Saab, elle
pointe la « centralité » de la question palestinienne, grief fondateur
du malaise arabo-occidental et s’effraie à l’idée que cette cause puisse
être incarnée par les égorgeurs de
l’EI. Sur la Syrie, motif de déchirement de la gauche arabe, Nahla
Chahal, qui se dit « opposée à mort
à Bachar Al-Assad », estime que la
France a été « très légère » : « Il faut
être fou pour dire qu’il aurait fallu
bombarder Damas. Ce dont on a besoin, c’est d’une conférence internationale avec tout le monde, y compris l’Iran et la Russie. Soit on persiste à vouloir gagner, et la guerre
continue ; soit on essaie de régler les
choses, on s’assied et on parle. »
Y aura-t-il un avant et un après
7 janvier dans la relation de la
France au monde arabe ? Le défilé
boulevard Voltaire, dimanche
11 janvier, des alliés traditionnels
de Paris, incite à penser que non.
Pour le meilleur et pour le pire. p
benjamin barthe
Un blogueur saoudien fouetté en public pour « insulte à l’islam »
Raïf Badaoui a été condamné à dix ans de prison et 1 000 coups de fouet en 2014. Les 50 premiers lui ont été infligés vendredi à Djedda
L
ors des rassemblements du
11 janvier en France, quelques pancartes ont été brandies, revendiquant : « Je suis Raïf
Badaoui ». Pour avoir usé d’une liberté de ton, mêlant satire et parfois irrévérence, dans la critique
des autorités religieuses de son
pays, ce blogueur saoudien a été
condamné, en mai 2014, à dix ans
de prison et mille coups de fouet
pour cybercriminalité et « insulte
envers l’islam ». L’Arabie saoudite,
qui a publiquement désapprouvé
l’« attentat lâche contraire à l’islam » contre Charlie Hebdo, est
restée sourde aux pressions inter-
nationales pour le libérer. Vendredi 9 janvier, Raïf Badaoui s’est
vu administrer les cinquante premiers coups de fouet, sur une
place publique de Djedda, sur les
bords de la mer Rouge. Son
épouse, Ensaf Haidar, exilée au Canada avec leurs trois enfants, a à
nouveau réclamé, mardi, la clémence du royaume wahhabite.
M. Badaoui s’était attiré dès 2008
les foudres de la monarchie pour
avoir cofondé le forum Internet
Réseau saoudien libéral (RLS) afin
d’ouvrir le débat sur l’interprétation de l’islam. Plusieurs fois menacé de poursuites pour ses criti-
ques non voilées de fatwa (édits religieux) et des figures religieuses
du pays, Raïf Badaoui a été arrêté
en juin 2012 pour avoir dénigré la
police religieuse. Une fatwa venait
de le déclarer « apostat ».
Le crime d’apostasie, passible de
la peine de mort, n’a finalement
pas été retenu contre lui. Le blogueur a été condamné à sept ans
de prison et six cents coups de
fouet pour diffusion d’informations contraires à l’ordre public et
aux valeurs religieuses. Jugée trop
clémente, sa peine a été aggravée
en seconde instance. Dans la prison de Briman, à Djedda, Raif Ba-
daoui a été rejoint par Souad AlChammari, cofondatrice du RLS, et
son avocat, Walid Abou Al-Khair,
condamné à quinze ans de prison
pour des commentaires sur le Net.
« Inhumain et cruel »
Les cybermilitants sont l’objet
d’une sévère répression. Dans le
berceau de l’islam wahhabite, qui
applique une vision rigoriste de la
religion, toute critique contre la
famille royale, les institutions religieuses et l’islam est passible de
poursuites. La monarchie des
Séoud, déstabilisée par les questions de succession posées par la
santé déclinante du roi Abdallah,
veille tout particulièrement sur
Internet. Sous couvert de la loi anti-cybercriminalité de 2007, de
nombreux militants ont été condamnés et leurs comptes, fermés.
Lors de la venue à Paris du chef de
la diplomatie saoudienne pour le
défilé du 11 janvier, les organisations de défense des droits de
l’homme n’ont pas manqué de dénoncer l’hypocrisie du royaume.
Deux jours plus tôt, Raïf Badaoui
était flagellé en public lors de ce
que Reporters sans frontières a
qualifié de « vendredi de la honte ».
Amnesty International et Human
Rights Watch ont condamné un
acte « inhumain et cruel » contraire
au droit international, un « message hideux d’intolérance ». Nombreux dans le monde arabe ont dénoncé sur les réseaux sociaux une
pratique digne de l’Etat islamique
(EI) que le royaume saoudien entend combattre. Les pressions de
Washington et de Bruxelles pour
obtenir la grâce du blogueur ne pèsent pas davantage sur la première
puissance pétrolière mondiale, qui
se sait incontournable pour son
rôle dans la coalition internationale contre l’EI en Irak et en Syrie. p
hélène sallon
international | 11
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Le chef des espions chinois tombe pour corruption
La détention de Ma Jian montre la volonté du numéro un Xi Jinping de renforcer son pouvoir
shanghaï - correspondance
L’
un des plus hauts res­
ponsables du rensei­
gnement chinois a été
placé en détention,
donnant un nouveau signe de
renforcement du pouvoir du se­
crétaire général du Parti commu­
niste, Xi Jinping, par le biais de la
lutte contre la corruption. Ma Jian,
vice­ministre de la puissante sé­
curité d’Etat, était à la tête du contre-espionnage chinois. Le quotidien de référence de Hongkong, le
South China Morning Post, a confirmé, lundi 12 janvier, que l’espion en chef et certains membres
de sa famille font l’objet d’une enquête, une information révélée
vendredi par un site dissident
basé à New York, Mingjing News.
Peu d’éléments de la carrière de
Ma Jian sont connus publiquement. Il aurait progressé pendant
trois décennies au sein de l’appareil sécuritaire et se serait hissé
en 2006 à ce poste-clé du ministère de la sécurité d’Etat. Cette institution des plus secrètes joue un
rôle fondamental pour l’Etatparti puisqu’elle cumule le traditionnel renseignement extérieur
à la surveillance et à la répression
des éléments susceptibles de déstabiliser le monopole du pouvoir
du Parti communiste.
La détention de Ma Jian renvoie
à la chute de l’ex-tsar de l’ensemble de la sécurité chinoise, Zhou
Yongkang, plus grosse prise de M.
Xi, car ancien du comité permanent du bureau politique, les neuf
membres à l’époque – aujourd’hui
sept – les plus puissants du PCC.
Sa mise à l’écart a été officialisée à
la fin juillet, après des mois d’annonces d’arrestations d’alliés, que
ce soit dans le secteur pétrolier ou
dans son fief, la province du Sichuan, dans le sud-ouest du pays.
Selon le Financial Times, la chute
du patron du contre-espionnage
« M. Xi place
des hommes
de confiance
dans l’appareil
de sécurité
et d’espionnage »
WILLY LAM
professeur à l’université
chinoise de Hongkong
est liée aux affaires menées par
l’entourage de Zhou Yongkang
dans la région du Yunnan, où les
enquêteurs de la commission disciplinaire du Parti, organisme
chargé de lutter contre la corruption, ont ouvert un nouveau
front. L’ancien secrétaire du Parti
communiste de cette province du
sud-ouest du pays, Bai Enpei, est
lui-même au centre d’une enquête, a annoncé, mardi 13 janvier, cette puissante commission
sous la direction d’un homme de
confiance de M. Xi, Wang Qishan.
Mais le South China Morning fait
de son côté le lien entre la détention de Ma Jian et celle de Ling Jihua, l’équivalent d’un chef de cabinet de l’ex-président Hu Jintao.
La presse officielle avait annoncé,
le 22 décembre 2014, l’ouverture
d’une enquête pour « soupçons de
graves violations de la discipline »
pesant sur le bras droit du prédécesseur de M. Xi. Ma Jian semble
avoir été proche des réseaux politiques de Ling Jihua.
Le patron du contre-espionnage
était également connecté de près
à Li You, directeur général d’une
compagnie financière, Founder
Securities, société dont est actionnaire la prestigieuse université de
Pékin, et dont les patrons sont actuellement poursuivis en justice
pour délit d’initié et détournement de fonds se chiffrant en mil-
Ma Jian, vice-ministre chinois de la sécurité d’Etat. « SOUTH CHINA MORNING POST »
liards de yuans. M. Li et deux
autres dirigeants de Founder sont
détenus. Or, toujours selon la
presse de Hongkong, Li You aurait
versé d’importants pots-de-vin
par le passé à la famille de Ling Jihua, à l’époque où il conseillait le
président d’alors, Hu Jintao.
« Resserrer sa domination »
Le processus de consolidation par
Xi Jinping de son assise politique
passe par toutes les institutions
de l’appareil de sécurité et de l’ar-
Le pape appelle le Sri Lanka
à « soigner ses blessures »
A
rrivé au Sri Lanka, mardi
13 janvier au matin, pour
une visite de deux jours,
le pape François a exhorté la population à la réconciliation nationale
et au respect des droits de
l’homme, dans un pays encore
meurtri par une guerre civile qui a
fait près de 100 000 victimes. C’est
dans un lieu symbolique, l’église
Notre-Dame de Madhu, qui fut le
théâtre d’affrontements violents
entre forces gouvernementales et
séparatistes tamouls jusqu’à la fin
du conflit en 2009, que le souverain pontife devait célébrer, mercredi après-midi, une messe devant plus de 500 000 fidèles. Au
Sri Lanka, l’Eglise a un rôle important à jouer dans le rapprochement des communautés tamoule
et cinghalaise puisque toutes
deux comptent des catholiques.
Le pape François ne s’est pas
contenté d’appeler le Sri Lanka à
« soigner les blessures de ces dernières années ». « Le processus de
guérison demande d’inclure la recherche de la vérité », a déclaré le
souverain pontife. Une allusion à
l’enquête indépendante et internationale sur les crimes de guerre
commis contre les Tigres tamouls
du LTTE, réclamée par l’ONU et à
laquelle s’oppose le Sri Lanka.
Cette visite intervient quelques
jours après la victoire à l’élection
présidentielle de Maithripala Sirisena, contre le chef de l’Etat sortant, Mahinda Rajapakse, mar-
Près de sept
habitants sur dix
sont bouddhistes.
Les catholiques
ne représentent
que 7 % de
la population
quant la fin de dix années d’un
pouvoir autoritaire. Elu grâce aux
voix des minorités, dont celles des
Tamouls, il sera difficile au nouveau président d’ignorer leurs revendications. Lors de son discours
d’investiture, M. Sirisena a déclaré
que son gouvernement soutiendrait « la paix après avoir surmonté un conflit terroriste cruel »
et qu’il croyait à la « tolérance et à
la coexistence des religions ». Il a
promis de restaurer l’indépendance de la Cour suprême et de
renforcer les pouvoirs dévolus aux
provinces.
Tensions religieuses
Les Tamouls restent toutefois prudents. M. Sirisena était ministre de
la défense lorsque l’armée sri-lankaise a lancé l’assaut final,
en 2009, contre les Tigres tamouls,
et il était, jusqu’à l’automne 2014,
un allié de M. Rajapakse avant de
se décider à l’affronter lors de la
dernière élection. Le nouveau chef
de l’Etat n’est pas favorable à une
pour violation de la discipline.
Tous ces éléments conduisent à
un renforcement des pouvoirs de
l’actuel président et secrétaire du
PCC, alors que ces fonctions primordiales ont été grignotées par
les factions sous son prédécesseur, qui ne se montra pas si habile à s’imposer. « M. Xi contrôle
l’armée populaire de libération et
la police armée populaire en étant
président de la commission militaire centrale, constate Willy Lam,
professeur à l’université chinoise
de Hongkong. Il veut également
resserrer sa domination au sein
des réseaux de la police et de la sécurité d’Etat. M. Xi place des hommes de confiance dans l’appareil
de sécurité et d’espionnage. »
Signe que cette phase n’en est
pas à son terme, Xi Jinping a jugé
mardi que la lutte anticorruption
a été « efficace » en 2014, mais que
le « remodelage de l’environnement politique chinois doit toujours être en mouvement ». p
harold thibault
- CESSATIONS DE GARANTIE
François est en visite sur l’île, cinq ans après la guerre civile
new delhi - correspondance
mée. L’ex-vice-président de la
commission militaire centrale,
c’est-à-dire le numéro deux des
forces armées derrière le chef
d’Etat, le général Xu Caihou, a été
exclu du parti en juin 2014 et doit
passer devant une cour martiale,
là encore pour corruption. L’ouragan passe actuellement par la diplomatie, où le haut fonctionnaire Zhang Kunsheng, l’un des
quatre vice-ministres des affaires
étrangères, a été démis de ses
fonctions début janvier, là encore
enquête de l’ONU sur les crimes de
guerre, préférant un recours aux
tribunaux du pays.
Mercredi, lors d’une messe célébrée à Colombo, le pape a canonisé
Joseph Vaz, connu comme étant
« l’apôtre du Sri Lanka », un missionnaire venu d’Inde au XVIIe siècle, qui mit fin aux persécutions
contre les catholiques. Cette canonisation intervient sur fond de
tensions religieuses sur l’île. Plusieurs églises et mosquées ont été
attaquées ces dernières années
par des militants nationalistes
bouddhistes sans que le gouvernement parvienne – ou ait eu la volonté politique – à y mettre fin.
Dans un pays où près de sept habitants sur dix sont bouddhistes, les
catholiques ne représentent que
7 % de la population. Si le pape a
fait le déplacement au Sri Lanka,
c’est justement pour « rejoindre la
marge, ces catholiques qui sont en
difficulté et vivent dans la peur »,
estime Robert J. Wister, professeur
d’histoire de la religion catholique
à l’université Seton Hall, aux EtatsUnis, dans un entretien publié par
l’agence Bloomberg.
Seule voix discordante, celle des
nationalistes bouddhistes qui regrettent que le pontife n’ait pas
présenté ses excuses pour les crimes perpétrés par les Portugais
lors de la colonisation de l’île au
XVIIe siècle. Le pape François devait quitter l’île dans la nuit de
mercredi à jeudi pour se rendre
aux Philippines. p
julien bouissou
LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET
D’APPLICATION N° 72-678 DU 20
JUILLET 1972 - ARTICLES 44
QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour
A – 110 esplanade du Général de Gaulle
– 92931 LA DEFENSE CEDEX (RCS
NANTERRE 414 108 708), succursale
de QBE Insurance (Europe) Limited,
Plantation Place dont le siège social est à
30 Fenchurch Street, London EC3M 3BD,
fait savoir que, la garantie financière dont
bénéficiait la :
SARL AGENCE CONSEIL EN
TRANSACTION - HABITAT BATIMENT «T H B»
42 Rue de France
77300 FONTAINEBLEAU
RCS : 404 156 622
depuis le 01 Janvier 2004 pour son activité
de : TRANSACTIONS SUR IMMEUBLES
ET FONDS DE COMMERCE cessera
de porter effet trois jours francs après
publication du présent avis. Les créances
éventuelles se rapportant à ces opérations
devront être produites dans les trois mois
de cette insertion à l’adresse de l’Etablissement garant sis Cœur Défense – Tour A
– 110 esplanade du Général de Gaulle –
92931 LA DEFENSE CEDEX. Il est précisé qu’il s’agit de créances éventuelles et que
le présent avis ne préjuge en rien du paiement ou du non-paiement des sommes dues
et ne peut en aucune façon mettre en cause
la solvabilité ou l’honorabilité de la SARL
AGENCE CONSEIL EN TRANSACTION
- HABITAT - BATIMENT «T H B»
LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET
D’APPLICATION N° 72-678
DU 20 JUILLET 1972 - ARTICLES 44
QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour
A – 110, Esplanade du Général de Gaulle –
92931 La Défense Cedex (RCS Paris 414
108 708), succursale de QBE Insurance
(Europe) Limited, Plantation Place dont
le siège social est à 30 Fenchurch Street,
London EC3M 3BD, fait savoir que, la
garanties financière dont bénéficiait la :
PCL CONSEIL
8 Rue Guy de Maupassant
76110 GODERVILLE
RCS : 523 974 061
depuis le 1er septembre 2010 pour son
activité de : GESTION IMMOBILIERE a
cessé au 31 Décembre 2014. Les créances
éventuelles se rapportant à ces opérations
devront être produites dans les trois mois
de cette insertion à l’adresse de l’Etablissement garant sis Cœur Défense – Tour
A – 110, Esplanade du Général de Gaulle
– 92931 La Défense Cedex. Il est précisé
qu’il s’agit de créances éventuelles et que
le présent avis ne préjuge en rien du paiement ou du non-paiement des sommes dues
et ne peut en aucune façon mettre en cause
la solvabilité ou l’honorabilité de la PCL
CONSEIL.
LOI DU 2 JANVIER 1970 - DECRET
D’APPLICATION N° 72-678 DU 20
JUILLET 1972 - ARTICLES 44
QBE FRANCE, sis Cœur Défense – Tour
A – 110 esplanade du Général de Gaulle
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publication du présent avis, Les créances
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devront être produites dans les trois mois
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COMMUNIQUÉ
JEUDI 15 JANVIER 2015
Spécial
❶
cœur
POURSUIVRE LA MOBILISATION CONTRE
LES MALADIES CARDIAQUES
Si les progrès médicaux ont été très importants ces vingt dernières années,les maladies cardiaques
font toujours des ravages.Les eforts de recherche et de prévention doivent s’intensifier.
« Les maladies cardiovasculaires occupent la
première place dans les
dépenses de santé des pays
développés.En France,
13 % des personnes sont
traitées en afection
de longue durée pour
ces pathologies.»
PREMIÈRE CAUSE DE MORTALITÉ
CHEZ LES FEMMES
Les maladies cardio-vasculaires
représentent la première cause
de mortalité chez les femmes et
les plus de 65 ans, et la deuxième
chez les hommes. Or, les projets des
pouvoirs publics et les campagnes de
prévention sont plutôt centrés sur
les cancers. « La cardiologie a fait de
tels progrès que,en 2004,la courbe de
mortalité due aux pathologies cardiaques est passée derrière celle des
Télécardiologie �
UN SUIVI
À DISTANCE DES PATIENTS
© DR
EN FRANCE, près de 25 000 patients porteurs d’un pacemaker
ou d’un défibrillateur implantable
sont sous télésurveillance, grâce
aux dispositifs de la société allemande Biotronik, leader dans ce
domaine. Les informations techniques et médicales sont ainsi à
la disposition des professionnels
de santé en continu, pour assurer
Luc Cheminot,
une meilleure prise en charge du
Directeur général
patient. « Des études cliniques de
de Biotronik France.
grande ampleur en télécardiologie ont été menées avec succès, avec le CHU de Lille pour
le défibrillateur cardiaque et avec le CHU de Rennes pour le
pacemaker,pour mesurer le bénéfice de ce suivi à distance.
Nous attendons désormais la mise en place du remboursement par l’Assurance-maladie », explique Luc Cheminot,
Directeur général de Biotronik France.
Biotronik a été créé en 1963 avec le développement du premier pacemaker en Allemagne., puis, en 1997, l’entreprise
a ajouté les stents coronaires avec le rachat des usines de
Schneider, en Suisse. « Aujourd’hui encore, nous concevons,
développons et fabriquons nos produits en Europe, essentiellement en Allemagne et en Suisse. Près de 3 millions de
prothèses cardiaques – pacemakers et défibrillateurs – ont
été fabriquées et distribuées dans 120 pays », détaille Luc
Cheminot. La société s’est résolument tournée dès sa création vers l’innovation. Elle y investit chaque année de 12 à
14 % de son chifre d’afaires et est propriétaire de tous les brevets protégeant ses inventions. Deux nouveaux stents ont
été ainsi proposés aux cardiologues en 2014, une valve aortique (Tavi) devrait avoir son marquage CE cette année. A. P. �
cancers.Du coup,les eforts se sont relâchés, alors que le mode de vie dans
les pays industrialisés favorise toujours ces maladies dont la morbidité
reste élevée », relève Pr Yves Juillière.
L’arrêt du tabac reste une priorité,
alors qu’il est de plus en plus présent chez les jeunes, dès le collège,
et dans la population féminine. Des
actions de prévention doivent être
menées de façon eicace.
VÉRITABLE PROBLÈME
DE SANTÉ PUBLIQUE
Ces maladies posent non seulement
un problème de santé publique, mais
également un problème économique. « Les malades sont mieux pris en
charge et vivent plus longtemps sous
traitement. Les coûts augmentent
mathématiquement », constate Yves
Juillière. Les maladies cardio-vasculaires occupent ainsi la première
place dans les dépenses de santé des
pays développés. En France, 13 % des
personnes sont traitées en afection
de longue durée pour des maladies
cardio-vasculaires,avec un coût pour
le régime général évalué à 28,7 milliards d’euros par an (17 % des dépenses totales de l’Assurance-maladie).
Ces chifres devraient faire réagir
les pouvoirs publics et les conduire
à renforcer les budgets de recherche
consacrés à ces pathologies et ceux
destinés aux actions de prévention.
Anne Pezet �
© Sébastian Kaulitzki - Fotolia.com / DR (attaque cardiaque en 3D)
dans les deux ans », souligne Yves
Juillière, cardiologue, responsable
de l’Unité insuisance cardiaque et
éducation thérapeutique à l’Institut
lorrain du Cœur et des Vaisseaux du
CHU de Nancy-Brabois et président
de la Société française de cardiologie
(SFC), qui organise ses 25es Journées
européennes,du 14 au 17 janvier 2015,
au Palais des Congrès,à Paris.
Alimentation �
L’IMPORTANCE DES OMÉGA 3
SUR LA SANTÉ CARDIO-VASCULAIRE
Le rôle des oméga 3 sur la santé cardiovasculaire a été largement démontré
dans de nombreuses études.La société
St Hubert,qui ofre notamment une
margarine à base d’huile de colza
naturellement riche en oméga 3,est un
acteur à part entière dans ce domaine.
© Pakhnyushchyy-Fotolia.com / DR
LE CŒUR ARTIFICIEL développé par
Carmat fait couler beaucoup d’encre, mais au-delà de cette prouesse
technique d’énormes progrès ont
été réalisés dans la prévention et les
traitements des pathologies cardiaques, tant sur le plan des médicaments que sur celui des dispositifs
médicaux.Les stents ont transformé
la prise en charge du patient coronarien, le pacemaker, celle des troubles du rythme cardiaque. Depuis
le début des années 1990, les médicaments comme les inhibiteurs de
l’enzyme de conversion, les bétabloquants ou encore les statines ont
amélioré le pronostic et la prise en
charge des patients.
Cependant,les besoins médicaux restent importants. Près de 20 millions
de Français (touchés par le diabète,
l’hypertension artérielle, le cholestérol, les efets du tabac...) soufrent
de maladies cardio-vasculaires. Elles
sont responsables de 150 000 morts
par an en France, et sont aussi gravement invalidantes. L’une des pathologies de plus en plus présentes
est l’insuisance cardiaque, due à la
maladie coronaire ou à l’hypertension vasculaire qui fatiguent le cœur,
ou bien tout simplement liée à l’âge
avec une rigidité accrue du muscle
cardiaque. Une pathologie à prendre au sérieux. « Après une première
hospitalisation pour insuisance
cardiaque,40 % des patients meurent
OMÉGAS 3 : DES APPORTS NÉCESSAIRES PAR L’ALIMENTATION
« Il faut savoir que, comme les vitamines, les oméga 3 ne sont
pas synthétisés par le corps humain et doivent être obligatoirement apportés par l’alimentation », précise le Dr Jean-Marie
Bourre, ancien directeur de Recherche en nutrition et auteur
d’ouvrages de référence sur les oméga 3. « Ils sont surtout présents dans les huiles végétales de colza, de noix et de lin, ou
encore dans les poissons gras comme le saumon. Cependant, la
population française a une consommation moyenne inférieure
aux recommandations de santé françaises et européennes. De
ce fait, les oméga 3 ne jouent pas toujours pleinement leur rôle
sur le maintien de la bonne santé cardio-vasculaire.(3) » �
DEPUIS VINGT-CINQ ANS, de nombreuses publications scientifiques
ont démontré le rôle des oméga 3,des
acides gras essentiels à la vie, sur le
maintien de la bonne santé cardiovasculaire.En France,l’étude dite « de
Lyon »,menée par le Pr Serge Renaud
au début des années 1990, a montré
qu’une alimentation de type « régime
crétois » riche en oméga 3, comprenant notamment une margarine à
base de colza,riche en oméga 3,avait
obtenu des résultats significatifs et
permis d’améliorer la santé cardiovasculaire des sujets (1).
S’appuyant sur ces nombreux résultats scientifiques, les Autorités de
santé ont publié des recommandations sur les apports journaliers en
oméga 3 (Afssa 2003 et Anses 2011 (2)).
Afin d’ofrir une alimentation alliant
plaisir et santé, certaines entreprises
travaillent à l’optimisation du profil
nutritionnel de leurs produits. C’est
le cas de la société St Hubert,qui a notamment abaissé la teneur en acides
gras saturés de ses produits de 14 %
en six ans. « Proposer des produits
riches en oméga 3 avec un apport
limité en acides gras saturés au profit
des insaturés est un choix stratégique de l’entreprise.Nous privilégions
l’utilisation de colza pour y arriver »,
précise Anne Renault, Directrice
R&D et Qualité chez St Hubert.
C’est ainsi que,précurseur dans ce domaine,St Hubert a développé dès 2002
une margarine naturellement riche
en oméga 3 à partir de colza. Dans le
cadre d’une alimentation équilibrée,
2 portions, soit 20 g de St Hubert
Oméga 3 fournissent la moitié de l’apport recommandé en oméga 3, qui
contribuent à la bonne santé cardiovasculaire (4), tout en étant réduit en
acides gras saturés. Et son engagement ne s’arrête pas là : cette société,
qui soutient la Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle, a
développé,il y a un an,une margarine
sans sel,riche en oméga 3 pour les personnes devant limiter leur consommation de sel. A. P. �
(1) S. Renaud. « Cretan mediterranean
diet for prevention of coronary heart
disease ». Am J Clin Nut, 1995.
(2) « Actualisation des apports nutritionnels
conseillés pour les acides gras ». Rapport
d’expertise collective,Anses 2011.
(3) Une alimentation variée et
équilibrée suit à couvrir les apports
recommandés en oméga 3.
(4) Les oméga 3 ALA contribuent au
maintien d’une cholestérolémie normale,
pour une consommation quotidienne
de 2 g. Règlement UE n° 432/2012.
JEUDI 15 JANVIER 2015
Communiqué spécial
Bioprothèse aortique
❷
cœur
� L’IMPLANTATION PERCUTANÉE,UNE INNOVATION
FRANÇAISE MAJEURE
Cardiologue interventionnel à l’hôpital européen Georges-Pompidou,à Paris,et à la Clinique Saint-Gatien,à Tours,
le Dr Didier Blanchard fait le point sur la valve aortique percutanée (Tavi),une innovation française destinée aux patients atteints
de sténose aortique et trop fragiles pour être opérés.
Dr Didier Blanchard
térisme cardiaque. Après vingt ans
de recherche, la « première » a lieu en
2002 à Rouen,pratiquée par le Pr Alain
Cribier. Une start-up est alors créée,
bientôt rachetée par le groupe américain Edwards et, ensemble, ils lancent les premières bioprothèses,mises sur le marché en 2007. Plusieurs
études ont montré leur eicacité,
avec un taux de décès comparable à
celui de l’opération chirurgicale chez
Ablation de la fibrillation auriculaire �
UN TRAITEMENT
MINI-INVASIF EFFICACE
ET INNOVANT
© Johnson & Johnson / DR
TROUBLE DU RYTHME cardiaque le
plus fréquent, la fibrillation auriculaire (FA) touche de 1 à 2 % de la population générale et concerne 10 %
des personnes de plus de 80 ans.Elle
se manifeste par un pouls irrégulier
et rapide et peut,à terme,provoquer
des complications graves, dont l’insuisance cardiaque et l’accident
vasculaire cérébral (AVC).
La société Biosense Webster, du
Groupe Johnson & Johnson,propose
des solutions innovantes de diagnostic et de traitement par ablation des
arythmies cardiaques. Son système
de cartographie modélise en temps
réel et en 3D l’anatomie du cœur du
patient, étape indispensable au diagnostic et au traitement mini-invasif
par cathéter (voir schéma ci-dessous).
« Afin de mieux répondre aux besoins
des médecins et des patients, le département R&D de Biosense Webster
travaille notamment en étroite collaboration avec l’Institut hospitalouniversitaire de Rythmologie et
Modélisation cardiaque (Liryc) de
Bordeaux et se positionne comme un
partenaire privilégié pour inventer
les traitements de demain », précise
Fabrice Volcot, Directeur de Biosense
Webster France. Leader de l’ablation
de la fibrillation auriculaire
grâce à ses innovations
technologiques, Biosense
Webster développe des programmes de formation à
l’utilisation des cathéters
et des systèmes d’ablation
destinés aux cardiologues
électro-physiologistes.
Cette technique eicace
restant encore trop méconnue des médecins de ville,
Biosense Webster propose
également un programme
spécifique d’information et
d’éducation à destination
de ces praticiens. A. P. �
Et demain ?
Déjà, de nouvelles générations de
valves sont disponibles permettant
d’améliorer encore les résultats en
réduisant les complications.En 2015,
de nouvelles recommandations
pourraient étendre les indications
vers des patients à risque opératoire
LE RÉTRÉCISSEMENT AORTIQUE est la valvulopathie la plus fréquemment rencontrée
dans les pays industrialisés. Il s’agit d’une maladie du sujet âgé, courante surtout
au-delà de 65 ans. Aussi appelée sténose, le rétrécissement aortique se produit
notamment lorsque des dépôts de calcium se font sur la valve aortique située en haut
du ventricule gauche gênant l’éjection du sang. Au fur et à mesure que la maladie
évolue, les feuillets qui composent la valve s’ouvrent de plus en plus diicilement,
ce qui oblige le cœur à fournir un efort de plus en plus important. Les symptômes
sont divers : sensations d’oppression ou de douleurs, vertiges, évanouissements
ou essoulements à l’efort,
fatigue. Seul le remplacement
de la valve, lorsque la sténose
est grave, améliore les
symptômes. Ce changement
peut se faire classiquement
par voie chirurgicale à cœur
ouvert ou dans certains cas
par voie transcutanée à l’aide
d’un cathéter sans ouvrir la
Valve
Valve
cavité thoracique lorsque le
saine
calcifiée
risque opératoire est trop
important. Dans le premier
cas, le chirurgien remplace la valve abîmée par une valve artificielle mécanique ou
le plus souvent biologique. Dans le second, c’est le cardiologue interventionnel ou le
chirurgien cardiaque qui guide la valve par voie transcutanée jusqu’au cœur, grâce à
un cathéter qui est introduit par l’artère fémorale ou par une incision thoracique, ou
sous le sein gauche si la voie fémorale est impossible. Actuellement, il existe deux
types de valves artificielles biologiques qui peuvent être implantées de cette façon,
une valve expansible par ballonnet et une valve auto-expansible. �
© DR
Depuis quelques
années, la valve
aortique percutanée
est une alternative
au remplacement
chirurgical..»
Comment s’efectue
la sélection des patients ?
Dès lors que le patient présente un
rétrécissement de la valve aortique
vérifié par l’échographie cardiaque
et jugé symptomatique par l’équipe
médicale, un bilan exhaustif doit
être réalisé pour choisir la solution
de remplacement valvulaire aortique
la plus adaptée (chirurgie ou implantation percutanée).
En fonction du niveau des scores
de risque, des antécédents chirurgicaux et d’autres comorbidités,
l’équipe médico-chirurgicale élargie décidera du type d’intervention.
Techniquement,plus de 80 % des implantations se font par voie transfémorale et sous anesthésie locale dans
un peu plus d’un cas sur deux, avec
une durée de séjour de l’ordre de six
jours dans un centre médico-chirurgical,par une équipe mixte.
LE RÉTRÉCISSEMENT AORTIQUE, FRÉQUENT APRÈS 65 ANS
moins élevé. La diminution du calibre des introducteurs par voie fémorale, la collaboration et la maîtrise
de cette nouvelle technique par les
équipes médicales et chirurgicales,
la sélection des patients, les choix
alternatifs de la voie d’abord en font
actuellement une véritable alter-
native à la chirurgie « conventionnelle » chez des patients sélectionnés. La possibilité de remplacer une
valve cardiaque par voie endo-vasculaire est une réalité,et l’extension
de cette technologie vers d’autres
valves défaillantes est en cours.
Propos recueillis par Anne Pezet �
Recherches �
DYSFONCTIONS ÉLECTRIQUES
CARDIAQUES : UNE CAUSE
DE MORTALITÉ SOUS-ESTIMÉE
Arythmies,morts subites de l’adulte...La création de l’IHU Liryc,à Bordeaux,
a permis de rassembler experts et matériel de pointe pour mieux comprendre
et prévenir ces pathologies causées par une dysfonction électrique du cœur.
Le Pr Michel Haissaguerre,directeur de l’institut,en explique les enjeux.
QUELLES SONT LES PATHOLOGIES liées
à une dysfonction électrique du cœur ?
En France, 50 000 adultes par an décèdent
de mort subite par arrêt cardiaque, soit
près de la moitié de la mortalité des maladies cardiaques. C’est autant que les décès
cumulés des cancers du sein,des poumons
et du colon. Ces morts prématurées ne
sont en rien une fatalité naturelle, mais
sont causées par un véritable « orage »
électrique dans les ventricules, foudroyant
l’individu la nuit ou le jour. L’insuisance
cardiaque,quant à elle,peut aussi être due
à une activation incoordonnée du cœur,
qui afaiblit le muscle peu à peu.
On peut ajouter enfin les arythmies, dont
la fibrillation des oreillettes, à l’origine de
20 % des embolies cérébrales (les AVC sont
la 3e cause de mortalité dans le monde).
Toutes ces pathologies sont largement
sous-estimées par les institutions.
Est-ce pour cette raison qu’elles seront
au cœur des recherches de l’IHU Liryc ?
Oui, tout à fait. Nous avons choisi de nous
concentrer sur l’activation électrique du
cœur et ses troubles. Le Liryc – L’Institut
de Rythmologie et modélisation cardiaque – sera ainsi l’un des principaux cen-
tres de recherche mondiaux sur ce thème.
En 2015, le nouveau bâtiment de 6 000 m²
ouvrira ses portes et le centre rassemblera
150 chercheurs, dont la moitié viennent
de pays étrangers. Ces experts pourront
de plus s’appuyer sur des technologies de
pointe. Ce projet est soutenu par les établissements de recherche publique et des
partenaires industriels de premier plan.
© DR
Qu’apporte l’implantation d’une
valve aortique percutanée ?
Depuis quelques années,la valve aortique percutanée est une alternative
au remplacement chirurgical.
Elle utilise les techniques du cathé-
les patients à haut risque chirurgical,
et leur supériorité chez des patients
totalement récusés à la chirurgie.
Plus de 5 000 patients en France ont
eu accès à cette technologie en 2014,
et plus de 200 000 personnes en ont
déjà bénéficié à travers le monde.
© DR
COMMENT LA STÉNOSE aortique
est-elle prise en charge ?
La sténose aortique, ou rétrécissement aortique, est une afection fréquente,liée au vieillissement.
Entre 3 et 5 % des plus de 65 ans en
sont victimes et ce chifre augmente
avec l’âge. Provoquée par des dépôts
de calcium sur la valve aortique située en haut du ventricule gauche,
elle entraîne un obstacle à l’éjection
du sang,dont les conséquences sont
graves.
Dans 50 % des cas, des personnes atteintes de sténose aortique associée à
des symptômes sévères peuvent, en
l’absence de solution de remplacement, décéder dans les deux ans. En
l’absence de traitement médicamenteux,l’intervention de référence reste
la chirurgie, destinée à remplacer la
valve aortique par une valve mécanique ou le plus souvent biologique.
C’est une opération lourde. Le risque
opératoire est important pour une
partie des patients, en particulier
lorsqu’ils sont très âgés et présentent
d’autres afections (insuisance respiratoire, insuisance rénale, etc.).
Dans environ un tiers des cas, l’équipe médicale décidait alors de ne pas
intervenir, compte tenu du risque
opératoire jugé prohibitif.
« …Avec le Liryc,
la reconstitution
de l’activité
électrique atteint
une précision
extrême, comme
si nous étions à
l’intérieur même
de l’organe… »
Pr Michel Haissaguerre.
De quelles techniques parlez-vous ?
Le Liryc est équipé, par exemple, d’une
IRM 9,4 teslas, qui permet d’observer un
cœur avec une résolution de 25 microns.
Autre exemple, nous avons un appareil
unique au monde qui réalise une électrocartographie grâce à une veste comportant 252 électrodes, portée par le patient.
Couplé à un scanner qui examine l’anatomie du thorax, ce système permet de
reconstituer une vue 3D dynamique des
signaux électriques du cœur. La reconstitution de l’activité électrique atteint une
précision extrême, comme si nous étions
à l’intérieur même de l’organe.
Cet outil pourrait permettre notamment
de détecter les failles électriques exposant un sujet au risque de mort subite.
Propos recueillis par Anne Pezet �
Daté du 15 janvier 2015, Grand Angle est édité par CommEdition • Directeur général Éric Lista • CommEdition,agence de communication éditoriale • www.commedition.com • Rédaction Anne Pezet •
Création,maquette & réalisation Aline Joly • La rédaction du quotidien Le Monde n’a pas participé à la rédaction de ce communiqué.Ne peut être vendu séparément.
14 | international & europe
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Royaume-Uni :
la sécurité
sociale, enjeu
des législatives
Le Labour accuse M. Cameron
d’être responsable de la crise du NHS
londres - correspondant
O
pérations chirurgica­
les reportées, patients
reconduits chez eux
pour libérer des lits,
files d’ambulances attendant leur
tour aux urgences… le National
Health Service (NHS) risque de se
transformer en cauchemar électo­
ral pour le gouvernement. Le NHS,
l’une des institutions les plus po­
pulaires du Royaume­Uni avec la
monarchie, est­il simplement
« sous énorme pression », selon
l’expression du premier ministre
conservateur, David Cameron, ou
au bord de l’implosion, comme le
prétend le chef des travaillistes, Ed
Miliband ? A moins de quatre
mois des législatives, la question
n’a rien de théorique : l’avenir du
système de santé vient de détrôner l’immigration comme premier sujet de préoccupation des
électeurs, selon une enquête
d’opinion publiée lundi 12 janvier.
M. Miliband, jugé peu crédible
sur l’économie par la majorité des
sondés, place le NHS au centre de
sa campagne, se présentant
comme le champion de la défense
de ce système de soins universel
et gratuit, conquête sociale de
l’après-guerre. De son côté, M. Cameron met en avant les bons chiffres du chômage et de la croissance, mais les électeurs lui font
nettement moins confiance pour
défendre le NHS. Or les hôpitaux
menacent de sombrer dans le
chaos sous l’effet conjugué de l’hiver et de l’austérité budgétaire.
Quinze hôpitaux ont déclaré
des « incidents majeurs » et les
messages destinés à dissuader le
public de se rendre aux urgences
se multiplient. Au Great Western
Hospital de Swindon (ouest de
Londres), une tente a dû être dressée sur un parking pour faire face
au flot des patients.
« Les malades restent aux urgences pendant des heures, faute de
lits disponibles », écrit le docteur
Rob Galloway, urgentiste au Royal
Sussex Hospital de Brighton, dans
une lettre ouverte au premier mi-
Manifestation contre les coupes budgétaires affectant le NHS, en 2014, à Sheffield. CONNOR MATHESON/REA
nistre. « Nous souffrons de coupes
budgétaires comparables à celles
des années 1930, décidées par des
responsables politiques qui raisonnent comme des généraux de la
première guerre mondiale », tonne-t-il, assurant que la crise était
« totalement prévisible ».
Millions de patients en attente
Partie des urgences, elle s’étend à
présent à tous les secteurs où des
moyens ont été supprimés. Quelque 3,2 millions de patients sont
sur une liste d’attente pour un
traitement prescrit par leur généraliste. « Annoncer à un patient
qu’il ne pourra subir l’opération à
SOR T
T
T
DES C EZ
LOUS
Sortir Paris la nouvelle rubrique
de Télérama.fr
laquelle il s’est préparé peut créer
un grand désarroi », commente
Clare Marx, la présidente de l’ordre des chirurgiens.
Embarrassé, David Cameron a
refusé d’admettre la réalité de la
crise, reconnaissant seulement
que le NHS se trouvait « sous
énorme pression » en raison d’un
afflux saisonnier. Financé par
l’impôt et lieu majeur où se juge
l’efficacité des élus, le NHS est désormais au centre d’un affrontement politicien : M. Cameron a
accusé M. Miliband d’avoir confié
à Nick Robinson, commentateur
politique renommé de la BBC, son
intention de se servir du NHS
comme d’une « machine de
guerre » (« weaponize the NHS »)
pour gagner les législatives.
« Dégoûtant, a répliqué le premier
ministre. Le NHS n’est pas une
arme, c’est une institution qui
prend soin des familles et des personnes âgées. »
Face à lui aux Communes, le
chef de l’opposition a répliqué
que la situation résultait « directement des décisions prises » par le
gouvernement, notamment la
fermeture de centres de santé et la
réduction des budgets sociaux
qui entraîne l’hospitalisation prolongée de personnes âgées, faute
d’aide à domicile.
M. Miliband, interrogé à sept reprises, lors d’un entretien dominical, sur le fait de savoir s’il avait
ou non prononcé le mot « weaponize », a répété qu’il « ne [s] e souvenait pas exactement de ce qu’il
avait dit ». « Il se tortille comme
une anguille. Il a prononcé ce mot,
c’est pourquoi il ne dément pas », a
raillé M. Cameron.
Le National Health Service n’a
pas fini d’alimenter le débat électoral. Les travaillistes promettent
d’abroger la loi de 2012 qui encourage la concurrence et la gestion
privée au sein du système. Ce débat-là a rebondi depuis l’annonce,
le 9 janvier, par la société Circle, de
la rupture du contrat de « franchise », le premier du genre, qui
lui a été accordé pour gérer l’hôpital endetté d’Hinchingbrooke
(centre de l’Angleterre), après un
rapport d’inspection alarmant :
faute d’un personnel suffisant, la
sécurité des patients y est « en
danger ». p
LES CHIFFRES
2,5 MILLIARDS
de livres
C’est le montant supplémentaire
que veulent injecter dans la NHS
les travaillistes (l’équivalent de
3,2 milliards d’euros) chaque année, financés notamment par
une taxe sur l’immobilier de luxe.
De son côté, le ministre des finances, George Osborne, promet
l’équivalent de 2,57 milliards
d’euros supplémentaires que, selon lui, seule une « économie
forte » permettra de dégager.
8 MILLIARDS
de livres sterling
Les patrons du NHS assurent
que cette somme supplémentaire annuelle sera nécessaire à
l’horizon 2020, compte tenu du
vieillissement de la population
et de l’augmentation du coût
des traitements.
philippe bernard
Un tribunal grec déboute Aube dorée,
renforçant la liberté de la presse
Le procureur demandait la condamnation de journalistes
athènes - correspondance
L
e parti néonazi Aube dorée
(AD) voulait s’attaquer à la
liberté de la presse en
Grèce : il a perdu son pari. Mardi
13 janvier, le tribunal correctionnel d’Athènes a innocenté le journaliste Dimitris Psarras et le directeur du Journal des rédacteurs,
Nikolas Voulélis, des accusations
de « violation des données personnelles » et « insulte » portées à
leur encontre par le porte-parole
d’Aube dorée, Ilias Kasidiaris.
M. Psarras avait publié, en décembre 2013, un reportage accompagné d’une vidéo sur le site Internet du Journal des rédacteurs dans
laquelle on peut voir Ilias Kasidiaris, déguisé en sergent de police,
mimer le passage à tabac d’un
prétendu prisonnier en présence
de deux autres faux policiers.
« Une farce jouée avec mes frères
et des amis, la répétition d’une
scène connue d’un film des années
1980, tournée chez moi avec ma famille », s’est justifié M. Kasidiaris à
l’ouverture des débats. « Comment
cette vidéo privée s’est-elle retrouvée entre les mains des journalistes ? », demande-t-il à la présidente de séance, insinuant une
fuite des services de police ou de la
justice entre les mains desquels
ses ordinateurs et disques durs se
« Préserver
les droits
de la presse,
quelques jours
seulement après
le drame de
“Charlie Hebdo” »
NIKOS ALIVIZATOS
constitutionnaliste
trouve depuis son arrestation. « La
publication de ce document viole
mes données personnelles et m’insulte », lance-t-il à la cantonade devant quelques sympathisants et
gros bras du parti, venus le soutenir. Très émue du sort de « son Ilias », une militante est alors évacuée de la salle en criant pêle-mêle
sa haine des immigrés, du monde
politique grec et des journalistes
vendus aux communistes.
« Un procès politique »
« C’est évidemment un procès politique », explique le maire d’Athènes, Georges Kaminis, cité à comparaître en tant que témoin par la
défense. Car M. Kaminis est un
juriste spécialisé sur la question du
respect des données personnelles.
« La loi spéciale sur la protection
des données personnelles de 1997
est catégorique, affirme M. Kaminis. Elle reconnaît à la presse le droit
d’intervenir quand il s’agit d’une
personne publique et que la diffusion d’un document peut participer
à l’information du public. »
Lui aussi cité en tant que témoin, le grand constitutionnaliste grec Nikos Alivizatos appelle
la cour à « situer ce procès dans le
contexte plus large de la nécessité
de préserver les droits de la presse,
quelques jours seulement après le
drame de Charlie Hebdo ». Avant
d’ajouter, plus technique, que
« l’accusation n’a pas à exiger du
journaliste qu’il révèle comment il
est entré en possession de cette petite vidéo, car la protection des
sources est garantie par la jurisprudence de la Cour européenne
des droits de l’homme ».
A la surprise générale, le procureur général, représentant de
l’Etat, recommandera pourtant la
condamnation de MM. Psarras et
Voulélis en déclarant que « le journaliste ne doit insulter ni l’honneur
ni la réputation ». Après de longues heures de délibération, la
présidente du tribunal tranchera,
elle, en faveur des accusés. « Une
décision historique qui va renforcer la liberté de la presse en Grèce »,
se réjouit alors Dimitris Psarras. p
adéa guillot
france | 15
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Affaire AZF : les condamnations annulées
Plus de treize ans après la catastrophe de Toulouse, la Cour de cassation ouvre la voie à un troisième procès
LES DATES
toulouse - correspondance
P
our les victimes de la ca­
tastrophe qui avait fait
trente et un morts et
2 500 blessés le 21 sep­
tembre 2001, c’est un « fiasco judiciaire ». Plus de treize ans après les
faits, l’explosion de l’usine AZF de
Toulouse connaît un nouveau rebondissement judiciaire. La Cour
de cassation a ouvert la porte à un
troisième procès, mardi 13 janvier,
en annulant les condamnations
prononcées par la cour d’appel de
Toulouse en septembre 2012.
L’ancien directeur du complexe
chimique AZF Serge Biechlin avait
alors été condamné à trois ans
d’emprisonnement – dont un
ferme – et à 45 000 euros
d’amende ; la société Grande Pa­
roisse, propriétaire du site et fi­
liale de Total, avait été condamnée
à 225 000 euros d’amende.
Les magistrats ont créé la sur­
prise en retenant deux arguments
sur les six invoqués par les deman­
deurs pour obtenir une reprise
complète du jugement. L’avocat
général ne préconisait qu’une cassation partielle lors de l’audience
qui s’était tenue le 29 octobre 2014.
Dans son avis, François Cordier estimait que la cour d’appel avait insuffisamment caractérisé la culpabilité de Serge Biechlin et de la
société Grande Paroisse, condamnés pour destructions et dégradations involontaires. La Cour estime que l’arrêté préfectoral sur le­
quel se sont basés les juges toulou­
sains pour reprocher des
manquements aux dirigeants de
l’entreprise « ne constitue pas un
règlement ».
Mais ce sont surtout les doutes
sur l’impartialité des juges qui ont
conduit la haute juridiction à pré­
coniser un nouveau procès devant la cour d’appel de Paris, contre l’avis du parquet. Maryse Le
Men-Régnier, l’une des deux juges nommés pour assister le magistrat qui présidait les débats en
appel, était vice-présidente depuis début 2011 de la Fédération
nationale d’aide aux victimes et
21 SEPTEMBRE 2001
Un stock de combustible explose
dans le complexe chimique AZF
à Toulouse, faisant 31 morts,
2 500 blessés et de considérables dégâts matériels.
19 NOVEMBRE 2009
Le tribunal correctionnel
de Toulouse rend un jugement
de relaxe générale à l’encontre
de tous les prévenus.
24 SEPTEMBRE 2012
La cour d’appel de Toulouse
condamne l’ancien directeur du
complexe chimique AZF, Serge
Biechlin, à trois ans d’emprisonnement – dont un ferme – et
45 000 euros d’amende. La société Grande Paroisse, propriétaire du site et filiale de Total,
est condamnée à 225 000 euros
d’amende.
13 JANVIER 2015
La Cour de cassation annule les
condamnations et ouvre la voie
à un troisième procès.
A Toulouse, le 23 septembre 2001, deux jours après l’explosion du complexe chimique AZF. NICOLAS AUER/MAXPPP
de médiation (Inavem). Redoutant par avance les accusations de
conflit d’intérêts, la magistrate,
qui n’a pas dit un mot pendant les
quatre mois d’audience, avait demandé à sa hiérarchie d’être remplacée. En vain.
« Justice irresponsable »
Stupéfait, le président d’une asso­
ciation de victimes d’AZF, Jean­
François Grelier, dénonce « l’incompétence et l’irresponsabilité de
la justice française ». Désappointée, Me Stella Bisseuil, conseil de
l’association des familles endeuillées, n’arrive pas à compren­
dre cette révocation a posteriori
d’une magistrate « qui a siégé
dans de nombreux procès pénaux ». « C’est un problème interne à la justice dont nous faisons
les frais », se désole l’avocate, qui
défendait aussi les intérêts de
plus de 300 victimes des quartiers populaires, touchées de
plein fouet par l’explosion de
l’usine. Pour le président de l’As­
sociation des familles en­
deuillées, Gérard Ratier, 77 ans, ce
nouveau délai est terrible, alors
qu’année après année « les combattants disparaissent ».
La Cour de cassation prend soin
de préciser dans son arrêt qu’elle
n’interdit pas à un magistrat
d’être membre d’une association,
mais lui reproche de ne pas en
avoir informé toutes les parties.
Les hauts magistrats ont consi­
déré comme une circonstance
aggravante la convention signée
au cours du procès entre l’Inavem et la Fenvac, une autre association de victimes qui s’était
constituée partie civile contre
AZF-Grande Paroisse. « Le procès
n’était pas équitable, la situation
était impossible », estime le conseil de Grande Paroisse, Me Daniel Soulez Larivière.
AT T EN TATS
Hollande et Valls
« à la hauteur »
pour 79 % des Français
François Hollande et Manuel
Valls ont été « à la hauteur » des
attentats, pour 79 % des personnes interrogées dans un sondage Odoxa pour Le Parisien. Le
chef de l’Etat et le premier ministre gagnent chacun 8 points
et progressent respectivement à
29 % et 53 % d’approbation.
ED U C AT I ON
Près de 200 incidents liés
aux attentats dans les
établissements scolaires
Quelque 200 incidents consécutifs aux attentats du 7 au
9 janvier se sont produits dans
les établissements scolaires
dont une quarantaine ont été
signalés à la police et à la justice, selon le ministère de l’éducation. Une centaine d’incidents sont liés à la minute de
silence du 8 janvier. Selon le ministère, ce « recensement de l’en-
Ce sont surtout
les doutes sur
l’impartialité
des juges qui ont
conduit la haute
juridiction
à préconiser un
nouveau procès
place toulousaine qui affiche une
relative satisfaction à l’annonce
de la décision de la Cour de cassa­
tion. « Ce n’est pas une bonne
chose pour les victimes qui subissent encore des vicissitudes procédurales et des délais supplémentaires, mais c’est une bonne chose
pour le droit qui doit prévaloir en
toutes circonstances », fait valoir
l’ancien président de la confé­
rence des bâtonniers de France.
« La Cour n’a pas pointé une impartialité avérée, elle s’est contentée d’en souligner les risques », remarque Me Christophe Lèguevaques, avocat de la ville de Toulouse
lors des deux premiers procès. Il
se dit moins étonné que la plupart
des ses confrères locaux. Selon
son analyse, la Cour de cassation a
voulu anticiper les remontrances
à répétition de la Cour euro­
péenne des droits de l’homme.
Défenseur d’une association
d’anciens ouvriers d’AZF qui n’a
jamais adhéré à la thèse de l’explosion accidentelle défendue par
l’accusation, Me Jean-Luc Forget
est l’un des rares avocats de la
Différence de traitement
Me Forget déclare avoir été « scandalisé » par la différence de traitement entre les différentes associations de victimes à l’issue du
procès en appel. Ses clients, qui
n’ont touché que 15 000 euros à
l’issue du procès quand les membres d’autres associations ont
reçu
entre
50 000
et
80 000 euros, se sont constitués
parties civiles au nom des vingt et
un morts relevés dans l’usine. Les
audiences ont toutefois révélé
une profonde fracture entre le
dernier carré des employés restés
fidèles à leur ancien directeur et
les syndicats réclamant en vain la
condamnation du groupe Total,
propriétaire d’une usine chimique vieillissante qui produisait
des engrais et des explosifs avec
toujours moins de main-d’œuvre
et toujours plus de sous-traitants
et d’intérimaires.
L’enjeu d’un nouveau procès
n’est pas seulement financier.
« La vérité judiciaire n’est pas encore établie », souligne Me Forget.
Les irréductibles opposants à la
thèse retenue par les juges d’instruction, qui explique l’explosion
par le déversement malencontreux d’une benne contenant un
produit chloré pour désinfecter
les piscines (DCCNa) sur le tas de
nitrates mis au rebut dans le bâtiment 221, espèrent bien mettre à
profit la nouvelle audience pour
développer une nouvelle fois
leurs scénarios alternatifs.
Le spectre d’un acte terroriste,
dix jours après les attentats du
11 septembre 2011, avait traversé
tous les esprits. Le tribunal correctionnel de Toulouse a estimé en
première instance qu’un « acte intentionnel » ne pouvait être « totalement exclu ». La cour d’appel
avait finalement écarté cette hypothèse. Le nouveau procès, qui
devrait se tenir en 2016 à la cour
d’appel de Paris, pourrait remettre en vedette cette hypothèse. p
stéphane thépot
semble des difficultés qu’ont pu
rencontrer les équipes éducatives » n’est pas « exhaustif ».
CORSE
Frédéric Federici
interpellé dans l’affaire
du cercle de jeu Wagram
Après Stéphane Luciani et JeanLuc Germani, c’est au tour de
Frédéric Federici, un autre malfaiteur corse en cavale, proche
des deux premiers, d’être interpellé dans l’affaire du cercle de
jeu Wagram. Les gendarmes
sont intervenus mercredi matin à Venzolasca (Haute-Corse),
le fief de la famille Federici –
son frère Ange-Toussaint est
présenté comme le parrain de
l’équipe des « bergers-braqueurs » – où ils l’ont arrêté.
Condamné par défaut en appel
à trois ans d’emprisonnement
dans l’affaire du cercle de jeu
parisien Wagram, fermé depuis, Frédéric Federici, 51 ans,
était le dernier protagoniste
encore en fuite.
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16 | france
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Demi-victoire pour les victimes des essais nucléaires
La cour d’appel de Bordeaux reconnaît le droit à l’indemnisation de neuf militaires irradiés
L’
incroyable feuilleton
judiciaire de l’indemnisation des victimes des
essais nucléaires français continue dans la douleur. La
cour d’appel de Bordeaux, dans
un arrêt rendu mardi 13 janvier, a
reconnu le droit à l’indemnisation pour neuf victimes sur dixsept demandes. Lors des audiences les 2 et 16 décembre, le rapporteur public s’était dit favorable à
l’indemnisation de treize plaignants. Une sorte d’équilibre qui
ne satisfait pas ceux qui se battent
depuis de longues années pour la
reconnaissance de leur statut
d’« irradiés de la République ».
La loi Morin du 5 janvier 2010
devait permettre de reconnaître
les victimes, de simplifier leurs
démarches et de les indemniser.
Cinq ans après sa mise en application et la création du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), les progrès
sont nuls.
Alors que 150 000 personnes
sont potentiellement atteintes
par ces essais qui se sont déroulés
de 1960 à 1996, dont certains atmosphériques – 4 au Sahara et 41
en Polynésie française sur un total de 210 essais –, et que le Civen a
reçu 911 demandes d’indemnisation, seules 16 ont été accordées.
« Le dispositif de la loi Morin est
inopérant et freine la reconnaissance qu’il devait favoriser, explique Marie-Josée Floc’h, présidente de l’Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN)
Gironde. Il faut le revoir pour
qu’enfin cette page de l’histoire de
France puisse s’écrire et que l’Etat
accepte de faire face à toutes ses
responsabilités. » Autrement dit
par l’une des avocats des victimes,
Cécile Labrunie, « il est absurde de
mettre en place un système d’indemnisation qui n’indemnise personne ». Pour autant, l’avocate
veut voir dans les décisions favorables de la cour d’appel de Bordeaux « un élan positif sur lequel
s’appuyer ».
Claude Lequesne fait partie des
heureux qui ont vu enfin aboutir
leur demande d’indemnisation.
Ce militaire de 68 ans est atteint
d’une leucémie myéloïde chronique. L’ancien quartier-maître a ef-
La loi Morin
devait permettre
de reconnaître
les victimes.
Cinq ans après
sa mise en
application, les
progrès sont nuls
André était en Polynésie française de 1966 à 1968.
Il était engagé quartier-maître et a assisté
aux essais atmosphériques. Il est atteint
d’un cancer de la gorge. MICHEL LE MOINE/DIVERGENCE
fectué plusieurs missions en Polynésie, de 1965 à 1967, puis d’autres
séjours en 1970, 1975 et encore
en 1980. Il a effectué des « travaux
spéciaux », comme des mesures
dans le lagon de l’atoll de Mururoa, lors du premier essai polynésien dit « Aldébaran » le
2 juillet 1966. Il a successivement
travaillé dans l’archipel des Gambier ou sur l’atoll de Fangataufa.
« Je faisais des prélèvements de la
faune et de la flore, je plongeais
dans les eaux de l’atoll, c’était super, raconte Claude Lequesne. J’ai
aussi réalisé des mesures sur le cratère provoqué par un tir nucléaire
à Mururoa et j’ai même une photo
de moi, torse nu, avec le champignon nucléaire en arrière-fond. »
C’est d’ailleurs en voyant,
en 2004, la même photo dans un
article de la revue Historia consacré aux « irradiés de la République » que le marin s’est inquiété.
En 2009, le professeur FrançoisXavier Matton, du CHU de Bordeaux, constate une leucémie et
lui demande s’il n’a pas travaillé
dans le nucléaire. Depuis, M. Lequesne, qui vient aussi d’être
opéré d’un cancer de la prostate,
se bat pour la reconnaissance de
sa maladie. Le ministère de la défense rejette sa demande en 2010,
puis une nouvelle fois en 2011.
« M. Longuet [ministre de la défense de 2011 à 2012] m’a expliqué
qu’il y avait une présomption de
causalité mais qu’elle était négligeable dans la survenue de ma
maladie », se rappelle-t-il. Après
un jugement favorable en décembre 2013 du tribunal administratif
de Bordeaux, immédiatement
contesté par le ministère, Claude
Lequesne voit la cour d’appel lui
donner enfin raison.
« Causalité négligeable»
Cette notion de « causalité négligeable » est à la base de la plupart
des rejets. « La qualification du risque négligeable lié aux essais nucléaires est un véritable nœud à
contentieux qui amène les victimes
à suivre un parcours judiciaire interminable », avance l’AVEN. Comment apporter des preuves de
contamination, ou a contrario
d’absence de contamination,
quand les vétérans ne portaient
pas de dosimètre ou n’ont pas été
suivis après les essais ? « Il est tou-
jours difficile d’apporter la preuve
qu’un cancer est la conséquence
d’une cause unique, en l’occurrence
l’exposition aux tirs nucléaires,
quand il n’y a pas eu de surveillance
radio-biologique et que, de surcroît, aux risques d’irradiation externe s’ajoutent les possibilités d’inhalation de poussières radioactives », détaille Cécile Labrunie.
Christine Lécullée, 76 ans en
mars, fait partie des recalés. Son
histoire, ou plutôt celle de son
mari, Bernard, décédé le 4 janvier 1976, est exemplaire. Parti
dans le Sahara algérien en 1963, il
est resté trente mois à travailler
dans les pires conditions. « Il a assisté à des essais atmosphériques
et souterrains, dit, toujours émue,
Christine. Quand il est rentré pour
rejoindre sa nouvelle affectation à
Sarrebourg, en Moselle, à l’hiver
1965, il avait perdu ses ongles, ses
cheveux, ses dents et il était d’une
pâleur à faire peur. » Fier militaire,
Bernard n’a pas voulu consulter.
Un malaise en décembre l’oblige à
voir un médecin. Après plusieurs
hospitalisations, en mars 1966, il
est transféré à l’hôpital militaire
de Percy, à Clamart.
Bernard Lécullée était atteint
d’une aplasie médullaire, une maladie du sang se traduisant par
une raréfaction de la moelle osseuse. Malheureusement pour
Christine, cette pathologie n’entre pas dans le champ des « dixhuit maladies radio-induites » reconnues par la loi Morin. Elle sera
déboutée de toutes ses démarches. « Pourtant, avance très en
colère la veuve de Bernard, son invalidité a été estimée par l’armée à
80 % en 1967 puis à 100 % en 1971.
Elle est même passée, en 1975, à
100 % plus 28 degrés, ce qui correspond à 380 %, du jamais-vu ! Et le
ministère refuse aujourd’hui l’indemnisation. »
De nombreux dossiers sont en
attente, à Rennes, Lille, Toulouse.
A Paris, Versailles, les décisions
ont été favorables aux victimes. A
Lyon, au contraire la cour d’appel a
rejeté les demandes d’indemnisation et les victimes ont décidé d’aller devant le Conseil d’Etat. « L’indemnisation n’est pas le seul but,
on veut la reconnaissance ; beaucoup sont déjà morts dans l’oubli
total », insiste Mme Floc’h. p
LES CHIFFRES
150 000
C’est le nombre de civils et de
militaires qui ont potentiellement été exposés aux radiations
des essais nucléaires français.
210
C’est le nombre d’essais nucléaires menés au Sahara (17) et en
Polynésie française (193) entre
1960 et 1996.
911
C’est le total des demandes d’indemnisation déposées auprès
du Civen au 1er septembre 2014.
859
Ce sont les dossiers examinés.
Seize indemnisations ont été accordées, soit 98,1 % rejetées.
rémi barroux
CGT : quand un scandale autour des mandats s’ajoute à la crise
La candidature de Philippe Martinez, le patron des métallurgistes, a été rejetée, mais il reste pressenti pour succéder à Thierry Lepaon
A
coups de petites manipulations, le comité confédéral national (CCN) de la
CGT, mardi 13 janvier, a débouché
sur une situation ubuesque.
Comme prévu, la solution préconisée par Thierry Lepaon – avec
un nouveau bureau confédéral de
dix membres ayant à sa tête,
comme secrétaire général, Philippe Martinez, le patron de la fédération de la métallurgie – a été
rejetée. Avec 57,5 % de voix pour,
41,6 % contre et 1 % d’abstentions,
elle n’a pas franchi le seuil requis
par les statuts d’une majorité des
deux tiers. M. Martinez n’a donc
pas été élu secrétaire général.
Mais si c’est un camouflet pour
M. Lepaon, ce n’est qu’une demidéfaite pour M. Martinez qui reste
« pressenti pour être le futur secrétaire général de la CGT ». A ce titre,
il lui a été confié le « pilotage d’un
collectif chargé de présenter une
nouvelle proposition de bureau
confédéral » lors d’un prochain
CCN, les 3 et 4 février.
« Méthode mafieuse »
Mardi, la CGT a ajouté un scandale à la crise. La fédération de la
santé, la deuxième de la CGT,
avait décidé, lundi, à une majorité
de 75 %, de voter contre la solution Lepaon, en dépit de la volonté de sa secrétaire générale,
Nathalie Gamiochipi, qui est à la
ville la compagne de M. Martinez. Or la représentante de la fédération, Ghislaine Raouafi, a
transgressé ce mandat et a voté…
pour. Si les 36 voix dont disposait
la santé s’étaient portées en contre, le résultat aurait été différent.
Selon les résultats officiels, la solution Lepaon a obtenu 403 voix
pour, 292 contre et 6 abstentions.
Dans le collège des fédérations
(335 mandats), il y a eu 172 pour et
163 contre. Mais dans ce collège,
si la santé avait respecté son
mandat, cela aurait donné 136
pour et 199 contre. Il aurait été
alors plus compliqué de faire de
M. Martinez « le futur secrétaire
général »…
Cette petite manœuvre – une
« méthode mafieuse », selon un
membre de la commission exécutive (CE) – a mis la fédération de la
santé en ébullition. Les jours de
Mme Gamiochipi sont comptés. La
question est de savoir s’il pourrait
y avoir un recours contentieux
pour contester ce vote. « La santé,
assure un responsable de fédération, peut affirmer que son vote a
été dévoyé et demander qu’il soit
compté dans les contre. » Mais le
mal est fait. M. Martinez doit
donc former une nouvelle équipe
qui ne portera plus la marque de
M. Lepaon.
Mardi, alors que la CE s’est réunie de nouveau pendant les travaux du comité confédéral national, il a refusé de modifier la composition de son bureau. De
même, l’hypothèse de faire entrer
de nouveaux membres à la CE,
comme Baptiste Talbot, secrétaire
général de la fédération des services publics ou Gilbert Garrel, le
patron des cheminots – qui
auraient pu, l’un et l’autre, prétendre à diriger la CGT – a été écartée.
L’idée d’un congrès extraordinaire n’a pas été retenue. Le prochain congrès de la CGT aura lieu
à la date prévue, au printemps
2016. « Il y a désormais 99 % de
chances que Martinez soit secrétaire général, indique une source
interne. Mais il est déjà très affaibli, sans marge de manœuvre. Au
CCN, il n’a fait aucune ouverture. Il
n’a pas beaucoup de capacité de
rassemblement et va essayer de
faire une équipe à sa main ».
« C’est un communiste traditionnel, note un responsable de fédération, un Lepaon plus radical qui
n’assure aucune ligne politique. »
Pendant trois semaines, la CGT
va se retrouver sans chef. Il n’y a
plus de secrétaire général, plus de
bureau confédéral, et la CE est discréditée par le camouflet que lui a
imposé le CCN. Dans l’immédiat,
cela va mettre en difficulté ses représentants, Agnès Le Bot et Mohammed Oussedik, dans la négociation sur la modernisation du
dialogue social qui doit s’achever
vendredi.
Alors que la CGT a fait des ouvertures sur le sujet, ses négociateurs
n’auront pas de mandat clair, ce
qui rend improbable une éventuelle signature. « Le clivage va
s’accentuer entre réformistes et radicaux », relève une source interne. Et la CGT va continuer à
s’enfoncer dans la crise. p
michel noblecourt
bonnes feuilles | 17
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Béatrice Gurrey, grand reporter au « Monde », a couvert au service
politique le quinquennat de Jacques Chirac de 2002 à 2007.
Dans son livre « Les Chirac. Les secrets d’un clan », l’auteur révèle
la tragédie d’un homme reclus dans sa mélancolie et ses mystères
Au cœur de la tribu Chirac
Une haute silhouette s’engage à pas comptés
sous le porche du 108, rue du Bac, à Paris, naguère l’adresse d’un couple de légende, Romain Gary et Jean Seberg. Nous sommes le
6 juillet 2011. Un mois environ s’est écoulé
depuis la déclaration de Sarran. Jacques Chirac a précédé tout le monde pour soutenir
François Hollande... Ce jour-là, il se rend chez
son cardiologue, le professeur Yves Grosgogeat, président de la Société française de cardiologie et membre de l’Académie royale de
médecine de Belgique. Mais c’est Olivier
Lyon-Caen, chef du service de neurologie à la
Pitié-Salpêtrière, qui va examiner l’ancien
président, au cabinet de son confrère. (...)
Médecin de premier ministre, puis de président, l’homme a tout pour plaire à Bernadette Chirac, même si elle ne peut deviner à
ce moment son avenir élyséen. C’est aussi
l’un des meilleurs dans son domaine et son
expertise sera incontestée. La présidente de
la fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de
France, qui connaît le Tout-Paris de la médecine, a donc demandé à ces deux confrères
de recevoir son mari. (…)
Bernadette Chirac a besoin d’un certificat
médical qui constatera de façon officielle les
troubles dont il est atteint. Les deux médecins n’ignorent en fait pas grand-chose de
son état, puisqu’une consœur neuropsychologue lui a déjà fait passer une batterie de
tests à l’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer de la Salpêtrière, le 23 juin.
C’est-à-dire trois jours après l’annonce de la
date de reprise du procès (en septembre) et
quinze jours à peine après sa déclaration en
faveur de François Hollande. L’expérience de
cette praticienne dans le domaine des troubles cognitifs est jugée incontestable par le
professeur Lyon-Caen. Elle décèle des troubles de la mémoire et du raisonnement, une
désinhibition du comportement, et la fameuse anosognosie – le fait d'ignorer que
l’on est malade. « Anosognosie », c’est ce mot
grec et baroque que les Français découvriront quelques mois plus tard sans parvenir à
le prononcer ni bien comprendre de quel
mal souffre en réalité
leur ancien président.
Celui-ci ne sait donc pas
C’EST UN VIEUX
qu’il est malade, mais
de quoi souffre-t-il
MONSIEUR FRAGILE
exactement ? (...)
Jacques Chirac a fait
DANS LEQUEL
plusieurs AVC et des
SOMMEILLE ENCORE
anomalies cérébrales et
vasculaires en ont réLE GRAND CHIRAC.
sulté qui ne peuvent
s’arranger avec le
LE BEAU MEC, LE
temps. Les circuits de la
SÉDUCTEUR, LE GENTIL,
mémoire ont été, eux
aussi, endommagés,
LE CRUEL, L’AMBITIEUX,
engendrant des confusions chronologiques
LE PÈRE TROP ABSENT
plus ou moins graves,
ET TROP PRÉSENT
une sorte de mémoire à
éclipses. Devant les médecins, l’ancien président garde le caractère jovial qu’on lui a toujours connu : sa nature l’y pousse et aussi
une forme d’autoprotection et de courtoisie
– ne disait-on pas naguère « il est poli d'être
gai » ? Mais il laisse aussi percer à plusieurs
reprises une irritation que les médecins jugent immotivée. Il ne se souvient pas spontanément qu’il a passé des tests peu de
temps auparavant, mais se les rappelle sitôt
qu’on lui en précise les circonstances. Il n’est
pas conscient de ses difficultés de mémoire
et considère que les réponses qu’il a fournies
conviennent tout à fait. Cela ne veut pas dire
que Jacques Chirac a sombré ad vitam dans
un profond brouillard. Ni qu’il ne sait plus ce
qu’il dit, comme d’aucuns voudraient le faire
croire. Et son anosognosie ne l’empêche pas
de ressentir, intuitivement, la réalité de son
état – ses visiteurs les plus intimes et les plus
fréquents en témoignent.
Pressé par son épouse, Chirac s’est donc
plié à cette nouvelle visite médicale et
Claude, présence rassurante et familière, l’a
accompagné pour ce rendez-vous d’une
heure. Sans cesse, il se tourne vers elle et
quête son aide car elle lui est devenue indispensable, jusqu’à la dépendance. A un point
dont il ne paraît pas conscient. Il fournit aux
questions du médecin des réponses assez vagues, où les mois et les années s’emmêlent,
où le temps devient flou. Comme tout cela
doit l’ennuyer... Il a dirigé un grand pays pendant douze ans, tutoyant les maîtres du
monde, et le voilà contraint de se soumettre
sans cesse à des examens, de répondre à des
questions dont il ne perçoit pas l’utilité.
Comment exclure que quelque chose en lui
se révolte ? C’est un vieux monsieur fragile,
malade, dans lequel sommeille encore le
grand Chirac. Le beau mec, le séducteur, le
gentil, le cruel, l’ambitieux, le modeste, le
père trop absent et trop présent, le fou et le
sage. L’unique Chirac. C’est peut-être absurde à dire, mais aucune maladie ne peut
tuer cela, au fond. D’une si forte personnalité, quelque chose demeure, insubmersible,
irréfragable.
Mais voilà, la messe est dite. De toute façon,
il s’agit pour son entourage d’éviter un procès à tout prix. Bernadette Chirac reçoit en
mains propres, le 8 juillet 2011, de son auteur,
le professeur Olivier Lyon-Caen, le certificat
médical, nécessaire au juge pour prendre une
décision qui aille dans le sens espéré. Un rapport de quatre pages denses, tristes, truffées
de termes médicaux, où transparaît quand
même la vérité d’un homme. Ainsi, il n’y aura
plus de soutien politique officiel à qui que ce
soit – pense-t-on ! Aucun tribunal ne fera
comparaître un prévenu dont les capacités
sont à ce point diminuées, même pour lire
un papier d’autojustification, en quelques
minutes.
Alors que le second tome des Mémoires est
paru un mois auparavant, il n’est plus question que Chirac en assure la promotion. Il
s’agit de paraître cohérent. Comment dire au
président du tribunal « je ne me souviens de
rien » et vendre un livre de souvenirs ? Que
pense Bernadette Chirac en prenant le document du professeur Lyon-Caen ? Le retournement tragique du sort ne peut lui avoir
échappé. Est-elle submergée de tristesse de
lire noir sur blanc la preuve de la déchéance
de son mari ? Soulagée de se dire qu’aucun
tribunal ne le fera désormais plus comparaître ? Ou pense-t-elle secrètement à la femme
du professeur, Jacqueline Chabridon, qui, ironie de l’histoire, a été le grand amour de son
mari ? Tous les vieux compagnons de Chirac
ont soupiré en voyant qui allait signifier officiellement au monde que les souvenirs de
l’ancien chef de l’Etat s’effaçaient. Au-delà des
motifs professionnels incontestables qu’il y
avait à choisir Olivier Lyon-Caen comme expert, ils n’ont pas pu s’empêcher de penser
qu’il y avait là une forme de vengeance, réelle
ou présumée, de Bernadette. (…)
A-t-on jamais vu plus cruel que cette lettre
signée de la main de Jacques Chirac et envoyée au président de la 11e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de
Paris, Dominique Pauthe ? Voici ce qu’il lui
fait parvenir, le 2 septembre 2011, trois mois
après avoir soutenu François Hollande, deux
mois après avoir passé ses examens médicaux. Un texte qui le condamne à l’enfermement et à la disparition sociale : « Monsieur
le président, j'ai demandé à mes avocats de
vous transmettre le rapport médical du professeur Olivier Lyon-Caen ainsi que le dossier
qui l’accompagne. Chacun comprendra que
cette démarche m’est particulièrement pénible, a fortiori sachant qu'elle deviendra publique. Si je n’ai plus l’entière capacité de participer à son déroulement, je veux vous dire que
ma volonté d'assumer ce procès demeure to-
tale. (...) C'est pourquoi j'ai demandé à mes
avocats de me représenter et de porter ma
voix durant les audiences, même si je ne pense
pas pouvoir être en situation de leur apporter
mon concours. » « Porter ma voix... » Quelle
drôle d’expression. On croirait lire « porter
ma croix ». (…)
Quoi qu’il en soit, cette lettre au président
du tribunal l’enferme davantage encore que
le silence qu’il s’est imposé et prend une dimension tragique. Elle nie sa conscience, sa
volonté, sa personne. Elle le réduit à sa maladie. En la signant, il a consenti à sa mise en
prison symbolique – une prison sans murs,
sans mots. Désormais, toute parole publique
devenue suspecte pourra être aisément discréditée. Et toute apparition publique sera
proscrite. Est-ce cela, vivre ? (…) Comme si la
disparition programmée de l’ancien président ne suffisait pas, c’est bientôt le citoyen
qui va être effacé à son tour. Il ne faut pas déplaire davantage à Nicolas Sarkozy, dont la
réélection s’annonce incertaine. Le scrutin
approche et Chirac ne manque pas de répéter à ses visiteurs qu’il votera Hollande. Plus
Bernadette court les meetings avec son
champion, plus Chirac défend le sien. C’est
une sorte de provocation mutuelle et permanente, doublée chez Chirac d’une aversion grandissante à l’égard de Sarkozy, dont
la campagne se caractérise par un flirt
poussé avec le Front national. (...)
Bernadette Chirac décide, avec sa fille, que
son mari votera par procuration. En réalité,
cette décision paraît inévitable après la lettre
au président Pauthe. Chirac serait trop malade pour être présent quelques heures dans
une cour, mais capable d’aller voter en Corrèze ? La vérité est que les deux femmes ne
veulent surtout prendre aucun risque devant
les micros qui ne manqueront pas de se tendre à la sortie du bureau de vote, où il accomplit son devoir électoral depuis plus de quarante ans. A Sarran, ce 22 avril 2012, la première sarkozyste du pays va donc voter seule.
La question surgit, à peine est-elle sortie de
l’isoloir, sur la « déclaration de Sarran ». L’expremière dame répond sans se démonter : «
C'était regrettable. C'était une maladresse.
Mon mari a regretté par la suite. » En réalité, il
a si peu de regrets qu’il a confirmé son choix
lors d’un déjeuner au Quai d’Orsay avec Alain
Juppé, François Baroin et son ancienne porte-parole, Catherine Colonna. Il l’a répété à
son proche compagnon, Jean-Louis Debré, le
président du Conseil constitutionnel. (...)
Les relations se sont dégradées entre les
deux époux, au point d’inclure une certaine
violence verbale. L’été de l’année 2012 sera le
dernier qu’ils passent dans les deux propriétés des Pinault à Saint-Tropez ou à Dinard.
Cela ne les empêchera pas de revenir pour de
courtes vacances à la Toussaint ou à Pâques,
ou de continuer à fréquenter leur château de
la Mormaire, à la sortie de Grosrouvre, dans
les Yvelines. (...) Mais l’été, lorsque la villa de
Saint-Tropez est pleine, les disputes avec Bernadette deviennent par trop voyantes. Des
phrases assassines franchissent la « barrière
de ses dents », comme disaient les Grecs de
l’Antiquité, quand il n’est pas à deux doigts
de lui lancer son verre à la figure. A Dinard, le
couple n’habite plus chez les Pinault mais
loge dans un hôtel voisin. Chirac reste là, debout, les mains dans les poches, le plus souvent. Il ne fait rien, il n’a envie de rien. Il ne lit
pas, ne regarde même plus la télévision. Il
déprime à nouveau, tel un roi sans divertissement. Pendant l’été en Corrèze, il restera
même plusieurs jours au lit, cessant de s’alimenter en signe de protestation. A la Biennale de Venise, où son ami Pinault convie
immanquablement l’ancien président, Maryvonne, l’épouse de l’homme d’affaires, demande à chacun d’aller converser quelques
minutes avec lui. Un ancien ministre qui a
pour Chirac de l’affection se plie volontiers à
cette petite courtoisie : « Au bout d'un moment il m'appelait Bernard et j'ai compris qu'il
me confondait avec Bernard de Montferrand
[un diplomate, ancien ambassadeur de
France au Japon]. Et il disait sans cesse : Bernadette, quand est-ce que nous rentrons ? »
(...) « Ce type-là a gâché ma vie », se plaint-elle
à qui veut l’entendre. Elle voudrait, dit-on, le
voir enfermé derrière de hauts murs et cherchera un temps une institution spécialisée
pour caser son mari. Au point que les conseillers encore présents rue de Lille se révolteront : « Si vous voulez le tuer plus vite, il n'y a
que cela à faire. » Ils savent tous que son bureau, les visites, les coups de fil le maintiennent en vie. Elle renoncera à son projet. (…)
Jacques Chirac a accédé à une forme de résignation, dès lors qu’il a quitté la place la plus
convoitée de la République. Il n’a jamais cru
retrouver un rôle après – même s’il a pris du
plaisir à recevoir du monde,
autant que sa santé le lui a permis. Il n’a jamais eu l’énergie ni
l’envie de faire vivre une fondation autrement que dans quelque cérémonie. D’autres, ses
amis, sa fille, Alain Juppé entré
au conseil d’administration,
s’en chargent pour lui. Lui propose-t-on de participer à quelque initiative internationale ?
« De toute façon, cela ne sert à
rien. Quand on n'a plus de fonction exécutive, les choses
n'avancent pas », soupire-t-il, Les Chirac.
désabusé. Cet homme qui a Les secrets du clan
vécu à l’Elysée enfermé dans de Béatrice Gurrey
une cage de mots, puis dans la
maladie et la peur que d’autres
avaient d’un procès, est désormais enfermé en lui-même Robert Laffont, 248 p., 18,50 €
sans le vouloir, autant que par
goût du secret. Bien sûr il continue à recevoir des visites, presque toutes
amicales et affectueuses, mais plus espacées.
Il sourit, laisse prendre des photos et s’émerveille devant les enfants qu’on lui amène. Il
accomplit le grand effort de marcher jusqu’à
la porte et garde la main de son visiteur dans
la sienne : « Reviens me voir. » Parfois il suit la
conversation, parfois son esprit s’évade.
Comme ce jour où Claude a suggéré à une
amie de venir avec son chien – puisqu’il les
aime. Elle-même amène souvent rue de Lille
Scott, le golden retriever qui gambadait dans
les jardins de l’Elysée. La discussion tourne
autour de la politique, durant de longues minutes, pendant lesquelles Chirac ne dit rien.
Peut-être caresse-t-il distraitement la tête du
chien. Alors que la dissertation va bon train
sur l’état du pays, il se penche soudain vers
l’invitée : « Et toi, qu'est-ce que tu lui donnes
comme croquettes ? » Une façon polie de dire
son ennui ? Une déconnexion passagère ? En
tout cas, la politique française au jour le jour
ne l’intéresse plus, il en a été rassasié. (…)
Il semble que Jacques Chirac se soit habitué
à ce drôle d’état qui est le sien, ni tout à fait ici
ni tout à fait ailleurs. Ni tout à fait lui-même
ni tout à fait un autre. Il se repère peu à peu
dans ce continent obscur, comme si ses yeux
s’étaient habitués à de trop faibles lueurs. Ce
corps qui geint en silence, cet esprit qui
s’échappe, il veut les dompter encore, peutêtre sans savoir qu’il y aspire. Quand il voit le
président Hollande, comme cela est arrivé
parfois, il rassemble son troupeau d’idées, il
souhaite être à son mieux, mais il arrive
qu’elles s’éparpillent quand même. Alors, il
en appelle à celle qui partage sa vie depuis
cinquante-huit ans pour l’aider à se retrouver dans le dédale de sa mémoire.
« Bernadette, comment s'appelle ce type,
déjà, que je n'aime pas du tout, à qui j'ai serré
la main ?
– Vous voulez dire Jean-Marie Le Pen ?
– Oui, c’est ça, Le Pen. »
Il sait que la nuit vient. p
18 | carnet
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AU CARNET DU «MONDE»
Décès
Chamonix. Paris.
Emilie Mazeaud,
sa compagne,
Jeane, Victor, Olga, Eléna,
ses enfants,
Tatiana, Sonam,
ses petits-enfants,
Georges, Lysa,
son frère et sa sœur,
Les familles Afanassieff, Derjavitch,
parentes, alliées et amies,
ont la douleur de faire part du décès de
M. Jean AFANASSIEFF,
chevalier de la Légion d’honneur,
chevalier dans l’ordre national du Mérite,
survenu le samedi 10 janvier 2015,
à l’âge de soixante et un ans.
La cérémonie orthodoxe sera célébrée
le samedi 17 janvier, à 10 heures,
en l’église Saint-Michel, à Chamonix,
suivie de l’inhumation au cimetière
de Chamonix, au côté de son frère,
Michel.
La famille recevra les visites à
la Maison des Guides de Chamonix,
le vendredi 16 janvier, à partir
de 18 heures.
Ruth ARGANDOÑA
nous a quittés le 8 janvier 2015.
Ses obsèques auront lieu le vendredi
16 janvier, à 10 h 30, en l’église SaintSaturnin, place de l’Église, à Antony
(Hauts-de-Seine).
Sa famille et ses amis.
Brigitte,
son épouse,
Taouiq, Nawal, Zineb,
ses enfants
et leurs conjoints,
Chama, Othman, Ines, Shems, Selma,
Illy,
ses petits-enfants
Et toute sa famille,
ont la tristesse de faire part du décès de
Haj Mohamed
BENJELLOUN-TOUIMI,
agrégé de l’Université,
professeur honoraire
au lycée Descartes de Rabat,
chevalier dans l’ordre national du Mérite,
commandeur
dans l’ordre des Palmes académiques,
cofondateur du Groupe de Recherches
Islamo-Chrétien,
survenu le 28 décembre 2014.
L’inhumation a eu lieu le 29 décembre,
au cimetière du Chellah, à Rabat.
1, rue Thami-Lamdouar,
Rabat Souissi (Maroc).
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Françoise,
sa femme,
Alain,
son frère,
Cécile, Natalie, Valérie, Aline, Véronique
et Sabine,
ses illes,
Ses petits-enfants,
Ses arrière-petits-enfants,
Ses neveux et ses nièces,
Jacqueline et Bernadette Flamant,
Catherine et Paule Marrou,
ses belles-sœurs,
Éric Stieltjes,
Philippe Zemmour,
Giovanni Cavallaro,
ses gendres,
ont la douleur de faire part du décès de
Jacques FLAMANT,
professeur des Universités,
survenu au milieu des siens,
le 11 janvier 2015,
à l’âge de quatre-vingt-quatre ans,
au terme d’une longue maladie.
La messe des obsèques sera célébrée
le jeudi 15 janvier, à 10 heures, en l’église
Sainte-Anne des Pinchinats d’Aixen-Provence.
878, route des Pinchinats,
13770 Venelles.
Pierre Jacquin,
son époux,
Elisabeth et Alain Josse,
Christine et Alain (†) Pierrard,
Yves et Martine Jacquin,
Philippe et Françoise Jacquin,
Catherine et Etienne Bacos,
ses enfants,
Nathalie, Eric, Aurélie, Sophie,
Mirinne, Claire, Charles, Matthieu,
Armand, Nicolas, Adèle, Pauline,
ses petits-enfants,
Anne-Sophie, Aristide, Arsène,
Olivia, Maxime, Sarah,
Clément, Emilie, Rémi, Julie,
ses arrière-petits-enfants
Et toute la famille,
ont la tristesse de faire part du décès de
Mme Jacqueline JACQUIN,
née BOYER,
survenu le 10 janvier 2015, à Antony,
à l’âge de quatre-vingt-douze ans.
La cérémonie religieuse sera célébrée
le vendredi 16 janvier, à 10 heures,
en l’église Sainte-Stanislas-des-Blagis,
104, avenue Gabriel-Péri, à Fontenayaux-Roses (Hauts-de-Seine), suivie
de l’inhumation, à 11 h 30, au cimetière
de Sceaux, 174, rue Houdan, à Sceaux.
Jérôme Lentin et Jacqueline Cohen,
Irène Lentin et Stefano Mangano,
ses enfants,
Jean-Louis, Yves et Isabelle Cohen,
François et Jean-Dominique Lentin,
ses neveux et nièce,
ont la grande tristesse de faire part
du décès de
André LENTIN,
mathématicien, logicien,
ancien maître de recherches au CNRS
(membre fondateur
de l’Institut Blaise-Pascal),
ancien professeur
à l’université René-Descartes Paris 5
(mathématiques et sciences humaines),
poète, critique d’art, traducteur…
survenu le 9 janvier 2015, à Paris,
dans sa cent deuxième année.
La cérémonie aura lieu le vendredi
16 janvier, de 11 h 15 à 12 h 30,
au crématorium du cimetière du PèreLachaise, 71, rue des Rondeaux, Paris 20e
(entrée par l’avenue du Père-Lachaise,
métro Gambetta).
180, rue de la Convention,
75015 Paris.
Lucienne Lestavel,
son épouse,
Catherine, Françoise et Claire,
ses illes,
Georges Lestavel,
son frère,
Geneviève Barraud,
sa sœur,
Julien et Tom Cholat,
ses petits-ils,
Sa famille
Et ses amis,
ont la tristesse de faire part du décès de
Jean LESTAVEL,
survenu le 10 janvier 2015,
à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans.
La cérémonie religieuse se tiendra
à Aix-en-Provence, le jeudi 15 janvier,
à 14 heures, en l’église Saint-Jean-deMalte, suivie de l’inhumation au cimetière
Saint-Pierre.
Jean-Luc et Annie Mériaux,
son frère et sa belle-sœur,
Jérôme Mériaux,
Odile et Stéphane Rasse,
Anne Mériaux,
ses neveux
Et ses sept petits-neveux,
ont la douleur de faire part du décès de
Gisèle MÉRIAUX,
professeur de Lettres classiques,
survenu dans sa quatre-vingt-septième
année.
12, rue Simon,
51100 Reims.
10, rue Henri-Duchêne,
75015 Paris.
Monique Pelletier,
son épouse,
Philippe et Françoise Pelletier,
Caroline de Boissieu,
Sophie Pelletier-Poitrat
et Jean Poitrat (†),
Anne et Maxime Aupetit,
Jérôme et Florence Pelletier,
Rémi Pelletier, Anne-Gaëlle Degufroy,
Nicolas et Yoshiko Pelletier,
ses enfants,
Ses trente petits-enfants,
Ses quatorze arrière-petits-enfants,
ont la tristesse de faire part du décès de
Jean-Marc PELLETIER,
croix de guerre 1939-1945,
commandeur de la Légion d’honneur,
vice-président honoraire
de la banque Indosuez,
survenu le 8 janvier 2015.
Il a résisté durant de longues années
à un lourd handicap avec un courage
exemplaire.
La cérémonie religieuse a été célébrée
dans l’intimité familiale, en l’église
de Saint-Martin de Bonnebosq, suivie
de l’inhumation au cimetière d’Auvillars.
14340 Le Lieu-Varin Auvillars.
137-145, avenue Achille-Peretti,
92200 Neuilly-sur-Seine.
DU MERCREDI 14 JANVIER AU VENDREDI 16 JANVIER
DE 9H00 À 18H00
ET LE LUNDI 19 JANVIER
DE 9h00 À 15h00
PALAIS DES CONGRÈS
2, PLACE DE LA PORTE MAI LLOT - PARIS 17 E
(HALLS N EU I LLY ET PASSY A)
N° d’enregistrement de la déclaration préalable auprès de la Mairie de Paris : 14-5335
Hermès Sellier - SAS - Capital : 4.976.000 Euros
Siège Social : 24 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris - 696 520 410 RCS Paris
ont la grande tristesse de faire part du décès
de leur père,
Philippe SAGANT,
ethnologue,
directeur de recherche au Centre national
de la recherche scientiique,
survenu le 10 janvier 2015, à Paris.
Un recueillement aura lieu le vendredi
16 janvier, à 10 h 30, au crématorium
du cimetière du Père-Lachaise, Paris 20e.
Pascal et Claire
avec Raphaël et Laure
et Amélie et Stéphane,
Jean-Remi et Dominique
avec Frédéric et Marion
et Thomas et Lorène,
Timothée et Irène
avec Jérémie et Adeline,
Paul-Olivier et Fabienne
avec Jeanne-Hélène, Matthieu
et Noémie,
Marianne et Marc
avec Pierre-Adil, Jean-Sélim
et Camil,
ses enfants, leurs conjoints
et ses petits-enfants,
ont la tristesse de faire part du rappel
à Dieu, le 4 janvier 2015, dans sa quatrevingt-dix-huitième année, de
Pierre VALLOTTON,
pasteur à Reims, Combas et Saint-Dié,
musicien d’Église,
ami des orgues,
fondateur de la FFAO.
Le culte d’action de grâce aura lieu
le samedi 17 janvier, à 14 heures, au temple
de Sanary-sur-Mer (Var).
Tadeusz Konwicki
Ecrivain et cinéaste
polonais
Maryse Wolinski,
son épouse,
Fréderica, Natacha et Elsa,
ses illes,
Georgia, Antoine, Lola, Lilah
et Bianca,
ses petits-enfants,
Denis Sanguinetti, Philippe Bordas,
Arnauld Champremier-Trigano,
ses gendres,
Hella Wolinski et Louise Giraudon,
ses sœurs,
ont la tristesse d’annoncer la mort de
Georges WOLINSKI,
dessinateur de presse,
éditorialiste politique,
écrivain,
chevalier de la Légion d’honneur,
assassiné lors de l’attentat perpétré contre
Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.
Une cérémonie aura lieu le 15 janvier,
à 11 h 45, au crématorium du cimetière
du Père-Lachaise, Paris 20 e , suivie
de l’inhumation de l’urne, à 16 heures,
au cimetière du Montparnasse, Paris 14e.
Olivier Bétourné
Et les Editions du Seuil,
ont appris avec stupeur et tristesse le décès
de
Georges WOLINSKI,
dessinateur de presse,
éditorialiste politique,
écrivain,
assassiné lors de l’attentat perpétré contre
Charlie Hebdo, le mercredi 7 janvier
2015.
Ils saluent l’homme libre, l’ami,
l’artiste.
Ils assurent Maryse et tous les membres
de la famille de leur profonde affection.
(Le Monde du 9 janvier.)
Souvenir
Il y a vingt ans disparaissait,
à l’âge de quarante-trois ans,
Roselyne REY,
normalienne,
chercheur au CNRS
en histoire des sciences.
Que ceux qui l’ont connue
aient une pensée pour elle.
Communications diverses
Heidi Vallotton, née Schaffert,
son épouse,
Camille, Maxime, Louis,
Heidi, Luc, Faustine
et Alexis,
ses arrière-petits-enfants,
VENTES
EXCEPTIONNELLES
Anne et Valérie Sagant
70e anniversaire de la libération
d’Auschwitz
Projection
Jusqu’au dernier.
La destruction des Juifs d’Europe
de William Karel et Blanche Finger,
avant-première
jeudi 15 janvier 2015, à 19 h 30,
en présence des réalisateurs
et de David Cesarani,
enseignant-chercheur,
université de Londres.
Entrée libre sur réservation
www.memorialdelashoah.org
Soutien à la marche républicaine.
Docteur Aly Elsamman,
président
de l’ADIC-Union internationale
pour le dialogue inter-culturel et religieux
et l’Education à la Paix,
en France et en Egypte,
membre du Conseil supérieur islamique,
convaincu que le prophète Muhammad
n’a surtout pas besoin de terroristes
pour protéger son image,
est en communion avec le peuple
de France et tous ceux qui œuvrent
pour le dialogue et la fraternité.
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Au milieu
des années 1970.
PROD DB/DR
E
crivain majeur de la Pologne d’après-guerre, Tadeusz Konwicki était également une figure importante de l’école de cinéma polonaise, l’un des premiers cinéastes
à s’imposer dans son pays comme
un auteur. Il est mort le 7 janvier à
Varsovie, à l’âge de 88 ans.
Tadeusz Konwicki est né en 1926,
à Nowa Wilejka, non loin de Wilno,
ancien centre historique et culturel de la Pologne, devenu Vilnius,
capitale de la Lituanie. Pendant la
seconde guerre mondiale, il s’engage dans l’Armée de l’intérieur,
où il combattra l’occupant nazi,
avant de rejoindre la guérilla contre les forces soviétiques. Son
œuvre sera marquée par le traumatisme des atrocités de cette
guerre, de la Shoah, mais aussi par
la mémoire de Wilno, creuset d’influences polonaises, russes, juives,
lituaniennes, allemandes, arméniennes, dont il fut coupé quand
elle fut rattachée à l’URSS.
Cri de révolte poussé au sortir de
la guerre, son premier roman, Les
Marécages, est interdit par la censure. Rapidement, Konwicki fait
allégeance au nouveau pouvoir et
épouse, pour quelques années, la
doxa du réalisme socialiste. Avec
le dégel, qui autorise la publication
des Marécages, il remet en question cette « fonction servile de la
littérature » et affirme pour la première fois avec Un trou dans le ciel
(1959) son style propre – lyrique,
onirique, très subjectif, hybridant
les genres et les modes de narration… Glissant peu à peu dans la
dissidence, il rejoindra en 1976 les
comités de défense des ouvriers,
qui s’opposaient à la direction du
Parti communiste. Entre 1976 et
1987, ses romans ne seront plus
publiés que clandestinement.
Approche intimiste
Dans un pays où le cinéma s’est
toujours nourri de l’imaginaire
des grands écrivains, Konwicki a
vite été appelé à travailler comme
scénariste. Après une première
collaboration, dont il regretta le résultat (Une carrière, de Jan Koecher, 1955), une seconde, Crépuscule d’hiver, de Stanislaw Lenartowicz (1957), est plus fidèle à son
univers. Il réalise son premier
long-métrage, Le Dernier Jour de
l’été, un an plus tard. Le film, Grand
Prix au festival de Venise en 1958,
met en présence un jeune homme
et une femme d’âge mûr marqués
par la guerre et incapables de trouver un chemin l’un vers l’autre.
De ses contemporains Andrzej
Wajda et Andrzej Munk, Konwicki
1926 Naissance
à Nowa Wilejka (Lituanie)
1958 « Le Dernier Jour de
l’été », premier long-métrage
7 JANVIER 2015 Mort
à Varsovie
se distingue par une approche plus
intimiste, spirituelle, dans laquelle
le passé agit comme une force aliénante, destructrice. L’idée de
l’amour rendu impossible par le
trauma de la guerre, qu’il esquisse
dans Le Dernier Jour de l’été, ces
personnages hantés, incapables de
commencer une vie nouvelle, reviendront dans toute son œuvre,
et d’abord dans son film suivant,
La Toussaint (1961).
Mais le ton change. Avec Salto
(1965), considéré comme son
chef-d’œuvre, il cesse de s’apitoyer
sur sa génération pour adopter un
ton sarcastique. Amorcé en littérature avec Le Livre contemporain
des songes (1963), ce virage suit, au
cinéma, la trajectoire d’un personnage ambivalent, contradictoire,
insaisissable, avec lequel l’auteur
opère une psychanalyse de l’inconscient national, en tournant en
dérision les mythes nationaux,
tels que les véhiculent la littérature, mais aussi le cinéma de Wajda et de Munk.
Wajda contribuera pourtant à la
fortune de Konwicki au cinéma.
En 1987, l’auteur de L’Homme de
marbre décide d’adapter son roman Chronique des événements
amoureux et lui offre d’interpréter, dans cette histoire inspirée de
son premier amour, un spectre du
temps présent, abîmé par les tragédies du siècle, qui vient hanter la
Wilno idéalisée d’avant-guerre. Un
autre de ses romans, La Petite Apocalypse (1975), anticipation métaphorique de l’effondrement du
communisme, sera adapté en 1993
par Constantin Costa-Gavras.
En 1989, Konwicki réalise son
dernier film, Lawa, dans lequel il
subvertit un classique de la littérature polonaise, Aïeux, d’Adam Mickiewicz, en insérant dans le monologue blasphématoire de son
auteur des images documentaires
du ghetto de Varsovie et du massacre de Katyn. Trois ans plus tôt,
dans une interview donnée au
Monde, il se félicitait d’avoir « écrit
ce qu’il voulait », « fait ce qu’il devait faire », et contribué à
« l’émancipation » de la société
polonaise. « Je suis un homme libre », affirmait-il. p
isabelle regnier
PRÉCISION
Disparition. Une erreur a été commise dans la signature
de la nécrologie d’Yves Rouquette (Le Monde du 12 janvier).
L’article a été écrit par Philippe-Jean Catinchi.
culture | 19
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
Haut lieu de pèlerinage
de l’Empire khmer, le site
s’étend sur 155 hectares.
TANG CHHIN SOTHY/AFP
La paix revient au temple de Preah Vihear
Longtemps disputé par la Thaïlande, le sanctuaire cambodgien va être restauré sous la direction de l’Unesco
D
écembre 2014. Trente
convives sont coudeà-coude autour d’une
nappe blanche sous
un auvent de bois. Le pique-nique
a été dressé à l’ombre du temple
de Preah Vihear, vaisseau céleste
dont la proue redessine la chaîne
des Dangrêk, frontière disputée
entre Thaïlande et Cambodge. Sok
An, le vice-premier ministre cambodgien, a organisé le repas pour
annoncer « une lune de miel avec
la Thaïlande ».
Après soixante ans de conflit
armé entre les deux prétendants,
la Thaïlande revendiquant une
partie du site sacré, le retournement de situation tient du miracle. Les ambassadeurs et conseillers venus exprès de Phnom
Penh, les responsables de l’Unesco
et les archéologues, historiens et
architectes, en restent cois.
Le temple ciselé dans le grès aux
Xe-XIIe siècles, haut lieu de pèlerinage de l’empire khmer, va enfin
être restauré. Ancré au bord d’un
précipice de 625 mètres, ce sanctuaire spectaculaire était l’objet
d’un litige récurrent, le royaume
du Siam n’acceptant pas le tracé de
frontière de 1907 donnant le site
au Cambodge, alors sous protectorat français. En 1954, un an après
l’indépendance du pays, il occupe
le site. En 1962, la Cour internationale de La Haye réaffirme la souveraineté des Khmers sur le temple.
En 2009, après avoir reçu le label
de Patrimoine mondial de
l’Unesco au titre du Cambodge,
puis en 2011, Preah Vihear est de
nouveau attaqué par le royaume
du Siam, qui tente d’en déloger les
Cambodgiens. Six morts, des dizaines de blessés et des milliers de
déplacés sont dénombrés côté khmer. Le 11 novembre 2013, la Cour
internationale de La Haye réaffirme l’autorité du Cambodge sur
le temple disputé. Un an plus tard,
finalement, la Thaïlande s’incline.
Dans la chaleur moite, un garde
du corps agite un morceau de carton en guise d’éventail pour ra-
fraîchir l’orateur. Sok An s’enflamme à sa manière, d’une voix
posée : « On ouvre une nouvelle
page de coopération, une nouvelle
histoire de Preah Vihear. » Sur
155 hectares, le temple est à préserver, comme son paysage de
2 600 hectares [zone tampon].
« Nous allons construire des maisons, des écoles, installer l’électricité, des pompes à eau, 4 800 familles ont beaucoup souffert »,
poursuit Sok An.
2 700 marches de bois
Lors de notre première visite, en
décembre 1998, Preah Vihear
n’était accessible que depuis la
Thaïlande, via une autoroute asphaltée de frais et une billetterie
aux allures de centre commercial : le dimanche, jusqu’à dix
mille touristes et des bonzes en
robe safran affluaient, par cars entiers, de tout le royaume du Siam.
Le temple, juste rouvert, avait un
franc succès. Une manne.
Pour accéder au cœur du sanctuaire côté cambodgien, il fallait
alors passer la frontière, un méchant grillage gardé par des soldats logés dans des huttes de
paille. Les Khmers rouges, très
présents dans la région, venaient
d’annoncer leur reddition. Un paludisme ravageur, le manque
d’eau potable et de nourriture
maintenaient une misère criante.
Aujourd’hui, côté Cambodge,
une piste en partie carrossable
donne accès au site par un système de navettes organisé par la
communauté locale. Mais c’est
par les 2 700 marches de bois –
montées sur l’ouvrage de grès
qu’empruntaient les pèlerins –
qu’il faut grimper pour prendre la
mesure du site vertigineux : deux
heures trente d’escalade sous un
soleil de plomb pour atteindre le
vaisseau sacré.
Une fois au-dessus de la jungle
touffue, le regard dévale à l’horizon sur une plaine sans fin. Angkor est à 140 kilomètres. Wat
Phu, au Laos, à peine plus. La légende dit que la première pierre
de Preah Vihear serait le linga de
Shiva, symbole phallique de ferti-
Appareillage
de grès sombre
sur un tapis
de verdure, Preah
Vihear est une
scène de théâtre
à ciel ouvert
lité, provenant de ce temple. Selon
une inscription, le dieu a ordonné
que son linga soit installé sur ce
promontoire pour être vu du
monde entier. Le mythe est bien
vivant. « Des empreintes du pied
de Shiva ont été relevées à plusieurs
endroits », affirme Sachchidanand Sahai, l’historien indien qui
a exploré le site durant deux ans.
Sur les frises et les reliefs sculptés,
la divinité du panthéon hindou
que les anciens rois khmers vénéraient tient la première place.
Après l’escalier, il faut encore de
l’énergie pour remonter l’axe central du sanctuaire, une chaussée
ascendante, pavée sur 800 mètres, qui conduit aux portiques
monumentaux, les gopura, desservant les cinq pavillons dotés
de cours et de chapelles. Cette
chaussée sacrée est bornée de
boutons de lotus en grès figurant
les grains d’un chapelet que le pèlerin dénombre en récitant des
mantras sur le chemin de la destination finale.
« Le premier pavillon symbolise
l’espace infini, explique le professeur Sahai, spécialiste de Shiva, qui
a étudié la cosmogonie de Preah
Vihear. Le deuxième pavillon, aux
neuf portes, représente le corps humain aux neuf ouvertures », et
ainsi de suite jusqu’au sanctuaire
principal, le dernier des édifices.
Sans ouverture, fermé sur luimême autour d’un charmant cloître rappelant nos édifices romans,
il est, au bord du précipice, l’espace
privé du dieu : « Quand on y accède, les dernières démarches de la
vie spirituelle sont accomplies. »
Thaïlande comme par le passé.
Mais, précise Sok An, le vice-premier ministre cambodgien, « le
transport des touristes sera organisé depuis la frontière de Tra Tao,
à cinq kilomètres de là. Ils passeront par le nouvel écomusée, où
seront délivrés les billets d’accès ».
Lorsque le CIC s’est réuni à huis
clos, Nuttavudh Photisaru, secrétaire général adjoint du ministère thaïlandais des affaires
étrangères, a déclaré son soutien
à la sauvegarde du temple, se disant prêt à apporter toute la documentation scientifique que
son pays possède. Sa récente nomination comme ambassadeur
au Cambodge est de bon
augure. p
La beauté du site touche autant
qu’elle impressionne par sa force
dépouillée. Appareillage de grès
sombre sur un tapis de verdure,
Preah Vihear est une scène de
théâtre à ciel ouvert, sur laquelle
Shiva, le créateur-destructeur,
exécute sa danse cosmique. Sur
les linteaux et les frontons, le
tailleur de pierre représente
Shiva dansant sur la tête grimaçante de Kala, le monstre à longs
crocs qui, de sa langue démesurée, avale le temps. « C’est l’embrasement final, l’extinction du temps
par le feu éternel », commente
M. Sahai. Shiva détruit pour recréer. « La danse cosmique ne
cesse jamais. »
La structure même du temple,
tenue par le rocher sur lequel il repose, demeure solide. La plupart
des parties sculptées sont debout. Les grands portiques à colonnades, des blocs monumentaux assemblés à vifs, comme
ceux des voûtes, sont, eux, en
partie écroulés. Le programme
des travaux de restauration sera
validé par le Comité international
de coordination de Preah Vihear
(CIC-PV), créé le 3 décembre 2014,
sur le modèle même de celui
d’Angkor (CIC Angkor).
t-il. Avec sa détermination sans
faille, l’archéologue tunisien,
membre de l’Institut de France,
décidé à préserver l’harmonie du
site dans son authenticité, a chiffré le coût des travaux à réaliser
sur dix ans : 15 millions de dollars
(12 millions d’euros). Reste à convaincre les mécènes.
Pour l’heure, le sanctuaire demeure une forteresse bien gardée.
De l’escalier qui monte à l’assaut
de la falaise, la présence militaire
impressionne. Les bunkers sont
dissimulés dans la végétation, les
soldats sont armés. Mais, dans
leurs hamacs, à l’abri du feu solaire, ils affichent plus de nonchalance que de vigilance.
Il n’est plus question de permettre l’accès direct au temple par la
Danse cosmique
Ce comité est placé sous l’attention vigilante d’Azedine Beschaouch, secrétaire général de ces
deux CIC, qui veille sur les vestiges des anciens rois khmers depuis vingt ans. Si la restauration
du vaisseau céleste semble un jeu
d’enfant au regard de la complexité des temples d’Angkor, sa
dimension esthétique liée à l’environnement spectaculaire de
Preah Vihear est une autre affaire.
Les bâtisseurs se sont servis de
l’aérienne plate-forme comme
carrière, tout en composant un
paysage artificiel à préserver.
M. Beschaouch est convaincu du
« lien entre ce paysage et sa fonction religieuse ». Là, « un mur s’est
affaissé, fait-il remarquer. Dans sa
course, il forme des vagues. A
l’école de la conservation, il ne faut
pas oublier l’esthétique », insiste-
Suresnes cités danse
16 janvier
10 février
2015
florence évin
23e édition
16 > 18 janvier
Farid Berki
Fluxus Game création
Photo : B. Fanton. Licence n°1-1049518, n°2-1049303
REPORTAGE
preah vihear (cambodge)
17 > 19 janvier
Cités danse connexions #1
François Lamargot
Gardien du Temps
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Petite danse
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20 | culture
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
La fin rêvée de Compaoré
Le chorégraphe burkinabé Serge Aimé Coulibaly présente au Tarmac, à Paris, « Nuit blanche à Ouagadougou »
DANSE
« Lorsque je
présente mon
passeport, on me
demande si je
suis footballeur.
Maintenant, j’ai
peur de ce que
l’on va me dire »
L’
histoire en temps réel.
Le 5 décembre 2014, à
Ouagadougou, le chorégraphe burkinabé
Serge Aimé Coulibaly joue son
nouveau spectacle Nuit blanche à
Ouagadougou, en gestation depuis deux ans. Il y évoque la chute
du président Blaise Compaoré, un
mois auparavant, le 31 octobre
2014, lors d’un soulèvement populaire après vingt-sept ans de règne.
Certains spectateurs croient que la
pièce sort du four ou que le chorégraphe s’empare de l’actu pour
aiguiser son propos. Ni l’un ni
l’autre. Serge Aimé Coulibaly a
juste rêvé si fort la fin de Compaoré que son désir est devenu prémonition et réalité.
Le chorégraphe vient d’arriver
au Tarmac, à Paris, lundi 12 janvier.
Il ouvre, avec Nuit blanche à Ouagadougou, le festival Faits d’hiver,
qui se tient du 14 janvier au 14 février, dans huit théâtres de Paris et
d’Ile-de-France. Il raconte les rebondissements multiples d’une
pièce qu’il transforme régulièrement. « C’est tellement bizarre de
témoigner d’événements au moment où ils arrivent, glisse-t-il, rêveur. Le contexte ajoute évidemment une urgence mais oblige
aussi à modifier certaines choses. »
A son côté, Smockey Bambara,
Kora du meilleur rappeur africain
en 2010, fondateur du Balai citoyen, un mouvement civil qui a
contribué à la chute de Compaoré,
a écrit la musique et le texte qu’il
interprète sur scène.
Celui qui souriait de la danse
contemporaine en la traitant de
« comptant pour rien » a accepté de
participer au projet. « Les gens ont
du mal à apprécier la danse contemporaine, notamment en Afrique, explique Smockey. Je connais
le travail de Serge Aimé, son esprit
critique et son engagement politique. Nos histoires étaient synchrones. Sans compter que c’est une expérience nouvelle pour moi qui ai
toujours soif de découvertes. »
SERGE AIMÉ COULIBALY
chrorégraphe et interprète
Marion Alzieu, Adonis Nébié et, au sol, Sayouba Sigué. PIERRE VANEECHAUTE
Les couches et sous-couches de
cette pièce pour quatre danseurs,
tendue et nerveuse, comme transpercée par des électro-chocs, sont
nervurées d’anecdotes. Lors des
premières représentations, à Ouagadougou, fin octobre 2014, Smockey était dans la rue et sur le plateau. « Lors de la marche dans la
ville, le 28 octobre, il était en tête de
la mobilisation, se souvient Serge
Aimé Coulibaly. On jouait à 18 heures. Je l’appelle à 16 h 30. Il me dit
qu’il est avec des milliers de jeunes
et qu’il ne peut pas les laisser. Finalement, il réussira à venir. Mais le
choc de la réalité et de la fiction, les
T ÉLÉVI SI ON
Amazon commande
une série à Woody Allen
Niki de Saint Phalle en train de viser, photographie en noir et blanc rehaussée de couleur extraite du ilm Daddy, 1972. (détail) © Peter Whitehead.
Amazon a annoncé, mardi
13 janvier, avoir signé avec
Woody Allen pour qu’il écrive
et réalise une série télévisée
pour son service de vidéo en
streaming. Cette série sera visible exclusivement sur le
service Prime Instant Video,
en 2016, a précisé Amazon. La
NIKI DE
SAINT
PHALLE
société dit avoir commandé
une saison entière du « Untitled Woody Allen Project »
(« projet Woody Allen non titré »), qui sera la première série télévisée du cinéaste. Agé
de 79 ans, il a commenté avec
humour : « Je ne sais pas comment je me suis retrouvé làdedans. Je n’ai aucune idée, et
je ne sais pas par où commencer. » – (Reuters.)
GRAND PALAIS
GALERIES NATIONALES
17 septembre 2014
2 février 2015
grandpalais.fr
Si Coulibaly
et Smockey
ont décollé
le spectacle
de son contexte
burkinabé, ils ont
gardé la charge
revendicatrice et
insurrectionnelle
combats dont nous parlons dans la
pièce – personnellement, je pensais
que la chute de Compaoré aurait
lieu en 2015 –, tout s’est mélangé en
permanence pendant l’élaboration. » Jusqu’à susciter, quelques
mois avant la fin de Compaoré, la
crainte que le spectacle soit interdit, voire la peur de représailles.
« Ma mère voulait que l’on change
les textes, car elle avait peur »,
ajoute Coulibaly.
Charge revendicatrice
Que reste-t-il de cette électricité, de
cet ancrage dans le quotidien ? Si
Serge Aimé Coulibaly et Smockey
ont décollé le spectacle de son contexte burkinabé – les hommes politiques sont simplement nommés par leur prénom –, ils ont conservé la charge revendicatrice et
insurrectionnelle. Sans cesse rattrapé par l’actualité, le thème universel de la liberté d’expression irradie. « La pièce n’arrête pas de bouger, commente Smockey. Tous les
peuples ont les mêmes problèmes.
L’intolérance que montre le dossier
Charlie le souligne bien. »
La danse de Serge Aimé Coulibaly, qui s’est fait connaître dans
les années 2000 comme interprète des chorégraphes flamands
Alain Platel et Sidi Larbi Cherkaoui, tape fort. Elle a considérablement changé depuis ses premières pièces personnelles
en 2002. Dynamique, virevoltante
à ses débuts, elle s’est durcie jusqu’à déflagrer dans des rafales de
gestes tranchants. Elle étrille le
corps, le retourne sans merci pendant plus d’une heure. Au regard
de la parole de Smockey que son
contact avec les danseurs a incliné
vers un certain lyrisme, elle cingle.
Serge Aimé Coulibaly était en
tournée à Ostende, en Belgique,
lorsqu’il a entendu parler de son
homonyme terroriste. « J’étais choqué, secoué, confie-t-il. Je me suis
demandé d’où il venait, comment
cette affaire était possible. Il y a des
millions de Coulibaly en Afrique de
l’Ouest mais ici en Europe, cela
prend un autre sens. L’histoire des
Coulibaly en Afrique est celle de la
dignité, de la démocratie. J’étais très
fier de mon nom. Lorsque je présente mon passeport, on me demande souvent si je suis footballeur. Maintenant, j’ai peur de ce que
l’on va me dire. » p
rosita boisseau
Nuit blanche à Ouagadougou
de Serge Aimé Coulibaly. Avec
Smockey. Festival Faits d’hiver.
Le Tarmac, 159, avenue Gambetta,
Paris-20e. Du 14 au 17 janvier.
Mercredi et vendredi, 20 heures.
Jeudi, 14 h 30. Samedi, 16 heures
Tél. : 01-42-74-46-00. De 16 € à 26 €.
Tchekhov au chevet d’une société exsangue
Au Théâtre de la Colline, « Platonov » fait résonner la Russie d’hier avec la France actuelle
THÉÂTRE
B
ien sûr, ce fut étrange.
Etrange de se rendre au
Théâtre de la Colline, à Paris, pour la première de ce Platonov, jeudi 8 janvier, au lendemain
du carnage à Charlie Hebdo. Comment, pourquoi aller au théâtre,
après ce qui s’était passé ? Trois
heures trente plus tard, on avait la
réponse. C’était Tchekhov, cet
homme qui nous parle de notre
humanité comme aucun autre –
d’une humanité en plein désarroi
moral, politique, intime, intellectuel et religieux.
Et c’était, tel que la compagnie
des Possédés et son chef de
troupe, Rodolphe Dana, avaient
choisi de l’incarner, un Tchekhov
formidablement vivant, semblant nous parler directement de
nous aujourd’hui – de notre
peine, de notre impuissance, de
tout ce que nous avions raté et des
ressources à trouver pour enfin
reconstruire quelque chose sur le
marasme.
Dès les premières minutes, elle
nous a semblé proche comme jamais, cette pièce que Tchekhov a
écrite alors qu’il avait à peine
18 ans, en 1878, et qui est comme
un vaste chantier de toute son
œuvre à venir. Dès qu’Emmanuelle Devos, merveilleuse d’emblée et qui le sera de bout en bout,
s’est assise, après la minute de silence observée par toute la salle,
passant de la gravité au rire et du
rire aux larmes – semblant nous
dire : oui, nous pleurons, mais « il
faut vivre », phrase-clé dans le
théâtre de Tchekhov, et, oui, nous
aurons du mal, nous pleurerons
encore, mais nous vivrons, malgré tout.
Ce « Platon miniature »
Voilà ce qu’ils nous ont dit, ces
personnages qui tous contemplent leur échec, dans l’été d’une
campagne, au miroir de celui de
Platonov, ce « Platon miniature »
qui semblait le plus doué, le plus
conscient, le plus humain de
tous, mais qui, lui aussi, a sombré
dans la médiocrité. Il aime plusieurs femmes à la fois, elles sont
toutes folles de lui, qu’il s’agisse
de sa femme, Sacha, de son
amour de jeunesse, Sofia, de
l’étudiante Maria ou de la générale Anna Petrovna. Il les aime, il
les blesse, et il regarde sa propre
Elle nous
a semblé proche
comme jamais,
cette pièce que
Tchekhov a écrite
alors qu’il avait
à peine 18 ans,
en 1878
cruauté avec dégoût.
C’est fou ce qu’elle résonne avec
notre France actuelle, cette Russie
de la fin du XIXe siècle qui bascule
d’un monde à l’autre, du moins
dans cette mise en scène qui n’est
pas sans défauts – la troupe tire
un peu fort par moments du côté
de la farce et de la dérision –, mais
qui prend à bras-le-corps les vrais
enjeux de la pièce. Ce que l’on voit,
ici, ce qu’avait vu Tchekhov, déjà,
c’est le rôle de plus en plus important de l’argent, qui devient le
nouveau dieu, la révolution qui
s’ouvre dans les relations entre les
hommes et les femmes, et plus
profondément la manière dont la
liberté et le confort peuvent générer une forme de médiocrité, d’engourdissement : « On s’enfonce
dans un abrutissement graisseux », dit Platonov au début de la
pièce.
Il y a dans ce Platonov une sorte
de rage, d’envie de jouer, d’incarner la pièce au présent, qui emportent le morceau. Tout repose
ici sur les acteurs, qui pour la plupart donnent une vraie couleur à
leur personnage. A commencer
par Emmanuelle Devos, qui enfin
revient dans le « grand » théâtre,
et qui joue la générale, Anna Petrovna, comme on ne l’avait jamais vue. En virtuose des ruptures de ton, elle en fait une diablesse irrésistible et complexe,
d’une liberté totale, grave et futile
tout ensemble.
Le Platonov très dostoïevskien
qu’incarne Rodolphe Dana à la
tête de ses Possédés est tout aussi
fort et intéressant. C’est un ours
un peu minable, qui a écrabouillé
ses idéaux et « fouille dans le cœur
des gens avec [ses] grosses pattes
froides ». David Clavel (Triletski),
Nadir Legrand (Voïnitsev), Christophe Paou (Ossip et Bougrov),
Emilie Lafarge (Maria), Marie-Hélène Roig (Sacha)… ont tous également une présence singulière.
« Que faire ? », demande un des
personnages quand tout est fini,
quand toute cette impuissance
s’est soldée par la mort. « Enterrer
les morts et réparer les vivants »,
répond le docteur Tchekhov, qui
n’a pas son pareil pour ausculter
les symptômes d’une société exsangue. On ne le fréquente jamais
assez, cet homme-là. p
fabienne darge
Platonov, d’Anton Tchekhov.
(traduit du russe par André
Markowicz et Françoise Morvan,
éd. Les Solitaires intempestifs)
Création collective dirigée par
Rodolphe Dana. Théâtre national
de la Colline, 15, rue Malte-Brun,
Paris 20e. Tél. : 01-44 -62-52-52.
Mardi à 19 h 30, du mercredi au
samedi à 20 heures, dimanche
à 15 heures, jusqu’au 11 février.
De 14 € à 29 €. Durée : 3 h 30.
Puis tournée jusqu’en avril,
à Colombes, Gap, Marseille,
Toulouse, Lille, Tours…
télévisions | 21
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JEUDI 15 JANVIER 2015
SÉLECTION
DU JEUDI
« Paris » en un subtil chassé-croisé
Les douze personnages de cette série chorale écrite par Virginie Brac
nous emportent dans la vie réelle aux quatre coins de la capitale
MAGAZINE
La Grande Librairie
animé par François Busnel
60 MIN.
ARTE
JEUDI 15 – 20 H 50
SÉRIE
I
l était osé d’entremêler, durant six épisodes, la vie de
douze personnages aux origines sociales très différentes en respectant les unités de lieu
(Paris) et de temps (vingt-quatre
heures). Le pari est pourtant
réussi, puisque jamais on ne décroche, pas plus qu’on ne se désintéresse d’un seul des protagonistes dont les existences se croisent, directement ou indirectement, au fil de la journée.
Un exemple : le premier ministre doit entrer en relation avec
une toxicomane, laquelle rencontre une chanteuse transgenre
dont la mère est amenée à se rendre à Matignon pour négocier…
Sans qu’ils se rencontrent nécessairement, une toile se tisse entre
ces hommes et ces femmes qui,
tous, contribuent à cette série
chorale, très plaisante à suivre.
Grâce, notamment, à la justesse
de nombreuses scènes qu’elle délivre et à l’excellence des acteurs
qui la portent.
Le réalisateur Gilles Bannier et
la scénariste Virginie Brac – le
tandem talentueux qui a déjà
opéré sur deux séries innovantes,
« Les Beaux Mecs », et la saison 2
d’« Engrenages » – nous conduisent, cette fois, des hauts lieux de
la République (Matignon, le Palais de justice, les Invalides) à la
porte de la Chapelle, du 13e arrondissement à Pigalle, sur la trace
des divers personnages : malfrat,
procureur général, premier ministre, chanteuse de cabaret,
femme de ménage, responsable
syndicale, journaliste…
Le cynisme du monde politique
Et c’est une transsexuelle, Alexis
devenu Alexia, à qui revient le
rôle de créer, involontairement,
le lien, plus ou moins étroit, entre
tous ces personnages. Alexia, que
l’on découvre dès les premières
images de l’épisode 1, chantant au
Sunset, à Pigalle, et qu’interprète
avec beaucoup de simplicité et de
naturel Sarah-Jane Sauvegrain,
déjà vue dans une autre série
d’Arte, « Ainsi soient-ils ».
Certes, la mécanique des chassés-croisés sur laquelle repose
« Paris » ne permet pas de dessiner un portrait psychologique en
profondeur de chacun des protagonistes. Elle ne nuit pas, en revanche, à la description très réaliste du Paris d’aujourd’hui et du
cynisme dont sait faire preuve le
monde politique.
Au côté de l’écrivain américain
Russell Banks, qui évoquera son
recueil de nouvelles Un membre
permanent de la famille (Actes Sud),
sont invités Philippe Besson,
Abdourahman A. Waberi et Cécile
Coulon.
Notons cependant que l’artiste
transgenre, le rôle central de la
série, est de façon surprenante
interprété par une femme, par
ailleurs très jolie, alors même
que son personnage, Alexis, est
toujours un homme, sous traitement hormonal depuis trois ans
et en attente de l’opération – ce
que cette fiction ose dévoiler
avec tact.
Joué par un acteur, le rôle
d’Alexis/Alexia aurait sans aucun
doute apporté une dimension
beaucoup plus vraisemblable à
cette fiction télévisée. Mais on
aurait alors quitté le monde des
séries made in France, où le spectateur (plutôt âgé et censé être
amateur d’intrigues pas trop dérangeantes) est supposé ne supporter que « luxe, calme et volupté ». p
FRANCE 5 – 20 H 35
DOCUMENTAIRE
La Longue Marche
de Martin Luther King
De John Akomfrah
martine delahaye
G.-B./FR./ É.-U. – 2013 – 60 MIN.
Paris, mini-série créée par
Virginie Brac et réalisée
par Gilles Bannier. Avec SarahJane Sauvegrain, Jérôme Robart,
François Loriquet, Florence
Pernel, Eric Caravaca, Kool Shen
(France, 2015, 6 × 40 minutes).
Trois épisodes seront diffusés
à partir de 20 h 50 ce jeudi
15 janvier, les trois autres,
jeudi 22 janvier.
Julie Ordon, dans le rôle de Jennifer, et Kool Shen,
dans celui de Sacha. PIERRE VIALLE/SON ET LUMIÈRE
Quels furent les événements qui
menèrent à la marche des droits
civiques, le 28 août 1963, à
Washington, puis à l’adoption d’un
projet de loi égalitaire ? C’est ce que
raconte ce documentaire qui décrit
l’époque de la ségrégation en
revenant sur l’organisation de cette
manifestation où Martin Luther King
prononça son fameux discours
« I have a dream ».
FRANCE 3 – 23 H 10
FILM
Des camps de femmes sortis de l’oubli
A partir de 1938, des milliers d‘étrangères jugées « indésirables » furent internées arbitrairement en France
C’
est une réalité historique rarement évoquée,
donc peu connue : de
1938 à 1944, le territoire français a
abrité des camps d’internement
réservés aux femmes. Ces déte­
nues aux profils très divers (répu­
blicaines espagnoles, communis­
tes, juives allemandes, autri­
chiennes ou polonaises, mili­
tantes antifascistes) se sont
retrouvées derrière les barbelés,
parfois aux côtés de prisonnières
de droit commun. Si l’histoire de
certains camps d’internement
mixtes situés dans le sud de la
France, comme celui de Gurs (Pyrénées-Atlantiques), a donné lieu
à des documentaires, cela n’avait
pas été le cas du camp de Rieucros,
près de Mende en Lozère, ni de celui de Brens près de Gaillac (Tarn),
où furent internées des milliers
de femmes.
Des décennies de silence
Ce film inédit, riche de témoignages souvent poignants d’anciennes détenues, vient réparer des
décennies de silence. Dès novem-
bre 1938, le gouvernement Daladier décide, par décrets, d’interner les étrangers suspects. Un
énorme pouvoir est donné aux
préfets, qui dressent des listes de
femmes « indésirables ». A partir
d’octobre 1939, un premier camp
est ouvert à Rieucros, dans un vallon sauvage aux portes de Mende.
Vingt-six nationalités différentes
sont rassemblées dans un lieu
dont les dimensions restreintes
facilitent l’esprit de résistance.
Dans la baraque 6, juives allemandes, communistes espagnoles,
antifascistes italiennes, Françai­
ses opposées à Pétain se retrou­
HORIZONTALEMENT
GRILLE N° 15 - 012
PAR PHILIPPE DUPUIS
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
SOLUTION DE LA GRILLE N° 15 - 011
HORIZONTALEMENT I. Ramification. II. Elévateur. La. III. Se. Oter. Ilet.
IV. Ovni. Météo. V. Liures. Ester. VI. Unies. En. One. VII. Tirs. Anti. Dl. VIII.
Iea. IstanbuL. IX. Oriente. Noie. X. Nettoiements.
VERTICALEMENT 1. Résolution. 2. Alevinière. 3. Me. Nuirait. 4. Ivoires.
Et. 5. Fat. Es. Ino. 6. Items. Asti. 7. Cère. Entée. 8. Au. Tenta. 9. Tries.
Inné. 10. Loto. Bon. 11. Olé. Enduit. 12. Naturelles.
I. Allégé en prenant de la bouteille.
II. A satisfait à toutes les conditions.
Drame lyrique. III. Résistible est son
ascension. Comme une grippe de
basse-cour. IV. Avec discernement
quand ils sont bons. Chef d’Etat à vie.
V. Attaquer passage après passage.
Sans le haut ni le bas. VI. Préposition.
Méprisera de toute sa hauteur.
VII. Béquille pour la coque. Chez les
Grecs. Quitte la Chine pour le Kazakhstan. VIII. Tête couronnée disparue des cours. Appropriés.
IX. Viennent d’ailleurs. Ouverture de
gamme. X. Comme une roche formée
de particules diverses.
vent, organisent des cours et des
fêtes, sous l’œil d’une administration qui laisse faire.
En février 1942, Rieucros est
fermé et les détenues sont transférées à Brens. Les conditions
d’internement sont plus dures
qu’à Rieucros. Gardées par des
gendarmes armés, serrées dans
des baraques, évoluant dans un
environnement sanitaire désastreux, les prisonnières sont réveillées chaque matin à 6 heures
par un haut-parleur qui diffuse
Maréchal, nous voilà !.
Heureusement, les violences
physiques y restent limitées. Le
drame survient dans la nuit du
26 août 1942, lorsque les gendarmes français tentent de s’emparer
des détenues juives pour les en­
voyer vers leur destination finale,
Auschwitz. Face à l’infamie, une
révolte éclate : hurlements,
coups, morsures, Marseillaise
chantée à tue­tête. En vain.
D’autres rafles auront lieu en septembre 1942 puis en avril 1944. Le
camp sera définitivement évacué
début juin 1944. p
alain constant
Les Indésirables, de Bénédicte
Delfaut (France, 2014, 55 min).
G.-B. - FR. - ALL., 2010, 128 MIN.
Un nègre recruté par l’ex-premier
ministre britannique – transposition
à peine déguisée de Tony Blair – doit
terminer l’écriture de ses Mémoires.
Il se transforme en enquêteur
dans une suffocante affaire d’agents
doubles sur fond de CIA
et de crimes d’Etat. Un thriller sobre
et haletant, mis en scène avec
une élégance folle.
CINÉ + PREMIER – 20 H 45
du « Monde » SA
Durée de la société : 99 ans
à compter du 15 décembre 2000.
Capital social : 94.610.348,70 ¤.
Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS).
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Collection : Le Monde sur CD-ROM :
CEDROM-SNI 01-44-82-66-40
Le Monde sur microfilms : 03-88-04-28-60
VERTICALEMENT
1. Enveloppés la vie durant. 2. Installateur de pianos et de tout ce qui va
autour. 3. Cours du Nord. Cours primaire. Dur et raide dans les prés humides. 4. Déchirements douloureux.
Pointe d’étoile. 5. Met à l’abri pendant
les froids. Bouts de napalm.
6. Marque l’intention avec de et que.
Prise illégale. 7. Fît l’innocent. En Argovie. 8. Croit à l’existence d’un créateur. Noble sous les coups. 9. Liaisons
franciliennes. Pour une belle alliance.
Lion passé chez les Chinois. 10. Vagabondait. 11. Préposition. Travaille à
l’usine. Possessif. 12. Travaille dans
son jardin pour garnir le vôtre.
The Ghost Writer
de Roman Polanski. Avec Ewan
McGregor, Pierce Brosnan
0123 est édité par la Société éditrice
SUDOKU
N°15-012
La reproduction de tout article est interdite
sans l’accord de l’administration. Commission
paritaire des publications et agences de presse
n° 0717 C 81975 ISSN 0395-2037
NOUVEAU
& CIVILISAT IONS
TOUTE L’HISTOIRE
JEUDI 15 - 20 H 45
DOCUMENTAIRE
Le groupe Le Monde lance, en
partenariat avec National Geographic,
le magazine Histoire & Civilisations
N° 2 JANVIER 2015
NS
& CIVILISATIO
LOUIS XV
LE GRAND
MÉCONNU
300 ANS APRÈS,
ON REDÉCOUVRE
SON HÉRITAGE
LA VRAIE VIE
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FIASCO MILITAIRE
CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX
Présidente :
Corinne Mrejen
PRINTED IN FRANCE
80, bd Auguste-Blanqui,
75707 PARIS CEDEX 13
Tél : 01-57-28-39-00
Fax : 01-57-28-39-26
Imprimerie du « Monde »
12, rue Maurice-Gunsbourg, 94852 Ivry cedex
Toulouse (Occitane Imprimerie)
Montpellier (« Midi Libre »)
22 | styles
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
A gauche :
le Bosco Verticale
de l’architecte
Stefano Boeri.
PAOLO ROSSELLI/STEFANO
BOERI ARCHITETTI
A droite :
minijardinière
« tête en bas »
de Boskke.
DR
Vert à tous les étages
La végétation envahit toujours plus les habitations. Dernière
initiative en date : l’« immeuble forêt » inauguré à Milan
DESIGN
T
reuillage de 800 grands
arbres à l’aide de grues,
mais aussi de 5 000 arbustes et 11 000 plantes
couvrantes, lâchers de coccinelles, de papillons, installation de
mangeoires pour chauve-souris…
Cela n’est pas un décor pour Avatar 2 – attendu sur les écrans fin
2016 –, mais bel et bien la mise en
route du premier « immeuble forêt » du monde, le Bosco Verticale, inauguré il y a quelques semaines dans le quartier de Porto
Nuova, à Milan.
Gageons que ces bâtiments seront un but de promenade tout
trouvé pour les visiteurs de la cité
lombarde, à l’occasion de l’Exposition universelle, le 1er mai.
L’architecte italien Stefano
Boeri – qui a niché l’équivalent
d’un hectare de végétation sur
deux immeubles d’habitation de
respectivement 80 et 112 mètres
de hauteur – a déjà reçu pour son
audacieux projet urbain l’International Highrise Award 2014, ou
prix du gratte-ciel le plus innovant, décerné par le Musée d’architecture de Francfort (DAM). Ce
dernier a salué, notamment, sa
capacité à répondre « au besoin
des humains de contact avec la
nature ».
A gauche :
table basse
engazonnée,
d’Emily
Wettstein.
DR
A droite : lustre
Babylone,
d’Alexis
Tricoire.
DR
tion sonore et les particules de
poussière.
L’affaire révolutionne tellement les esprits qu’une équipe de
la chaîne anglaise BBC a décidé de
s’embusquer pendant deux ans
dans une tour, en face de Bosco
Verticale, pour rendre compte de
cette cohabitation des occupants
avec leur rideau de verdure habité
d’insectes… « Bosco Verticale est
le premier exemple au monde
d’une tour qui renforce la biodiversité végétale et faunistique de la
ville qui l’accueille », s’est félicité
son concepteur.
Ces poumons verts au cœur
d’une mégapole de 7 millions
d’âmes
devraient
inspirer
d’autres villes. A Paris, la maire,
Anne Hidalgo, promet cent hectares de toits, murs et clôtures recouverts de végétaux pour 2020.
Tandis que les urbanistes et architectes tentent de faire entrer la
campagne dans la ville, les designers la glissent par petites touches dans la maison. Banquettepot de fleur (Volcane de Bellila),
table basse engazonnée (Emily
Wettstein), jardinière en céramique « tête en bas », du scandinave
Boskke, ou pépinière dans une
suspension boule (Alexis Tricoire) : les objets usuels se pi-
Si les urbanistes
tentent
de faire entrer
la campagne
dans la ville,
les designers
la glissent
par petites
touches
dans la maison
quent de chlorophylle, comme
une invitation au voyage.
Avec son purificateur d’air Andrea à base de plantes, le designer
Mathieu Lehanneur va plus loin.
Il propose un « filtre vivant » contre la pollution, mis au point avec
David Edwards, de l’université
d’Harvard, d’après une idée de la
NASA, qui visait à protéger les astronautes d’un environnement
saturé de polymères lors des
voyages spatiaux.
Une parfaite harmonie entre
l’homme et la nature est encore à
venir. « La prochaine révolution
industrielle sera végétale, prédit
l’ethnobotaniste Xavier Orman-
cey. Le végétal a longtemps été
considéré comme un automate, répétant saison après saison des mécanismes relativement simples :
bourgeons, fleurs, etc. Il y a une dizaine d’années, on a découvert
qu’il ressent, communique, interagit… Il doit être reconsidéré comme
un être doté d’une forme d’intelligence, avec lequel l’homme pourra
engager une sorte de dialogue.
D’ici à 2050, on peut envisager un
homme augmenté par une relation au végétal plutôt que par de
nouvelles technologies et des puces implantées dans le corps », précise cet expert, à la tête de la recherche et développement des laboratoires de cosmétique végétale Yves Rocher depuis 2011.
Solidarité végétale
En plus de trois milliards d’années sur terre, les plantes, qui ne
peuvent pas se déplacer ni échapper à leur environnement, ont développé des stratégies inédites
d’adaptation et de survie. Un certain nombre d’arbres, dont ceux
de la catégorie des albizias, perçoivent par des variations des ondes
dans le sol l’approche d’un
séisme.
D’autres arbres parmi les acacias savent prévenir leurs congé-
Une protection naturelle
En écologiste convaincu, Stefano
Boeri, 58 ans, a osé imaginer une
nouvelle relation du citadin à la
verdure en intégrant cette dernière dans les habitations, tel un
écosystème. Bosco Verticale exploite à la fois l’énergie géothermique et solaire. Surtout, les bâtiments usent des végétaux en alliés : les espèces, choisies pour absorber le CO2, sont censées
fournir aux habitants, à chaque
saison, oxygène, ombre, humidité, et protection contre la pollu-
sur
nères de l’attaque d’antilopes
koudous en émettant un signal
sous forme d’éthylène, qui déclenche chez les arbres voisins
une arme chimique : ils concentrent leur tanin dans les feuilles,
les rendant « imbroutables ».
Cette forme de solidarité végétale
existe aussi sous terre, avec des informations transmises de radicelle en radicelle : on parle alors
de « web végétal ».
D’ores et déjà, certaines découvertes sont issues du biomimétisme, soit la transposition de mécanismes du vivant à notre manière de vivre. En observant le lotus, dont les feuilles restent
propres et sèches en milieu humide, des chercheurs ont découvert à sa surface de petits picots
sur lesquels les gouttes d’eau roulent sans stagner. Depuis, des vitres et des peintures autonettoyantes (Lotusan) ont été mises
au point.
Aux Etats-Unis, un lierre solaire
de la société SMIT part à l’assaut
des façades pour produire de
l’électricité : les feuilles qui s’agitent à la moindre brise sont tapissées de cellules photovoltaïques
miniatures.
A Nancy, on fait excréter par les
racines de végétaux, cultivés
hors-sol, des substances rares ou
des médicaments. Plus besoin de
couper, d’arracher, de tailler. Ces
« plantes à traire » de la société
PAT sont une vraie usine verte.
« On peut imaginer des maisons
intelligentes faites non pas de végétaux morts, comme le bois, mais
de murs végétaux qui dépolluent,
de matériaux vivants qui évoluent,
se développent, gérant l’humidité,
la respiration, la nourriture de
leurs habitants ! », s’enthousiasme Xavier Ormancey. Une vie
en parfaite symbiose avec la nature, à la façon du peuple bleu de
Pandora. p
véronique lorelle
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DIRECT
EN SIMULTANÉ SUR
ues B
avec Jean-Jacq
À retrouver aussi sur LeMonde.fr/decodeurs et rmc.fr
6H - 8H30
0123 | 23
0123
JEUDI 15 JANVIER 2015
EUROPE | CHRONIQUE
par ar naud l e par m e nt ie r
Questions
sur la laïcité
C’
était après les attentats du 11 septembre
2001. L’Europe tentait de se doter d’une
Constitution. L’eurodéputé Alain
Lamassoure nous avait surpris en
proposant que la Convention, présidée par Valéry Giscard d’Estaing,
commence ses travaux par une
« déclaration de paix au monde ».
Curieuse idée pour cette Europe
fondée sur la paix, la liberté et les
valeurs humanistes, qui venait fièrement d’adopter sa charte des
droits fondamentaux. Le chrétiendémocrate Lamassoure avait raison : l’Europe n’était pas uniquement aux yeux du monde une Vénus éprise de paix. Elle était aussi
responsable de l’esclavage, de la
colonisation, de deux guerres
mondiales et de la Shoah.
Ce dimanche 11 janvier 2015, Paris était la capitale mondiale de la
liberté, contre la barbarie. La Marseillaise chantée mardi à l’Assemblée : poignante. Nos valeurs de tolérance et de laïcité ont vocation
universelle, mais n’empêchent pas
une petite introspection.
Tri religieux
Laissons d’abord l’islam de côté.
Les Européens ont peiné à accepter l’altérité religieuse. La carte des
religions était encore, au milieu du
XXe siècle, extraordinairement homogène, avec des catholiques au
sud, des protestants au nord, des
orthodoxes à l’est.
Deux grandes exceptions : la
mixité en Allemagne et dans les
Balkans. La cohabitation entre catholiques et protestants en terre
germanique à partir de la Réforme
luthérienne n’a pu s’engager timidement que sous le principe du tri
religieux acté par la paix d’Augsbourg (1555), le Cujus regio, ejus religio (« Tel prince, telle religion »). Et
il a fallu la guerre de Trente Ans
(1618-1648), qui fit perdre à l’Allemagne la moitié de sa population,
pour que l’on cesse enfin de s’entre-tuer pour la religion.
Cohabitation interchrétienne ne
signifie point mixité : seul l’afflux
de réfugiés fuyant Staline a définitivement conduit catholiques et
protestants allemands à vivre ensemble à partir de 1945.
Rien de tel en France, Louis XIV
ayant décidé de révoquer en 1685
l’édit de Nantes. Il priva de leur liberté de culte les protestants, qui
émigrèrent. La France resta essentiellement catholique. En 1830 encore, la Belgique fut fondée par
une union entre catholiques et libéraux, qui se sépara des Pays-Bas
néerlandophones et essentiellement protestants.
Sans cesse, les juifs furent persécutés. Expulsés d’Espagne en 1492
ou ghettoïsés aux marges de l’Empire russe. Ailleurs, leur lente sécularisation ne permit pas leur acceptation. Ce n’est qu’après l’affaire Dreyfus en France, après la
Shoah dans toute l’Europe, qu’ils
furent enfin considérés.
Ainsi, l’Europe occidentale ne vit
en paix religieuse intérieure que
depuis les horreurs de la seconde
guerre mondiale. Et encore, c’est
oublier les guerres consécutives à
l’éclatement de la Yougoslavie.
Aujourd’hui, l’altérité religieuse
est incarnée par les musulmans.
Cette chronique n’a pas pour objet
d’analyser les causes d’un djihadisme qui salit le Prophète, mais
d’explorer le rapport de l’Europe à
l’islam. Sa mémoire collective est
guerrière, depuis Charles Martel
jusqu’au siège de Vienne en 1783,
YOM KIPPOUR
ET L’AÏD-EL-KEBIR,
JOURS FÉRIÉS ?
LE MODÈLE
FRANÇAIS
DE LAÏCITÉ S’EST
DÉRÉGLÉ AVEC
L’IRRUPTION
DE L’ISLAM
en passant par les croisades et la
Reconquista. Tout n’est que « choc
des civilisations ». Or voilà que nos
civilisations se mélangent depuis
un demi-siècle. On s’en est aperçu
tardivement, les musulmans
ayant été longtemps considérés
comme des immigrés issus des colonies pour la France, ou des travailleurs temporaires, tels les Gastarbeiter turcs en Allemagne.
Leur installation durable, leur accession à la nationalité et leur souhait d’exercer leur religion perturbent profondément les sociétés.
Depuis 1905, le modèle français de
laïcité organise le partage de la
sphère publique et religieuse. Mais
il est surtout fait pour le citoyen
français et le croyant catholique,
qui souvent se confondent. Ce modèle s’est déréglé avec l’irruption
de l’islam.
L’Europe du XXIe siècle se retrouve ainsi traversée par un courant islamophobe multiforme, sur
fond de difficultés sociales. La
réaction la plus tragiquement délirante fut celle d’Anders Breivik,
loup solitaire d’extrême droite, qui
assassina, en 2011, soixante-dixsept Norvégiens, au nom de la défense de la chrétienté.
Assimilation
Les Pays-Bas sont le pays le plus
massivement perturbé par l’islamophobie, phénomène amplifié
par l’assassinat de deux de ses porte-voix, le leader populiste Pim
Fortuyn, en 2002, et le cinéaste
Theo Van Gogh, en 2004.
Et voilà que le mouvement atteint l’Allemagne, avec Pegida, rassemblement des « patriotes européens contre l’islamisation de
l’Occident ». Ils défilent à Dresde,
dans l’est de l’Allemagne, chaque
lundi plus nombreux. Le sociologue allemand Andreas Zick voit
dans ce mouvement « la vieille
idée d’une communauté de valeurs
homogènes, dans laquelle l’islam
n’a pas le droit de jouer un rôle. Ou
seulement un rôle secondaire dans
le cas où les musulmans prouvent
qu’ils se sont adaptés ». On retrouve là le concept de l’assimilation, qui réclame du nouvel arrivant qu’il cantonne ses racines à la
sphère privée et se fonde dans sa
communauté d’accueil. Oui aux
nouveaux venus, à condition
qu’ils ne perturbent pas l’ordre
établi. Ainsi, pour avoir rebaptisé à
l’intention des enfants non chrétiens le défilé de la Saint-Martin en
« fête des Lumières », un prêtre de
Rhénanie a reçu des menaces de
mort et 3 000 lettres de protestation.
Pourtant, les Français vont devoir accepter que l’islam soit devenu la deuxième religion de
France, confiait récemment un
ministre socialiste. Les Européens
aussi. Faisons un premier geste :
six grandes fêtes religieuses catholiques sont fériées. Ajoutons-y les
deux grandes fêtes juive et musulmane, Yom Kippour et l’Aïd-el-Kebir, ainsi que le 9 mai, jour de la déclaration Schuman qui lança l’Europe, troqués contre une semain
de RTT. Il ne s’agit pas d’un renoncement. Ce serait montrer que la
laïcité n’est pas faite seulement
pour les chrétiens et les athées. Ce
serait la renforcer. p
[email protected]
Tirage du Monde daté mercredi 14 janvier : 295 238 exemplaires
DJIHAD
AU NIGERIA :
MASSACRES
EN SILENCE
C
omme beaucoup de choses, le djihadisme est mondialisé. Cette forme
particulièrement barbare de violence politique, que pratiquent Al-Qaida et
ses émules, frappe dans le monde entier. Le
jour même de la tuerie commise dans les
locaux de Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier, l’explosion d’un camion piégé dans la
capitale du Yémen, à Sanaa, tuait 37 personnes. Pire encore : ces dix derniers jours, les
extrémistes de Boko Haram, au Nigeria, ont
perpétré un massacre d’une ampleur effroyable – plusieurs centaines de morts,
peut-être jusqu’à 2 000 (voir Le Monde daté
13 janvier).
On n’a pas marché à Lagos, la capitale économique du Nigeria, ou ailleurs en mémoire de ces villageois nigérians, dont un
grand nombre de femmes et d’enfants, décimés en pleine rue ou chez eux, à l’arme
de guerre. Ils sont tombés victimes de la
dernière offensive de Boko Haram, cette insurrection armée qui cherche, et parvient,
depuis cinq ans, à se tailler un vaste territoire dans le nord-est du Nigeria, aux frontières du Niger, du Tchad et du Cameroun.
Boko Haram se réclame d’une forme d’islam fondamentaliste et entend créer, à cheval sur ces quatre pays, une sorte de « califat », un peu à la façon de l’Etat islamique
en Syrie et en Irak.
Le groupe, qui dispose maintenant d’une
véritable armée, mène une offensive vers la
ville de Baga, au bord du lac Tchad. Partisans d’une violence méthodique, pour semer la terreur et assouvir leurs pulsions
sanguinaires, les miliciens de Boko Haram
tirent, souvent à bout portant, sur les villageois qui se trouvent sur leur chemin, sur
ceux qui n’ont pu fuir assez tôt ou qui faisaient confiance aux autorités pour les protéger. Des rescapés ont décrit des rues jonchées de cadavres, de blessés agonisants,
des centaines d’habitations brûlées.
Cité dans le Financial Times, Mgr Ignatius
Kaigama, archevêque catholique du Nigeria, observait : « Comparez ce qui s’est passé
en France et ce qui se passe ici : il y a une
grande différence. » On n’a pas réuni le Conseil de sécurité de l’ONU. Boko Haram poursuit son œuvre de mort sans que la « com-
munauté internationale » se mobilise.
Une soixantaine de pays participent, activement ou formellement, à la coalition assemblée par les Etats-Unis pour sauver
l’Irak de l’Etat islamique. Rien de tel dans le
cas du Nigeria, le plus grand pays d’Afrique,
avec près de 180 millions d’habitants. Les
autorités nigérianes sont dépassées, corrompues, incapables de monter seules une
opération militaire pour contrer la déstabilisation en cours de cette partie de l’Afrique.
Qui se souvient des 276 écolières enlevées
en avril 2014 par le groupe pour en faire des
esclaves sexuelles ? Où est la solidarité africaine ? Où est la solidarité des grands
« émergents » – Inde, Chine, Brésil –, qui se
disent volontiers proches de cet autre
« émergent » qu’est le Nigeria ?
Les autorités nigérianes ont leur part,
énorme, de responsabilités. Riche d’une
manne pétrolière qui semble plus profiter
au sud qu’au nord de cet immense pays, le
gouvernement fédéral ne paraît toujours
pas avoir accordé à Boko Haram la priorité
stratégique que requiert cette insurrection
armée qui relève autant du grand banditisme que du djihad. Aujourd’hui, ce sont
quatre pays africains qui sont menacés. La
situation réclame une coopération internationale urgente et substantielle pour assurer la sécurité de cette partie de l’Afrique.
Chaque jour perdu se compte en morts,
anonymes mais bien réels. p
ILS ONT
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